{"id":106,"date":"2011-09-30T16:00:00","date_gmt":"2011-09-30T16:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2011\/09\/30\/histoire-la-montee-du-fascisme-dan-gallin-2007\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:04","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:04","slug":"histoire-la-montee-du-fascisme-dan-gallin-2007","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2011\/09\/30\/histoire-la-montee-du-fascisme-dan-gallin-2007\/","title":{"rendered":"Histoire: La mont\u00e9e du fascisme (Dan Gallin, 2007)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Italie<\/strong><br \/>\nA la fin de la premi\u00e8re guerre mondiale l&#8217;Europe \u00e9tait travers\u00e9e de mouvements r\u00e9volutionnaires, \u00e0 commencer par les r\u00e9volutions de f\u00e9vrier et octobre 1917 en Russie.<!--more-->Le pouvoir sovi\u00e9tique survit \u00e0 une guerre civile de trois ans (1918 \u2013 1921), malgr\u00e9 l&#8217;intervention de plusieurs arm\u00e9es \u00e9trang\u00e8res aux c\u00f4t\u00e9s des arm\u00e9es &#8220;blanches&#8221; (contre-r\u00e9volutionnaires) et l&#8217;URSS est proclam\u00e9e en 1922, mais le pays est exsangue, \u00e9puis\u00e9. Dans tous les autres pays (Allemagne, Autriche, Hongrie, Finlande) les tentatives r\u00e9volutionnaires \u00e9chouent. Une tentative d&#8217;exporter la r\u00e9volution par les armes \u00e9choue \u00e9galement: l&#8217;Arm\u00e9e Rouge qui a envahi la Pologne en 1920 est arr\u00eat\u00e9e devant Varsovie par l&#8217;arm\u00e9e polonaise et refoul\u00e9e.<\/p>\n<p>Mais la bourgeoisie a eu tr\u00e8s peur, et elle continue d&#8217;avoir peur: dans les ann\u00e9es 1920, l&#8217;URSS est encore r\u00e9volutionnaire et continue \u00e0 \u00eatre per\u00e7ue comme une menace \u00e0 l&#8217;ordre social capitaliste, alors que des luttes sociales, parfois tr\u00e8s dures, se poursuivent dans la plupart des pays d&#8217;Europe occidentale.<br \/>\nLa priorit\u00e9 des d\u00e9tenteurs du capital et des mouvements politiques qui d\u00e9fendent leurs int\u00e9r\u00eats sera donc de d\u00e9truire le mouvement ouvrier \u2013 tout le mouvement ouvrier. En effet, alors que les communistes d\u00e9noncent les &#8220;tra\u00eetres&#8221; socialistes (qui pourtant avaient combattu avec eux en Finlande et en Hongrie), du point de vue de la droite dure c&#8217;est l&#8217;ensemble du mouvement ouvrier qui repr\u00e9sente une menace qu&#8217;il faut d\u00e9truire.<\/p>\n<p>Cela commence en Italie qui, au sortir de la guerre, est un pays en crise. Crise \u00e9conomique d&#8217;abord: destructions dans le Nord-Est touch\u00e9 par la guerre, inflation et endettement de la population qui voit son pouvoir d&#8217;achat s&#8217;effondrer, progression du ch\u00f4mage. En 1919 et 1920, les ouvriers des grands centres industriels occupent les usines et prennent leur gestion en main par des conseils ouvriers. Les paysans, qui attendent une r\u00e9forme agraire qui ne vient pas, se partagent les terres des grands propri\u00e9taires.<\/p>\n<p>Pourtant, ce mouvement social puissant n&#8217;aboutit pas \u00e0 un changement de soci\u00e9t\u00e9: le PS et la CGL, centrale syndicale dominante, reculent devant l&#8217;option r\u00e9volutionnaire et signent un accord avec le patronat en \u00e9change d&#8217;un projet de loi sur &#8220;l\u2019intervention des ouvriers dans le contr\u00f4le technique et financier et dans l\u2019administration entreprises&#8221; , loi qui ne vit jamais le jour car le r\u00e9gime parlementaire est gagn\u00e9 de vitesse par le fascisme. Les paysans sont chass\u00e9s des terres occup\u00e9es par la police et r\u00e9prim\u00e9s.<\/p>\n<p>Le parti communiste italien est fond\u00e9 en 1921, \u00e0 partir des socialistes r\u00e9volutionnaires de Ordine Nuovo \u00e0 Turin (Antonio Gramsci) et de Il Soviet \u00e0 Naples (Amedeo Bordiga), trop tard pour peser sur les \u00e9v\u00e9nments.<\/p>\n<p>La crise est aussi id\u00e9ologique: l&#8217;Italie, entr\u00e9e en guerre malgr\u00e9 l&#8217;opposition de la majorit\u00e9 du PS, se trouve dans le camp des &#8220;vainqueurs&#8221; mais ses revendications territoriales (sur l&#8217;Istrie et la c\u00f4te dalmate) n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 satisfaites, et le nationalisme frustr\u00e9 suscite des mouvements extr\u00e9mistes pr\u00e9curseurs du fascisme.<\/p>\n<p>L&#8217;homme qui permettra \u00e0 la bourgeoisie de r\u00e9soudre la crise sociale et la crise de l&#8217;Etat \u00e0 sa fa\u00e7on, selon ses int\u00e9r\u00eats, est un transfuge socialiste: Benito Mussolini, ancien r\u00e9dacteur de Avanti!, le quotidien du parti, exclu du PS pour avoir fait campagne pour l&#8217;entr\u00e9e en guerre de l&#8217;Italie. Il fonde un nouveau journal, le Popolo d&#8217;Italia, subventionn\u00e9 par le patronat et par les services secrets fran\u00e7ais (par l&#8217;interm\u00e9diaire de Marcel Cachin, dirigeant social-patriote, communiste apr\u00e8s 1919), qui contribue \u00e0 entra\u00eener l&#8217;Italie dans la guerre en 1915.<\/p>\n<p>Mussolini organise aussi des bandes arm\u00e9es, les fasci d&#8217;azione rivoluzonaria, devenus \u00e0 partir de 1919 les fasci di combattimento, qui attaquent les organisations ouvri\u00e8res et brisent des gr\u00e8ves. En 1921, il les rassemble dans le Parti national fasciste (PNF), soutenu par le patronat et la droite politique.