{"id":103,"date":"2011-04-09T15:48:37","date_gmt":"2011-04-09T15:48:37","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2011\/04\/09\/le-mouvement-ouvrier-en-afrique-tropicale-2eme-partie\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:04","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:04","slug":"le-mouvement-ouvrier-en-afrique-tropicale-2eme-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2011\/04\/09\/le-mouvement-ouvrier-en-afrique-tropicale-2eme-partie\/","title":{"rendered":"Le mouvement ouvrier en Afrique tropicale, 2\u00e8me partie (A.Giacometti, 1957)"},"content":{"rendered":"<p>L&#8217;\u00e9tat du mouvement syndical (hiver 1957)<!--more--><a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu.html\">introduction<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_1.html\">1\u00e8re partie<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_2.html\">2\u00e8me partie<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_3.html\">3\u00e8me partie<\/a><br \/>\nL&#8217;exemple de la Chine en 1927 et de la Russie en 1917 montre qu&#8217;une classe ouvri\u00e8re m\u00eame num\u00e9riquement faible peut jouer un r\u00f4le politique et social d\u00e9cisif. Elle en est capable dans la mesure o\u00f9 elle prend conscience qu&#8217;elle forme une communaut\u00e9 d&#8217;action ind\u00e9pendante qui a ses propres buts historiques n\u00e9cessitant un travail politique et social sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>L&#8217;histoire du syndicalisme africain, cette forme \u00e9l\u00e9mentaire de conscience de classe, nous indiquera \u00e0 quel point ce processus est \u00e9volu\u00e9 en Afrique.<\/p>\n<p>Le syndicalisme est apparu pour la premi\u00e8re fois sur le continent africain en 1881, date de la fondation de la branche sud-africaine du syndicat Amalgamated Carpenters&#8217; and Joiners&#8217;Union, (charpentiers et menuisiers) avec deux sections locales, l&#8217;une \u00e0 Durban et l&#8217;autre au Cap. Ce syndicat tout comme le South African Typographical Union (typographes) qui fut cr\u00e9\u00e9 en 1888 \u00e9taient quasiment des syndicats britanniques. C&#8217;\u00e9tait aussi le cas des &#8220;Knights of Labor&#8221; (chevaliers du travail), organisation probablement fond\u00e9e par des mineurs qui avaient travaill\u00e9 aux Etats-Unis, connus pour avoir organis\u00e9 une gr\u00e8ve \u00e0 Kimberley en 1884. Les travailleurs britanniques domin\u00e8rent le mouvement syndical sud-africain pendant longtemps, jusqu&#8217;aux gr\u00e8ves du Rand en 1907 et en particulier jusqu&#8217;aux gr\u00e8ves dans les mines et les chemins de fer en 1914, dans lesquelles les travailleurs d&#8217;origine afrikaaner jou\u00e8rent pour la premi\u00e8re fois un r\u00f4le d\u00e9terminant.<\/p>\n<p>A la fin de la premi\u00e8re guerre mondiale, une nouvelle vague de gr\u00e8ves emmen\u00e9e par les socialistes d\u00e9ferla. En 1919, une gr\u00e8ve de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 et des tramways \u00e9ti31t- d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e \u00e0 Johannesburg au cours de laquelle les travailleurs assur\u00e8rent le service des tramways eux-m\u00eames sous le contr\u00f4le d&#8217;un Bureau de contr\u00f4le qu&#8217;ils avaient mis en place \u00e0 cet effet. La gr\u00e8ve se termina sur une victoire totale. Un mois plus tard, les travailleurs municipaux de Durban prenaient le contr\u00f4le des bureaux de la ville et commen\u00e7aient \u00e0 exploiter les services eux-m\u00eames. Imm\u00e9diatement, le conseil municipal de Durban arrivait \u00e0 un accord satisfaisant les revendications des travailleurs.<\/p>\n<p>L&#8217;apog\u00e9e de cette p\u00e9riode de lutte se situe en 1922 lors de la gr\u00e8ve dans le Rand. C&#8217;est en quelque sorte le tournant de l&#8217;histoire du syndicalisme sud-africain. Cette gr\u00e8ve avait \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e par une diminution des salaires par les compagnies mini\u00e8res et par le remplacement de 50&#8217;000 europ\u00e9ens par autant de travailleurs africains pay\u00e9s dix fois moins. En janvier 1922, trente mille travailleurs europ\u00e9ens se mirent en gr\u00e8ve. Imm\u00e9diatement, le gouvernement proc\u00e9da \u00e0 la mobilisation des troupes. Le 10 mars, la bataille eut lieu, et elle dura presque une semaine. Des dizaines de milliers d&#8217;hommes de troupe furent mobilis\u00e9s. Fordsburg, une banlieue ouvri\u00e8re, fut pilonn\u00e9e par l&#8217;artillerie lourde. Apr\u00e8s la r\u00e9pression, 18 des leaders furent condamn\u00e9s \u00e0 mort et quatre furent ex\u00e9cut\u00e9s.<\/p>\n<p>La gr\u00e8ve fut un \u00e9chec principalement parce qu&#8217;elle \u00e9tait limit\u00e9e \u00e0 une industrie, parce que les travailleurs africains n&#8217;y avaient pas \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s et parce qu&#8217;on n&#8217;avait pas tent\u00e9 de mobiliser la population. Cet \u00e9chec fut: &#8220;un d\u00e9sastre pour le d\u00e9veloppement du syndicalisme en Afrique du Sud. Les meilleurs hommes \u00e9taient soit disparus au cours de la lutte, soit sur une liste noire.&#8221;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 1922, le mouvement syndical europ\u00e9en devint dans l&#8217;ensemble de plus en plus mou, particuli\u00e8rement dans ses places fortes: les mines, les chemins de fer et l&#8217;acier. Finalement, le syndicat des mineurs s&#8217;est trouv\u00e9 avec une direction corrompue et incomp\u00e9tente, ce qui a grandement facilit\u00e9 sa prise de contr\u00f4le en 1947 par le Parti Nationaliste. Les syndicats de cheminots qui avaient jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans le mouvement syndical des ann\u00e9es 1920 d\u00e9clin\u00e8rent jusqu&#8217;\u00e0 devenir insignifiants. Les syndicats du fer et de l&#8217;acier tomb\u00e8rent \u00e9galement entre les mains des nationalistes. Par contre les syndicats d\u00e8s industries de transformation restaient tr\u00e8s militants ornais. minoritaires. Le mouvement syndical europ\u00e9en dans son ensemble allait r\u00e9viser son attitude et sa strat\u00e9gie vis \u00e0 vis de la collaboration de classe, devant la mont\u00e9e d&#8217;un mouvement syndical issu de travailleurs africains.<\/p>\n<p>Comme en Asie, les premiers signes d&#8217;un syndicalisme africain en Afrique du Sud furent une cons\u00e9quence de la premi\u00e8re guerre mondiale qui favorisa le d\u00e9veloppement d&#8217;une industrie employant une main d&#8217;oeuvre africaine relativement stable. La premi\u00e8re organisation syndicale africaine a vu le jour en 1919: c&#8217;\u00e9tait l&#8217;industrial and Commercial Workers&#8217;Union &#8211; f\u00e9d\u00e9ration des travailleurs de l&#8217;industrie et du commerce &#8211; (ICU). Bien que ne figure dans ses statuts aucune condition pr\u00e9alable portant sur la couleur de la peau, elle ne fut compos\u00e9e presque que de travailleurs africains. Ce n&#8217;\u00e9tait pas seulement un syndicat mais aussi un \u2022vaste mouvement de protestations des africains. D\u00e8s le d\u00e9part, elle comprenait beaucoup de gens qui n&#8217;\u00e9taient pas des salari\u00e9s. Elle montrait l\u00e0 un des traits typiques du syndicalisme africain: la liaison des revendications \u00e9conomiques et politiques, ce qui est in\u00e9vitable dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&#8217;oppression \u00e9conomique et l&#8217;oppression politique sont si \u00e9troitement imbriqu\u00e9es. En d\u00e9pit d&#8217;une tr\u00e8s forte opposition gouvernementale, l&#8217;ICU devint rapidement une organisation de masse puissante. En 1925, elle avait des sections locales sans pratiquement toutes les r\u00e9gions d&#8217;Afrique du Sud et elle envoyait des recruteurs en Rhod\u00e9sie du Sud &#8211; recruteurs qui \u00e9taient refoul\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re. Il n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 tenu un compte pr\u00e9cis de ses membres mais on estime qu&#8217;ils ont \u00e9t\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 50&#8217;000.<\/p>\n<p>L&#8217;ICU fut un pr\u00e9curseur du syndicalisme africain y compris dans ses faiblesses. Elle a souffert d\u00e8s sa cr\u00e9ation de d\u00e9fauts fatals dans son organisation. C&#8217;\u00e9tait un mouvement de protestation vague et informe, combattant toutes les formes d&#8217;oppression; moiti\u00e9 syndicat, moiti\u00e9 parti. Ses dirigeants n&#8217;avaient pas l&#8217;exp\u00e9rience n\u00e9cessaire pour faire face aux t\u00e2ches qu&#8217;une telle structure devait affronter. Il n&#8217;y avait ni organes ou membres de l&#8217;ex\u00e9cutif r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9lus, ni programme clair, ni contr\u00f4le des finances &#8211; et ce dans un vaste mouvement composite se battant sur plusieurs fronts qui avait grand besoin d&#8217;une organisation stricte. Une scission se produisit en 1926; les d\u00e9missions succ\u00e9d\u00e8rent aux expulsions, des contre-organisations virent le jour. En 1931, l&#8217;ICU \u00e9tait pratiquement morte.