{"id":104,"date":"2011-04-09T16:09:38","date_gmt":"2011-04-09T16:09:38","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2011\/04\/09\/le-mouvement-ouvrier-en-afrique-tropicale-3eme-partie\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:04","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:04","slug":"le-mouvement-ouvrier-en-afrique-tropicale-3eme-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2011\/04\/09\/le-mouvement-ouvrier-en-afrique-tropicale-3eme-partie\/","title":{"rendered":"Le mouvement ouvrier en Afrique tropicale, 3\u00e8me partie (A. Giacometti mars 1957)"},"content":{"rendered":"<p>Conclusion de l\u2019\u00e9tude sur la classe ouvri\u00e8re africaine.<\/p>\n<p><!--more--><a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu.html\">introduction<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_1.html\">1\u00e8re partie<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_2.html\">2\u00e8me partie<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_3.html\">3\u00e8me partie<\/a><br \/>\nNous avons tent\u00e9 de tracer dans les pages pr\u00e9c\u00e9dentes le portrait g\u00e9n\u00e9ral du syndicalisme dans les principaux territoires d&#8217;Afrique tropicale. Quelle que br\u00e8ve et incompl\u00e8te que puisse \u00eatre cette \u00e9tude, elle donne n\u00e9anmoins des \u00e9l\u00e9ments pour tenter d&#8217;analyser le syndicalisme en Afrique.<\/p>\n<p>Nous avons vu comment le syndicalisme africain s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir d&#8217;un petit noyau de militants pour devenir un mouvement de masse qui repr\u00e9sente maintenant une force d\u00e9cisive sur le continent. Il a redonn\u00e9 forme \u00e0 un prol\u00e9tariat amorphe, il lui a donn\u00e9 une conscience et des perspectives. Nous devons maintenant examiner quelques-uns des probl\u00e8mes et des difficult\u00e9s qui subsistent avant de nous int\u00e9resser aux t\u00e2ches du mouvement syndical en Afrique et \u00e0 sa place dans le mouvement ouvrier mondial.<\/p>\n<p>Nous avons vu plus t\u00f4t que la migration de main d&#8217;oeuvre et l&#8217;instabilit\u00e9 du prol\u00e9tariat des villes emp\u00eachaient le d\u00e9veloppement des syndicats dans les premi\u00e8res \u00e9tapes du passage d&#8217;une \u00e9conomie de subsistance \u00e0 une \u00e9conomie de march\u00e9. Les probl\u00e8mes n\u00e9s de l&#8217;existence d&#8217;un &#8220;nouveau&#8221; prol\u00e9tariat flottant et amorphe se conjuguent avec ceux n\u00e9s de l&#8217;inexp\u00e9rience et de la raret\u00e9 des cadres. Le manque d&#8217;exp\u00e9rience de l&#8217;organisation, tant pour les questions de routine que dans le domaine tactique ou politique, qui a contribu\u00e9 \u00e0 la destruction de l&#8217;lCU sud-africaine, menace maintenant le syndicalisme africain actuel notamment en Afrique Equatoriale Fran\u00e7aise, en Afrique orientale ou \u00e0 Madagascar.<br \/>\nGeorges Balandier \u00e9crit \u00e0 propos de l&#8217;Afrique Equatoriale Fran\u00e7aise les lignes suivantes:<\/p>\n<p>&#8220;\u2026le manque de rigueur vis-\u00e0-vis des &#8220;\u00e9lites&#8221; qui ont cr\u00e9\u00e9 les syndicats, les rivalit\u00e9s qui ont men\u00e9 les scissions, la difficult\u00e9 \u00e0 obtenir le paiement de cotisations, le manque de confiance dans l&#8217;efficacit\u00e9 de telles organisations (dont on attend des r\u00e9sultats imm\u00e9diats et extraordinaires), tout cela explique la situation m\u00e9diocre du syndicalisme \u00e0 l&#8217;heure actuelle.&#8221;<\/p>\n<p>Balandier mentionne aussi &#8220;l&#8217;utilisation mal \u00e0 propos de la gr\u00e8ve, qui est souvent d\u00e9clar\u00e9e sans revendications pr\u00e9cises ni buts \u00e9vidents; l&#8217;inspecteur du travail doit dans certains cas questionner chaque gr\u00e9viste individuellement pour conna\u00eetre la cause de la gr\u00e8ve. Il faut noter en 1949 une &#8220;gr\u00e8ve de solidarit\u00e9&#8221; dans l&#8217;industrie, qui montre l&#8217;apparition dans une groupe mieux organis\u00e9 et plus conscient, d&#8217;un certain sens des tactiques syndicales.<\/p>\n<p>Un syndicaliste de Madagascar en apporte la. confirmation tout en d\u00e9crivant les r\u00e9cents progr\u00e8s du syndicalisme dans l&#8217;\u00eele:<\/p>\n<p>&#8220;En d\u00e9pit de ce d\u00e9veloppement et des efforts des dirigeants, nous devons reconna\u00eetre que les syndicats manquent toujours de cadres qualifi\u00e9s, familiers avec la discipline et l&#8217;action syndicales, conscients de l&#8217;importance de leurs t\u00e2ches, militants et compl\u00e8tement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s. Plusieurs scandales caus\u00e9s par la malhonn\u00eatet\u00e9 de certains dirigeants .ont refroidi l&#8217;int\u00e9r\u00eat de ceux qui h\u00e9sitaient \u00e0 rejoindre les syndicats. En 1946, l&#8217;\u00e9chec des gr\u00e8ves d\u00e9clench\u00e9es par la CGT n&#8217;a pas contribu\u00e9 \u00e0 dissiper l&#8217;indiff\u00e9rence ou le pessimisme des travailleurs.