<\/p>\n<p>Le PNF devient rapidement un parti de masse (700,000 membres \u00e0 la fin de 1921) mais les r\u00e9sultats aux \u00e9lections restent m\u00e9diocres. Il d\u00e9montre cependant sa force en ao\u00fbt 1922 en brisant une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale lanc\u00e9e par le PS et dirig\u00e9e contre lui. Finalement, Mussolini d\u00e9cide de prendre le pouvoir par un coup d&#8217;Etat. En octobre 1922, il lance une &#8220;marche sur Rome&#8221; et un ultimatum th\u00e9atral au roi Victor-Emmanuel III en lui ordonnant de lui donner le pouvoir. La &#8220;marche sur Rome&#8221;, qu&#8217;il aurait \u00e9t\u00e9 facile d&#8217;arr\u00eater, est en fait une mise en sc\u00e8ne. Le roi, qui avait d\u00e9j\u00e0 en ao\u00fbt d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;appeler Mussolini au pouvoir, le nomme aussit\u00f4t chef du gouvernement.<\/p>\n<p>En un premier temps, Mussolini se veut rassurant et pr\u00e9side un gouvernement d&#8217;union nationale avec des politiciens de droite. En novembre, le parlement lui donne les pleins pouvoirs, contre l&#8217;opposition de la majorit\u00e9 des socialistes. En d\u00e9cembre, Mussolini cr\u00e9e le &#8220;Grand Conseil du Fascisme&#8221;, compos\u00e9 de membres de la direction du PNF et des hauts fonctionnaires essentiels \u00e0 la bonne marche de l\u2019\u00c9tat, qui devient le gouvernement de fait.<\/p>\n<p>En 1924, Mussolini modifie la loi \u00e9lectorale permettant au PNF de remporter la majorit\u00e9. Giacomo Matteotti, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du PS, qui d\u00e9nonce la man\u0153uvre au parlement, est assassin\u00e9, assassinat qui sera revendiqu\u00e9 par Mussolini dans un discours au parlement en janvier 1925.<\/p>\n<p>Mussolini est abandonn\u00e9 par ses alli\u00e9s bourgeois, mais garde le soutien du roi et peut d\u00e9sormais agir en toute libert\u00e9. Les lois &#8220;fascistissimes&#8221; de 1926 transforment l&#8217;Italie en dictature. Le PNF est le seul parti autoris\u00e9, les d\u00e9put\u00e9s des autres partis sont d\u00e9chus, les opposants sont emprisonn\u00e9s, d\u00e9port\u00e9s ou exil\u00e9s.<\/p>\n<p>Les syndicats sont remplac\u00e9s par des corporations domin\u00e9s par le patronat, les gr\u00e8ves sont interdites. La presse est censur\u00e9e, une police politique (OVRA) est institu\u00e9e, ainsi qu&#8217;un fichier de suspects politiques et un &#8220;tribunal sp\u00e9cial&#8221;. Les milices fascistes font r\u00e9gner la terreur.<\/p>\n<p>Des milliers de d\u00e9mocrates s&#8217;exilent pour \u00e9chapper \u00e0 la prison ou \u00e0 la d\u00e9portation sur les \u00eeles. L&#8217;opposition s&#8217;organise: socialistes et r\u00e9publicains constituent une Concentration antifasciste, surtout active dans l&#8217;exil italien en France. Le mouvement Giustizia e Libert\u00e0 des fr\u00e8res Carlo et Nello Rosselli (qui sera \u00e0 l&#8217;origine du Partito d&#8217;Azione apr\u00e8s la guerre) pr\u00e9conise la r\u00e9sistance active (attentats, sabotages) mais en Italie le r\u00e9seau est d\u00e9mantel\u00e9 par la police. Le PCI se dote d&#8217;une structure clandestine qui agit \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur et \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur, mais refuse tout accord avec la Concentration.<br \/>\nLes fr\u00e8res Rosselli seront assassin\u00e9s en 1937 en France, par un commando d&#8217;une organisation fasciste fran\u00e7aise, sur ordre de Mussolini.<\/p>\n<p>En 1929, le pape Pie XI signe les Accords du Latran avec l&#8217;Etat fasciste qui lui conc\u00e9dera l&#8217;existence de l&#8217;Etat du Vatican; le catholicisme est d\u00e9clar\u00e9 religion d&#8217;Etat.<\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9ologie fasciste \u00e9volue. Au d\u00e9part (programme de 1919) gauchiste pour mieux combattre le mouvement ouvrier, avec des revendications r\u00e9volutionnaires reprises du socialisme et de l&#8217;anarcho-syndicalisme, elle devient n\u00e9o-lib\u00e9rale lorsque Mussolini, en 1921, avant son accession au pouvoir, annonce son soutien au lib\u00e9ralisme et au capitalisme, et re\u00e7oit en retour le soutien des organisations patronales. La phase lib\u00e9rale dure de 1922 \u00e0 1925: lib\u00e9ration des prix et des loyers, fin de la r\u00e9forme agraire, remise en cause des monopoles d\u2019\u00c9tat, \u00e9quilibre budg\u00e9taire par la r\u00e9duction drastique des d\u00e9penses de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>A partir de 1925, nouveau tournant: l&#8217;Etat corporatiste est instaur\u00e9. Alors que Mussolini disait en 1922: &#8220;Nous voulons d\u00e9pouiller l&#8217;Etat de tous ses attributs \u00e9conomiques: assez de l&#8217;Etat cheminot, de l&#8217;Etat postier, de l&#8217;Etat assureur&#8221;, il d\u00e9clare en 1926: &#8220;Tout dans l&#8217;Etat, rien hors de l&#8217;Etat et rien contre l&#8217;Etat&#8221;. A partir de 1929, le PNF s&#8217;efforce de soumettre la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 un contr\u00f4le total: l&#8217;Etat devient &#8220;totalitaire&#8221; (on attribue \u00e0 Mussolini l&#8217;origine du mot). Il n&#8217;y arrivera jamais compl\u00e8tement, contrairement \u00e0 ce qui va se passer dans l&#8217;Allemagne nazie et dans l&#8217;URSS stalinienne.<\/p>\n<p>A la diff\u00e9rence du Nazisme, le fascisme italien n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 raciste au d\u00e9part. Ce n&#8217;est qu&#8217;en 1938, en partie sous la pression de l&#8217;Allemagne nazie avec laquelle il est alli\u00e9 depuis 1936, que le r\u00e9gime fasciste italien adopte des lois anti-s\u00e9mites, qui interdisent le mariage de juifs et de non juifs, et excluent les enseignants juifs des \u00e9coles publiques. Ces lois sont impopulaires et souvent contourn\u00e9es. En outre, les autorit\u00e9s italiennes refus\u00e8rent toute coop\u00e9ration au programme nazi d&#8217;extermination des juifs. En 1943, cependant, alors que les Alli\u00e9s d\u00e9barquent en Italie du Sud, l&#8217;Italie du Nord et du Centre est occup\u00e9e par l&#8217;arm\u00e9e allemande, et c&#8217;est alors que quelque 8,000 juifs italiens sont d\u00e9port\u00e9s et assassin\u00e9s \u00e0 Auschwitz-Birkenau.