{"id":102,"date":"2011-04-09T15:25:51","date_gmt":"2011-04-09T15:25:51","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2011\/04\/09\/le-mouvement-ouvrier-en-afrique-tropicale-1ere-partie\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:04","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:04","slug":"le-mouvement-ouvrier-en-afrique-tropicale-1ere-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2011\/04\/09\/le-mouvement-ouvrier-en-afrique-tropicale-1ere-partie\/","title":{"rendered":"Le mouvement ouvrier en Afrique tropicale, 1\u00e8re partie (A. Giacometti, 1956)"},"content":{"rendered":"<p>Les modifications des structures \u00e9conomiques en Afrique.<\/p>\n<p><!--more--><a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu.html\">introduction<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_1.html\">1\u00e8re partie<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_2.html\">2\u00e8me partie<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_3.html\">3\u00e8me partie<\/a><\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong><br \/>\nLes changements ont \u00e9t\u00e9 ces quelques derni\u00e8res ann\u00e9es rapides et fondamentaux dans les soci\u00e9t\u00e9s africaines. L&#8217;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale est bien connue et irr\u00e9versible: c&#8217;est le passage d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 tribale \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 industrielle, d&#8217;une \u00e9conomie de subsistance \u00e0 une \u00e9conomie de march\u00e9, d&#8217;un statut colonial \u00e0 un statut de pays ind\u00e9pendant.<\/p>\n<p>Le mouvement syndical africain est un produit de cette \u00e9volution. Il est devenu aujourd&#8217;hui de plus en plus un acteur, une force pr\u00e9pond\u00e9rante et unificatrice dans la bataille pour l&#8217;\u00e9mancipation de l&#8217;Afrique.<\/p>\n<p>Le mouvement syndical a \u00e9merg\u00e9 dans le m\u00eame temps o\u00f9 le colonialisme europ\u00e9en d\u00e9clinait en Asie et en Am\u00e9rique latine; il a atteint sa maturit\u00e9 tandis que le colonialisme europ\u00e9en soutenu par la puissance \u00e9conomique et militaire des Etats-Unis pr\u00e9pare son ultime repr\u00e9sentation sur le continent africain.<\/p>\n<p>Le colonialisme europ\u00e9en est une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te en Afrique. La Russie et la Chine sont des mythes lointains. Les staliniens tentent de jouer de cette situation pour \u00e9tendre leur influence sur de nouvelles parties du nationalisme africain et du mouvement syndical de ce continent. Ils cherchent \u00e0 utiliser les masses africaines comme pions dans une bataille qui n&#8217;est pas la leur: au gr\u00e9 des changements dans la politique \u00e9trang\u00e8re de l&#8217;Union Sovi\u00e9tique, les luttes seront paralys\u00e9es ou d\u00e9tourn\u00e9es en aventures d\u00e9sastreuses.<\/p>\n<p>L&#8217;Afrique est maintenant un enjeu dans la lutte d&#8217;influence que se livrent les Etats-Unis et la Russie. Son avenir d\u00e9pend du degr\u00e9 de capacit\u00e9 du peuple africain \u00e0 d\u00e9fendre ses propres int\u00e9r\u00eats face \u00e0 ces deux puissances. En bref, son avenir d\u00e9pend de ses luttes d&#8217;ind\u00e9pendance, de ses luttes pour le contr\u00f4le de l&#8217;administration et de l&#8217;\u00e9conomie du continent. Encore une fois, le succ\u00e8s de ces luttes est fonction de leur conduite par les propres organisations et dirigeants africains utilisant leurs propres m\u00e9thodes et leurs propres id\u00e9es.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui, le poids de cette lutte repose pour l&#8217;essentiel sur la classe ouvri\u00e8re africaine. Cette cause est la cause de tous les socialistes et de tous les d\u00e9mocrates.<\/p>\n<p>Pour terminer, il est au moins aussi important de conna\u00eetre ses alli\u00e9s que ses ennemis. Nous esp\u00e9rons que les observations qui suivent portant sur la formation et l&#8217;\u00e9mergence de la classe ouvri\u00e8re africaine sur son organisation en mouvement politique et social, ainsi que sur son intervention dans les politiques d&#8217;ind\u00e9pendance en Afrique, serviront cet objectif. (*<em> Cette \u00e9tude n&#8217;inclut pas l&#8217;Afrique enti\u00e8re. Elle ne comprend pas l&#8217;Afrique du Nord et le Soudan, distincts du reste du continent par leur culture, leur langue et leur histoire. Les probl\u00e8mes ,de ces pays sont plus similaires \u00e0 ceux des pays du Moyen Orient, et sont aussi mieux connus. A l&#8217;autre bout de l&#8217;Afrique, l&#8217;Union sud-africaine repr\u00e9sente aussi un cas particulier qu&#8217;on ne peut comparer aux autres pays d&#8217;Afrique australe. N\u00e9anmoins, on ne peut gu\u00e8re comprendre les probl\u00e8mes du mouvement syndical en Rhod\u00e9sie du Sud, par exemple, sans les rapporter aux probl\u00e8mes identiques existant en Afrique du Sud. C&#8217;est pourquoi on a pris en compte ici le mouvement syndical d&#8217;Afrique du Sud, dans la mesure o\u00f9 son histoire et sa situation actuelle permet de comprendre le mouvement syndical dans les autres pays africains.<\/em>)<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9conomie<\/strong><br \/>\nLa soci\u00e9t\u00e9 africaine est le produit de l&#8217;\u00e9conomie africaine. Comprendre la soci\u00e9t\u00e9, c&#8217;est d&#8217;abord rappeler quelques \u00e9l\u00e9ments \u00e9conomiques de base.<\/p>\n<p>En Afrique tropicale, l&#8217;\u00e9conomie est de type colonial, organis\u00e9e de fa\u00e7on \u00e0 produire un profit maximum dans un minimum de temps. Le taux de profit \u00e9tant li\u00e9 au montant du capital circulant, les entreprises qui font le plus de profits dans les r\u00e9gions moins d\u00e9velopp\u00e9es sont celles qui reposent presque exclusivement sur l&#8217;exploitation des travailleurs.<\/p>\n<p>Dans un pays \u00e0 faible population et techniquement peu d\u00e9velopp\u00e9, trop faible donc pour r\u00e9sister aux conqu\u00e9rants, ce principe a amen\u00e9 le triomphe d&#8217;une \u00e9conomie bas\u00e9e sur la vente par les pays colonis\u00e9s de ses mati\u00e8res premi\u00e8res et de sa force de travail et l&#8217;achat en \u00e9change de produits finis. Ils sont ainsi ind\u00e9finiment maintenus dans une situation de retard technologique et de bas niveau de vie.