<\/p>\n<p>Produit d&#8217;une scission de l&#8217;lCU, la South African Federation of NonEuropean Workers (f\u00e9d\u00e9ration sud-africaine des travailleurs non-europ\u00e9ens) a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e \u00e0 Johannesburg. Elle f\u00e9d\u00e9rait surtout les travailleurs des industries secondaires (blanchisserie, habillement, fabrique de meubles, etc.). A son apog\u00e9e, elle comprenait 12 syndicats regroupant 3&#8217;000 membres et paraissait pouvoir succ\u00e9der \u00e0 l&#8217;lCU comme premi\u00e8re organisation du mouvement syndical africain. Cependant, peu apr\u00e8s, elle disparaissait, victime de combats entre factions.<\/p>\n<p>Avec la mont\u00e9e de l&#8217;ICU, les organisations syndicales avaient commenc\u00e9 \u00e0 s&#8217;implanter chez les mineurs africains du Rand. En f\u00e9vrier 1920, 71&#8217;000 mineurs africains non syndiqu\u00e9s d\u00e9clar\u00e8rent une gr\u00e8ve spontan\u00e9e mais tr\u00e8s bien organis\u00e9e, qui dura une semaine et fut \u00e9cras\u00e9e par la pers\u00e9cution et la terreur polici\u00e8re. Plusieurs travailleurs furent tu\u00e9s.<\/p>\n<p>Il existe aujourd&#8217;hui plus de 50 syndicats africains dans les industries secondaires et le commerce. Seul un petit nombre fonctionne correctement et ne progresse gu\u00e8re, forc\u00e9s qu&#8217;ils sont de vivre dans des conditions . de semi-l\u00e9galit\u00e9, soumis aux tracasseries constantes du gouvernement et se voyant interdire par la loi de fonctionner comme des syndicats authentiques. Pendant et imm\u00e9diatement apr\u00e8s le guerre, les non-europ\u00e9ens ont rejoint les syndicats en grand nombre (200&#8217;000 environ entre 1940 et 1945). Apr\u00e8s 1945, les syndicats non-europ\u00e9ens ont d\u00e9clin\u00e9.<\/p>\n<p>Les hommes africains ne peuvent pas l\u00e9galement appartenir \u00e0 des syndicats enregistr\u00e9s. Ils ont leurs propres organisations s\u00e9par\u00e9es qui n&#8217;ont pratiquement aucun droit de n\u00e9gociation collective ni de gr\u00e8ve, sous peine de 3 ans de prison et d&#8217;une amende de 500 livres britanniques. Par un curieux oubli de la loi!_ les femmes ne sont pas incluses dans ces r\u00e8glements r\u00e9pressifs et ont pu adh\u00e9rer \u00e0 des syndicats enregistr\u00e9s, sp\u00e9cialement dans l&#8217;industrie du v\u00eatement. En 1950, 75&#8217;000 femmes m\u00e9tis, indiennes et africaines appartenaient \u00e0 des syndicats reconnus, affili\u00e9s \u00e0 la South African Trades and Labor Council &#8211; SAT &amp; LC. A cette \u00e9poque, 20% des adh\u00e9rents de SATLC \u00e9taient non europ\u00e9ens. Le Western Provinces Council of Labor Unions, groupe local moins important, \u00e9tait compos\u00e9 de 80% de travailleurs de couleur.<br \/>\nE.S. Sachs d\u00e9crit ainsi la position des travailleurs non-europ\u00e9ens dans les syndicats \u00e0 pr\u00e9dominance europ\u00e9enne: &#8220;quelques syndicats (\u00e0 pr\u00e9dominance europ\u00e9enne) ont organis\u00e9 des travailleurs indig\u00e8nes du m\u00eame secteur industriel dans des sections s\u00e9par\u00e9es. C&#8217;est une forme de coop\u00e9ration. Il y a aussi un certain nombre de syndicats ind\u00e9pendants indig\u00e8nes dont certains sont affili\u00e9s au SATLC mais dans lesquels ils&#8217; n&#8217;ont que &#8216;peu&#8217; ou pas d&#8217;influence. Il En 1949 existait un Council of Non-European Trade Unions affili\u00e9 \u00e0 la FSM. (Le SATLC ne s&#8217;est jamais affili\u00e9 ni \u00e0 la FSM ni \u00e0 la CISL car cela aurait entrain\u00e9 une cassure de l&#8217;organisation en deux parties).<\/p>\n<p>La derni\u00e8re grande gr\u00e8ve des travailleurs africains a eu lieu dans le Rand en 1946: soixante mille mineurs se mirent en gr\u00e8ve pour obtenir la reconnaissance de leur syndicat (African Mineworkers&#8217;Union &#8211; f\u00e9d\u00e9ration africaine des mineurs &#8211; affili\u00e9e au CNETU) et une augmentation de salaires de la shillings par jour. Selon les chiffres officiels, la gr\u00e9vistes furent tu\u00e9s dans la r\u00e9pression et plusieurs centaines bless\u00e9s.<br \/>\nLe syndicalisme n&#8217;a manifest\u00e9 aucun signe d&#8217;activit\u00e9 parmi le million de travailleurs agricoles africain, sauf au Natal o\u00f9 une loi sur les relations sociales de 1937 a interdit les syndicats de travailleurs des plantations.<\/p>\n<p>Le drame bien connu des syndicats sud-africains, c&#8217;est que la majorit\u00e9 des syndicats europ\u00e9ens refusa d\u00e8s le d\u00e9part d&#8217;aider les travailleurs non europ\u00e9ens \u00e0 s&#8217;organiser.<\/p>\n<p>Cette politique du mouvement syndical europ\u00e9en a eu des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses pour l&#8217;ensemble du monde ouvrier &#8211; non seulement aujourd&#8217;hui o\u00f9 les syndicats des deux c\u00f4t\u00e9s sont en train de se faire an\u00e9antir s\u00e9par\u00e9ment, mais d\u00e8s l&#8217;origine. Lors de la gr\u00e8ve dans le Rand en 1920, les mineurs africains non seulement ne re\u00e7urent aucune aide des syndicats mais durent affronter l&#8217;hostilit\u00e9 ouverte et le refus de faire gr\u00e8ve des mineurs europ\u00e9ens. &#8220;Deux ans plus tard, les mineurs europ\u00e9ens pay\u00e8rent cher cette politique stupide et r\u00e9trograde. Lorsqu&#8217;ils se mirent en gr\u00e8ve, les travailleurs indig\u00e8nes rest\u00e8rent au travail et firent tourner la mine avec l&#8217;aide des cadres.&#8221; Ce fut la premi\u00e8re s\u00e9rie de d\u00e9faites que les syndicats europ\u00e9ens durent subir \u00e0 cause de leur politique.<\/p>\n<p>A la naissance de l&#8217;ICU, la majorit\u00e9 des syndicats europ\u00e9ens maintint son hostilit\u00e9 et refusa de la-. prendre au s\u00e9rieux. Comme elle grandissait en force et en influence, le SATLC europ\u00e9en ne put continuer \u00e0 l&#8217;ignorer mais, en d\u00e9pit de pieuses d\u00e9clarations, il n&#8217;accepta jamais de coop\u00e9rer avec l&#8217;ICU sur un pied d&#8217;\u00e9galit\u00e9. Le d\u00e9clin rapide de l&#8217;ICU caus\u00e9 en partie par l&#8217;attitude hostile des syndicats europ\u00e9ens d\u00e9livra ceux-ci de la n\u00e9cessit\u00e9 g\u00eanante d&#8217;avoir \u00e0 prendre une position claire sur le sujet et de l&#8217;obligation d&#8217;aider \u00e0 mettre sur pied un mouvement syndical africain qui aurait pu les aider \u00e0 survivre.<br \/>\nSous la pression du gouvernement nationaliste, le mouvement syndical divis\u00e9 s&#8217;est d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9 \u00e0 une vitesse surprenante.<\/p>\n<p>En 1952, le mouvement syndical sud-africain \u00e9tait largement divis\u00e9 en diff\u00e9rentes factions: (1) le South African Trade and Labor Council, la plus repr\u00e9sentative \u00e0 cette \u00e9poque des centrales nationales: elle comprenait \u00e0 un extr\u00eame des syndicats favorables \u00e0 la politique d&#8217;apartheid et \u00e0 l&#8217;oppos\u00e9 des syndicats qui rejetaient toutes formes de s\u00e9gr\u00e9gation: (2) le South African Coordinating Council of Trade Unions, une organisation fasciste contr\u00f4l\u00e9e par le Parti Nationaliste; il comprenait le syndicat des mineurs et celui des m\u00e9tallurgistes (21&#8217;000 membres en 1955): (3) le Western Provinces Council of Labor Unions, organisation ind\u00e9pendante limit\u00e9e \u00e0 la r\u00e9gion du Cap. On ne voit pas bien les raisons pour lesquelles elle \u00e9tait ind\u00e9pendante du SATLC; (4) un groupe de syndicats ind\u00e9pendants qui avaient quitt\u00e9 le SATLC \u00e0 cause du &#8220;pr\u00e9alable sur la couleur&#8221; mais n&#8217;avaient pas rejoint le SACCTU: il existe aujourd&#8217;hui une organisation similaire appel\u00e9e South African Federation of Trade Unions (45&#8217;000 membres en 1955): (5) d&#8217;autres syndicats ind\u00e9pendants comme ceux des cheminots qui jouent un petit r\u00f4le (73&#8217;000 membres en 1955).<\/p>\n<p>En 1954, le SATLC a \u00e9t\u00e9 dissous apr\u00e8s avoir progressivement perdu son influence et a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par le South Africain Trade Union Council (SATUC &#8211; 149&#8217;000 membres en 1955. La nouvelle centrale a annonc\u00e9 son intention de &#8220;centrer son opposition sur la loi sur les relations sociales du gouvernement&#8221; qui vise \u00e0 faire \u00e9clater les syndicats sur des bases raciales. Cependant, elle a aussi exprim\u00e9 sa volont\u00e9 d&#8217;accepter le principe de &#8220;l&#8217;apartheid&#8221;, m\u00eame dans ses propres rangs, faisant le choix d&#8217;une politique du &#8220;moindre mal&#8221; et se privant ainsi de la seule base efficace d&#8217;o\u00f9 elle aurait pu contrer les attaques du gouvernement.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1955, le gouvernement a promulgu\u00e9 la loi sur les relations sociales en d\u00e9pit de la forte protestation du mouvement syndical. Cette nouvelle loi divise les syndicats en obligeant ceux qui sont affili\u00e9s au parti socialiste d&#8217;Afrique du Sud \u00e0 se d\u00e9saffilier (principalement les travailleurs du v\u00eatement et les ing\u00e9nieurs).