<\/p>\n<p>Mussolini fut arr\u00eat\u00e9 lorsque l&#8217;Italie changea de front en 1943, puis lib\u00e9r\u00e9 par un commando des SS. Il prit alors la t\u00eate de la &#8220;R\u00e9publique sociale italienne&#8221; \u00e9tablie au Nord (connue aussi comme &#8220;R\u00e9publique de Sal\u00f2&#8221; du nom de la ville sur le Lac de Garde qui lui servit de si\u00e8ge). Le PNF devient le Parti fasciste r\u00e9publicain et poursuit la guerre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;arm\u00e9e allemande contre la R\u00e9sistance. La &#8220;R\u00e9publique sociale&#8221; parvient \u00e0 se maintenir jusqu&#8217;en avril 1945. Le 27 avril 1945 Mussolini est en fuite vers l&#8217;Allemagne. Il est arr\u00eat\u00e9 par une unit\u00e9 de partisans communistes et ex\u00e9cut\u00e9 le lendemain.<\/p>\n<p><strong>Portugal<\/strong><br \/>\nLe Portugal est le prochain pays \u00e0 tomber. En 1926, dans un contexte de crise \u00e9conomique et sociale, un coup d&#8217;Etat de l&#8217;arm\u00e9e met fin \u00e0 la R\u00e9publique et \u00e9tablit une dictature militaire. La principale centrale syndicale, la CGT anarcho-syndicaliste, est d\u00e9clar\u00e9e ill\u00e9gale et son quotidien A Batalha, qui est le troisi\u00e8me journal du pays, est supprim\u00e9.<\/p>\n<p>En 1928, les militaires nomment un ministre des finances, Antonio Oliveira de Salazar, qui op\u00e8re un redressement \u00e9conomique par des mesures d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9. En 1932 il est nomm\u00e9 Pr\u00e9sident du Conseil par le pr\u00e9sident de la r\u00e9publique, le g\u00e9n\u00e9ral Oscar Carmona. Salazar consolide l&#8217;Etat autoritaire. En 1933, il fait adopter une nouvelle constitution corporatiste et proclame l&#8217;Estado Novo. Les syndicats sont supprim\u00e9s et remplac\u00e9s par des corporations de m\u00e9tier. Salazar cr\u00e9e un parti unique, l&#8217;Union nationale, une police politique, la PIDE. Comme en Italie, le patronat appuie le r\u00e9gime, mais \u00e0 la diff\u00e9rence du fascisme italien, l&#8217;id\u00e9ologie du r\u00e9gime est plut\u00f4t le cl\u00e9ricalisme conservateur. Les vraies bases du r\u00e9gime sont l&#8217;Eglise et l&#8217;arm\u00e9e.<\/p>\n<p>A partir de 1933, la CGT est durement frapp\u00e9e. De nombreux syndicalistes sont arr\u00eat\u00e9s, intern\u00e9s et d\u00e9port\u00e9s (notamment au camp de Tarrafal, aux \u00celes du Cap-Vert, ou des dizaines de militants anarchistes, syndicalistes et communistes trouveront la mort).<\/p>\n<p>En 1934 la CGT d\u00e9clenche une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale insurrectionnelle pour s&#8217;opposer \u00e0 la cr\u00e9ation des nouveaux syndicats corporatistes. Les travailleurs prennent le contr\u00f4le de la ville de Marinha Grande, centre industriel, et s&#8217;organisent en conseils. L&#8217;insurrection est r\u00e9prim\u00e9e par l&#8217;arm\u00e9e, qui r\u00e9duit les centres de r\u00e9sistance par l&#8217;artillerie. Des centaines de militants sont envoy\u00e9s dans les camps de concentration des colonies.<\/p>\n<p>Le fascisme portugais durera plus de quarante ans. La CGT r\u00e9sistera moins bien \u00e0 la r\u00e9pression que le Parti communiste. Quand le r\u00e9gime tombe enfin en avril 1974, l&#8217;espace politique de l&#8217;anarcho-syndicalisme aura \u00e9t\u00e9 pris par le PCP, alors que les socialistes, faibles dans la clandestinit\u00e9, \u00e9mergent comme la force dominante de gauche.<\/p>\n<p><strong>Allemagne<\/strong><br \/>\nUn parti d&#8217;extr\u00eame-droite, le parti ouvrier allemand, est fond\u00e9 en 1919. Il deviendra le parti national-socialiste ouvrier allemand (National-Sozialistische Deutsche Arbeiterpartei \u2013 NSDAP) en 1920; Adolf Hitler en devient pr\u00e9sident en 1921. Le NSDAP n&#8217;est alors qu&#8217;un groupuscule d&#8217;extr\u00eame-droite parmi d&#8217;autres, et Hitler n&#8217;est pas pris au s\u00e9rieux. Mais Hitler cr\u00e9e une milice du parti, la Sturmabteilung (SA), qui s&#8217;affronte aux organisations de gauche dans des combats de rue.<\/p>\n<p>La R\u00e9publique de Weimar, proclam\u00e9e en 1918 est gouvern\u00e9e par le parti social-d\u00e9mocrate majoritaire MSPD . Elle doit faire face \u00e0 une droite r\u00e9actionnaire, nostalgique de l&#8217;empire. Les Freikorps, milice paramilitaire compos\u00e9e de volontaires, qui ont fait son sale travail en r\u00e9primant les mouvements r\u00e9volutionnaires en 1919, la ha\u00efssent. Le Stahlhelm (casque d&#8217;acier), organisation d&#8217;anciens combattants, est une autre milice de guerre civile et le Deutschnationale Volkspartei, du magnat de la presse Hugenberg, est un relais politique influent. La justice et l&#8217;administration de l&#8217;Etat sont majoritairement aux mains de la droite r\u00e9actionnaire.<\/p>\n<p>Le mouvement ouvrier reste cependant puissant. En mars 1920, les Freikorps tentent un coup d&#8217;Etat: ils occupent Berlin et installent Wolfgang Kapp, un politicien de droite, comme chancelier. La centrale syndicale socialiste, le ADGB, appelle \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, appuy\u00e9e par les trois partis ouvriers (MSPD, USPD et KPD). La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale est totale et paralyse le gouvernement factieux. Apr\u00e8s quatre jours le putsch s&#8217;effondre, les Freikorps se retirent et Kapp s&#8217;enfuit.