<br \/>\nC&#8217;est pourquoi les grandes soci\u00e9t\u00e9s capitalistes qui ont b\u00e2ti l&#8217;\u00e9conomie africaine d&#8217;aujourd&#8217;hui ont investi dans ces activit\u00e9s qui ne demandaient que peu, voire pas de mat\u00e9riel, comme par exemple la commercialisation de produits agricoles, du bois, etc. ou qui n\u00e9cessitaient un \u00e9quipement tr\u00e8s minime en comparaison des r\u00e9sultats comme l&#8217;exploitation de mines. Pour sortir la richesse du pays, il fallait des moyens de communication: trains, routes et ports. (* <em>Les soci\u00e9t\u00e9s commerciales n&#8217;avaient pas pour objectif d&#8217;\u00e9quiper le continent mais de l&#8217;exploiter au meilleur co\u00fbt pour elles. Aussi, ces moyens de communication ont toujours \u00e9t\u00e9 inadapt\u00e9s au d\u00e9veloppement \u00e9conomique. La plupart du temps, le mat\u00e9riel roulant est v\u00e9tuste, les routes ne sont que des chemins, il n&#8217;y a pas de ponts mais des bacs, les ports sont embouteill\u00e9s. De temps en temps, les gouvernements coloniaux annoncent &#8220;des plans de d\u00e9veloppement pour les territoires d&#8217;outre-mer&#8221; qui sont la plupart du temps des plans de modernisation des moyens de communications. Appliquant le principe consacr\u00e9 de la&#8217; &#8220;socialisation&#8221; des d\u00e9penses et de la &#8220;privatisation&#8221; des profits, les grandes soci\u00e9t\u00e9s commerciales et mini\u00e8res qui sont propri\u00e9taires de l&#8217;Afrique ont obtenu des gouvernements qu&#8217;ils financent la modernisation des moyens par lesquels ils pillent le continent. A cet \u00e9gard, le plan fran\u00e7ais d&#8217;investissements gouvernementaux (FIDES) ou le &#8220;plan \u00e9conomique de d\u00e9veloppement&#8221; du gouvernement portugais sont typiques. Pour conna\u00eetre plus en d\u00e9tail ces diff\u00e9rents plans, lire: de A.L. Dumaine &#8220;La signification r\u00e9elle du second plan d&#8217;\u00e9quipement et de modernisation des territoires d&#8217;Outre-mer&#8221; dans la Pr\u00e9sence Africaine avril-juillet 1955; de Marcel Willems&#8221; Un bilan de la colonisation fran\u00e7aise: l&#8217;\u00e9conomie de l&#8217;Afrique noire&#8221; dans Les Temps Modernes, avril 1955; et &#8220;Un plan de d\u00e9veloppement des colonies portugaises&#8221; dans Pr\u00e9sence africaine, ao\u00fbt-septembre 1955.<\/em>)<\/p>\n<p>Les trains, les ports et \u00e0 long terme, les mines avaient besoin d&#8217;une main d&#8217;oeuvre stable pour \u00eatre rentables: les cheminots, les dockers et plus tard les mineurs sont devenus le noyau stable de la classe ouvri\u00e8re africaine.<\/p>\n<p>Pour les plantations, il fallait avant tout du terrain. Ce terrain, les soci\u00e9t\u00e9s l&#8217;ont acquis en chassant les tribus africaines qui l&#8217;habitaient. Il fallait aussi un large volant de travailleurs saisonniers; on les a trouv\u00e9s parmi les paysans d\u00e9racin\u00e9s et les membres des tribus dont on avait pris la terre, ou qui ne pouvaient plus tirer leur subsistance uniquement de l&#8217;exploitation de leur propre terre. Lorsqu&#8217;on ne trouvait pas suffisamment de travailleurs volontaires, on avait recours \u00e0 la force. Des routes, des voies de chemin de fer et des ports ont \u00e9t\u00e9 construits par une main d&#8217;oeuvre recrut\u00e9e de force, \u00e0 un prix exorbitant du point de vue des vies humaines et de la d\u00e9sorganisation aggrav\u00e9e de l&#8217;agriculture africaine.<\/p>\n<p>Alors, une autre cat\u00e9gorie de travailleurs est apparue: une masse instable et inorganis\u00e9e de prol\u00e9taires sans qualifications, peuplades &#8220;d\u00e9tribalis\u00e9es&#8221;, c&#8217;est-\u00e0-dire arrach\u00e9es \u00e0 leur fa\u00e7on de vivre coutumi\u00e8re sans \u00eatre &#8220;urbanis\u00e9es&#8221;.<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me de la &#8220;main d&#8217;oeuvre bon march\u00e9&#8221; a entra\u00een\u00e9 plusieurs cons\u00e9quences importantes: tout d&#8217;abord, un d\u00e9veloppement \u00e9norme de l&#8217;\u00e9migration des travailleurs. Plus de 100&#8217;000 hommes, femmes et enfants \u00e9migrent chaque ann\u00e9e du territoire belge du Ruanda-Urundi vers l&#8217;Ouganda et le Tanganyika. Environ 140&#8217;000 \u00e9migrent du Nyasaland vers la Rhod\u00e9sie du Sud et l&#8217;Union sud-africaine. Environ 100&#8217;000 selon les chiffres officiels, mais en r\u00e9alit\u00e9 environ 200&#8217;000 autres quittent la colonie portugaise du Mozambique pour aller \u00e9galement travailler en Rhod\u00e9sie du Sud et en &#8216;Afrique du Sud. Plus de 130&#8217;000 travailleurs \u00e9migrent de la C\u00f4te de l&#8217;Or vers les territoires voisins sous domination britannique ou fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Et il ne s&#8217;agit l\u00e0 que des courants migratoires les plus importants. Il y a aussi des migrations saisonni\u00e8res entres les diff\u00e9rents territoires dont le volume est difficile \u00e0 d\u00e9terminer. En Afrique occidentale fran\u00e7aise par exemple, de tels courants existent entre les territoires de l&#8217;int\u00e9rieur (Soudan fran\u00e7ais, Niger, Haute Volta) et les zones c\u00f4ti\u00e8res (S\u00e9n\u00e9gal, Dahomey, Togo, C\u00f4te d&#8217;Ivoire).<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me de migration de la main d&#8217;oeuvre a cependant des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses sur l&#8217;\u00e9conomie. En premier lieu, il est impossible \u00e0 un travailleur migrant d&#8217;acqu\u00e9rir une qualification et une comp\u00e9tence du fait des conditions de travail et de vie. Il doit franchir quelquefois des centaines de kilom\u00e8tres, souvent avec sa famille, expos\u00e9 aux maladies et soumis \u00e0 de dures \u00e9preuves. Son salaire est tr\u00e8s bas car, en \u00e9tat d&#8217;extr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9, il n&#8217;est pas en position de n\u00e9gocier avec son employeur. Il esp\u00e8re qu&#8217;une agriculture vivri\u00e8re lui permettra de combler le trou entre son salaire et ce qu&#8217;il lui faut pour survivre avec sa famille; l&#8217;employeur le sait, et d\u00e9termine les salaires en consid\u00e9rant qu&#8217;ils n&#8217;ont pas pour objectif en eux-m\u00eames d&#8217;assurer la subsistance d&#8217;une \u00eatre humain. De plus, si le travailleur immigr\u00e9 travaille dans les plantations, son emploi est g\u00e9n\u00e9ralement saisonnier et ne dure jamais assez longtemps pour lui permettre d&#8217;acqu\u00e9rir une certaine qualification. Les lois sociales quand elles existent sont pratiquement impossibles \u00e0 faire appliquer pour une masse de travailleurs non fixe &#8211; il en est de m\u00eame pour les syndicats.