<\/p>\n<p>C&#8217;est ainsi que la politique \u00e9go\u00efste et \u00e0 courte vue de la majorit\u00e9 des syndicats europ\u00e9ens a laiss\u00e9 le mouvement syndical d&#8217;Afrique du Sud &#8211; et de Rhod\u00e9sie du Sud &#8211; sans d\u00e9fense et sur la voie de la plus dangereuse forme de r\u00e9action qui ait jamais exist\u00e9 sur le continent africain.<\/p>\n<p>Rappelons cependant, pour demeurer confiant dans l&#8217;avenir du syndicalisme sud-africain, qu\u2019une minorit\u00e9 de travailleurs europ\u00e9ens apporta sans discontinuer son soutien aux syndicats africains.<\/p>\n<p>En 1915, la Ligue Internationale Socialiste, petit groupe de socialistes r\u00e9volutionnaires qui avait quitt\u00e9 le Parti socialiste sud-africain sur la question de la guerre, expliqua pour la premi\u00e8re fois aux travailleurs africains dans leur propre langue les principes de base du syndicalisme. Plus tard, le Parti Communiste, le mouvement trotskyste et certaines tendances du Parti socialiste maintinrent cette tradition d&#8217;internationalisme et de solidarit\u00e9 de classe. Quand l&#8217;lCU fut fond\u00e9e, W.H. Andrew, fondateur de la Ligue Internationale Socialiste et plus tard du Parti communiste, fit tout son possible pour apporter une aide mat\u00e9rielle malgr\u00e9 les attaques dont il \u00e9tait l&#8217;objet de la part des dirigeants syndicalistes europ\u00e9ens.<br \/>\nLa Garment Workers&#8217;Union (f\u00e9d\u00e9ration des travailleurs de l&#8217;habillement18 500 membres en 1953) \u00e9tait majoritairement compos\u00e9e de femmes afrikaaners qui ont toujours montr\u00e9 sur cette question comme sur d&#8217;autres un grand esprit militant et authentiquement socialiste. La s\u00e9gr\u00e9gation n&#8217;existait pas dans ses syndicats locaux et elle a aid\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 la cr\u00e9ation de la South African Clothing Workers&#8217; Union (f\u00e9d\u00e9ration des travailleurs de l&#8217;habillement d&#8217;Afrique du Sud), f\u00e9d\u00e9ration compos\u00e9e principalement d&#8217;hommes africains auquel il est interdit par la loi, comme nous l&#8217;avons vu plus haut, d&#8217;appartenir \u00e0 une structure europ\u00e9enne. Malheureusement, des f\u00e9d\u00e9rations du type de la Garment Workers&#8217;Union sont rest\u00e9es des exceptions dans le mouvement syndical europ\u00e9en.<\/p>\n<p>Dans les autres pays d&#8217;Afrique tropicale, le syndicalisme a \u00e9t\u00e9 lent \u00e0 se d\u00e9velopper avant la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Le syndicalisme europ\u00e9en a pris de l&#8217;importance uniquement en Rhod\u00e9sie &#8211; dans aucune autre partie du continent les travailleurs europ\u00e9ens n&#8217;\u00e9taient suffisamment nombreux pour former la base d&#8217;un mouvement syndical significatif. Le d\u00e9veloppement des syndicats africains \u00e9tait entrav\u00e9 par les m\u00eames obstacles que ceux que rencontraient ses homologues en Afrique du Sud: une main d&#8217;oeuvre instable et migrante; une opposition acharn\u00e9e de la part des autorit\u00e9s et des employ\u00e9s; le manque d&#8217;exp\u00e9rience dans le domaine du recrutement.<\/p>\n<p>Il semble que la premi\u00e8re f\u00e9d\u00e9ration africaine ait \u00e9t\u00e9 la f\u00e9d\u00e9ration des cheminots en Sierra Leone, fond\u00e9e en 1917, qui organisa une gr\u00e8ve \u00e0 Freetown en 1919. (*<em> Une f\u00e9d\u00e9ration des travailleurs .du tabac avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e d\u00e9j\u00e0 en 1903 en Egypte<\/em>.)<\/p>\n<p>C&#8217;est le seul signe d&#8217;activit\u00e9 pendant 10 ans. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, on a connaissance de quelques noyaux syndicaux en Sierra Leone, en Gambie, au Nigeria. En Rhod\u00e9sie du Nord, les mineurs africains se mirent en gr\u00e8ve en 1935 contre une augmentation de la capitation une revendication typiquement politique. La r\u00e9pression fit cinq morts. En 1940, les mineurs africains se mirent de nouveau en gr\u00e8ve; cette fois, il y eut 17 tu\u00e9s et 65 bless\u00e9s. On obligea ainsi les gr\u00e9vistes \u00e0 reprendre le travail apr\u00e8s quelques jours.<\/p>\n<p>En 1932, le Trades and Labor Journal d&#8217;Afrique du Sud rapporta qu&#8217;une conf\u00e9d\u00e9ration syndicale appel\u00e9e Southern Rhodesia Trades &amp; Labor Council avait \u00e9t\u00e9 form\u00e9e sur l&#8217;exemple de la SAT &amp; LC &#8211; c&#8217;\u00e9tait presque s\u00fbrement un organisme compos\u00e9 uniquement d&#8217;Europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>A Madagascar, la CGT fran\u00e7aise (\u00e0 l&#8217;\u00e9poque, une organisation r\u00e9formiste dirig\u00e9e par Jouhaux) cr\u00e9ait en 1937 des syndicats locaux pour les travailleurs tant fran\u00e7ais que malgaches qui en g\u00e9n\u00e9ral \u00e9taient directement rattach\u00e9s aux f\u00e9d\u00e9rations d&#8217;industrie fran\u00e7aises. La premi\u00e8re f\u00e9d\u00e9ration \u00e0 \u00eatre cr\u00e9\u00e9e fut celle des fonctionnaires.<\/p>\n<p>La CFTC (Conf\u00e9d\u00e9ration Fran\u00e7aise des Travailleurs Chr\u00e9tiens) embo\u00eeta le pas en fondant en 1938 l&#8217;Union des Syndicats Chr\u00e9tiens de Madagascar, une organisation conservatrice compl\u00e8tement sous la coupe de l&#8217;Eglise catholique et sans danger pour quiconque hormis ses successeurs. Les autorit\u00e9s apport\u00e8rent leur soutien \u00e0 cette campagne de syndicalisation afin de s&#8217;opposer \u00e0 la progression de la CGT. Et de fait, en 1939, la CFTC revendiquait 13 200 membres dont 10 500 travailleurs agricoles, tandis que la CGT annon\u00e7ait 997 membres dont 300 fonctionnaires.<\/p>\n<p>Ces tentatives de syndicalisation, si faibles jusqu&#8217;alors, re\u00e7urent une vigoureuse impulsion pendant et imm\u00e9diatement apr\u00e8s la seconde guerre mondiale. Les syndicats se d\u00e9velopp\u00e8rent sur tout le continent. L&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration de la production et de l&#8217;exploitation qui e\u00fbt pour cons\u00e9quence l&#8217;apparition de travailleurs salari\u00e9s par milliers, l&#8217;affaiblissement du pouvoir colonial, tout cela cr\u00e9a les conditions d&#8217;une insurrection du mouvement ouvrier et nationaliste qui \u00e9tait bien souvent identique. Pour bien des Africains, la guerre et l&#8217;arm\u00e9e furent une bonne \u00e9cole:<\/p>\n<p>&#8220;Pendant la seconde guerre mondiale, les troupes africaines ont combattre au Moyen Orient, \u00e0 Madagascar, en Afrique orientale italienne, \u00e0 Ceylan et en Birmanie. La guerre a apport\u00e9 \u00e0 ces Africains des possibilit\u00e9s et des exp\u00e9riences nouvelles. Environ douze milles Africains du Kenya ont appris \u00e0 faire fonctionner des v\u00e9hicules \u00e0 moteur. Le corps d&#8217;enseignement de l&#8217;arm\u00e9e d&#8217;Afrique orientale a form\u00e9 quelque 500 Africains pour les fonctions de professeur, officier de renseignement, travailleur social ou interpr\u00e8te. Ce m\u00eame corps a publi\u00e9 un journal en Swahili appel\u00e9 Askari diffus\u00e9 chaque semaine \u00e0 8&#8217;000 exemplaires. Des dizaines de milliers de soldats ont plus progress\u00e9 en cinq ans de guerre qu&#8217;ils ne l&#8217;auraient pu en vingt ans de paix.&#8221;<\/p>\n<p>En Ouganda, le premier mouvement de masse nationaliste est n\u00e9 de la poursuite des revendications \u00e9conomiques et sociales soulev\u00e9es par les Africains ayant particip\u00e9 \u00e0 la guerre.<\/p>\n<p>&#8220;On l&#8217;appela &#8220;Num\u00e9ro Huit&#8221; \u00e0 cause de la Huiti\u00e8me Arm\u00e9e de Montgomery dans laquelle de nombreux Africains avaient servi. Il vit le jour en 1945, tout de suite apr\u00e8s la guerre et r\u00e9unissait des ex-soldats. Le but de ce mouvement \u00e9tait d&#8217;obtenir une augmentation des salaires, et des prix agricoles \u00e0 la production ainsi que &#8211; pour la premi\u00e8re fois, &#8211; une participation de repr\u00e9sentants africains \u00e9lus au gouvernement central et dans les administrations locales du pays. Apr\u00e8s tout, c&#8217;est pour la d\u00e9mocratie qu&#8217;on s&#8217;\u00e9tait battu! Ce mouvement spontan\u00e9 tenta de parvenir \u00e0 ses fins en d\u00e9clarant une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale et en appelant au refus de toute vente aux non- Africains Toutes les routes menant aux centres urbains furent bloqu\u00e9es par des piquets de gr\u00e8ve afin d&#8217;emp\u00eacher quiconque de se rendre \u00e0 son travail ou pour passer clandestinement de la nourriture aux habitants des villes. Ce mouvement e\u00fbt un succ\u00e8s \u00e9norme. Le gouvernement r\u00e9pondit en faisant venir la troupe pour tirer sur les piquets et terroriser la population. Un grand nombre d&#8217;Africains y perdit la vie &#8211; \u00e0 ce jour, on n&#8217;en connait pas le nombre exact &#8211; et les &#8220;meneurs&#8221; furent \u00e9videmment d\u00e9port\u00e9s.