<\/p>\n<p>C&#8217;est vrai que le manque de cadres est aussi le r\u00e9sultat de toutes sortes de restrictions et de mesures discriminatoires de la part des administrations locales. D\u00e8s qu&#8217;un nouveau syndicat menace de prendre quelque importance, tous les pr\u00e9textes sont bons pour le&#8217; dissoudre. Ainsi, l&#8217;Association ougandaise des chauffeurs a \u00e9t\u00e9 dissoute en 1949 pour avoir omis de d\u00e9clarer ses membres aux autorit\u00e9s depuis 1945, date \u00e0 laquelle son secr\u00e9taire fut d\u00e9port\u00e9. Dans les territoires francophones, les dirigeants syndicaux africains doivent \u00eatre en possession d&#8217;un certificat de fin de scolarit\u00e9 secondaire, dans un pays o\u00f9 90% de la population est illettr\u00e9e et o\u00f9 seulement 18,2% des enfants d&#8217;\u00e2ge scolaire vont r\u00e9ellement \u00e0 l&#8217;\u00e9cole (* <em>ce pourcentage est une moyenne pour l&#8217;ensemble des territoires&#8217; africains sous administration fran\u00e7aise. Il est le plus faible en Afrique Occidentale Fran\u00e7aise avec 7,6% et le plus \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Madagascar avec 41,31%<\/em>). Qui plus est, il est interdit \u00e0 toute personne ayant \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e pour &#8220;d\u00e9lit criminel&#8221; d&#8217;occuper une fonction quelconque dans un syndicat.<\/p>\n<p>Le manque d&#8217;exp\u00e9rience et de cadres syndicaux se refl\u00e8te aussi dans la fragmentation excessive du mouvement syndical. Il y a tr\u00e8s peu de grandes f\u00e9d\u00e9rations industrielles du type de la F\u00e9d\u00e9ration africaine des mineurs de Rhod\u00e9sie du Nord ou de la F\u00e9d\u00e9ration des cheminots africains en Afrique Occidentale Fran\u00e7aise. Trop souvent, les syndicats n&#8217;existent qu&#8217;au niveau de l&#8217;entreprise et ce m\u00eame si l&#8217;entreprise n&#8217;est pas tr\u00e8s grande. L&#8217;exemple du Nig\u00e9ria est, \u00e0 cet \u00e9gard, instructif, surtout &#8216;si l&#8217;on se souvient que le Nig\u00e9ria est un des mouvements syndicaux les plus anciens du continent. Le tableau suivant montre les structures du mouvement syndical au Nig\u00e9ria en 1948. (source: Naville, &#8220;Note sur le syndicalisme&#8221;; voir 32):<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/moac\/tbl-moac03-34a.jpg\" alt=\"tbl-moac03-34a.jpg\" width=\"607\" height=\"135\" \/><br \/>\nToutes les faiblesses que l&#8217;on vient de mentionner peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des &#8220;maladies infantiles&#8221; du syndicalisme africain. Toutes les organisations de la classe ouvri\u00e8re ont d\u00fb affronter en partie ce type de probl\u00e8mes dans les premiers temps de leur formation. Certaines d&#8217;entre elles d\u00e9coulent directement de la structuration de l&#8217;\u00e9conomie coloniale en Afrique. Il est \u00e9galement \u00e9vident que le grand nombre de petits syndicats peut en partie s&#8217;expliquer par l&#8217;existence de main d&#8217;oeuvre migratoire et instable, ainsi que la pr\u00e9dominance de petites entreprises. Enfin, les diff\u00e9rences sociales, ethniques et culturelles jouent encore un r\u00f4le, mais de moins en moins important du fait que le syndicalisme a r\u00e9ussi \u00e0 accomplir ce que &#8220;ni la politique, ni la religion&#8221; n&#8217;avaient pu faire: cr\u00e9er un sentiment d&#8217;unit\u00e9 non seulement parmi les travailleurs salari\u00e9s de diff\u00e9rentes tribus parlant diff\u00e9rentes langues, mais dans les tribus elles-m\u00eames et dans la classe paysanne.<\/p>\n<p>Un autre probl\u00e8me important est celui des relations entre travailleurs europ\u00e9ens et africains. Soulignons d&#8217;entr\u00e9e deux points: premi\u00e8rement, ce probl\u00e8me est plus important pour les Europ\u00e9ens que pour les Africains et c&#8217;est aux Europ\u00e9ens d&#8217;y trouver la solution tout simplement, si ce n&#8217;est pour d&#8217;autres raisons, parce que les travailleurs africains seront bient\u00f4t en mesure de se permettre de les ignorer et si n\u00e9cessaire de les combattre.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, ce probl\u00e8me se pose avec la plus grande acuit\u00e9 dans les territoires britanniques. Dans les territoires sous administration fran\u00e7aise, la politique d&#8221;&#8217;assimilation&#8221; du gouvernement a rendu possible une coop\u00e9ration plus pouss\u00e9e entre les travailleurs europ\u00e9ens et africains. C&#8217;est en particulier le cas de la CGT qui en a fait sa politique officielle. Au Congo Belge, la politique du gouvernement permettant aux Africains d&#8217;acqu\u00e9rir une qualification professionnelle sera un facteur positif pour l&#8217;action d&#8217;un mouvement syndical uni qui devra n\u00e9cessairement voir le jour. Dans les territoires portugais, il n&#8217;existait pas jusqu&#8217;\u00e0 maintenant de pr\u00e9jug\u00e9s raciaux qui auraient entra\u00een\u00e9 une s\u00e9gr\u00e9gation dans la vie quotidienne et le travail des personnes de races diff\u00e9rentes. Mais le gouvernement Salazar est aujourd&#8217;hui en train de faire venir des &#8220;pauvres blancs&#8221; dans les colonies car il n&#8217;est pas capable de leur assurer au Portugal un niveau de vie correct. L&#8217;existence de cette nouvelle masse de travailleurs blancs peut cr\u00e9er une situation o\u00f9 les pr\u00e9jug\u00e9s raciaux vont devenir importants.