<\/p>\n<p>Enfin, le syst\u00e8me de l&#8217;\u00e9migration de la main d&#8217;oeuvre tend \u00e0 contribuer par son existence m\u00eame \u00e0 la destruction aggrav\u00e9e de l&#8217;\u00e9conomie de subsistance.<\/p>\n<p>Si des familles enti\u00e8res partent chercher du travail et de la nourriture dans d&#8217;autres r\u00e9gions, cela peut entra\u00eener la d\u00e9population de zones enti\u00e8res; si les hommes seuls \u00e9migrent, le travail \u00e9reintant d&#8217;agriculture vivri\u00e8re est laiss\u00e9 aux seuls femmes. &#8220;De ce fait, ceux qui restent souffrent dans leurs corps, mais de plus l&#8217;agriculture africaine originelle et la vie tribale sont mises \u00e0 mal. Des m\u00e9thodes de culture primaires r\u00e9sultant de l&#8217;absence des plus forts et des plus qualifi\u00e9s . peuvent amener une diminution des r\u00e9coltes et la difficult\u00e9 des populations \u00e0 produire des aliments est de nature \u00e0 r\u00e9duire le niveau de vie dans le secteur de subsistance. C&#8217;est ainsi que le besoin de plantations . peut aller \u00e0 l&#8217;encontre de la production vivri\u00e8re&#8221;. (*<em> Un rapport int\u00e9ressant sur le m\u00e9canisme de migration de main d&#8217;oeuvre en Afrique orientale britannique m\u00ealant \u00e0 des sous \u00e9valuations de bon ton une franchise inhabituelle, peut \u00eatre lu dans le rapport du Major Orde Browne au Minist\u00e8re des Colonies britannique:<\/em><br \/>\n<em> &#8220;L&#8217;\u00e9migration (du Ruanda-Urundi) est d&#8217;une nature quelque peu complexe. Les indig\u00e8nes concern\u00e9s habitent une r\u00e9gion qui, bien que fertile, productive et salubre, porte cependant une population tellement dense que le risque de famine est constant. De plus, bien maigres sont les ressources locales qui permettraient de gagner les modiques sommes permettant d&#8217;acheter les produits import\u00e9s les plus \u00e9videmment d\u00e9sirables. Les causes de la migration ne r\u00e9sident donc pas seulement dans un d\u00e9sir d&#8217;obtenir les salaires plus \u00e9lev\u00e9s vers\u00e9s en territoire britannique mais aussi fr\u00e9quemment dans l&#8217;espoir d&#8217;\u00eatre mieux nourris que dans leurs pays. La destination \u00e9vidente et traditionnelle de ces \u00e9migr\u00e9s est l&#8217;Ouganda, o\u00f9 les propri\u00e9taires des tr\u00e8s vastes plantations sont bien heureux d&#8217;employer ces \u00e9trangers errants et leur offrent peu d&#8217;argent mais des conditions attrayantes, un emploi facile et de la nourriture en quantit\u00e9. On en est arriv\u00e9 \u00e0 un tel stade que l&#8217;Ouganda aurait de s\u00e9rieuses difficult\u00e9s si le flux normal d&#8217;immigration venait \u00e0 s\u2019interrompre. Au Tanganyika, les origines des flux migratoires sont plus r\u00e9centes, mais l\u00e0 aussi le probl\u00e8me de la nourriture l&#8217;a emport\u00e9 sur la question des salaires. Il y a eu dans le pass\u00e9 des crises graves o\u00f9 l&#8217;on a vu un flot d&#8217;immigr\u00e9s malades et \u00e0 moiti\u00e9 morts de faim mettre soudainement \u00e0 mal les ressources du territoire. Il y a n\u00e9anmoins une tendance r\u00e9cente \u00e0 faire en sorte d&#8217;utiliser cette source de main d&#8217;oeuvre, et la situation \u00e9volue tout \u00e0 fait dans ce sens en Ouganda. Au Kenya, le probl\u00e8me n&#8217;a pas vu le jour jusqu&#8217;ici.&#8221;<\/em><\/p>\n<p><em>Si l&#8217;on se souvient que 40&#8217;000 personnes sont mortes de faim en 1944 au Ruanda-Urundi, on peut r\u00e9sumer en bon fran\u00e7ais ce rapport de la fa\u00e7on suivante: les \u00e9conomies de l&#8217;Ouganda et du Tanganyika d\u00e9pendent de l&#8217;\u00e9tat permanent de malnutrition \u00e0 la limite de la famine qui r\u00e8gne au Ruanda-Urundi.<\/em>)<\/p>\n<p>Autre cons\u00e9quence connexe du syst\u00e8me de &#8220;main d&#8217;oeuvre \u00e0 bon march\u00e9&#8221;, l&#8217;instabilit\u00e9 des ouvriers dans les villes. Georges Padmore donne une description de la soci\u00e9t\u00e9 africaine en Gambie au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 qui montre le prol\u00e9tariat urbain \u00e0- sa naissance. Il \u00e9crit: &#8220;Il n&#8217;existe gu\u00e8re en Gambie un prol\u00e9tariat industriel au sens moderne du mot. La plupart de ces pr\u00e9tendus ouvriers sont des paysans sans terre plus que des prol\u00e9taires.<\/p>\n<p>Les autres plantent des arachides, s&#8217;entassent dans la &#8220;Colonie&#8221; pour mendier des petits travaux jusqu&#8217;\u00e0 la r\u00e9colte et s&#8217;en retournent alors dans leurs fermes dans le &#8220;Protectorat&#8221;. Autant dire qu&#8217;ils sont semi prol\u00e9taires avec un pied en campagne et un autre en ville mais avec une id\u00e9ologie d\u00e9finitivement enracin\u00e9e dans la vie rurale\u2026A part cette cat\u00e9gorie de travailleurs urbains, il existe une classe peu nombreuse d&#8217;artisans qualifi\u00e9s. Ils se rapprochent de la d\u00e9finition du prol\u00e9tariat moderne. Ils sont surtout employ\u00e9s par le Minist\u00e8re des travaux publics et par les soci\u00e9t\u00e9s commerciales. La construction navale pour le commerce par le fleuve Gambie est assur\u00e9 le long des quais de Bathurst par des constructeurs de navire indig\u00e8nes. Certains sont ind\u00e9pendants, d&#8217;autres salari\u00e9s de soci\u00e9t\u00e9s et de commer\u00e7ants priv\u00e9s la plupart du temps syriens. On ne manque jamais de main d&#8217;oeuvre dans la Colonie car en plus des centaines d&#8217;hommes d\u00e9soeuvr\u00e9s toujours disponibles, les employeurs priv\u00e9s mais aussi l&#8217;administration embauchent les femmes et les enfants. Ils sont encore meilleur march\u00e9 que les ch\u00f4meurs.&#8221;<\/p>\n<p>D&#8217;une certaine mani\u00e8re, ce type de situation existe encore aujourd&#8217;hui. Ne g\u00e9n\u00e9ralisons pas pour l&#8217;ensemble de l&#8217;Afrique tropicale, les territoires ne se sont pas tous d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 la m\u00eame cadence. Certains territoires arrivent aujourd&#8217;hui \u00e0 un stade de d\u00e9veloppement \u00e9conomique que d&#8217;autres ont atteint il y a vingt ans. Ce qui n&#8217;est plus vrai aujourd&#8217;hui en Gambie peut l&#8217;\u00eatre encore en Afrique \u00e9quatoriale fran\u00e7aise ou au Mozambique.