<\/p>\n<p>&#8221; Mais &#8220;Num\u00e9ro Huit&#8221; d\u00e9boucha sur des r\u00e9sultats tangibles. Les salaires furent augment\u00e9s, ainsi que le prix pay\u00e9 aux planteurs de coton. Dans le m\u00eame temps, on reconn\u00fbt pour la premi\u00e8re fois le droit aux Africains d&#8217;avoir une certaine forme de repr\u00e9sentation \u00e9lue dans les administrations locales et un embryon de repr\u00e9sentation directe, bien que s\u00e9lectionn\u00e9e, au gouvernement central.&#8221;<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation du parti Bataka, groupe nationaliste limit\u00e9 localement, fut une cons\u00e9quence politique de cette gr\u00e8ve. En 1949, une Union des fermiers (Farmers&#8217;Union) vit le jour. Elle engagea imm\u00e9diatement une lutte pour une repr\u00e9sentation plus importante au parlement africain (o\u00f9 la plupart des repr\u00e9sentants \u00e9taient nomm\u00e9s par les gouvernements), contre les plans du gouvernement britannique visant \u00e0 f\u00e9d\u00e9rer les trois territoires d&#8217;Afrique de l&#8217;Est et contre le monopole exerc\u00e9 par les \u00e9greneurs et les exportateurs de coton europ\u00e9ens et asiatiques. Les n\u00e9gociations furent rompues par le gouvernement qui interdit le parti Bakata et l&#8217;Union des Fermiers. Il d\u00e9cr\u00e9ta au m\u00eame moment la dissolution de la General Transport Worker&#8217;s Union d&#8217;Ouganda (F\u00e9d\u00e9ration des travailleurs des transports et g\u00e9n\u00e9rale d&#8217;Ouganda) dont la plupart des dirigeants avaient \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9s dans la campagne politique. Ce comportement ne pouvait qu&#8217;amener une plus grande prise de conscience et activit\u00e9 politiques: en 1952 \u00e9tait cr\u00e9\u00e9e l&#8217;Ouganda National Congress (Conf\u00e9d\u00e9ration nationale ougandaise), premi\u00e8re organisation nationaliste couvrant les trois provinces de l&#8217;Ouganda.<\/p>\n<p>Au Kenya, un Conseil des syndicats d&#8217;Afrique de l&#8217;Est (East African Trade Union Council) fut cr\u00e9\u00e9 en 1949. Il revendiquait 5000 membres en mai 1949 et 10&#8217;000 en d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e. Il fut interdit par le gouvernement en 1950. En 1951 la Registered Trade Union Federation of Kenya (conf\u00e9d\u00e9ration des syndicats autoris\u00e9s du Kenya) voyait le jour avec Tom Mboya \u00e0 sa t\u00eate, et s&#8217;affiliait \u00e0 la CISL. La campagne contre les Mau Mau a \u00e9t\u00e9 bien s\u00fbr utilis\u00e9e comme une arme contre le mouvement syndical mais jusqu&#8217;ici sans succ\u00e8s. Des 13 syndicats existant au Kenya en 1952, cinq regroupaient des Africains, trois des Asiatiques, deux \u00e9taient mixtes (Africains-Asiatiques) et trois regroupaient des Europ\u00e9ens &#8211; ils ne comptaient d&#8217;ailleurs \u00e0 eux trois que dix-sept membres!<\/p>\n<p>A la m\u00eame \u00e9poque, il y avait en Ouganda une organisation regroupant des Asiatiques et deux regroupant des Africains.<\/p>\n<p>Au Tanganyika, il n&#8217;y avait en 1947 qu&#8217;un syndicat digne de ce nom: le syndicat des dockers de Dar-es-Salaam. En 1949 il Y en avait sept, dont cinq regroupant des Africains. En 1951, il n&#8217;yen avait plus qu&#8217;un, le syndicat regroupant des Asiatiques. Malgr\u00e9 cela, l&#8217;administration faisait \u00e9tat dans son rapport annuel au Conseil de surveillance des Nations-Unies de 73 gr\u00e8ves ayant touch\u00e9 7851 travailleurs. En 1953, il Y avait 6 syndicats dont le plus important avec 421 membres \u00e9tait l&#8217;Association des chauffeurs du Kilimandjaro (Kilimandjaro Drivers&#8217; Association). A l&#8217;heure o\u00f9 ces ligues sont \u00e9crites, ces syndicats sont sur le point de former la Conf\u00e9d\u00e9ration du travail du Tanganyika (Tanganyika Federation of Labor).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac02-22a.jpg\" alt=\"tbl-moac02-22a.jpg\" width=\"667\" height=\"140\" \/><br \/>\nEn Afrique de l&#8217;Est sous administration britannique, le mouvement syndical a une plus longue histoire et a r\u00e9ussi \u00e0 s&#8217;implanter plus t\u00f4t plus solidement.<\/p>\n<p>Au Nigeria, la f\u00e9d\u00e9ration des cheminots (Railways Workers&#8217; Union) est la plus ancienne. Elle est enregistr\u00e9e depuis 1939 selon l&#8217;ordonnance sur les syndicats. Les organisations ouvri\u00e8res se d\u00e9velopp\u00e8rent rapidement pendant la guerre et, en 1943, 200 repr\u00e9sentants de 56 syndicats se r\u00e9unirent \u00e0 Lagos pour former la Conf\u00e9d\u00e9ration des syndicats du Nigeria (Trade Union Council of Nigeria). Apr\u00e8s la guerre, deux grandes gr\u00e8ves donn\u00e8rent au mouvement syndical une impulsion suppl\u00e9mentaire: la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 1945 qui, partie de Lagos, s&#8217;\u00e9tendit aux cheminots, aux travailleurs des plantations et \u00e0 ceux du commerce, puis en 1949, la gr\u00e8ve dans les mines de charbon d&#8217;Enugu qui fut brutalement r\u00e9prim\u00e9e par la police, plusieurs travailleurs \u00e9tant tu\u00e9s. Cette gr\u00e8ve visait \u00e0 une augmentation des salaires et \u00e0 une am\u00e9lioration des conditions de logement.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, en novembre 1955, 40&#8217;000 mineurs d&#8217;\u00e9tain se sont mis en gr\u00e8ve pour obtenir de meilleurs salaires, comme le firent en janvier 1956 40&#8217;000 travailleurs du b\u00e2timent. Les f\u00e9d\u00e9rations les plus importantes sont au Nig\u00e9ria celles des cheminots, des mineurs de charbon, des travailleurs de la construction et des enseignants. Plusieurs syndicats ne sont pas conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s. En C\u00f4te de l&#8217;Or, une conf\u00e9d\u00e9ration fut cr\u00e9\u00e9e en 1943. Fin 1949 et d\u00e9but 1950, les syndicats appel\u00e8rent \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale en soutien au Parti populaire (Convention People Party) qui poursuivait une campagne de non coop\u00e9ration avec l&#8217;administration britannique. Une gr\u00e8ve des achats e\u00fbt lieu dans le m\u00eame temps. A la suite de cette gr\u00e8ve, plusieurs dirigeants furent emprisonn\u00e9s et des milliers de travailleurs licenci\u00e9s et inscrits sur une liste noire. Aujourd&#8217;hui, la conf\u00e9d\u00e9ration compte \u00e0 peu pr\u00e8s 84&#8217;000 membres dans plus de 60 syndicats.<\/p>\n<p>A la date de r\u00e9daction de cet article, 35&#8217;000 mineurs sont en gr\u00e8ve depuis trois mois pour une augmentation de salaire de 15%.<\/p>\n<p>Le tableau ci-dessous montre le d\u00e9veloppement du syndicalisme en Afrique de l&#8217;Est britannique:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac02-23a.jpg\" alt=\"tbl-moac02-23a.jpg\" width=\"686\" height=\"228\" \/><br \/>\nEn Afrique occidentale sous administration fran\u00e7aise (S\u00e9n\u00e9gal, Mauritanie, C\u00f4te d&#8217;Ivoire, Guin\u00e9e, Soudan, Dahomey, Niger et Haute Volta), la CGT et la CFTC avaient commenc\u00e9 \u00e0 recruter m\u00eame avant la seconde guerre mondiale, mais uniquement parmi les travailleurs europ\u00e9ens. Le mouvement syndical ne se d\u00e9veloppa r\u00e9ellement qu&#8217;apr\u00e8s 1944 lorsque la libert\u00e9 de s&#8217;organiser syndicalement fut donn\u00e9e, comme un sous-produit de la Lib\u00e9ration, aux indig\u00e8nes des colonies. L\u00e0 comme ailleurs, les revendications syndicales furent rapidement li\u00e9es aux revendications nationalistes.<\/p>\n<p>Ainsi, en Haute Volta, les syndicats fleurirent en 1946 sous l&#8217;impulsion du nouveau parti nationaliste, le Rassemblement D\u00e9mocratique Africain (RDA). Au d\u00e9part, d&#8217;ailleurs, le parti et les syndicats partageaient le m\u00eame bureau et les m\u00eames dirigeants. En C\u00f4te d&#8217;Ivoire, une f\u00e9d\u00e9ration des travailleurs de l&#8217;agriculture \u00e9tait fond\u00e9e en 1946 et devenait la base du RDA dans la r\u00e9gion. Unissant leur force, le parti et le syndicat abolirent le travail forc\u00e9 en Afrique occidentale fran\u00e7aise tout au moins sur le plan l\u00e9gal.<br \/>\nLe bastion du syndicalisme en Afrique occidentale fran\u00e7aise, c&#8217;est le S\u00e9n\u00e9gal avec son centre urbain de Dakar-Rufisque. La majorit\u00e9 des syndiqu\u00e9s se trouve \u00e0 la CGT. Ensuite vient la puissante F\u00e9d\u00e9ration ind\u00e9pendante des cheminots africains avec 15&#8217;000 membres. La CFTC est l\u00e0, contrairement \u00e0 Madagascar, un syndicat militant engag\u00e9 dans des luttes au c\u00f4t\u00e9 d&#8217;autres syndicats et devant vaincre les m\u00eames obstacles. Fa est insignifiant. En Afrique occidentale fran\u00e7aise dans son ensemble, le taux de syndicalisation des travailleurs salari\u00e9s \u00e9tait de 28,1% en 1948, 30,6% en 1950 et 26,4% en 1952. On comptait en 1953 un total de 115 300 syndiqu\u00e9s. Les forces en pr\u00e9sence \u00e9taient en 1948 les suivantes:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac02-23b.jpg\" alt=\"tbl-moac02-23b.jpg\" width=\"235\" height=\"110\" \/><br \/>\nDans les Camerouns fran\u00e7ais, les effectifs des f\u00e9d\u00e9rations \u00e9taient en 1954 les suivants:<\/p>\n<p>USAC (autonome) CFTC<br \/>\n<img loading=\"lazy\" class=\"\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac02-23c.jpg\" alt=\"tbl-moac02-23c.jpg\" width=\"677\" height=\"135\" \/><br \/>\nL&#8217;USCC coop\u00e8re \u00e9troitement avec l&#8217;Union des Populations du Cameroun (UPC), un parti nationaliste sous influence stalinienne r\u00e9cemment interdit par l&#8217;administration. Politiquement, ce parti peut \u00eatre compar\u00e9 au Parti progressiste du peuple de Guyane britannique \u00e0 .ses d\u00e9buts.