<\/p>\n<p>Ce sera la derni\u00e8re fois o\u00f9 la classe ouvri\u00e8re allemande aura l&#8217;occasion de prendre l&#8217;initiative et de faire la preuve de sa puissance. On a l\u00e0 une unit\u00e9 d&#8217;action remarquable de la classe ouvri\u00e8re sous l&#8217;\u00e9gide des syndicats: les trois partis ouvriers sont unis contre la r\u00e9action, qui est \u00e9cras\u00e9e par la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. Dans la gauche, la constellation politique est favorable pour aller plus loin: c&#8217;est Paul Levi (un proche de Luxemburg) qui est \u00e0 la direction du Parti communiste. Noske, le ministre de l&#8217;int\u00e9rieur qui avait fait intervenir les Freikorps pour r\u00e9primer les conseils r\u00e9volutionnaires, est \u00e9limin\u00e9 de la direction social-d\u00e9mocrate; sa carri\u00e8re est termin\u00e9e.<\/p>\n<p>Carl Legien, pr\u00e9sident de l&#8217;ADGB, propose l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;un gouvernement ouvrier (compos\u00e9 des trois partis ouvriers) sous sa direction, avec un programme de d\u00e9mocratisation de l&#8217;appareil de l&#8217;Etat et de socialisation partielle de l&#8217;\u00e9conomie. Si Levi n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 en prison, il aurait probablement r\u00e9ussi \u00e0 persuader le Parti communiste (que Luxemburg aurait voulu appeler socialiste) et surtout l&#8217;USPD d&#8217;accepter la proposition Legien. Mais le USPD et le KPD refusent. Ce refus emp\u00eacha une v\u00e9ritable d\u00e9mocratisation de la R\u00e9publique de Weimar.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode 1923-1928 est une p\u00e9riode de relative stabilit\u00e9 politique. En 1923, Hitler tente un coup d&#8217;Etat \u00e0 Munich, facilement r\u00e9prim\u00e9 par l&#8217;arm\u00e9e. Hitler est arr\u00eat\u00e9 et condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans de prison pour haute trahison, mais b\u00e9n\u00e9ficie d&#8217;une lib\u00e9ration anticip\u00e9e apr\u00e8s seulement 13 mois. Pendant sa d\u00e9tention, il \u00e9crit Mein Kampf, autobiogaphie et manifeste politique. En 1927, il reconstruit le NSDAP qui avait \u00e9t\u00e9 interdit, cependant, aux \u00e9lections de 1928 le parti ne recueille que 2,6% des suffrages.<\/p>\n<p>C&#8217;est la crise \u00e9conomique de 1929 qui donne sa seconde chance \u00e0 Hitler. En Allemagne, la crise fait 12 millions de ch\u00f4meurs, sans protection sociale. Une partie de la classe ouvri\u00e8re se d\u00e9tourne des partis de gauche, apparemment incapables de trouver une issue \u00e0 la crise, qu&#8217;elle soit r\u00e9formiste ou r\u00e9volutionnaire. Aux \u00e9lections de 1930, le NSDAP fait 18,3% et devient le deuxi\u00e8me parti du Reichstag (parlement) apr\u00e8s de SPD (24,5%), mais avant le KPD (13,1%). Aux \u00e9lections de juillet 1932 le NSDAP obtient 37,3% et devient le premier parti (le SPD obtient 21,6% et le KPD 14,5%), mais il y a de nouvelles \u00e9lections en novembre 1932 o\u00f9 le parti nazi se tasse, avec 33,1%, alors que le KPD progresse (16,9%) au d\u00e9pens du SPD (20,4%).<\/p>\n<p>En 1932, Hitler se pr\u00e9sente \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique contre le pr\u00e9sident sortant, le g\u00e9n\u00e9ral Paul von Hindenburg, et obtient 30,1% des voix au premier tour en mars et 36,8% au second tour en avril. Hindenburg est r\u00e9-\u00e9lu, y compris avec les voix social-d\u00e9mocrates, mais, sous pression de la droite, il nomme Hitler Chancelier (premier ministre) en janvier 1933.<\/p>\n<p>La terreur nazie commence aussit\u00f4t. L&#8217;incendie du Reichstag, le 27 f\u00e9vrier, attribu\u00e9 aux communistes, donne le pr\u00e9texte d&#8217;abolir les droits d\u00e9mocratiques. Les d\u00e9put\u00e9s du KPD sont d\u00e9chus de leur mandat et arr\u00eat\u00e9s. Aux \u00e9lections de mars 1933, fortement conditionn\u00e9es par la terreur nazie, le NSDAP obtient 43,9% des voix (contre 18,3% au SPD et 12,3% au KPD). Le 23 mars 1933 le Reichstag vote les pleins pouvoirs \u00e0 Hitler, contre l&#8217;opposition des socialistes, dont le quart des d\u00e9put\u00e9s est d\u00e9j\u00e0 arr\u00eat\u00e9 ou en exil. Les premiers camps de concentration commencent \u00e0 se remplir en mars 1933.<\/p>\n<p>Le chef du groupe socialiste, Otto Wels, d\u00e9fie Hitler: &#8220;En cette heure historique, nous autres social-d\u00e9mocrates allemands proclamons solennellement notre attachement aux principes de l&#8217;humanit\u00e9 et de la justice, de la libert\u00e9 et du socialisme. Aucune loi (\u2026) ne vous donne le pouvoir d&#8217;an\u00e9antir des id\u00e9es qui sont \u00e9ternelles et indestructibles. Nous saluons les pers\u00e9cut\u00e9s et les opprim\u00e9s. Nous saluons nos amis dans le Reich. Leur r\u00e9sistance et leur fid\u00e9lit\u00e9 m\u00e9ritent admiration. (\u2026) On peut nous prendre la libert\u00e9 ou la vie, on ne peut pas nous prendre l&#8217;honneur&#8221;.<\/p>\n<p>En mai les syndicats, dont les chefs cherchaient encore un accommodement avec Hitler, sont dissous, leurs avoirs confisqu\u00e9s. Une organisation corporatiste, le Front allemand du Travail (DAF) les remplace. En juillet, le NSDAP devient parti unique.<\/p>\n<p>En juin 1934, Hitler fait assassiner une partie de ses anciens partisans qui repr\u00e9sentaient la &#8220;gauche nazie&#8221;, notamment Gregor Strasser et Ernst R\u00f6hm, chef des SA, et donne ainsi des gages suppl\u00e9mentaires au patronat qui l&#8217;avait soutenu.