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude sociologique a \u00e9t\u00e9 entreprise en 1949 par l&#8217;universit\u00e9 du Natal sur les travailleurs africains de l&#8217;usine de caoutchouc Dunlop de Durban. Elle a montr\u00e9 entre autres que 93% de ces travailleurs \u00e9taient encore propri\u00e9taires de terres dans les r\u00e9serves et que seulement 4,8% avaient leur famille vivant avec eux dans une zone urbaine depuis trois ans au moins. Ici aussi, dans une des parties les plus avanc\u00e9es du continent, on trouve des travailleurs &#8220;avec un pied en ville et un pied \u00e0 la campagne&#8221;.<\/p>\n<p>Le fait de pouvoir compter sur un morceau de terre permettant d&#8217;assurer la subsistance n&#8217;est pas non plus pour rien dans le taux de renouvellement ,des emplois industriels extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9. Une analyse portant sur environ 7500 postes assur\u00e9s par 2200 personnes \u00e0 Durban entre 1917 et 1942 a montr\u00e9 que 50% des travailleurs restaient moins de 6 mois, 68% moins d&#8217;un an et que 5% seulement restaient plus de 3 ans. L&#8217;\u00e9tude a toutefois montr\u00e9 qu&#8217;\u00e0 Dunlop, &#8220;plus le travailleur africain avait v\u00e9cu l&#8217;emploi salari\u00e9 et moins il le quittait.&#8221;<\/p>\n<p>Dans le cadre d&#8217;un syst\u00e8me colonial se d\u00e9veloppant sans rencontrer de r\u00e9sistances, la r\u00e9volution industrielle a eu un impact beaucoup plus destructeur du point de vue des valeurs sociales et des vies humaines en Afrique tropicale que n&#8217;importe o\u00f9 ailleurs. Nulle part ailleurs, la classe ouvri\u00e8re n&#8217;\u00e9tait comme ici sans d\u00e9fense. (* <em>Non seulement contre les mauvais traitements, les bas salaires, etc., mais aussi contre les licenciements massifs qui se sont produits durant les d\u00e9pressions. Les exploitations agricoles et mini\u00e8res, ces deux piliers de l&#8217;\u00e9conomie coloniale, sont particuli\u00e8rement sensibles aux d\u00e9pressions. Selon Padmore, l&#8217;emploi dans les mines et les plantations est tomb\u00e9 en Rhod\u00e9sie du Nord de 79&#8217;000 en 1931 \u00e0 40&#8217;000 en 1932, du fait de la crise de l&#8217;agriculture et des rationalisations et augmentations de cadence dans les mines de cuivre. Dans le m\u00eame temps, la production a progress\u00e9 :<\/em><\/p>\n<p><em> <img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac01-06a.jpg\" alt=\"tbl-moac01-06a.jpg\" width=\"648\" height=\"136\" \/><\/em><br \/>\n<em> En Afrique du Sud-ouest, le nombre d&#8217;emplois dans les mines est de 7750 en 1930 \u00e0 1719 en 1932. A cette date, la masse salariale totale des 1719 Africains repr\u00e9sentait 141 487 livres britanniques tandis que celle des 393 Europ\u00e9ens \u00e9galement employ\u00e9s dans les mines se montait \u00e0 125 765 livres britanniques. Sur ce point, la situation n&#8217;a gu\u00e8re chang\u00e9. En Rhod\u00e9sie du Sud, le nombre d&#8217;emplois n&#8217;a pas diminu\u00e9 de 1931 \u00e0 1932 mais a au contraire augment\u00e9 de 35 \u00e0 36&#8217;000. La masse salariale des mineurs est toutefois pass\u00e9e de 624&#8217;000 \u00e0 571&#8217;000 livre britanniques. Au Congo belge, l&#8217;Union Mini\u00e8re du Haut Katanga employait en 1929 17 257.mineurs et 3758 en 1932.<\/em>)<\/p>\n<p>En Chine, au Japon ou en Inde, en Afrique du Nord et au Moyen Orient, il existait une classe importante d&#8217;artisans organis\u00e9s en corporations souvent annonciatrices des syndicats. En Afrique tropicale, une telle classe n&#8217;existait pas sauf dans une certaine mesure en Afrique occidentale. (* <em>A.W. Pim \u00e9crit que les soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;Afrique occidentale d&#8217;avant la conqu\u00eate coloniale \u00e9taient &#8220;de type militaire mais toutes avec des industries bien install\u00e9s, certaines consid\u00e9rablement d\u00e9velopp\u00e9es sur le plan artistique, et montrant une activit\u00e9 commerciale int\u00e9rieure non n\u00e9gligeable. &#8220;En Afrique orientale, la seule soci\u00e9t\u00e9 du m\u00eame type \u00e9tait le royaume du Buganda en Ouganda.<\/em>)<\/p>\n<p>Il n&#8217;y avait aucune industrie comparable aux fonderies ou aux fabriques textiles qui existaient par exemple en Inde avant la conqu\u00eate britannique.<\/p>\n<p>Vers la fin des ann\u00e9es 1930, la classe ouvri\u00e8re africaine \u00e9tait compos\u00e9e d&#8217;un petit noyau de travailleurs des transports et des mines, ces derniers pour la \u2018plupart migrants; d&#8217;une masse de paysans soumis au travail forc\u00e9 dans les plantations ou les travaux publics, ou produisant dans des conditions proches du servage des r\u00e9coltes destin\u00e9es \u00e0 la vente pour le compte de soci\u00e9t\u00e9s commerciales; et finalement une masse de paysans sans terre migrants. A part une faible minorit\u00e9, tous \u00e9taient sans qualification.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me guerre mondiale a modifi\u00e9 cet \u00e9tat de fait dans les r\u00e9gions les plus \u00e9volu\u00e9es. D&#8217;abord, elle a sorti l&#8217;\u00e9conomie coloniale de la d\u00e9pression. Les mati\u00e8res premi\u00e8res strat\u00e9giques ont connu un boom; on a d\u00fb d\u00e9velopper les activit\u00e9s industrielles dans certains secteurs, apr\u00e8s la perte de l&#8217;industrie europ\u00e9enne et les difficult\u00e9s de communication avec le reste du monde. (* Les \u00e9changes internes en Afrique repr\u00e9sentaient en 1938 7,7% du volume total des exportations; en 1948, du fait de la guerre, ce pourcentage \u00e9tait mont\u00e9 \u00e0 13%. (Naville, &#8220;Structure de l&#8217;industrie et du commerce&#8221; dans Pr\u00e9sence Africaine,13.)<\/p>\n<p>L&#8217;Afrique orientale et le Soudan sont devenus des bases guerri\u00e8res. On trouvera ci-dessous des exemples du bond qu&#8217;a fait la production de charbon, d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 et de minerais dans certains territoires africains (les chiffres pour le charbon sont exprim\u00e9s en millier de tonne, pour l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 en kilowatt\/heure et pour les minerais (exportations autre que l&#8217;or) en millions de dollars am\u00e9ricains):<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac01-07a.jpg\" alt=\"tbl-moac01-07a.jpg\" width=\"609\" height=\"242\" \/><br \/>\nLa seconde guerre mondiale a ainsi mis en marche en Afrique tropicale un processus qui avait t seulement vu le jour en Union Sud Africaine pendant la premi\u00e8re guerre. Une croissance\u00a0 industrielle rapide a transform\u00e9 les structures sociales du Congo Belge, des Rhod\u00e9sieset dans une moindre mesure des territoires britanniques d&#8217;Afrique orientale et occidentale. Une classe ouvri\u00e8re environ deux fois plus importante qu&#8217;avant la guerre s&#8217;est developp\u00e9e. (* L&#8217;augmentation de la population urbaine africaine est une autre indication frappante du d\u00e9veloppement simultan\u00e9 de l&#8217;industrie et du prol\u00e9tariat urbain. En 1940, L\u00e9opoldville, capital du Congo Belge, comptait environ 45&#8217;000 habitants africains; elle en comptait en 1945 presque 250&#8217;000. La population africaine d&#8217;Elisabethville est pass\u00e9e de 8301 en 1940 \u00e0 33 496 en 1948 Brazzaville, Dakar et d&#8217;autres pays ont grandi au m\u00eame rythme.)