<\/p>\n<p>Au Togo sous administration fran\u00e7aise, il existait en 1952 trente cinq syndicats avec un effectif total de 4425 membres, pour la plupart, \u00e0 la CGT et une minorit\u00e9 \u00e0 la CFTC.<\/p>\n<p>Le mouvement syndical d&#8217;Afrique occidentale fran\u00e7aise vient de sortir d&#8217;une bataille capitale qu&#8217;il a conduit avec une discipline et une t\u00e9nacit\u00e9 admirables. Il s&#8217;agissait de l&#8217;application du Code du travail de 1947.<\/p>\n<p>Le Code du Travail est une tentative de faire mieux correspondre la dur\u00e9e du travail, les salaires et les conditions de travail dans les colonies africaines avec ce qui existe en France. C&#8217;est le fruit du travail de l\u00e9gislateurs lib\u00e9raux et sociaux d\u00e9mocratiques qui a re\u00e7u le soutien du Rassemblement D\u00e9mocratique Africain, du Parti socialiste, du Parti communiste et de ceux du MRP qui appartiennent aussi \u00e0 la CFTC. Sa disposition la plus importante est la semaine de travail de 40 heures pay\u00e9es 48 qui \u00e9tait donc cens\u00e9e amener une augmentation horaire de 20% sans modifier le montant du salaire hebdomadaire.<br \/>\nOn se doute que cette loi rencontra l&#8217;opposition r\u00e9solue des cercles coloniaux et de leurs amis politiques \u00e0 l&#8217;assembl\u00e9e. De ce fait, les d\u00e9bats sur la loi s&#8217;\u00e9ternis\u00e8rent de 1947, date de la premi\u00e8re pr\u00e9sentation du texte, \u00e0 1952.<\/p>\n<p>En 1952, la CGT d&#8217;Afrique occidentale, la CFTC et les cheminots ind\u00e9pendants d\u00e9cid\u00e8rent d&#8217;entamer une campagne d&#8217;agitation pour faire pression sur l&#8217;Assembl\u00e9e, dont le point culminant fut une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 24 heures le 3 novembre. FO s&#8217;associa \u00e0 la gr\u00e8ve au tout dernier moment. Elle fut effective pratiquement \u00e0 100% au S\u00e9n\u00e9gal, au Soudan, en Guin\u00e9e, en C\u00f4te d&#8217;Ivoire, au Dahomey et en Haute Volta. Jamais jusqu&#8217;alors dans l&#8217;histoire du syndicalisme africain une gr\u00e8ve n&#8217;avait \u00e9t\u00e9 aussi suivie sur une si grande portion de territoire. Le 22 novembre cons\u00e9quence directe de la gr\u00e8ve, l&#8217;Assembl\u00e9e adoptait le texte de loi qui \u00e9tait promulgu\u00e9 le 16 d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>La bataille cependant restait encore \u00e0 livrer car les employeurs, soutenus par les administrations locales, prirent argument d&#8217;une formulation pas assez claire du texte pour payer 40 heures au taux horaire pr\u00e9c\u00e9dent ce qui en r\u00e9alit\u00e9 revenait \u00e0 diminuer les salaires. En juin 1953 les quatre conf\u00e9d\u00e9rations syndicales (CGT, CFTC, Autonomes et FO) pr\u00e9sentaient trois revendications dans une campagne destin\u00e9e \u00e0 obtenir l&#8217;application de la loi dans l&#8217;esprit dans lequel elle avait \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue: (1) une augmentation de 20% des salaires minima; (2) . la r\u00e9vision des salaires minima dans l&#8217;avenir en fonction de l&#8217;augmentation du co\u00fbt de la vie; (3) l&#8217;application de l&#8217;ensemble des dispositions du Code.<\/p>\n<p>Ces revendications furent appuy\u00e9es par toute une s\u00e9rie de gr\u00e8ves. Les travailleurs des postes se mirent les premiers en gr\u00e8ve le 24 juin puis le 6 et 7 juillet dans l&#8217;ensemble de l&#8217;AOF. Ils furent suivis par les travailleurs de Dakar qui appel\u00e8rent \u00e0 une gr\u00e8ve de 48 heures les 16 et 17 juillet, et par les cheminots du Niger le 27 juillet. Il y eut ensuite une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale au Soudan du 3 au 10 ao\u00fbt, une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale au Niger du 3 au 5 ao\u00fbt, une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale des fonctionnaires contre les discriminations raciales dans les services publics le 10 ao\u00fbt, une gr\u00e8ve dans les Camerouns les 10 et 11 ao\u00fbt et finalement, une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale en Guin\u00e9e, la plus importante de toutes puisqu&#8217;elle dura deux mois, du 21 septembre au 25 novembre et re\u00e7ut le soutien des paysans africains qui nourrirent les gr\u00e9vistes.<\/p>\n<p>Le 13 octobre, une gr\u00e8ve de 24 heures \u00e9tait de nouveau d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e au S\u00e9n\u00e9gal et en Mauritanie, suivie par une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale qui dura du 3 au 5 novembre.<\/p>\n<p>Au cours de ces gr\u00e8ves, huit dirigeants syndicaux furent emprisonn\u00e9s, plusieurs gr\u00e9vistes furent bless\u00e9s par la police au S\u00e9n\u00e9gal et en Guin\u00e9e et l&#8217;un d&#8217;eux fut tu\u00e9 en Guin\u00e9e.<\/p>\n<p>Et le 27 novembre, le gouvernement fran\u00e7ais envoyait \u00e0 toutes les administrations locales des colonies des instructions les informant que le principe d&#8217;une augmentation de salaire de 20% et de la semaine de travail de 40 heures devait effectivement \u00eatre partout appliqu\u00e9.<\/p>\n<p>La gr\u00e8ve en Guin\u00e9e fut sans aucun doute la plus longue jamais organis\u00e9e en Afrique. La pr\u00e9paration et l&#8217;organisation des gr\u00e8ves, la coop\u00e9ration des diff\u00e9rentes f\u00e9d\u00e9rations, la poursuite des gr\u00e8ves pendant presque cinq mois sur un vaste territoire, tout cela \u00e9tait nouveau. M\u00eame si ces gr\u00e8ves n&#8217;avaient pas abouti, le mouvement syndical en serait sorti avec une autorit\u00e9 et un prestige plus grands.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, une action de ce type, sur une aussi grande \u00e9chelle, n&#8217;est pas sans implications politiques, dont quelques-unes \u00e9taient abord\u00e9es dans l&#8217;organe de la CGT \u00e0 Dakar, &#8220;le Prol\u00e9taire&#8221;:<\/p>\n<p>&#8220;Nous disons \u00e0 l&#8217;administration calmement mais fermement que si elle ne revoit pas sa position nous passerons outre et nous soul\u00e8verons des revendications autres qu&#8217;\u00e9conomiques et sociales. Les syndicats africains ont le soutien de l&#8217;ensemble des couches sociales; ils peuvent convoquer une Conf\u00e9rence qui pourrait \u00e0 l&#8217;unanimit\u00e9 d\u00e9cider de demander la r\u00e9vision des liens qui les rattachent \u00e0 l&#8217;Union Fran\u00e7aise.&#8221;<\/p>\n<p>Un g\u00e9n\u00e9ral d&#8217;arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e9crivit \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame chose mais vue de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, du point de vue de l&#8217;administration:<\/p>\n<p>&#8220;Le syndicalisme (en Afrique fran\u00e7aise) a atteint sa maturit\u00e9, est devenu conscient de sa force et a cr\u00e9\u00e9 une unit\u00e9 que ni la politique ni la religion n&#8217;ont pu atteindre. Il est capable de mener une action que nous ne pourrons calmer qu&#8217;avec difficult\u00e9 car il n&#8217;existe aucun syst\u00e8me poli tique ou administratif en mesure de faire contrepoids-. On connait bien son attitude et ses moyens d&#8217;expression: il parle et agit comme s&#8217;il repr\u00e9sentait le pays tout entier alors qu&#8217;il n&#8217;est en fait que le porte parole d&#8217;une faible minorit\u00e9 &#8211; moins de 2% de la population &#8211; comparativement \u00e0 la masse paysanne des campagne qui repr\u00e9sente la richesse r\u00e9elle de ces territoires, mais reste amorphe et sans r\u00e9action.&#8221;<\/p>\n<p>L&#8217;agitation en vue de l&#8217;application du Code du travail ne s&#8217;\u00e9tait pas \u00e9tendue \u00e0 l&#8217;Afrique \u00e9quatoriale fran\u00e7aise dont l&#8217;\u00e9conomie \u00e9tait moins d\u00e9velopp\u00e9e et restait largement de type rural. L&#8217;activit\u00e9 syndicale \u00e9tait centralis\u00e9e dans le seul grand centre urbain, Brazzaville, sur le rive fran\u00e7aise du Stanley Pool (Pool Malebo) en face de L\u00e9opoldville. Il existait en 1949 trois f\u00e9d\u00e9rations dignes de ce nom \u00e0 Brazzaville: la F\u00e9d\u00e9ration de la construction, du bois et du fer (1&#8217;100 adh\u00e9rents) et l&#8217;Association des employ\u00e9s africains du chemin de fer Oubangui- Congo (25Gadh\u00e9rents), toutes deux affili\u00e9es \u00e0 FO, et la F\u00e9d\u00e9ration des employ\u00e9s de bureau de Brazzaville, ind\u00e9pendante. Les fonctionnaires mirent \u00e9galement sur pied une f\u00e9d\u00e9ration affili\u00e9e \u00e0 la CFTC. Depuis 1944, le syndicalisme a fait aussi des progr\u00e8s notables dans le monde paysan o\u00f9 furent cr\u00e9\u00e9es des f\u00e9d\u00e9rations affili\u00e9es \u00e0 la CGT et \u00e0 la CFTC.