<\/p>\n<p>Le 2 ao\u00fbt, le pr\u00e9sident Hindenburg est mort et, en vertu de la Constitution, le chancelier exerce temporairement les pouvoirs du pr\u00e9sident d\u00e9funt. Le m\u00eame jour, le Reichstag vote une loi de fusion des deux fonctions en une seule: Hitler devient F\u00fchrer et Reichskanzler.<\/p>\n<p>La gauche pouvait-elle arr\u00eater le d\u00e9sastre? Elle en avait certainement les moyens. D&#8217;abord les moyens de l&#8217;Etat: le SPD d\u00e9tenait jusqu&#8217;en mars 1930 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique (Hermann M\u00fcller) et d\u00e9tenait \u00e9galement le gouvernement de la Prusse, principale province de la R\u00e9publique, avec une police de 100,000 hommes bien arm\u00e9s, sous commandement socialiste. Ensuite, l&#8217;organisation arm\u00e9e. Le SPD, avec d&#8217;autres partis d\u00e9mocratiques, avait cr\u00e9\u00e9 en 1924 le Reichsbanner Schwarz-Rot-Gold, organisation paramilitaire dont le but \u00e9tait de d\u00e9fendre les organisations ouvri\u00e8res et la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine, et qui avait 250,000 membres en 1931. Le KPD avait de son c\u00f4t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 le Rote Frontk\u00e4mpfer Bund, \u00e9galement en 1924, qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 ill\u00e9gal en 1929, mais \u00e9tait encore en \u00e9tat d&#8217;agir, avec 100,000 membres.<\/p>\n<p>En 1930, les SA n&#8217;avaient que quelques milliers de membres mal organis\u00e9s. En janvier 1931, ils \u00e9taient 100,000, et un an plus tard 300,000, militairement organis\u00e9s.<\/p>\n<p>En 1931 ou 1932 au plus tard, un front uni des partis ouvriers aurait pu arr\u00eater le nazisme. Il aurait fallu s&#8217;unir et combattre. Ni l&#8217;un ni l&#8217;autre furent possibles. Les responsabilit\u00e9s sont partag\u00e9es.<\/p>\n<p>D&#8217;abord, celles du KPD. A partir de 1924, dans le cadre de la &#8220;bolch\u00e9visation&#8221;, le KPD est mis au pas et suit inconditionnellement les directives de Moscou. Or, en 1928, l&#8217;Internationale communiste (Komintern) avance la th\u00e9orie de la &#8220;troisi\u00e8me p\u00e9riode&#8221;. En quoi consiste la &#8220;troisi\u00e8me p\u00e9riode&#8221;? Selon le Komintern, la premi\u00e8re p\u00e9riode s&#8217;\u00e9tendait de 1918 \u00e0 1923. Elle avait \u00e9t\u00e9 celle d&#8217;une crise r\u00e9volutionnaire aigu\u00eb. La deuxi\u00e8me p\u00e9riode allait de 1923 \u00e0 1928. Elle avait \u00e9t\u00e9 celle de la stabilisation du capitalisme. La troisi\u00e8me p\u00e9riode \u00e9tait celle de la crise g\u00e9n\u00e9rale du capitalisme qui rendait la r\u00e9volution imminente.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le socialisme d\u00e9mocratique devenait l&#8217;ennemi principal parce qu&#8217;il d\u00e9fendait la d\u00e9mocratie &#8220;bourgeoise&#8221;: c&#8217;est la th\u00e9orie du &#8220;social-fascisme&#8221;. Cet \u00e9chafaudage reposait sur l&#8217;identification de la d\u00e9mocratie bourgeoise et du fascisme, comme deux formes de domination de classe de la bourgeoisie.<\/p>\n<p>La social-d\u00e9mocratie \u00e9tant caract\u00e9ris\u00e9e comme &#8220;aile gauche du fascisme&#8221;, il n&#8217;est \u00e9videmment plus question d&#8217;accords entre les dirigeants &#8220;social-fascistes&#8221; et ceux des PC : &#8220;le front unique doit se r\u00e9aliser \u00e0 la base&#8221;. En d&#8217;autres termes, les ouvriers socialistes doivent se soumettre \u00e0 la direction des PC, sans quoi ce sont aussi des &#8220;social-fascistes&#8221;.<\/p>\n<p>L&#8217;Allemagne des ann\u00e9es 1930-1933 a \u00e9t\u00e9 le tragique champ d&#8217;exp\u00e9rience de la th\u00e9orie du &#8220;social-fascisme&#8221;. Ayant d\u00e9clar\u00e9 les socialistes comme ennemi principal (autant ceux du SPD que ceux des groupements socialistes de gauche, &#8220;encore plus dangereux&#8221;), le KPD n&#8217;h\u00e9sitait pas \u00e0 collaborer avec les Nazis, comme dans la gr\u00e8ve des tramways de Berlin de 1932, organis\u00e9e conjointement par les organisations d\u2019entreprise communiste et nazie, qui dura tout le mois de novembre.<\/p>\n<p>Quant au SPD, sa politique \u00e9tait fond\u00e9e sur le respect de la Constitution de Weimar. Il comptait sur l&#8217;appareil d&#8217;Etat, la Reichswehr (c.\u00e0.d. l&#8217;arm\u00e9e, pourtant aux mains de la droite r\u00e9actionnaire), la police, pour d\u00e9fendre la l\u00e9galit\u00e9, mais reculait devant toute mesure qui aurait pu d\u00e9clencher une guerre civile, alors m\u00eame qu&#8217;il \u00e9tait en position de force. Le Reichsbanner attendait l&#8217;ordre d&#8217;intervenir contre les Nazis, ordre qui ne vint jamais.<\/p>\n<p>Un parti socialiste de gauche lutte d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment pour un front unique ouvrier: c&#8217;est le SAP (Sozialistische Arbeiterpartei), fond\u00e9 en 1931 par des socialistes de gauche et des exclus du KPD. Il est trop petit et arrive trop tard pour peser sur les \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Les socialistes payeront cher la paralysie de leur volont\u00e9 politique par leur confiance aveugle en la l\u00e9galit\u00e9 bourgeoise, tout comme les communistes payeront leur politique suicidaire de favoriser l\u2019av\u00e8nement du nazisme pensant qu\u2019ils en prendraient la rel\u00e8ve.