<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac01-07b.jpg\" alt=\"tbl-moac01-07b.jpg\" width=\"630\" height=\"210\" \/><br \/>\nMais plus important encore que la croissance num\u00e9rique fut le changement qualitatif qui se produisit au sein de la classe ouvri\u00e8re.<\/p>\n<p>Les activit\u00e9s industrielles et mini\u00e8res ne pouvaient \u00eatre assur\u00e9es de fa\u00e7on rentable sur une grande \u00e9chelle par une main d&#8217;oeuvre migrante et instable, incapable par d\u00e9finition de travail soutenu et d&#8217;acquisition de connais3ances. M\u00eame dans les plantations, on a estim\u00e9 que les cultures commerciales ne pouvaient \u00eatre exploit\u00e9es de fa\u00e7on profitable avec des travailleurs migrants.<\/p>\n<p>Qui plus est, la vie tribale avait \u00e9t\u00e9 tellement d\u00e9sorganis\u00e9e par les migrations que la d\u00e9population guettait certaines r\u00e9gions, au point de diminuer s\u00e9rieusement la production alimentaire. Cela chassait alors plus encore de personnes de l&#8217;agriculture vivri\u00e8re et les for\u00e7ait \u00e0 tenter de trouver ailleurs leur subsistance. Au Nyasaland par exemple, la migration saisonni\u00e8re avait pris de telles proportions que le gouvernement d\u00fbt promulguer en 1948 une loi cr\u00e9ant une saison interdite \u00e0 l&#8217;\u00e9migration, entre Novembre et F\u00e9vrier, afin d&#8217;\u00eatre s\u00fbr que les semences pour la consommation locale et pour l&#8217;exportation soient plant\u00e9es.<\/p>\n<p>Aussi les grandes soci\u00e9t\u00e9s d&#8217;Afrique tropicale commenc\u00e8rent-elles \u00e0 fixer leur main d&#8217;oeuvre pr\u00e8s de leur lieu de travail en mettant \u00e0 leur disposition certains moyens qui n&#8217;existaient pas auparavant (logement relativement d\u00e9cent, acc\u00e8s plus facile aux emplois qualifi\u00e9s, etc.) C&#8217;est cette politique qu&#8217;ont suivi Firestone au Liberia, Unilever en Afrique occidentale et surtout l&#8217;Union Mini\u00e8re du Haut Katanga au Congo Belge. En 1925, alors que la migration de main d&#8217;oeuvre pr\u00e9valait au Congo Belge, l&#8217;Union Mini\u00e8re employait 13 849 travailleurs africains qui \u00e9taient accompagn\u00e9s de 2507 femmes et 779 enfants. En 1952, la soci\u00e9t\u00e9 avait construit des villages miniers qui h\u00e9bergeaient 18 465 hommes, 14 647 femmes et environ 28&#8217;000 enfants. Comme le di t Basil Davidson, &#8220;tandis que les populations rurales du bassin central du Congo d\u00e9croissent et menacent de dispara\u00eetre, l&#8217;industrie moderne a cr\u00e9\u00e9 ici dans ce Katanga aride une population urbaine enti\u00e8rement nouvelle.&#8221;<\/p>\n<p>En 1952, on a constat\u00e9 qu&#8217;environ la moiti\u00e9 des 20&#8217;000 Africains employ\u00e9s par l&#8217;Union Mini\u00e8re \u00e9taient employ\u00e9s sur une base permanente par la soci\u00e9t\u00e9 depuis la ans, et que 3566 l&#8217;\u00e9taient depuis plus de 16 ans.<\/p>\n<p>L&#8217;emploi de main d&#8217;oeuvre migrante dans les mines sur une grande \u00e9chelle n&#8217;existe plus aujourd&#8217;hui que dans la r\u00e9gion Sud africaine. Dans les mines de cuivre de Rhod\u00e9sie du Sud existe un syst\u00e8me interm\u00e9diaire. Une grande partie des mineurs africains sont log\u00e9s- aux environs des mines mais certains immigrent encore du Nyasaland et du Mozambique.<\/p>\n<p>Ordre Browne faisait remarquer en 1946: &#8220;On constate cependant dans tous les cas que l&#8217;employeur est un grand groupe minier; il ne fait pas de doute que le grand nombre de personnel requis et le capital disponible consid\u00e9rable jouent un r\u00f4le dans la politique plus sociale de ces importantes entreprises.&#8221;<\/p>\n<p>Voil\u00e0 les facteurs qui, \u00e0 la base, ont fa\u00e7onn\u00e9 l&#8217;\u00e9conomie africaine, la soci\u00e9t\u00e9 africaine et la classe ouvri\u00e8re africaine. L&#8217;\u00e9conomie est form\u00e9e de trois secteurs d&#8217;in\u00e9gale importance: un secteur tribal primitif d&#8217;agriculture vivri\u00e8re; un secteur d&#8217;agriculture commerciale africaine, compos\u00e9 de petits paysans produisant pour le march\u00e9; et enfin le secteur commercial europ\u00e9en. En 1950, 60% de la population m\u00e2le adulte totale \u00e9tait dans l&#8217;agriculture vivri\u00e8re, 18% dans le secteur d&#8217;agriculture commerciale et 13% \u00e9taient des salari\u00e9s employ\u00e9s en dehors du cadre de l&#8217;\u00e9conomie rurale indig\u00e8ne. La tendance est n\u00e9anmoins \u00e0 une expansion des deux derniers secteurs aux d\u00e9pens du premier. Une bonne partie de la population abandonne l&#8217;agriculture vivri\u00e8re pour pouvoir acheter des biens de consommation et aussi parce que l&#8217;agriculture vivri\u00e8re ne peut plus satisfaire les besoins d&#8217;une population en augmentation.<\/p>\n<p>Beaucoup de paysans quittent aussi le secteur de l&#8217;agriculture commerciale pour \u00e9chapper aux brutalit\u00e9s et \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de servage dans lequel les tiennent les grandes soci\u00e9t\u00e9s. Ils deviennent alors des travailleurs migrants.<\/p>\n<p>Le pourcentage de population produisant pour le march\u00e9 est plus important au Congo Belge o\u00f9 l&#8217;industrie est d\u00e9velopp\u00e9e, et en C\u00f4te de l&#8217;Or o\u00f9 domine dans le secteur agricole la culture du cacao. Ce pourcentage est plus faible en Afrique Occidentale Fran\u00e7aise. Un tiers de la population salari\u00e9e est employ\u00e9e dans le secteur agricole. On peut . encore d\u00e9finir une grande partie de la classe ouvri\u00e8re africaine par les caract\u00e9ristiques suivantes: une tr\u00e8s nombreuse main d&#8217;oeuvre migrante, une population africaine urbaine instable et un taux \u00e9lev\u00e9 de renouvellement.