<\/p>\n<p>A Madagascar, le mouvement syndical prit de la force tr\u00e8s rapidement apr\u00e8s 1944 mais fut \u00e9cras\u00e9 par l&#8217;administration dans la r\u00e9pression sanglante de la &#8220;r\u00e9bellion&#8221; de 1947, oeuvre de provocateurs policiers. Le parti nationaliste de l\u2019\u00eele, le &#8220;Mouvement D\u00e9mocratique de R\u00e9novation Malgache&#8221; fut interdit, 80&#8217;000 personnes furent tu\u00e9es dans la campagne d&#8217;extermination du G\u00e9n\u00e9ral de Hautecloque qui devait se distinguer plus tard de fa\u00e7on similaire en Tunisie. Les dirigeants du MDRM furent emprisonn\u00e9s et d\u00e9port\u00e9s en Corse apr\u00e8s un proc\u00e8s truqu\u00e9. (* <em>Ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment rel\u00e2ch\u00e9s et assign\u00e9s \u00e0 r\u00e9sidence dans le Sud de la France. Une partie de ces \u00e9v\u00e8nements est relat\u00e9e dans l&#8217;ouvrage de Pierre Stibbe &#8220;Justice pour les Malgaches&#8221; &#8216;publi\u00e9 aux Editions du Seuii, Paris, 1955.<\/em>)<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9volution des syndicats pendant cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 la suivante:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"alignright\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac02-26a.jpg\" alt=\"tbl-moac02-26a.jpg\" width=\"732\" height=\"75\" \/><br \/>\n&#8220;L&#8217;Union des Syndicats de Madagascar&#8221; (CGT) qui avait des liens avec le MDRM perdit 50% de ses effectifs dans l&#8217;agriculture et 77% de ses membres dans la fonction publique. Les travailleurs de l&#8217;industrie ne repr\u00e9sentaient que 7% de l&#8217;effectif total du syndicat et leur taux de syndicalisation se situait \u00e0 10%.<\/p>\n<p>On trouvera ci-dessous la r\u00e9partition des effectifs des deux conf\u00e9d\u00e9rations par secteurs d&#8217;activit\u00e9:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac02-26b.jpg\" alt=\"tbl-moac02-26b.jpg\" width=\"713\" height=\"155\" \/><br \/>\nLa situation du syndicalisme en Afrique fran\u00e7aise \u00e9tait la suivante:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac02-26c.jpg\" alt=\"tbl-moac02-26c.jpg\" width=\"676\" height=\"152\" \/><br \/>\n<em>* Georges Balandier \u00e9crit qu&#8217;en 1949 moins de 8&#8217;600 travailleurs \u00e9taient syndiqu\u00e9s en AEF dans 62 syndicats. En 1953; il Y en avait 81. Le chiffre de 8000 membres est par cons\u00e9quent probablement en dessous de la r\u00e9alit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>En Afrique centrale, nous d\u00e9couvrons un autre type de puissant mouvement syndical ayant une longue tradition de lutte: les mineurs de la &#8220;ceinture de cuivre&#8221; de Rhod\u00e9sie. Comme nous l&#8217;avons vu, les mineurs africains avaient d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9 des gr\u00e8ves en 1935 et en 1940; mais on leur avait alors interdit de s&#8217;organiser en syndicats et leurs. gr\u00e8ves furent dispers\u00e9es par la police. Les deux principales soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res (Selection Trust et Anglo-American) se coalis\u00e8rent avec les colons pour s\u2019opposer \u00e0 toute tentative de l\u00e9galisation des syndicats africains. Il n&#8217;existait en 1940 qu&#8217;un syndicat europ\u00e9en en Rhod\u00e9sie du Nord. Mais en 1947, gr\u00e2ce \u00e0 la politique de &#8220;colonialisme \u00e9clair\u00e9&#8221; de Roy Welenski, Premier Ministre de la F\u00e9d\u00e9ration d&#8217;Afrique centrale et ancien pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration des cheminots europ\u00e9ens, les syndicats africains furent l\u00e9galement autoris\u00e9s. La premi\u00e8re f\u00e9d\u00e9ration cr\u00e9\u00e9e fut celle des employ\u00e9s de commerce africains (African Shop Assistants &#8216;Union &#8211; 2500 membres), puis en 1949 la f\u00e9d\u00e9ration des mineurs africains qui s&#8217;affilia \u00e0 la CMT. Dans les deux ans furent \u00e9galement enregistr\u00e9s la f\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale (African General Workers&#8217;Union) la f\u00e9d\u00e9ration des cheminots (African Railway Workers&#8217;Union) , la f\u00e9d\u00e9ration des enseignants (African. Teachers &#8216;Union) et la f\u00e9d\u00e9ration des travailleurs des h\u00f4tels et restaurants (African Hotel and Catering Workers Union). En 1953, il existait huit f\u00e9d\u00e9rations regroupant 50&#8217;000 adh\u00e9rents.- Le nombre de f\u00e9d\u00e9rations europ\u00e9ennes \u00e9tait mont\u00e9 \u00e0 5. En d\u00e9cembre 1984, les huit f\u00e9d\u00e9rations africaines se r\u00e9unirent pour former la Conf\u00e9d\u00e9ration des Syndicats de Rhod\u00e9sie du Nord (Trade Union Congress of Northern Rhodesia). Ils \u00e9lurent au poste de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral N.D. Nkoloma et demand\u00e8rent leur affiliation \u00e0 la CISL. L&#8217;effectif total de la conf\u00e9d\u00e9ration se montait \u00e0 75000 membres. En Rhod\u00e9sie du Sud, les syndicats africains avaient d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9 une Conf\u00e9d\u00e9ration en 1953.<\/p>\n<p>En 1952 la f\u00e9d\u00e9ration des mineurs africains d\u00fbt affronter sa premi\u00e8re grande gr\u00e8ve dont elle sortit victorieuse. Elle demandait une augmentation de 2 shillings 6 pences par jour pour tous les mineurs africains. (* <em>Les 5&#8217;789 mineurs europ\u00e9ens gagnaient en 1953 plus du double de leurs 36&#8217;147 homologues africains. D&#8217;autres gr\u00e8ves s&#8217;\u00e9taient d\u00e9roul\u00e9es en Rhod\u00e9sie du Nord l&#8217;une des cheminots en 1947 et une des mineurs d\u00e9j\u00e0 en 1948.<\/em>)<\/p>\n<p>La gr\u00e8ve dura trois semaines, du 20 octobre au la novembre. Trente neuf mille mineurs africains se mirent en gr\u00e8ve, dix mille de plus que le chiffre des effectifs de la f\u00e9d\u00e9ration. Du d\u00e9but \u00e0 la fin une discipline stricte fut respect\u00e9e. Il n&#8217;y eut ni incidents, ni violence &#8211; la f\u00e9d\u00e9ration \u00e9vita m\u00eame de former des piquets de gr\u00e8ve afin de ne pas donner le plus petit pr\u00e9texte \u00e0 une provocation ou \u00e0 la r\u00e9pression officielle. N\u00e9anmoins, personne ne reprit le travail. Un journal rhod\u00e9sien, le Northern News, \u00e9crivait le 28 octobre:<\/p>\n<p>&#8221; &#8230; le d\u00e9roulement de la gr\u00e8ve jusqu&#8217;\u00e0 maintenant a montr\u00e9 que les syndicats africains \u00e9taient capables de discipline &#8230; et qu&#8217;ils pouvaient conduire une gr\u00e8ve totale de mani\u00e8re ordonn\u00e9e et pacifique.&#8221;<br \/>\nBien que la f\u00e9d\u00e9ration des mineurs europ\u00e9ens ait bris\u00e9 la gr\u00e8ve car elle s&#8217;opposait \u00e0 la promotion d&#8217;Africains \u00e0 des postes qualifi\u00e9s ou semi-qualifi\u00e9s, celle-ci fut un succ\u00e8s: apr\u00e8s trois semaines, un arbitrage \u00e9tait rendu en faveur du syndicat, pr\u00e9voyant une augmentation de 1\/2 \u00e0 1\/8 de shillings, soit 80% d&#8217;augmentation pour les salaires les moins \u00e9lev\u00e9s et 15% pour les salaires les plus hauts. Les employeurs avaient offert de 3 \u00e0 6 pence. Le Financial Times souligna tr\u00e8s justement l&#8217;importance de cette gr\u00e8ve:<\/p>\n<p>&#8220;C&#8217;est la premi\u00e8re fois qu&#8217;une grande f\u00e9d\u00e9ration africaine a r\u00e9ussi \u00e0 amener ses membres jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9tape du rapport de forces. A l&#8217;\u00e9vidence, un nouveau pouvoir, dont les potentialit\u00e9s sont \u00e9normes, a vu le jour en Afrique.&#8221;<\/p>\n<p>Les effectifs de la f\u00e9d\u00e9ration des mineurs africains sont pass\u00e9s de 28&#8217;000 avant la gr\u00e8ve \u00e0 31&#8217;000 apr\u00e8s. Deux mille mineurs de Broken Hill se joignirent au syndicat. La f\u00e9d\u00e9ration commen\u00e7a par se donner des bases solides en augmentant ses cotisations de 6 pence \u00e0 2 shillings et 6 pence, en abolissant le syst\u00e8me de retenue de cotisation sur le salaire et en collectant les cotisations directement des travailleurs.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces mesures, 19&#8217;000 travailleurs rest\u00e8rent au syndicat, ce qui est un bon r\u00e9sultat. La f\u00e9d\u00e9ration commen\u00e7a \u00e0 publier un journal mensuel, African Mineworker, tir\u00e9 \u00e0 4&#8217;000 exemplaires. En juin 1954, elle obtenait des cong\u00e9s annuels pay\u00e9s et le droit \u00e0 la retraite pour les mineurs de plus de 50 ans ayant vingt ans d&#8217;anciennet\u00e9 &#8211; une preuve de stabilit\u00e9 grandissante de la main d&#8217;oeuvre dans les mines et des membres dans les syndicats. Quelque mois apr\u00e8s, les travailleurs du b\u00e2timent de l&#8217;African General Workers&#8217;Union se mirent en gr\u00e8ve pour une augmentation de salaires et la section de Nehanga de l&#8217;African Mine Workers&#8217;Union appela \u00e0 une gr\u00e8ve de solidarit\u00e9, la seconde an Afrique tropicale (la premi\u00e8re eut lieu \u00e0 Brazzaville en 1949).