<\/p>\n<p>Les estimations du nombre d&#8217;Allemands qui avaient pass\u00e9 par les prisons et les camps de concentration entre 1933 et 1945 varient entre 750,000 et 1,2 millions, sans compter les citoyens pers\u00e9cut\u00e9s et ensuite extermin\u00e9s pour le seul fait d&#8217;\u00eatre juifs. Le nombre de condamnations \u00e0 mort atteint 12,000, auquel il faut ajouter les assassinats sans proc\u00e9dure judiciaire, qui se comptent par milliers.<\/p>\n<p><strong>Autriche<\/strong><br \/>\nLa guerre am\u00e8ne l&#8217;effondrement et le d\u00e9membrement de l&#8217;Empire Austro-Hongrois. L&#8217;Autriche qui reste, est le Deutsch\u00f6sterreich, la petite partie de l&#8217;empire de langue allemande, un petit pays avec une grande capitale imp\u00e9riale, Vienne.<\/p>\n<p>La R\u00e9publique est proclam\u00e9e en novembre 1918. Trois partis principalement sont en pr\u00e9sence: le Parti social-d\u00e9mocrate ouvrier (SDAP), le Parti chr\u00e9tien-social (CSP) et la Ligue nationale allemande (DV).<\/p>\n<p>L&#8217;Assembl\u00e9e nationale se r\u00e9unit et \u00e9lit un gouvernement, pr\u00e9sid\u00e9 par Karl Renner (SDAP). Comme l&#8217;Assembl\u00e9e est issue de la monarchie, il faut une \u00e9lection pour qu&#8217;elle puisse devenir une Constituante.<\/p>\n<p>Cette \u00e9lection a lieu en 1919: les femmes participent pour la premi\u00e8re fois comme citoyennes de plein droit, le SDAP \u00e9merge comme le parti le plus fort avec 40,8% des voix, suivi des Chr\u00e9tiens-Sociaux (35,9%). Le parti nazi existe d\u00e9j\u00e0, mais le NSDAP n&#8217;obtient que 0,8%. Il n&#8217;aura que 3% en 1930.<\/p>\n<p>Il y aura quatre \u00e9lections dans l&#8217;histoire de la Premi\u00e8re R\u00e9publique autrichienne apr\u00e8s celle-ci: en 1920, 1923, 1927 et 1930. Le SDAP obtient entre 39 et 48 pourcent dans ces \u00e9lections et occupe pratiquement tout l&#8217;espace politique de la gauche. Le Parti communiste reste insignifiant: il se pr\u00e9sente aux trois derni\u00e8res \u00e9lections mais reste chaque fois en dessous de un pourcent.<\/p>\n<p>Le SDAP est un parti socialiste de gauche. Dans l&#8217;Internationale socialiste, il repr\u00e9sente un courant original, l&#8217;austro-marxisme, qui est un r\u00e9formisme radical et en m\u00eame temps une th\u00e9orie de l&#8217;autonomie nationale-culturelle, par laquelle les socialistes autrichiens cherch\u00e8rent \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la coexistence de nationalit\u00e9s diff\u00e9rentes dans un ensemble multi-ethnique comme le fut l&#8217;Empire austro-hongrois.<\/p>\n<p>Comme l&#8217;Allemagne et l&#8217;Italie, l&#8217;Autriche subit des crises \u00e9conomiques graves, d&#8217;abord en 1919-1920, ensuite \u00e0 partir de 1929, quand la crise mondiale l&#8217;atteint. Les deux premiers gouvernements (le provisoire de 1918 et celui issu des \u00e9lections de 1919) sont des coalitions du SDAP et du CSP. Malgr\u00e9 la coalition, les relations entre le SDAP, socialiste de gauche et le CSP, cl\u00e9rical et r\u00e9actionnaire, sont tendus. La rupture de la coalition intervient en juillet 1920; aux \u00e9lections en octobre le CSP (41,8%) devance le SDAP (38,0%) et forme une nouvelle coalition de droite avec le DV, le B\u00fcrgerblock, qui durera jusqu&#8217;\u00e0 la fin de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>La vie politique se radicalise et se polarise. Une milice paramilitaire est form\u00e9e en 1920: les Heimwehren, proches du CSP, qui deviennent le bras arm\u00e9 de la droite. Elles sont financ\u00e9es et arm\u00e9es par le grand patronat, notamment de Styrie, et par l&#8217;Italie fasciste. En 1924, le SDAP riposte en organisant \u00e0 son tour le Republikanischer Schutzbund. Comme la Heimwehr, le Schutzbund est organis\u00e9 militairement. Con\u00e7u au d\u00e9part comme un service d&#8217;ordre et de protection des manifestations socialistes, il devient, comme la Heimwehr, une v\u00e9ritable arm\u00e9e, avec 80,000 membres en 1928.<\/p>\n<p>Lors de son congr\u00e8s \u00e0 Linz en 1926, le SDAP adopte un programme qui pose la question de la conqu\u00eate du pouvoir, et se d\u00e9clare pr\u00eat \u00e0 le prendre par la force si la bourgeoisie devait s&#8217;opposer aux moyens d\u00e9mocratiques. Ce programme est per\u00e7u par la droite comme une provocation.<\/p>\n<p>En janvier 1927, un incident survient lors d&#8217;une manifestation de la Heimwehr. Trois de ses membres tirent sur une contre-manifestation du Schutzbund et tuent un de ses militants et un enfant de six ans. Lors du proc\u00e8s des assassins \u00e0 Vienne en juillet la cour prononce un non lieu et les lib\u00e8re. Le lendemain, des manifestants en col\u00e8re se rassemblent devant le Palais de Justice. Des dirigeants du SDAP tentent sans succ\u00e8s de calmer les manifestants qui incendient le b\u00e2timent. Le gouvernement pr\u00e9sid\u00e9 par le Pr\u00e9lat Ignaz Seipel, pr\u00e9sident du CSP, ordonne \u00e0 la police de r\u00e9tablir l&#8217;ordre. La Heimwehr vient pr\u00eater main forte, intervenant pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Vienne. La police tire dans la foule. Il y a 89 morts du c\u00f4t\u00e9 des manifestants et des centaines de bless\u00e9s, 5 morts du c\u00f4t\u00e9 de la police. D\u00e9sormais, l&#8217;ambiance est \u00e0 la guerre civile.<\/p>\n<p>En 1930 la Heimwehr, sous la conduite du Comte Ernst R\u00fcdiger Starhemberg, adopte le &#8220;programme de Korneuburg&#8221;, qui exige la dissolution du Parlement et des partis politiques, et pr\u00e9conise l&#8217;instauration d&#8217;un Etat corportiste sur le mod\u00e8le italien, mais chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>En 1932, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique nomme Engelbert Dollfuss, un proche du Pr\u00e9lat Seipel, pour lui succ\u00e9der comme Chancelier. Dollfuss est un conservateur cl\u00e9rical autoritaire qui partage les id\u00e9es de la Heimwehr. Les \u00e9lections locales de Vienne de 1932, gagn\u00e9es par le SDAP, faisaient craindre \u00e0 la droite la perte de sa faible majorit\u00e9 aux prochaines \u00e9lections; il fallait donc les emp\u00eacher.