<\/p>\n<p>Les seuls territoires au sud du Sahara o\u00f9 existe de fa\u00e7on significative une industrie lourde et o\u00f9 par cons\u00e9quence existe une classe ouvri\u00e8re industrielle autre que les mineurs et les cheminots, sont la Rhod\u00e9sie du Sud, le Congo belge et l&#8217;Union Sud Africaine. (* En 1948, le gouvernement de Rhod\u00e9sie du Sud a construit \u00e0 Que Que une aci\u00e9rie qui produisait en 1953 36&#8217;000 tonnes de saumon de fonte et 25&#8217;000 tonnes d&#8217;acier. On y a ajout\u00e9 en 1954 une petit fourneau et un autre \u00e0 foyer ouvert. On s&#8217;attend \u00e0 une progression de la production de saumon de fonte jusqu&#8217;\u00e0 80&#8217;000 tonnes par an et d&#8217;acier jusqu&#8217;\u00e0 65&#8217;000 tonnes. Est apparue aussi une petite industrie manufacturi\u00e8re: tubes d&#8217;acier \u00e0 Que Que, machines-outils \u00e0 Salisbury, etc. Le degr\u00e9 relatif de d\u00e9veloppement industriel des principales r\u00e9gions d&#8217;Afrique tropicale peut \u00eatre mesur\u00e9 en grande partie par la consommation d&#8217;acier brut (en milliers de tonnes) et d&#8217;\u00e9nergie (en \u00e9quivalent de milliers de tonnes de charbon par t\u00eate). En 1953, les chiffres \u00e9taient les suivants:<br \/>\n<img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac01-09a.jpg\" alt=\"tbl-moac01-09a.jpg\" width=\"600\" height=\"160\" \/>)<\/p>\n<p>Si l&#8217;on imagine la soci\u00e9t\u00e9 africaine comme une pyramide, les trois secteurs d\u00e9crits ci-dessus se superposent: le secteur de l&#8217;agriculture vivri\u00e8re forme la base; au dessus, une petite pointe repr\u00e9sentant les travailleurs salari\u00e9s permanents et au sommet, une partie encore plus petite repr\u00e9sentant les travailleurs permanents dans l&#8217;industrie. Il n&#8217;existe gu\u00e8re de bourgeoisie africaine, \u00e0 part en C\u00f4te de l&#8217;Or, au Nigeria et en C\u00f4te d&#8217;Ivoire, o\u00f9 elle est compos\u00e9e de la couche sup\u00e9rieure de la classe paysanne indig\u00e8ne.<\/p>\n<p><strong>La classe ouvri\u00e8re<\/strong><br \/>\nTournons nous maintenant vers les statistiques pour examiner plus attentivement la classe ouvri\u00e8re africaine, sa force num\u00e9rique, sa nature et sa composition.<\/p>\n<p>Avant d&#8217;aller plus loin, cependant, il es n\u00e9cessaire de faire une remarque sur les statistiques concernant l&#8217;Afrique. A peu pr\u00e8s toutes les statistiques fondamentales, y compris celles concernant le monde du travail, ne sont pas fiables et doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es au mieux comme des approximations et au pire comme des tentatives d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es de cacher la r\u00e9alit\u00e9. Au contraire des statistiques sur les importations et les exportations qui sont toujours tr\u00e8s compl\u00e8tes et justes, les chiffres de recensement et les statistiques essentielles sont souvent tr\u00e8s hasardeuses car bas\u00e9es g\u00e9n\u00e9ralement sur la m\u00e9thode des \u00e9chantillons ou m\u00eame sur des m\u00e9thodes encore plus approximatives. Les statistiques concernant le monde du travail ne sont apparues que r\u00e9cemment, sous la pression du mouvement syndical en Afrique et dans une certaine mesure des d\u00e9mocrates \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur: \u00e0 ce jour, le rapport des puissances coloniales aux Nations-Unies reste la source de donn\u00e9es la plus compl\u00e8te.<\/p>\n<p>Chaque territoire publie ses propres chiffres et \u00e9tablit des cat\u00e9gories selon ses propres crit\u00e8res, souvent diff\u00e9rents des crit\u00e8res utilis\u00e9s par d&#8217;autres gouvernements. Le gouvernement fran\u00e7ais, par exemple, esp\u00e9rant dissimuler son \u00e9chec dans le d\u00e9veloppement de ses colonies, a gonfl\u00e9 la cat\u00e9gorie &#8220;industrie&#8221; en ajoutant aux travailleurs des manufactures ceux de la construction et des travaux publics. Selon une estimation, sur les 140&#8217;000 travailleurs class\u00e9s en 1951 sous &#8220;industrie&#8221; pour l&#8217;ensemble de l&#8217;Afrique fran\u00e7aise (Madagascar exclu), pas plus de 30&#8217;000 ne travaillaient r\u00e9ellement dans des manufactures, c&#8217;est \u00e0 dire dans l&#8217;industrie m\u00eame. Ce n&#8217;est pas une mince nuance si l&#8217;on sait que la grande majorit\u00e9 des salari\u00e9s des &#8220;travaux publics&#8221; et de la &#8220;construction&#8221; sont des travailleurs sans sp\u00e9cialit\u00e9, souvent temporaires.<\/p>\n<p>Certains gouvernements classent le traitement de produits agricoles (l&#8217;\u00e9grenage du coton, le pressage de l&#8217;huile etc.) sous &#8220;agriculture&#8221;, d&#8217;autres sous &#8220;industrie&#8221;, gonflant ainsi une fois encore cette derni\u00e8re cat\u00e9gorie, bien que la plupart du traitement soit effectu\u00e9 sur les plantations et soit intimement li\u00e9 \u00e0 la vie rurale. Dans ce domaine comme dans d&#8217;autres, il semble que les statistiques britanniques soient plus fiables que les autres.<\/p>\n<p>Une autre pratique trompeuse du gouvernement fran\u00e7ais est de classifier sous &#8220;administration&#8221; les personnes qui sont oblig\u00e9es par les administrations locales d&#8217;effectuer ce qui ressort du travail forc\u00e9, comme la construction et la r\u00e9paration de routes, etc. Le gouvernement fran\u00e7ais incluait dans une statistique de -1951&#8217;145&#8217;000 travailleurs sous &#8220;administration et services publies&#8221; pour l&#8217;ensemble de l&#8217;Afrique fran\u00e7aise, alors qu&#8217;on estimait que le travail forc\u00e9 repr\u00e9sentait 2\/3 de ce chiffre.<\/p>\n<p>Nous n&#8217;avons pas dans notre pr\u00e9sentation s\u00e9par\u00e9 la construction, les travaux publics et l&#8217;industrie pour plus de commodit\u00e9. D&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le secteur &#8220;construction et travaux publics&#8221; est beaucoup plus important en Afrique Equatoriale Fran\u00e7aise, au Nyasaland, en Ouganda et en C\u00f4te de l&#8217;Or. Le contraire n&#8217;est vrai qu&#8217;au Congo Belge, en Rhod\u00e9sie du Sud et \u00e0 Madagascar, bien que pour ce dernier les statistiques soient sujettes \u00e0 caution. Ci dessous figurent trois exemples:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac01-10a.jpg\" alt=\"tbl-moac01-10a.jpg\" width=\"668\" height=\"162\" \/><br \/>\nNous avons tent\u00e9 d&#8217;isoler les fonctionnaires sous la cat\u00e9gorie &#8220;administration&#8221;. Lorsque cela n&#8217;\u00e9tait pas possible, ils sont class\u00e9s sous &#8220;Divers&#8221;. Le seul chiffre qui n&#8217;ait pas \u00e9t\u00e9 chang\u00e9 est celui concernant le Cameroun fran\u00e7ais; on peut estimer sans risque d&#8217;erreur qu&#8217;au plus un quart des 35 400 class\u00e9s sous &#8220;administration&#8221; sont fonctionnaires.