<\/p>\n<p>Dans les territoires britanniques, c&#8217;est une politique habituelle et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e que d&#8217;encourager les divisions raciales afin de rendre impossible toute coop\u00e9ration contre le r\u00e9gime colonial. Dans tous les territoires du centre et de l&#8217;est de l&#8217;Afrique, il existe des organisations s\u00e9par\u00e9es pour les Europ\u00e9ens, les Asiatiques et les Africains, tout comme il y a \u00e0 Chypre des organisations s\u00e9par\u00e9es pour les travailleurs grecs et pour les travailleurs turcs.<\/p>\n<p>Mais la politique de l&#8217;administration n&#8217;est qu&#8217;une des raisons de l&#8217;hostilit\u00e9 des syndicats europ\u00e9ens envers les travailleurs africains. L&#8217;autre raison, plus importante, c&#8217;est la politique des soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res qui ont achet\u00e9 le soutien d&#8217;une petit groupe de travailleurs europ\u00e9ens afin de pouvoir ,exploiter plus tranquillement le groupe consid\u00e9rablement plus important des travailleurs africains. Nous &#8216;avons vu qu&#8217;en 1953, les 5879 Europ\u00e9ens de la ceinture de cuivre recevaient une masse salariale deux fois plus \u00e9lev\u00e9e que les 36 147 Africains. En Afrique du Sud, les salaires de 50 579 mineurs europ\u00e9ens se montaient globalement \u00e0 28,9 millions de livres britanniques, et ceux de 411 563 mineurs africains \u00e0 18,3 millions. Pierre Naville \u00e9crit:<\/p>\n<p>&#8220;Etant donn\u00e9 que (les Blancs) jouissent d&#8217;une position dominante et privil\u00e9gi\u00e9e sur le march\u00e9 du travail (salaires plus \u00e9lev\u00e9s, meilleurs emplois, l\u00e9gislation sociale, prix pr\u00e9f\u00e9rentiels, etc.), ils ont une tendance certaine \u00e0 refuser d&#8217;associer leur sort au sort des esclaves dont l&#8217;exploitation leur profite indirectement. Il aurait fallu une grande part d&#8217;h\u00e9ro\u00efsme aux travailleurs blancs (&#8220;petits&#8221; ou non) pour sacrifier volontairement les avantages consid\u00e9rables que leur apporte le capitalisme. &#8221;<\/p>\n<p>Ces raisons purement \u00e9conomiques se sont conjugu\u00e9es au fil du temps avec des facteurs psychologiques et sociaux. Combattre ceux-ci, ainsi que la poli tique officielle de la majorit\u00e9 des syndicats europ\u00e9ens, est une t\u00e2che qui revient principalement \u00e0 la minorit\u00e9 de travailleurs europ\u00e9ens progressistes qui ont compris deux choses: (1) d&#8217;une part que leur int\u00e9r\u00eat \u00e0 long terme r\u00e9side dans la coop\u00e9ration avec le peuple qui forme la majorit\u00e9 num\u00e9rique du pays qu&#8217;ils ont choisi comme leur; (2) d&#8217;autre part, que leur int\u00e9r\u00eat \u00e0 long terme passe par la destruction du colonialisme, ce syst\u00e8me qui a prouv\u00e9 qu&#8217;il \u00e9tait incapable d&#8217;amener le d\u00e9veloppement et l&#8217;industrialisation d&#8217;un pays qui est le leur, comme il est celui des Africains.<\/p>\n<p>L&#8217;exemple de l&#8217;Afrique du Sud a abondamment d\u00e9montr\u00e9 que la politique de discrimination et d&#8217; &#8220;apartheid&#8221; ne m\u00e8ne pas seulement \u00e0 la destruction des syndicats africains mais aussi \u00e0 celle des syndicats europ\u00e9ens, et \u00e0 la stagnation de l&#8217;\u00e9conomie toute enti\u00e8re, par manque de main d&#8217;oeuvre qualifi\u00e9e. Le colonialisme sous toutes ses formes hypoth\u00e8que l&#8217;avenir de la classe ouvri\u00e8re europ\u00e9enne tout autant que l&#8217;avenir des Africains, m\u00eame si \u00e0 l&#8217;heure actuelle elle apporte \u00e0 la premi\u00e8re des avantages concrets non n\u00e9gligeables.