<\/p>\n<p>Le 4 mars 1933, Dollfuss fait son coup d&#8217;Etat: le Parlement est dissous et Dollfuss gouverne d\u00e9sormais par des d\u00e9crets d&#8217;exception sous une loi d&#8217;urgence qui date de la monarchie. Le 7 mars toute assembl\u00e9e ou manifestation est interdite.<\/p>\n<p>Des sections locales du Schutzbund demandent instamment \u00e0 la direction du SDAP de donner l&#8217;ordre d&#8217;entrer en action, mais celle-ci ne bouge pas. Le 31 mars, le Schutzbund est interdit.<\/p>\n<p>Le 10 avril, la participation obligatoire des \u00e9l\u00e8ves des \u00e9coles \u00e0 des c\u00e9r\u00e9monies religieuses, qui avait \u00e9t\u00e9 abolie par un ministre de l&#8217;\u00e9ducation socialiste, est r\u00e9tablie. Le 10 mai, le gouvernement suspend toutes les \u00e9lections locales. Le 26 mai, le Parti communiste est interdit, et le 19 juin le gouvernement interdit le NSDAP. Le parti nazi avait en effet fait de l&#8217;agitation pour le rattachement \u00e0 l&#8217;Allemagne o\u00f9 Hitler \u00e9tait devenu chancelier deux mois auparavant, alors que Dollfuss et les chr\u00e9tiens-sociaux y \u00e9taient oppos\u00e9s.<\/p>\n<p>Le 20 juin, sur la demande de l&#8217;Eglise, la Ligue des libres-penseurs est \u00e9galement interdite.<\/p>\n<p>Le 21 janvier 1934, le quotidien du SDAP, la Arbeiterzeitung, est interdit, et l&#8217;ordre est donn\u00e9 de perquisitionner les si\u00e8ges du parti et les appartements de ses membres pour confisquer les armes qui pourraient s&#8217;y trouver. Le 7 f\u00e9vrier on retira a vingt-et-un maires socialistes la fonction de police. La direction du SDAP ne bouge toujours pas, mais cherche \u00e0 n\u00e9gocier avec le gouvernement.<\/p>\n<p>Mais le 12 f\u00e9vrier, la Heimwehr, constitu\u00e9e police auxiliaire, se pr\u00e9sente devant le si\u00e8ge du SDAP \u00e0 Linz, l&#8217;H\u00f4tel Schiff, pour y perquisitionner. Le commandant local du Schutzbund, Richard Bernaschek, donne l&#8217;ordre de s&#8217;y opposer, et les membres du Schutzbund ouvrent le feu. La Heimwehr appelle l&#8217;arm\u00e9e, qui prend l&#8217;h\u00f4tel d&#8217;assaut. Vingt membres du Schutzbund sont tu\u00e9s.<\/p>\n<p>La r\u00e9volte du Schutzbund de Linz s&#8217;\u00e9tendit rapidement dans tout le pays et devint une guerre civile. A Vienne, les immeubles locatifs de la municipalit\u00e9, qui faisaient l&#8217;orgueil de la &#8220;Vienne rouge&#8221;, habit\u00e9s surtout par des ouvriers socialistes, devinrent des centres de r\u00e9sistance.: notamment le Karl-Marx Hof o\u00f9 habitaient environ 10,000 personnes.<\/p>\n<p>Dollfuss fit intervenir non seulement la Heimwehr et la police, mais aussi l&#8217;arm\u00e9e, qui bombarda les immeubles locatif par des tirs d&#8217;artillerie. Le Karl-Marx-Hof r\u00e9sista trois jours. Dans le quartier ouvrier de Ottakring un groupe de femmes socialistes se d\u00e9fendit avec une mitrailleuse et cessa de combattre quand toutes \u00e9taient mortes.<\/p>\n<p>Des combats eurent lieu dans la plupart des centres industriels en province.<br \/>\nC&#8217;est alors seulement que la direction du SDAP appelle \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale: elle est peu suivie. C&#8217;est trop tard.<\/p>\n<p>Les combats prirent fin apr\u00e8s une semaine. La partie \u00e9tait devenue trop in\u00e9gale: les unit\u00e9s du Schutzbund n&#8217;arrivaient plus \u00e0 se coordonner et n&#8217;avaient pas d&#8217;armes lourdes.<br \/>\nLe Schutzbund avait perdu presque 200 morts et plus de 300 bless\u00e9s; du c\u00f4t\u00e9 des forces de la r\u00e9pression il y eut 128 morts et 409 bless\u00e9s. Il y eut aussi des morts et des bless\u00e9s dans la population qui n&#8217;avait pas pris une part directe dans les combats.<\/p>\n<p>Le gouvernement avait r\u00e9tabli la peine de mort et mis en place des cours martiales. Neuf dirigeants du Schutzbund furent condamn\u00e9s \u00e0 mort et ex\u00e9cut\u00e9s. L&#8217;un d&#8217;entre eux, Karl M\u00fcnichreiter, bless\u00e9 dans les combats, fut port\u00e9 \u00e0 la potence sur une civi\u00e8re. Des milliers de militants socialistes furent arr\u00eat\u00e9s et d\u00e9tenus \u00e0 W\u00f6llersdorf, un camp que le gouvernement, pr\u00e9voyant, avait d\u00e9j\u00e0 install\u00e9 en automne 1933.<br \/>\nDollfuss avait d\u00e9sormais les mains libres pour \u00e9tablir officiellement l&#8217;Etat corporatif. Le 1er mai 1934, la nouvelle constitution \u00e9tait proclam\u00e9e et le Front patriotique fut d\u00e9clar\u00e9 parti unique.<\/p>\n<p>La direction du SDAP, entre autres Otto Bauer et Julius Deutsch, s&#8217;exil\u00e8rent en Tch\u00e9coslovaquie et plus tard en France. De nombreux membres du Schutzbund les suivirent. Certains se r\u00e9fugi\u00e8rent en URSS, o\u00f9 la plupart p\u00e9rirent dans les \u00e9purations staliniennes. Un certain nombre, dont Julius Deutsch, rejoignirent les Brigades internationales en Espagne.<\/p>\n<p>En Autriche, des militants du SDAP d\u00e9cid\u00e8rent de cr\u00e9er un nouveau parti: les Socialistes R\u00e9volutionnaires (RS) qui organis\u00e8rent une r\u00e9sistance efficace jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;occupation allemande, suivie par l&#8217;annexion \u00e0 l&#8217;Allemagne, en 1938.