<\/p>\n<p>Fin 1954, la f\u00e9d\u00e9ration \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 reprendre sa campagne pour des augmentations de salaire, cette fois avec une revendication de 10 shilling 8 pence par \u00e9quipe pour les travailleurs non qualifi\u00e9s. Cela signifiait une augmentation de 200 \u00e0 300% pour la quasi totalit\u00e9 des mineurs africains, c&#8217;est-\u00e0-dire une modification radicale dans l&#8217;ensemble de la structure salariale du pays et une attaque frontale de la politique de &#8220;main d&#8217;oeuvre \u00e0 bon march\u00e9&#8221; des soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res. Celles-ci refus\u00e8rent cat\u00e9goriquement de discuter des revendications syndicales. (* <em>Non pas que les soci\u00e9t\u00e9s n&#8217;eussent pas pu payer. En 1950, sur un b\u00e9n\u00e9fice total de 55,2 millions de livres pour les mines de Rhod\u00e9sie du Nord, 31,1 millions de livres furent d\u00e9volus\u2022 aux profits et royalties (apr\u00e8s d\u00e9pr\u00e9ciation) dont 22,8 millions furent envoy\u00e9s hors du pays aux actionnaires britanniques, am\u00e9ricains, et sud-africains. Depuis lors, les profits ont \u00e9t\u00e9 encore plus importants. Ainsi, la Rokhana Corp. Ltd. avait un capital total de 3&#8217;328&#8217;000 livres britanniques. Elle annon\u00e7ait en 1952 un b\u00e9n\u00e9fice total de plus de 12 millions de livres soit un ratio de profit de 350%. Le dividende \u00e9tait &#8216;\u00e0 225%. Les autres soci\u00e9t\u00e9s annon\u00e7aient des r\u00e9sultats semblables \u00e0 leurs actionnaires \u00e9trangers. L&#8217;augmentation r\u00e9clam\u00e9e par la f\u00e9d\u00e9ration des mineurs aurait co\u00fbt\u00e9 aux soci\u00e9t\u00e9s moins de 7 millions de livres (Socialist&#8217;Review, mars 1955). En 1947, les b\u00e9n\u00e9fices et les dividendes repr\u00e9sentaient 43% de la valeur totale des exportations pour la Rhod\u00e9sie du Nord.<\/em>)<\/p>\n<p>Quand on vota pour la gr\u00e8ve, 18,110 travailleurs ,vot\u00e8rent en faveur et 365 contre. Le 3 janvier quelque 37,000 mineurs africains \u00e9taient en gr\u00e8ve dans les principaux centres: RoanAntelope, Nkana, Mufulira et Nchanga.<\/p>\n<p>Comme en 1952, la f\u00e9d\u00e9ration des mineurs europ\u00e9ens d\u00e9cida officiellement de briser la gr\u00e8ve mais cette fois-ci, nombre de ses adh\u00e9rents de base ne furent pas d&#8217;accord. L&#8217;organe officiel de la section de Roan Antelope alla m\u00eame jusqu&#8217;\u00e0 condamner cette d\u00e9cision de briser la gr\u00e8ve comme &#8220;une tache ind\u00e9l\u00e9bile sur le renom de la f\u00e9d\u00e9ration et de ses membres.&#8221; Des f\u00e9d\u00e9rations britanniques, en particulier celles des mineurs, apport\u00e8rent un soutien financier.<\/p>\n<p>Le 25 janvier les compagnies mini\u00e8res prirent des mesures de r\u00e9torsion en proc\u00e9dant \u00e0 des licenciements massifs, faisant venir des travailleurs du Tanganyika pour remplacer les gr\u00e9vistes. La presse relata des retours au travail qui n&#8217;existaient pas puisque les soci\u00e9t\u00e9s envoyaient dans les quartiers des mineurs des camions \u00e9quip\u00e9s de haut-parleurs par lesquels on exhortait les gr\u00e9vistes \u00e0 reprendre le travail. Cette fois encore les gr\u00e9vistes n&#8217;install\u00e8rent pas de piquets de gr\u00e8ve et ne firent aucune manifestation &#8211; et il n&#8217;y eut une fois encore aucun incident.<\/p>\n<p>Le 2 mars, apr\u00e8s 58 jours d&#8217;arr\u00eat, les gr\u00e9vistes reprirent tous le travail aux conditions suivantes: en d\u00e9pit du fait qu&#8217;elles avaient en trop 7&#8217;000 mineurs du Tanganyika, les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res accept\u00e8rent de r\u00e9int\u00e9grer tous les travailleurs licenci\u00e9s, aux conditions de salaire ant\u00e9rieures, sans perte de leurs droits aux vacances, \u00e0 la retraite ou aux avantages li\u00e9s \u00e0 l&#8217;anciennet\u00e9. La revendication sur les salaires fut soumise \u00e0 arbitrage et finalement l&#8217;administration accorda au syndicat une augmentation bien inf\u00e9rieure \u00e0 celle demand\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette gr\u00e8ve tout comme celle de 1952 et comme celles sur le Code du Travail en A.O.F. fait date dans le syndicalisme africain comme d\u00e9monstration d&#8217;une puissance disciplin\u00e9e. Comme le souligna l&#8217;Economist &#8220;on ne pourrait plus faire retourner de force dans la bouteille les g\u00e9nies de l&#8217;organisation et de la solidarit\u00e9 africaines.&#8221;<\/p>\n<p>La signification politique de la gr\u00e8ve fut mise en \u00e9vidence dans un reportage du New York Times:<\/p>\n<p>&#8220;Plusieurs dirigeants poli tiques africains de premier plan de Rhod\u00e9sie du Nord sont affili\u00e9s \u00e0 la f\u00e9d\u00e9ration des mineurs africains. Cette f\u00e9d\u00e9ration est devenue le fer de lance des aspirations politiques africaines consid\u00e9r\u00e9es comme aussi importantes que la promotion imm\u00e9diate des Africains \u00e0 de nombreux emplois r\u00e9serv\u00e9s jusque l\u00e0 aux Europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>En Rhod\u00e9sie du Sud, la situation syndicale est comparable \u00e0 celle qui existe dans l&#8217;Union Sud-Africaine. On n&#8217;en a qu&#8217;une connaissance r\u00e9duite car le gouvernement n&#8217;a produit que peu de donn\u00e9es sur le sujet. On sait cependant que d\u00e9but 1954 une gr\u00e8ve fut d\u00e9clar\u00e9e par les mineurs africains dans les mines de charbon de Wankie. On fit alors appel \u00e0 la troupe. En juin 1954 les cheminots europ\u00e9ens se mirent en gr\u00e8ve; leur leader fut d\u00e9port\u00e9 en Angleterre.<\/p>\n<p>Au Nyas al and , \u00e0 l&#8217;heure o\u00f9 ces lignes sont \u00e9crites, les syndicats se pr\u00e9parent \u00e0 se r\u00e9unir dans une conf\u00e9d\u00e9ration, le Trade Union Congress of Nyasaland.<\/p>\n<p>L&#8217;importance du syndicalisme en Rhod\u00e9sie du Nord et au Nyasaland \u00e9tait la suivante en 1953:<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac02-29a.jpg\" alt=\"tbl-moac02-29a.jpg\" width=\"724\" height=\"105\" \/><br \/>\nAu Congo Belge, l&#8217;attitude du gouvernement envers les syndicats est radicalement diff\u00e9rente sur deux points: d&#8217;une part, il ouvre des possibilit\u00e9s plus larges de progr\u00e8s \u00e9conomique et social que dans des territoires voisins, d&#8217;autre part il interdit strictement toute tentative d&#8217;organisation pour la d\u00e9fense des droits sociaux et \u00e9conomiques, sans m\u00eame parler des droits politiques. C&#8217;est seulement r\u00e9cemment, en 1953, que l&#8217;administration de la colonie d\u00e9cida &#8211; de l&#8217;aveu g\u00e9n\u00e9ral, pour anticiper toute tentative d&#8217;organisation propre &#8211; de cr\u00e9er ses . propres &#8220;syndicats \u00bb. Le d\u00e9cret pris par le Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral place les syndicats sous la coupe absolue de l&#8217;administration: et la formation d&#8217;une f\u00e9d\u00e9ration ou d&#8217;une union d&#8217;associations est sujette \u00e0 l&#8217;autorisation du Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral ou de son adjoint et la formation provisoire d&#8217;une association d&#8217;industrie requiert la permission de l&#8217;administrateur r\u00e9gional.&#8221; Si une f\u00e9d\u00e9ration a l&#8217;intention de lancer une gr\u00e8ve, &#8220;la d\u00e9cision ne peut \u00eatre prise qu&#8217;en assembl\u00e9e r\u00e9unissant les deux tiers des effectifs, et par une majorit\u00e9 des trois quarts des membres pr\u00e9sents.&#8221; Tous les syndicats doivent avoir des &#8220;conseillers europ\u00e9ens&#8221; obligatoirement de nationalit\u00e9 belge et \u00e0 &#8220;l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 reconnue&#8221;. De plus un repr\u00e9sentant de l&#8217;administration a le droit d&#8217;assister \u00e0 toutes les r\u00e9unions d&#8217;une f\u00e9d\u00e9ration ou de son comit\u00e9 ex\u00e9cutif. Tous les proc\u00e8s-verbaux doivent \u00eatre transmis \u00e0 l&#8217;administration ainsi qu&#8217;une liste des membres.<\/p>\n<p>Selon le rapport du gouvernement belge aux Nations-Unies en 1952, il Y avait 40 &#8220;syndicats&#8221; de ce genre au Congo Belge en 1951, avec un effectif total de 5175 personnes. Vaut-il la peine d&#8217;en parler? Leur existence m\u00eame refl\u00e8te sans aucun doute la pression exerc\u00e9e par les travailleurs africains dont des milliers travaillent pour l&#8217;Union Mini\u00e8re dans des conditions encore plus favorables \u00e0 la syndicalisation que celles des mineurs de la &#8220;ceinture de cuivre&#8221; de Rhod\u00e9sie du Nord. Ce sont des forces sociales du type de celles qui firent d\u00e9vier du d\u00e9j\u00e0 le &#8220;syndicat des travailleurs d&#8217;usine de Russie&#8221; du P\u00e8re Gapon bien loin du but original que lui avaient assign\u00e9 ses parrains policiers.