<\/p>\n<p>Les dirigeants racistes des syndicats europ\u00e9ens ont souvent amalgam\u00e9 la poli tique de &#8220;main d&#8217;oeuvre \u00e0 bon march\u00e9&#8221; pratiqu\u00e9e par les grandes compagnies&#8217; mini\u00e8res et consistant \u00e0 remplacer la main d&#8217;oeuvre europ\u00e9enne bien pay\u00e9e par une main d&#8217;oeuvre africaine mal pay\u00e9e pour faire le m\u00eame travail, \u00e0 une politique visant \u00e0 la progression des travailleurs africains, et m\u00eame de sensibilit\u00e9 socialiste. Ce n&#8217;est pourtant pas la m\u00eame chose. La politique des soci\u00e9t\u00e9s est d\u00e9favorable \u00e0 la fois aux int\u00e9r\u00eats des Africains et \u00e0 ceux des Europ\u00e9ens: les syndicats africains ne voient pas l&#8217;int\u00e9r\u00eat que pourraient trouver un petit nombre de leurs .. membres \u00e0 \u00eatre promus \u00e0 un travail qualifi\u00e9 sous- pay\u00e9. Ils ne sont pas plus s\u00e9duits par une variante de la formule belge de cr\u00e9ation d&#8217;une petite &#8220;classe moyenne&#8221; d&#8217;Africains occupant des emplois qualifi\u00e9s et techniques qui pourrait servir de tampon entre l&#8217;administration et la masse des travailleurs non qualifi\u00e9s, sous pay\u00e9s et mal nourris. C&#8217;est le genre de politique que sugg\u00e9rait l&#8217;<em>Economist<\/em> lors de la gr\u00e8ve des mineurs rhod\u00e9siens en 1955:<\/p>\n<p>&#8220;Pour s&#8217;en sortir positivement, les Africains devraient obtenir une \u00e9chelle d&#8217;avancement qui changerait les id\u00e9es des meilleurs d&#8217;entre eux quant \u00e0 cette gr\u00e8ve mal conduite. Ce ne serait pas une r\u00e9compense \u00e0 l&#8217;irresponsabilit\u00e9 mais un investissement astucieux.&#8221;<\/p>\n<p>Ce qui int\u00e9resse les travailleurs africains n&#8217;est pas une position privil\u00e9gi\u00e9e. pour quelques.uns d&#8217;entre eux, mais un changement radical de leur niveau de vie. C&#8217;est cette politique que l&#8217;AMU de Rhod\u00e9sie du Nord a tent\u00e9 d&#8217;appliquer. C&#8217;est celle-ci qui m\u00e9rite le soutien des travailleurs europ\u00e9ens: seule une augmentation massive des salaires de la grande masse des Africains non qualifi\u00e9s est de nature \u00e0 amener le respect du principe du &#8220;salaire \u00e9gal pour travail similaire&#8221; pour les emplois qualifi\u00e9s. De plus, l&#8217;augmentation du pouvoir d&#8217;achat des travailleurs africains rend possible le d\u00e9veloppement d&#8217;un march\u00e9 int\u00e9rieur significatif et d&#8217;une industrie de biens de consommation, donc en fait le d\u00e9veloppement du pays.<\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s capitalistes et l&#8217;administration ne sont cependant pas de cet avis. Une commission d&#8217;enqu\u00eate du gouvernement de Rhod\u00e9sie du Nord a r\u00e9cemment &#8220;recommand\u00e9 une politique de promotion d\u00e8s travailleurs africains dans les mines de cuivre et a conclu que l&#8217;adoption du principe de l&#8217;attribution aux Africains promus des taux de salaire europ\u00e9ens formerait un barrage incontournable \u00e0 la promotion des Africains dans le secteur industriel et, en brisant la structure des salaires des Africains dans tout le pays, menacerait s\u00e9rieusement l&#8217;\u00e9conomie nationale.&#8221;<\/p>\n<p>En bref, malgr\u00e9 la richesse \u00e9norme du pays et les fabuleux profits des soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res, l&#8217;\u00e9conomie de Rhod\u00e9sie du Nord est ainsi faite que le versement de salaires d\u00e9cents \u00e0 la grande majorit\u00e9 de la population salari\u00e9e serait de nature \u00e0 &#8220;s\u00e9rieusement la menacer&#8221;! C&#8217;est une d\u00e9claration que les Europ\u00e9ens et les Africains feraient bien de m\u00e9diter, tout comme la question de savoir comment organiser une \u00e9conomie qui pourrait d\u00e9velopper le pays tout en garantissant un niveau de vie correct \u00e0 tous.<\/p>\n<p>Au niveau international, les relations des syndicats africains avec le mouvement syndical des pays colonisateurs a toujours \u2022donn\u00e9 lieu \u00e0 des probl\u00e8mes importants. Invariablement, les syndicats des pays colonisateurs r\u00e9agissent de la m\u00eame mani\u00e8re que les syndicats europ\u00e9ens en Afrique: hostilit\u00e9 mal dissimul\u00e9e, d\u00e9fiance, au mieux neutralit\u00e9 envers ce nouveau mouvement syndical africain qui aurait besoin au contraire de toute forme d&#8217;aide que les syndicats ayant davantage d&#8217;exp\u00e9rience pourraient leur donner. Pratiquement toutes les tendances du mouvement syndical europ\u00e9en cherchent, chacune \u00e0 sa mani\u00e8re, d&#8217;imposer leurs propres objectifs au syndicalisme africain. Elles essayent de faire des syndicats africains des auxiliaires passifs de politiques souvent d\u00e9termin\u00e9es par les administrations coloniales. Que doit penser, par exemple, un travailleur africain de cet ahurissant extrait d&#8217;un document qui fut distribu\u00e9 apr\u00e8s la guerre avec l&#8217;approbation de la conf\u00e9d\u00e9ration syndicale britannique TUC:<\/p>\n<p>&#8220;On doit bien comprendre que les syndicats n&#8217;existent que pour tenter d&#8217;obtenir pour leurs membres les meilleures conditions de travail et de vie possibles. Si un gouvernement am\u00e8ne lui-m\u00eame ces conditions, on constatera que les syndicats deviendront inutiles. Mais si un pays est pauvre, ni un gouvernement, ni le mouvement syndical ne pourront le rendre riche si ce n&#8217;est par un accroissement et une am\u00e9lioration de la production.