<\/p>\n<p>La cat\u00e9gorie &#8220;agriculture&#8221; comprend la p\u00eache, .l&#8217;\u00e9levage et pour les territoires britanniques les industries de traitement des produits agricoles. Le secteur &#8220;Mines&#8221; comprend aussi l&#8217;exploitation de carri\u00e8res. Dans &#8220;Divers&#8221;, on a mis tout ce qui ne pouvait \u00eatre class\u00e9 ailleurs: les cols blancs de l&#8217;industrie et du commerce priv\u00e9s, les vendeurs de magasins, les enseignants, les employ\u00e9s de maison, les serveurs de restaurants, etc. ainsi que d&#8217;autres cat\u00e9gories qu&#8217;il \u00e9tait impossible d&#8217;isoler (Rhod\u00e9sie du Sud, Congo Belge, Afrique Occidentale Fran\u00e7aise). Les statistiques sont incompl\u00e8tes pour les Somalies, la Sierra Leone et les Camerouns britanniques mais comprennent n\u00e9anmoins la majorit\u00e9 des travailleurs salari\u00e9s de ces territoires.<\/p>\n<p>La proportion \u00e9lev\u00e9e de salari\u00e9s dans les deux Rhod\u00e9sies refl\u00e8te le degr\u00e9 relativement important d&#8217;industrialisation de ces territoires, comme nous l&#8217;avons vu auparavant. On n&#8217;a pas pris en compte la Gambie car aucune donn\u00e9e n&#8217;\u00e9tait disponible \u00e0 part le nombre total de salari\u00e9s. Ce nombre \u00e9tait de 3062 en 1952, soit 1,1% de la population totale de 291 593 personnes.<\/p>\n<p>Il a fallu aussi laisser de c\u00f4t\u00e9 certains autres pays pour lesquels aucune donn\u00e9e correcte n&#8217;\u00e9tait disponible. C&#8217;est en particulier le cas de l&#8217;Ethiopie qui publie de nombreux chiffres sur son commerce ext\u00e9rieur mais pratiquement rien sur sa population. Pour trouver une estimation valable de la classe ouvri\u00e8re de ce pays, il faut remonter aux statistiques du gouvernement fasciste dans la p\u00e9riode d&#8217;occupation italienne. Elles indiquaient pour 1937 un total de 54 400 travailleurs non italiens et 89&#8217;000 pour 1939. Le seul chiffre actuel disponible est celui du nombre de travailleurs employ\u00e9s dans l&#8217;industrie (conserveries, scieries, ateliers de r\u00e9paration, imprimeries, briqueteries, etc.). Ce chiffre \u00e9tait de 8552 en 1951. Le secteur industriel le plus r\u00e9pandu semble \u00eatre la menuiserie avec 12 entreprises employant 1215 travailleurs. La plus importante concentration de travailleurs se trouve dans une filature de coton \u00e0 Dire-Dawa o\u00f9 travaillent 1070 personnes. En 1952, 4077 personnes, dont certaines en Somalie fran\u00e7aise et en Ethiopie, \u00e9taient employ\u00e9es par le chemin de fer franco-\u00e9thiopien. Ethiopian Air Lines, compagnie a\u00e9rienne filiale de TWA, occupait en 1950 241 travailleurs. (Guide sur l&#8217;Ethiopie, Chambre de Commerce, Addis Abeba, 1954).<\/p>\n<p>En sus de ces travailleurs de l&#8217;industrie, il y a aussi un bon nombre de travailleurs agricoles des plantations de caf\u00e9 et de coton pour lesquels aucun chiffre n&#8217;est disponible. C&#8217;est aussi le cas pour quelques travailleurs du p\u00e9trole dans l&#8217;Ogaden, o\u00f9 les compagnies am\u00e9ricaines ont commenc\u00e9 \u00e0 forer r\u00e9cemment, et pour un certain nombre de dockers \u00e0 Massawa et Assab. Le journal de propagande officielle New Times and Ethiopia News ne nous apprend rien, sinon que &#8220;il existe une nombreuse main d&#8217;oeuvre disponible \u00e0 des salaires bien inf\u00e9rieurs aux salaires europ\u00e9ens et nord-am\u00e9ricaines. Le travailleur \u00e9thiopien est intelligent, aimable, d\u00e9sireux d&#8217;apprendre, et c&#8217;est un travailleur acharn\u00e9.&#8221; (26 mars 1955).<\/p>\n<p>Les chiffres concernant le Lib\u00e9ria sont presque aussi difficiles \u00e0 obtenir. La plus grande entreprise -et de loin- est la plantation de caoutchouc de Firestone (environ 2000 km2) qui emploie entre 25&#8217;000 et 30&#8217;000 travailleurs. Les autres principales concentrations de travailleurs se situent semble-t-il, \u00e0 la nouvelle&#8217; mine de fer de Boomi-Hills (environ 400 travailleurs) qui est propri\u00e9t\u00e9 de US Steel, et au port de Monrovia.<\/p>\n<p>Les colonies portugaises de l&#8217;Angola, du Mozambique et de Guin\u00e9e publient des statistiques mais peu nombreuses et incompl\u00e8tes.<\/p>\n<p>Pour l&#8217;Angola, des estimations dignes de foi donnent un chiffre total qui varie entre environ 400&#8217;000 travailleurs (300&#8217;000 travailleurs &#8220;libres&#8221; et 100&#8217;000 soumis au travail forc\u00e9) et 779&#8217;000 (400&#8217;000 travailleurs libres et 379&#8217;000 soumis au travail forc\u00e9). Des sources officielles ont admis qu&#8217;il Y avait en 1949 101 994 personnes soumises au travail forc\u00e9. Selon David Davidson, la diff\u00e9rence est minime dans les terres entre travail forc\u00e9 et travail &#8220;libre&#8221;, alors que la diff\u00e9rence commence \u00e0 \u00eatre perceptible sur la c\u00f4te. On sait \u00e9galement que 17 402 personnes travaillent dans les mines en 1949.<\/p>\n<p>On en sait encore moins sur le Mozambique. Les chiffres concernant la population indig\u00e8ne \u00e9conomiquement active en 1940 donnent une id\u00e9e approximative. La population indig\u00e8ne totale est de 5 millions de personnes environ, dont 2 280 555 vivent &#8220;sur la terre&#8221;, c&#8217;est \u00e0 dire sont agriculteurs, 104 415 quittent le pays pour trouver du travail ailleurs (Union Sud Africaine, Rhod\u00e9sie du Sud). Ce chiffre d&#8217;ailleurs \u00e9tait probablement sous-estim\u00e9 de 50&#8217;000 environ en 1940. Le reste se divise comme suit:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac01-12a.jpg\" alt=\"tbl-moac01-12a.jpg\" width=\"463\" height=\"209\" \/><br \/>\nCes chiffres comprennent les salari\u00e9s et les employeurs, mais on peut raisonnablement penser que les premiers repr\u00e9sentent une grande majorit\u00e9 particuli\u00e8rement parmi la population indig\u00e8ne. Il est .possible toutefois que cela ne soit pas vrai dans le commerce, comptabilis\u00e9 sous &#8220;divers \u00bb. Les chiffres \u00e9taient les suivants pour le nombre de salari\u00e9s en 1952:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac01-12b.jpg\" alt=\"tbl-moac01-12b.jpg\" width=\"537\" height=\"97\" \/><br \/>\nSous &#8220;Industrie manufacturi\u00e8re&#8221;, on inclut les mat\u00e9riaux de construction, l&#8217;alimentaire, le textile, le cuir, l&#8217;industrie chimique et la production d&#8217;\u00e9nergie. L&#8217;immense majorit\u00e9.des travailleurs ci-dessus sont africains, une poign\u00e9e seulement europ\u00e9ens et asiens.