<\/p>\n<p>Les travailleurs europ\u00e9ens du Congo Belge \u00e9taient organis\u00e9s en syndicats affili\u00e9s soit \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration G\u00e9n\u00e9rale du Travail de Belgique (FGTB) social-d\u00e9mocrate, soit \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration des Syndicats Chr\u00e9tiens (CSC). Ils b\u00e9n\u00e9ficient des m\u00eames droits garantis aux travailleurs belges dans leur propre pays. Cette situation est une retomb\u00e9e de la guerre qui coupa les colonies de la Belgique et mit pour la premi\u00e8re fois les travailleurs europ\u00e9ens dans une position de n\u00e9gociation. Avant guerre, toute tentative de cr\u00e9er des syndicats \u00e9tait imm\u00e9diatement sanctionn\u00e9e par la d\u00e9portation ou &#8220;I\u2018internement.&#8221;<\/p>\n<p>La r\u00e9publique souveraine &#8211; et colonie am\u00e9ricaine &#8211; du Liberia ne reconna\u00eet \u00e9videmment pas les syndicats. N\u00e9anmoins, en 1951, plus de 20&#8217;000 travailleurs des plantations de Firestone firent gr\u00e8ve pour des augmentations de salaire &#8220;\u00e0 l&#8217;instigation d&#8217;employ\u00e9s de C\u00f4te de l&#8217;Or.&#8221; Trois cent cinquante mineurs des mines de fer de BoomiHills s&#8217;associ\u00e8rent \u00e0 cette gr\u00e8ve.<\/p>\n<p>En Afrique portugaise faut-il le pr\u00e9ciser, les syndicats sont ill\u00e9gaux. La &#8220;corporation&#8221; fasciste \u00e9tablie par la dictature de Salazar ne remplit m\u00eame pas le r\u00f4le limit\u00e9 qui est celui des syndicats jaunes au Congo Belge: elle est tr\u00e8s petite, limit\u00e9e aux Portugais et aux Africains assimil\u00e9s (&#8220;civilizados&#8221;) et sans int\u00e9r\u00eat pour la masse des travailleurs africains.<\/p>\n<p>Pourtant, les organisations syndicales se sont manifest\u00e9es dans ces territoires \u00e0 chaque fois qu&#8217;ils en ont eu l&#8217;opportunit\u00e9. En 1928, deux ans apr\u00e8s la venue au pouvoir du pr\u00e9sent r\u00e9gime, une loi sur le travail relativement lib\u00e9rale a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e, qui a rencontr\u00e9 une furieuse r\u00e9sistance des soci\u00e9t\u00e9s commerciales et des colons. Pour faire contrepoids \u00e0 cette r\u00e9sistance et imposer l&#8217;application de cette loi, des groupes de travailleurs africains form\u00e8rent des organisations qui furent toutes interdites lorsqu&#8217;il devint clair que le gouvernement lui- m\u00eame n&#8217;avait pas l&#8217;intention d&#8217;appliquer sa propre loi.<\/p>\n<p>L\u2019 &#8220;Organisa\u00e7ao Africana do Trabalho&#8221; \u00e9tait une de ces organisations, fond\u00e9e au Mozambique fin 1928 d\u00e9but 1929. Ses statuts lui assignaient comme buts: &#8220;de prot\u00e9ger les travailleurs &#8230; contre l&#8217;exploitation, les pr\u00e9judices, les mauvais traitements, les insultes et les abus,&#8221; De soutenir les travailleurs et leurs familles en cas de ch\u00f4mage, dans toute la mesure du possible; d&#8217;\u00e9tablir des conventions collectives, de revendiquer une r\u00e9mun\u00e9ration en nature pour tout travail, de mettre en ordre les conditions de travail et de logement &#8230; Cette organisation \u00e9tait ouverte &#8220;\u00e0 tous les travailleurs des deux sexes sans distinction de classe ou de nationalit\u00e9.&#8221; Les statuts donnaient au pr\u00e9sident des pouvoirs tr\u00e8s \u00e9tendus. On ne poss\u00e8de cependant aucune information sur sa place, les circonstances de sa cr\u00e9ation et de sa disparition. A la m\u00eame p\u00e9riode existait dans ces territoires une organisation nationaliste africaine appel\u00e9e &#8220;Liga Africana&#8221;. La consolidation du r\u00e9gime Salazar a sonn\u00e9 le glas de tous ces mouvements, tout comme de l&#8217;opposition au Portugal.<\/p>\n<p>La r\u00e9sistance des travailleurs africains \u00e0 l&#8217;exploitation doit aujourd&#8217;hui trouver de nouvelles voies qui pourraient s&#8217;av\u00e9rer au moins aussi dangereuses pour le r\u00e9gime colonial. Ainsi, en f\u00e9vrier 1953, un d\u00e9cret du gouverneur de Sao Tom\u00e9 tentant d&#8217;introduire un syst\u00e8me de travail forc\u00e9 pour les habitants de l&#8217;\u00eele a entra\u00een\u00e9 une insubordination et une r\u00e9sistance passive quasi-g\u00e9n\u00e9rales auxquelles il fut r\u00e9pondu par la r\u00e9pression militaire et polici\u00e8re. La mort d&#8217;un officier portugais (&#8220;d\u00e9capit\u00e9 alors qu\u2019 il se pr\u00e9cipitait dans la jungle apr\u00e8s avoir lanc\u00e9 quelques grenades&#8221;, selon un rapport) fut la cause de massacres dans lesquels p\u00e9rirent plusieurs centaines de personnes &#8211; 200 selon les estimations de Basil Davidson, plus de 1000 selon Pr\u00e9sence Africaine. Une personnalit\u00e9 de l&#8217;\u00eele a estim\u00e9 qu&#8217;en gros, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la population avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre au cours de la r\u00e9pression. N\u00e9anmoins, le gouverneur fut remplac\u00e9 et il n&#8217;y e\u00fbt plus d&#8217;autres tentatives d&#8217;imposer le travail forc\u00e9 \u00e0 la population de l&#8217;\u00eele. On a peu d&#8217;informations sur la r\u00e9sistance dans d&#8217;autres parties de l&#8217;Afrique portugaise, sinon l&#8217;indication d&#8217;une &#8220;r\u00e9sistance grandissante des travailleurs&#8221;.<\/p>\n<p>En Ethiopie, les syndicats sont ill\u00e9gaux. Les conditions de travail sont exclusivement du ressort du Ministre du Commerce et de l&#8217;Industrie, conform\u00e9ment \u00e0 la &#8220;Proclamation Sur les entreprises&#8221; de 1944. Le professeur D.A. Talbot, laudateur ignorant du r\u00e9gime, se f\u00e9licite dans ses \u00e9crits que le Ministre du Commerce et de l&#8217;Industrie &#8220;ait pris l&#8217;initiative de permettre l&#8217;organisation de guildes corporatives afin que les employeurs \u00e0 la recherche de main d&#8217;oeuvre puissent en trouver facilement&#8221;&#8230;. Ici appara\u00eet la conception du &#8220;syndicat&#8221; vivier de main d&#8217;oeuvre dans lequel les employeurs peuvent puiser \u00e0 volont\u00e9.<\/p>\n<p>C&#8217;est une conception qui n&#8217;est pas nouvelle, ni propre \u00e0 l&#8217;Ethiopie, mais qui \u00e9claire d&#8217;un jour curieux le d\u00e9veloppement &#8220;progressiste et tourn\u00e9 vers l&#8217;avenir&#8221; du pays, dont certaines sources am\u00e9ricaines nous rabattent les oreilles. La nouvelle constitution \u00e9thiopienne de novembre 1955 qui garantit entre autres le suffrage universel et abolit bon nombre de droits f\u00e9d\u00e9raux et ,de privil\u00e8ges, ne dit pas un mot des syndicats ou des organisations ouvri\u00e8res.<\/p>\n<p>Selon un article du New Statesman and Nation, des gr\u00e8ves ont eu lieu \u00e0 Dire-Dawa et Massawa en janvier et f\u00e9vrier 1954, peut-\u00eatre \u00e0 la suite de la gr\u00e8ve en Somalie fran\u00e7aise. Elles ont \u00e9t\u00e9 &#8220;\u00e9cras\u00e9es avec . violence, m\u00eame en comparaison des crit\u00e8res africains.&#8221;<\/p>\n<p>Enfin il reste la Somalie divis\u00e9e \u00e0 l&#8217;heure actuelle en trois &#8216;territoires dont deux sont sous administration fran\u00e7aise et britannique et le troisi\u00e8me confi\u00e9 par les Nations Unies \u00e0 l&#8217;administration italienne.<br \/>\nDans ce dernier territoire, un rapport r\u00e9cent aux Nations Unies fait \u00e9tat de trois syndicats en 1953 dont le moins important est affili\u00e9 \u00e0 la CISL italienne. &#8220;Ces organisations ne sont cependant pas militantes -dit le rapport &#8211; et il n&#8217;a jamais s\u00e9rieusement \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 de les d\u00e9velopper.&#8221; La plupart des membres du syndicat sont concentr\u00e9s \u00e0 Mogadiscio, la seule ville et le seul port de quelque importance dans le territoire. L&#8217;effectif total du syndicat \u00e9tait apparemment d&#8217;environ 4&#8217;000 en 1953.<\/p>\n<p>En Somalie fran\u00e7aise existe une conf\u00e9d\u00e9ration de syndicats autonomes (conf\u00e9d\u00e9rant trois f\u00e9d\u00e9rations) qui groupe tant des travailleurs europ\u00e9ens que non-europ\u00e9ens. L&#8217;effectif total syndiqu\u00e9 \u00e9tait en 1950 de 630. En Somalie britannique, il n&#8217;y avait aucun syndicat jusqu&#8217;en 1952 et aucune information n&#8217;est disponible pour la p\u00e9riode ult\u00e9rieure.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu.html\">introduction<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_1.html\">1\u00e8re partie<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_2.html\">2\u00e8me partie<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_3.html\">3\u00e8me partie<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;\u00e9tat du mouvement syndical (hiver 1957)<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[30],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103"}],"collection":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=103"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":326,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/103\/revisions\/326"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=103"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=103"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=103"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}