&#8221;<\/p>\n<p>La th\u00e9orie des &#8220;syndicats inutiles&#8221; est parfaite tant pour Hail\u00e9 S\u00e9lassi\u00e9 en Ethiopie que pour la Russie de Staline &#8211; toute la question est de savoir qui d\u00e9cide quand un gouvernement fournit&#8221; les meilleures conditions de travail et de vie possibles.&#8221; Quant \u00e0 la richesse du pays, peut-\u00eatre pourrait-elle s&#8217;accro\u00eetre en stoppant la sortie des b\u00e9n\u00e9fices vers les capitalistes \u00e9trangers et en faisant en sorte que ces b\u00e9n\u00e9fices soient investis dans l&#8217;industrie locale? Non, on toucherait l\u00e0 \u00e0 la politique et comme chacun sait, &#8220;la politique n&#8217;est pas de premi\u00e8re importance pour un syndicat. Les dirigeants qui utilisent le syndicalisme \u00e0 des fins politiques devraient \u00eatre remplac\u00e9s aussi vite que possible.&#8221;<\/p>\n<p>Plus loin, l&#8217;auteur de ce petit pamphlet stupide et d\u00e9daigneux \u00e9crit: &#8220;Nous r\u00e9p\u00e9tons, parce qu&#8217;on ne le dira jamais assez, que les syndicats sont l\u00e0 pour \u00e9viter les gr\u00e8ves, pas pour les causer. \u2022&#8221;En bref, &#8220;l&#8217;un des premiers objectifs clairs du mouvement syndical est de voir ce que l&#8217;on peut faire pour augmenter la production. Dans ce domaine, ils tentent de faire la m\u00eame chose que les directions et les deux parties devraient pouvoir travailler ensemble.&#8221;<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est qu&#8217;un exemple choc parmi tant d&#8217;autres &#8211; \u00e0 la p\u00e9riode o\u00f9 les syndicats europ\u00e9ens essayaient d&#8217;apporter leur aide.<\/p>\n<p>La r\u00e9putation du r\u00e9formisme europ\u00e9en est de celle que la CISL ne cherche \u00e0 faire oublier que depuis peu, non tant \u00e0 cause d&#8217;un changement de fond des r\u00e9formistes europ\u00e9ens (* <em>l&#8217;attitude scandaleuse de FO vis-\u00e0-vis des nouvelles f\u00e9d\u00e9rations syndicales alg\u00e9riennes prouve le contraire<\/em>) mais du fait de la force \u00e9mergeante des syndicats d&#8217;Afrique et d&#8217;Asie qui rend l&#8217;organisation internationale plus d\u00e9pendante de leur soutien. Les staliniens n&#8217;ont pas tard\u00e9 \u00e0 prendre avantage de l&#8217;avance que leur avait donn\u00e9e la politique r\u00e9volutionnaire de l&#8217;ancien Koumintern et de l&#8217;Internationale Syndicale rouge sur les r\u00e9formistes qui ne pouvaient faire leur un tel pass\u00e9. Avant la guerre, l&#8217;influence stalinienne ne se faisait sentir qu&#8217;en Afrique du Sud o\u00f9 les tendances social-d\u00e9mocrates et socialistes r\u00e9volutionnaires \u00e9taient \u00e9galement pr\u00e9sentes. Apr\u00e8s la guerre, l&#8217;influence stalinienne devint pr\u00e9dominante en Afrique Occidentale Fran\u00e7aise par le canal de la CGT fran\u00e7aise. Le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CGT au Soudan fran\u00e7ais Abdoullaye Diallo, devint l&#8217;un des vice-pr\u00e9sidents de la FSM tandis que la CFTC (qui regroupe \u00e9galement en Afrique des travailleurs musulmans) devint la seule f\u00e9d\u00e9ration non-stalinienne de quelque importance.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, quelles lointaines que soient la Russie et la Chine, et quel proche que soit le capitalisme imp\u00e9rialiste, les travailleurs africains ont n\u00e9anmoins eu l&#8217;occasion de subir le Stalinisme comme un ennemi de leurs besoins et de leurs int\u00e9r\u00eats r\u00e9els. En Afrique du Sud comme ailleurs, le Parti communiste a approuv\u00e9 la guerre et toutes les mesures justifi\u00e9es par celle-ci, y compris les mesures de restriction \u00e0 l&#8217;encontre du mouvement syndical. Aux Camerouns, les fonctionnaires de la CGT se sont trouv\u00e9s dans la situation de devoir faire gr\u00e8ve pour des revendications comme &#8220;la lib\u00e9ration d&#8217;Alain le Lep.&#8221; Plus r\u00e9cemment, le contraste entre la lutte sans compromis entreprise contre le colonialisme par des organisations syndicales comme l&#8217;UGTT en Tunisie, l&#8217;UMT au Maroc ou l&#8217;USTA en Alg\u00e9rie, et la position de trahison du Parti communiste \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e et dans le mouvement syndical, a contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9clairer les travailleurs africains sur la nature r\u00e9elle de l&#8217; &#8221;aide&#8221; stalinienne.