<\/p>\n<p>Classification des travailleurs salari\u00e9s des principaux territoires d\u2019Afrique tropicale (travailleurs africains uniquement). Voir sources \u00e0 la fin de l\u2019article.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac01-12bis.jpg\" alt=\"tbl-moac01-12bis.jpg\" width=\"625\" height=\"870\" \/><br \/>\nOn trouve aussi des cheminots et des dockers \u00e0 Beira et \u00e0 Louren\u00e7o Marques, les deux ouvertures de la Rhod\u00e9sie vers la mer. On n&#8217;a aucune statistique quant \u00e0 leur nombre. Quant au travail forc\u00e9, rien n&#8217;a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sur ce point depuis 1928. En 1927, le nombre des personnes soumises au travail forc\u00e9 \u00e9tait de 143 128 et en 1928 de 207 233.<\/p>\n<p>Les territoires inclus dans le tableau ont une population globale de 91&#8217;596&#8217;000 personnes soit approximativement 80% de la population totale d&#8217;Afrique tropicale. Les travailleurs salari\u00e9s repr\u00e9sentent environ 5% de la population, soit 4,5 millions de personnes.<\/p>\n<p>Un quart de ces salari\u00e9s travaillent dans les manufactures, les mines ou les chemins de fer. Comme nous l&#8217;avons vu, quand on parle de manufactures, on entend presque toujours une industrie l\u00e9g\u00e8re. L&#8217;industrie lourde n&#8217;existe gu\u00e8re ailleurs qu&#8217;en Rhod\u00e9sie du Sud et au Congo Belge.<\/p>\n<p>Un tiers des salari\u00e9s est compos\u00e9 de travailleurs agricoles, le groupe le plus important en soi. Le reste se r\u00e9partit dans plusieurs activit\u00e9s diff\u00e9rentes. En terme de conscience et d&#8217;organisation de classe, le poids le plus important est exerc\u00e9 par les fonctionnaires dans les territoires sous domination fran\u00e7aise et par les travailleurs du commerce dans les territoires britanniques.<\/p>\n<p>La grande majorit\u00e9 de ces travailleurs est sans qualification, comme en t\u00e9moignent les chiffres ci-dessous:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac01-13a.jpg\" alt=\"tbl-moac01-13a.jpg\" width=\"639\" height=\"163\" \/>Sur les plantations Firestone du Liberia, il y avait en 1947 une proportion de 22&#8217;000 manoeuvres pour 2500 travailleurs qualifi\u00e9s ou semi qualifi\u00e9s. M\u00eame dans les entreprises industrielles modernes et hautement m\u00e9canises, les travailleurs non qualifi\u00e9s sont souvent les plus nombreux. Les &#8220;chantiers navals et industriels du Congo Belge&#8221; de L\u00e9opoldville emploient 3284 travailleurs, dont 270 sont des ing\u00e9nieurs et des employ\u00e9s administratifs, 450 des riveurs et 2215 des manoeuvres.<\/p>\n<p>On devrait ajouter que plusieurs des travailleurs &#8220;qualifi\u00e9s&#8221; sont en fait semi-qualifi\u00e9s et que certains des &#8220;semi-qualifi\u00e9s&#8221; sont plut\u00f4t, au moins dans les statistiques fran\u00e7aises, des travailleurs \u00e0 peine sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p>Les femmes et les enfants sont encore employ\u00e9s sur une grande \u00e9chelle, souvent \u00e0 des travaux p\u00e9nibles. Il est caract\u00e9ristique que le nombre d&#8217;enfants employ\u00e9s soit souvent plus \u00e9lev\u00e9 que le nombre de femmes. Au Tanganyika en 1949, 22775 femmes \u00e9taient. employ\u00e9es (dont Il 150 dans l&#8217;agriculture) contre 39 362 enfants et 411 851 hommes. Au Nyasaland, la proportion \u00e9tait de 4826 femmes pour 17 519 enfants et 72 347 hommes. Au Togo fran\u00e7ais, 1441 femmes, 2160 enfants et 17 468 hommes \u00e9taient employ\u00e9s en 1954.<\/p>\n<p>Cette classe ouvri\u00e8re peut para\u00eetre num\u00e9riquement tr\u00e8s faible mais son r\u00f4le est sans commune mesure avec son nombre, du fait de son organisation et de sa position strat\u00e9gique dans l&#8217;\u00e9conomie.<br \/>\nPour comparaison, rappelons qu&#8217;il n&#8217;y avait en Chine en 1937 que 2 millions de travailleurs dans l&#8217;industrie, c&#8217;est-\u00e0-dire 0,5% de la population totale. 33 En Russie, seulement 10% tiraient en 1913 leur subsistance d&#8217;un travail dans l&#8217;industrie, les mines et les transports. (* &#8220;En 1930, trois ans apr\u00e8s la r\u00e9volution chinoise, il n&#8217;y avait que 800\u2019000 travailleurs industriels en Chine (mineurs et cheminots exclus, mais y inclus certains artisans des villes).&#8221;)<\/p>\n<p>La prol\u00e9tarisation s&#8217;\u00e9tend bien au del\u00e0 du n9yau propre des salari\u00e9s. En Afrique occidentale fran\u00e7aise, en Afrique orientale britannique, en Afrique centrale et dans les colonies portugaises, les formes anciennes de la vie en tribu et paysanne disparaissent tr\u00e8s rapidement \u00e0 la cadence o\u00f9 continue la destruction de l&#8217;\u00e9conomie vivri\u00e8re. Pierre Naville cite une personnalit\u00e9 qui d\u00e9clare qu&#8217;en Afrique occidentale fran\u00e7aise, l&#8217;immense majorit\u00e9 des paysans line reste plus \u00e0 l&#8217;abri du cadre des anciennes institutions sociales qui les prot\u00e9geaient. Ils sont au contraire expos\u00e9s, dans les village eux-m\u00eames, \u00e0 des puissants facteurs qui les poussent \u00e0 la prol\u00e9tarisation comme des exigences de travail qu&#8217;ils ne peuvent pas remplir, &#8220;des n\u00e9cessit\u00e9s de transport, l&#8217;\u00e9migration des jeunes&#8230;.&#8221;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu.html\">introduction<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_1.html\">1\u00e8re partie<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_2.html\">2\u00e8me partie<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_3.html\">3\u00e8me partie<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les modifications des structures \u00e9conomiques en Afrique.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[30],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/102"}],"collection":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=102"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/102\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":330,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/102\/revisions\/330"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=102"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=102"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=102"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}