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re cons\u00e9quence de ces exp\u00e9riences, on l&#8217;\u00e0 mesur\u00e9e en f\u00e9vrier 1956 dans la place forte du stalinisme en Afrique, l&#8217;Afrique Occidentale Fran\u00e7aise, o\u00f9 un groupe de syndicalistes quitta la CGT pour former son propre syndicat ind\u00e9pendant appel\u00e9 l&#8217;Union G\u00e9n\u00e9rale des Travailleurs Africains. Ce groupe \u00e9tait conduit par le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la CGT et plus de la moiti\u00e9 des membres de celle-ci le suivirent. Les staliniens n&#8217;ont gard\u00e9 une influence que sur la CGT du Soudan et sur une moiti\u00e9 de la CGT du S\u00e9n\u00e9gal. Ce nouveau syndicat est en fait l&#8217;expression juridique d&#8217;une r\u00e9alit\u00e9 permanente: les travailleurs africains de la CGT n&#8217;ont jamais \u00e9t\u00e9 staliniens, pas plus qu&#8217;ils n&#8217;ont appartenu \u00e0 la CFTC. Claude G\u00e9rard \u00e9crit que &#8220;si l&#8217;unit\u00e9 d&#8217;action n&#8217;existe pas au sommet des diff\u00e9rentes conf\u00e9d\u00e9rations, elle existe indubitablement \u00e0 la base. Les travailleurs africains rencontrent presque toujours au cours d&#8217;une gr\u00e8ve ou de toute autre action l&#8217;esprit de communaut\u00e9 propre aux Africains qui fait la force de leur pays. Pour cette raison, tout dirigeant qui se laisse endoctriner dans une r\u00e9union internationale doit \u00e0 son tour s&#8217;aligner sur les positions prises par la masse des travailleurs africains qui savent conserver leur bon sens et leur libert\u00e9.&#8221;<\/p>\n<p>Un mouvement syndical de plus en plus ind\u00e9pendant est en gestation: les syndicats catholiques sont oblig\u00e9s d&#8217;affilier des travailleurs non catholiques et leurs liens avec l&#8217;Eglise catholique se rel\u00e2chent; les syndicats staliniens ont moins de force; les syndicats qui ont vu le jour sous l&#8217;aile du r\u00e9formisme adoptent une nouvelle conscience de classe, plus militante. Toutes ces \u00e9volutions vont dans la m\u00eame direction: vers un mouvement syndical africain ind\u00e9pendant et uni.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pour l&#8217;instant qu&#8217;une perspective \u00e0 long terme: les travailleurs africains manquent encore d&#8217;information sur ce qui se passe dans d&#8217;autres parties du continent. Les communications sont difficiles et les informations censur\u00e9es par les gouvernements. Mais la tendance est d\u00e9termin\u00e9e par le fait que chaque organisation syndicale doit faire face dans chaque territoire aux m\u00eames probl\u00e8mes. Bien que les politiques britannique: et fran\u00e7aise diff\u00e8rent, la s\u00e9gr\u00e9gation dans les territoires britanniques a favoris\u00e9 une prise de conscience du fait national qui s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9e dans les territoires fran\u00e7ais \u00e0 travers une revendication pour l&#8217;\u00e9galit\u00e9 au sein du syst\u00e8me. Le travail migrant a rendu l&#8217;organisation des travailleurs difficile dans l&#8217;ensemble des territoires, mais aussi a favoris\u00e9 la diss\u00e9mination des informations et des nouvelles. Le caract\u00e8re m\u00e9lang\u00e9 et instable de la main d&#8217;oeuvre urbaine a \u00e9t\u00e9 un obstacle au syndicalisme mais plus encore une raison de transformer les syndicats en partis, en coop\u00e9ratives, en \u00e9coles \u00e9tablissant ainsi leur pr\u00e9dominance politique et sociale sur toutes les classes de la population.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><br \/>\nLe mouvement syndical africain est sur le point de se lancer dans des batailles cruciales alors qu&#8217;il arrive tout juste \u00e0 maturit\u00e9. Il va avoir \u00e0 se battre contre toutes les formules qui envahissent l&#8217;Afrique aujourd&#8217;hui et qui tentent de remplacer les syst\u00e8mes coloniaux traditionnels par des formes plus rationalis\u00e9es d&#8217;exploitation.<\/p>\n<p>Pour les puissants bataillons de la bourgeoisie europ\u00e9enne, l&#8217;exploitation de l&#8217;Afrique est le dernier moyen de maintenir une certaine ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis du capitalisme am\u00e9ricain, d&#8217;o\u00f9 les diff\u00e9rents sch\u00e9mas &#8220;eurafricains&#8221; qui visent \u00e0 \u00e9tablir un condominium de capitaux europ\u00e9ens sur les colonies fran\u00e7aises, belges et portugaises. &#8220;Perdre l&#8217;Afrique et d\u00e9cliner politiquement et \u00e9conomiquement, ou la garder en l&#8217;int\u00e9grant encore plus \u00e0 l&#8217;Europe et reconqu\u00e9rir ainsi une ind\u00e9pendance \u00e9conomique et des possibilit\u00e9s d&#8217;avenir&#8221;, c&#8217;est ainsi que le porte-parole de ce groupe voit le probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Un autre plan est d\u2019\u00e9tablir un condominium anglo-am\u00e9ricain sur les colonies britanniques, qui serait partag\u00e9 avec l\u2019Union sud-africaine. Ce plan prit forme pendant la seconde guerre mondial et fut expos\u00e9 par Padmore d\u00e8s 1944. Son socle \u00e9conomique est justifi\u00e9 par la participation de capitaux am\u00e9ricains dans les mines (Afrique du Sud, Rhod\u00e9sie, Congo Belge, Gabon, Camerouns), dans le p\u00e9trole (Ethiopie, Mozambique) dans les plantations de caoutchouc (Liberia), etc.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me concept issu du pr\u00e9c\u00e9dent est celui de l&#8217;Afrique vue sous l&#8217;angle d&#8217;un maillon strat\u00e9gique vital dans le syst\u00e8me de l&#8217;OTAN. Cinq conf\u00e9rences internationales ont d\u00e9j\u00e0 eu lieu depuis 1950 pour d\u00e9battre de l&#8217;utilisation de l&#8217;Afrique comme base de d\u00e9fense de l&#8217;Europe. A l&#8217;heure actuelle, le continent est parsem\u00e9 de bases am\u00e9ricaines: Robertsfield au Lib\u00e9ria, Wheelus Field en Libye, Nouaceur au Maroc. Au Congo Belge, deux bases ont \u00e9t\u00e9 construites \u00e0 Kamina et Kiton. Elles deviendront en cas de guerre des \u00e9l\u00e9ments du syst\u00e8me de d\u00e9fense &#8220;atlantique&#8221;. R\u00e9cemment, l&#8217;Union Sud-africaine a lou\u00e9 une base a\u00e9rienne et navale aux forces arm\u00e9es des Etats-Unis.<\/p>\n<p>On ne devrait aussi jamais oublier que l&#8217;Afrique tropicale poss\u00e8de toutes les mati\u00e8res premi\u00e8res n\u00e9cessaires aux guerres modernes, et en particulier plus de la moiti\u00e9 de la production mondiale d&#8217;uranium au Congo belge et dans l&#8217;Union Sud-africaine.<\/p>\n<p>Enfin, l&#8217;Union Sovi\u00e9tique a tent\u00e9 de passer aux actes en offrant r\u00e9cemment une assistance technique et militaire \u00e0 la Libye et au Lib\u00e9ria &#8211; propagande, peut-\u00eatre, mais qui signifie la revendication d&#8217;un droit.<\/p>\n<p>Il est \u00e0 peine n\u00e9cessaire d&#8217;attirer l&#8217;attention sur les dangers que repr\u00e9sente la rivalit\u00e9 de ces men\u00e9es imp\u00e9rialistes pour les populations africaines. La derni\u00e8re guerre leur a amen\u00e9 l&#8217;enr\u00f4lement de force au travail au Kenya, l&#8217;interdiction de faire gr\u00e8ve et de se r\u00e9unir en Afrique du Sud, et d&#8217;autres mesures r\u00e9pressives. Il est \u00e9vident que si l&#8217;Afrique doit se transformer en une base pour la d\u00e9fense \u00e9conomique et politique de l&#8217;Europe, ses habitants devront se tenir tranquilles et si n\u00e9cessaire on les y obligera par la force. Le reporter du New York Herald Tribune d\u00e9crit ainsi la base a\u00e9rienne de Kamina: &#8220;Sur la base sont entrepos\u00e9s des avions de transport capables de l\u00e2cher tout renfort de troupes a\u00e9roport\u00e9es avec jeeps et armes automatiques sur tout point du territoire du Congo et probablement, si la n\u00e9cessit\u00e9 l&#8217;exigeait, hors de ce territoire.&#8221;<\/p>\n<p>La base s&#8217;est vu assigner deux &#8220;missions globales&#8221; dont l&#8217;une est de &#8220;prot\u00e9ger les riches mines d&#8217;uranium de Shinkolobwe, \u00e0 environ 140 kilom\u00e8tres au sud-est de celle-ci, et les riches d\u00e9p\u00f4ts de cuivre qui se trouvent dans la m\u00eame r\u00e9gion.&#8221; L&#8217;autre est de &#8220;former un noyau de protection de toute la moiti\u00e9 sud de l&#8217;Afrique et probablement d&#8217;\u00e9largir cette zone de protection si une nouvelle guerre mondiale venait \u00e0 \u00eatre d\u00e9clench\u00e9e.&#8221; Kamina, Kitona et &#8220;une base navale qui se d\u00e9veloppe rapidement \u00e0 Banan, sur la c\u00f4te&#8221; contr\u00f4leront l&#8217;embouchure du fleuve Congo. &#8220;Personne n&#8217;a besoin d&#8217;expliquer \u00e0 un g\u00e9ographe militaire combien cela contribuerait \u00e0 contr\u00f4ler l&#8217;ensemble de l&#8217;Afrique \u00e0 l&#8217;exception du bassin du Nil et des fronti\u00e8res du nord.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Contr\u00f4le&#8221; et &#8220;protection&#8221; contre qui? Certainement pas contre l&#8217;arm\u00e9e sovi\u00e9tique, sp\u00e9cialement pour ce qui concerne la moiti\u00e9 sud du continent. Ces bases, comme les autres, sont directement point\u00e9es contre les efforts du peuple africain pour prendre en main le contr\u00f4le de son propre pays et son destin.<\/p>\n<p>La lutte contre la puissance \u00e9conomique et militaire de l&#8217;imp\u00e9rialisme demandera l&#8217;union de toutes les organisations ouvri\u00e8res sur l&#8217;ensemble du continent dans une conf\u00e9d\u00e9ration panafricaine du travail qui formera la base d&#8217;un mouvement ind\u00e9pendant et uni de r\u00e9volution nationale.<\/p>\n<p>Le mouvement syndical africain est petit, mais il est seul \u00e0 pouvoir mener la lutte pour l&#8217;ind\u00e9pendance politique et l&#8217;\u00e9mancipation \u00e9conomique et sociale. Sa t\u00e2che est aujourd&#8217;hui de coordination et d&#8217;unification&#8217; sur la base d&#8217;un programme commun.<\/p>\n<p>La t\u00e2che des mouvements syndicaux europ\u00e9ens et am\u00e9ricains est avant tout de faire stopper les campagnes de r\u00e9pression que pr\u00e9parent leurs propres gouvernements encore aujourd&#8217;hui. Les h\u00e9licopt\u00e8res qui seront utilis\u00e9s contre les r\u00e9volutions africaines qui se pr\u00e9parent seront de fabrication. am\u00e9ricaine et appartiendront peut-\u00eatre \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e am\u00e9ricaine. Il va de la responsabilit\u00e9 du mouvement syndical am\u00e9ricain de s&#8217;assurer que l&#8217;arm\u00e9e am\u00e9ricaine, encore aujourd&#8217;hui, ne devienne pas le chien policier du colonialisme.<\/p>\n<p><strong>SOURCES UTILISEES POUR LE TABLEAU<\/strong> &#8220;Classification des travailleurs salari\u00e9s des principaux territoires d&#8217;Afrique tropicale&#8221;<br \/>\n1. 1952 (estimation; Statistiques d\u00e9mographiques des Nations Unies 1954, New York 1954)<br \/>\n2. 1952 (Information des territoires sous tutelle: compte rendu et analyse fournis en vertu de l&#8217;article 73e de la Charte pour l&#8217;ann\u00e9e 1953; Nations Unies, New York, 1954) Il Y avait en 1953 un total de 45 500 travailleurs europ\u00e9ens. (source: voir note 10)<br \/>\n3. 1952 (Rapport annuel du Conseil de surveillance pour 1953, Nations Unies, New York, 1954)<br \/>\n4. 1954 (Rapport de la mission des Nations Unies en visite dans les territoires sous tutelle d&#8217;Afrique de l&#8217;Est en 1954, New York, 1955) 5. 1953 (Information des territoires sous tutelle, etc.; A\/3107, 22 d\u00e9cembre 1955)<br \/>\n6. 1954 (source, voir 5). Le nombre total de travailleurs salari\u00e9s dans les \u00eeles Comores, d\u00e9pendance de Madagascar, \u00e9tait de 9760 en 1954.<br \/>\n7. 1954 (Information des territoires sous tutelle, etc.; A\/3109, 16 janvier 1956)<br \/>\n8. 1953 (Rapport du gouvernement belge au Conseil de surveillance des Nations Unies 1954\/1955)<br \/>\n9. 1953 (source: voir 7)<br \/>\n10. 1952 (Revue sur l&#8217;activit\u00e9 \u00e9conomique en Afrique de 1950 \u00e0 1954, Nations Unies, New York, 1955)<br \/>\n11. 1951 (source: voir 10). Les travailleurs non africains \u00e9taient 19 500 en Rhod\u00e9sie du Nord (1952) et 51 400 en Rhod\u00e9sie du Sud (1951)<br \/>\n12. 1952 (source: voir 7)<br \/>\n13. Inclut le S\u00e9n\u00e9gal, la Guin\u00e9e fran\u00e7aise, la C\u00f4te d&#8217;Ivoire et le Soudan fran\u00e7ais. Aucun chiffre n&#8217;a pu \u00eatre obtenu pour le Dahomey, le Niger, la Mauritanie et la Haute Volta qui ont une population totale de 7&#8217;430&#8217;000 personnes. N\u00e9anmoins, la majorit\u00e9 des travailleurs salari\u00e9s d&#8217;Afrique Occidentale Fran\u00e7aise sont inclus dans le chiffre du tableau: selon une statistique officielle cit\u00e9e dans &#8220;Le d\u00e9veloppement de l&#8217;\u00e9conomie de march\u00e9 en Afrique tropicale&#8221; (Nations Unies 1954), le nombre total de travailleurs salari\u00e9s est de 244 300 pour l&#8217;Afrique tropicale en 1947.<br \/>\n14. 1947 (Pierre Naville: &#8220;Donn\u00e9es statistiques sur la structure de la main d&#8217;oeuvre salari\u00e9e et de l&#8217;industrie en Afrique Noire&#8221; Pr\u00e9sence Africaine, 13, Paris, 1952)<br \/>\n15. 1951 (source: voir 10)<br \/>\n16. 1947 (Rapport du gouvernement britannique au Conseil de surveillance des Nations Unies). Selon estimations, &#8220;culture du cacao&#8221; et-services publics-sont les deux cat\u00e9gories les plus importantes.<br \/>\n17. 1954 (Rapport annuel du Gouvernement fran\u00e7ais \u00e0 l&#8217;Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations Unies sur l&#8217;administration du Togo plac\u00e9 sous la tutelle de la France, ann\u00e9e 1954. Paris, 1955)<br \/>\n18. 1954 (Rapport annuel \u2026 sur l&#8217;administration du Cameroun &#8230; ann\u00e9e 1954, Paris, 1955)<br \/>\n19. Non compris le Togo et le Cameroun sous administration britannique, ni la Somalie.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu.html\">introduction<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_1.html\">1\u00e8re partie<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_2.html\">2\u00e8me partie<\/a> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.globallabour.info\/fr\/2011\/04\/le_mouvement_ouvrier_en_afriqu_3.html\">3\u00e8me partie<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conclusion de l\u2019\u00e9tude sur la classe ouvri\u00e8re africaine.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[30],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/104"}],"collection":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=104"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/104\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":324,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/104\/revisions\/324"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=104"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=104"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=104"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}