<\/p>\n<p>Dollfuss \u00e9tait ennemi de Hitler. Pour s&#8217;opposer aux vis\u00e9es nazies, il s&#8217;appuya sur Mussolini. En effet, lorsque Hitler mena\u00e7a d&#8217;intervenir quand Dollfuss interdit le NSDAP autrichien, l&#8217;Italie fit avancer son arm\u00e9e jusqu&#8217;\u00e0 la fronti\u00e8re autrichienne, et Hitler recula. En juillet 1934, les Nazis autrichiens tent\u00e8rent un coup d&#8217;Etat qui \u00e9choua parce que l&#8217;arm\u00e9e leur refusa son soutien. Un groupe arriva n\u00e9anmoins \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans la chancellerie et assassina Dollfuss.<\/p>\n<p>Kurt Schuschnigg, ministre de la justice, lui succ\u00e9da, mais la situation internationale de l&#8217;Autriche \u00e9tait sur le point de changer. En 1936, Mussolini avait conclu une alliance avec Hitler, et avait renonc\u00e9 \u00e0 l&#8217;Autriche. Isol\u00e9 sur le plan int\u00e9rieur comme \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur, Schuschnigg, confront\u00e9 avec un ultimatum de Hitler en mars 1938, s&#8217;inclina. L&#8217;arm\u00e9e allemande entra en Autriche le 11 mars sans rencontrer de r\u00e9sistance. L&#8217;austro-fascisme avait v\u00e9cu: il \u00e9tait remplac\u00e9 par le nazisme jusqu&#8217;\u00e0 la chute du Troisi\u00e8me Reich en 1945.<\/p>\n<p><strong>Autres fascismes<\/strong><br \/>\nPendant les ann\u00e9es 1930, inspir\u00e9s par les mod\u00e8les italien, portugais, allemand et autrichien, des groupements fascistes s&#8217;organis\u00e8rent dans toute l&#8217;Europe. En <strong>Espagne<\/strong>, ce furent la Phalange et les Juntas Ofensivas Nacional-Sindicalistas (JONS), unifi\u00e9es par le g\u00e9n\u00e9ral Franco en 1937 sous le nom de &#8220;Phalange Espagnole Traditionaliste et des JONS&#8221;, qui devient parti unique \u00e0 l&#8217;issue de la guerre civile en 1939 et le restera jusqu&#8217;en 1976. Au Pays Basque, le parti carliste (monarchiste et clerico-fasciste) organise une milice, les Requetes, qui participe \u00e0 la guerre civile du c\u00f4t\u00e9 franquiste, avec l&#8217;appui d&#8217;une partie du clerg\u00e9. (Une autre partie du clerg\u00e9 soutient le Parti nationaliste basque qui se bat du c\u00f4t\u00e9 r\u00e9publicain).<\/p>\n<p>En <strong>Roumanie<\/strong>, un mouvement fasciste, chr\u00e9tien (orthodoxe) et violemment anti-s\u00e9mite, les L\u00e9gions de l&#8217;Archange Michael, appara\u00eet en 1927. En 1930, il cr\u00e9e une branche militaire et politique, la Garde de Fer, qui cherche \u00e0 s&#8217;imposer par l&#8217;assassinat politique et organise des pogroms anti-juifs. En 1940 elle s&#8217;allie avec le g\u00e9n\u00e9ral Ion Antonescu, alors premier ministre, pour \u00e9tablir un &#8220;Etat national-l\u00e9gionnaire&#8221; qui force le roi Charles II \u00e0 abdiquer en faveur de son fils de 19 ans Michel, et rejoint l&#8217;Axe en novembre 1940.<\/p>\n<p>Le 27 novembre la Garde de Fer massacre 60 anciens dignitaires et dirigeants d\u00e9tenus dans la prison de Jilava. A la suite de ce massacre, Antonescu dissout la police l\u00e9gionnaire. En janvier 1941 la Garde de Fer tente de saisir le pouvoir par un coup d&#8217;Etat assorti d&#8217;un pogrom sanglant \u00e0 Bucarest, mais l&#8217;arm\u00e9e roumaine, sous le commandement de Antonescu, r\u00e9prime la r\u00e9bellion et les dirigeants de la Garde se r\u00e9fugient en Allemagne. Antonescu \u00e9tablit alors une dictature militaire qui fera la guerre en Russie aux c\u00f4t\u00e9s de l&#8217;Allemagne jusqu&#8217;au coup d&#8217;Etat du roi Michel le 23 ao\u00fbt 1944 o\u00f9 la Roumanie change de camp. Antonescu est jug\u00e9 et ex\u00e9cut\u00e9 en 1946. Une partie de la Garde de Fer est absorb\u00e9e dans l&#8217;appareil policier communiste apr\u00e8s 1948; elle continue en exil surtout en Espagne et en Argentine.<\/p>\n<p>Le Parti social-d\u00e9mocrate de Roumanie, fond\u00e9 en 1893, et le Parti socialiste unitaire, issu d&#8217;une scission de gauche du PSDR en 1931, sont interdits en 1938 avec tous les autres partis politiques. Les syndicats sont interdits fin 1940. Le Parti communiste, fond\u00e9 en 1921, avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 interdit en 1924.<\/p>\n<p>L&#8217;h\u00e9ritage du fascisme l\u00e9gionnaire, alli\u00e9 \u00e0 ce qui reste du national-stalinisme de Ceau\u015fescu, se retrouve dans la Parti de la Grande Roumanie (PRM), dirig\u00e9 par Corneliu Vadim Tudor, ancien po\u00e8te de cour du dictateur. Le PRM a 28 d\u00e9put\u00e9s sur 326 au parlement \u00e9lu en 2004.<\/p>\n<p>En <strong>Hongrie <\/strong>le Parti des Croix fl\u00e9ch\u00e9es \u00e9tait fond\u00e9 en 1935 par Ferenc Sz\u00e1lasi sur le mod\u00e8le nazi. Il gouverna la Hongrie d&#8217;octobre 1944 \u00e0 janvier 1945.<\/p>\n<p>La Hongrie, dirig\u00e9e apr\u00e8s l&#8217;\u00e9crasement de la R\u00e9publique sovi\u00e9tique en 1919 par le r\u00e9gent Horthy, avait rejoint l&#8217;Axe en 1940 et en 1941 entre en guerre contre l&#8217;URSS aux c\u00f4t\u00e9s de l&#8217;Allemagne. Cependant, en 1944, avec l&#8217;arm\u00e9e sovi\u00e9tique aux fronti\u00e8res, Horthy signe un armistice avec l&#8217;URSS. C&#8217;est alors que Hitler ordonne aux Croix fl\u00e9ch\u00e9es de renverser Horthy et de prendre le pouvoir. Le gouvernement Sz\u00e1lasi, appuy\u00e9 par l&#8217;arm\u00e9e allemande, continue la guerre et acc\u00e9l\u00e8re la d\u00e9portation de la population juive vers Auschwitz.<\/p>\n<p>Le 28 d\u00e9cembre 1944, le gouvernement Sz\u00e1lasi est renvers\u00e9 et remplac\u00e9 par un gouvernement provisoire. Budapest est assi\u00e9g\u00e9e et se rend en f\u00e9vrier 1945. Sz\u00e1lai et ce qui reste des Croix fl\u00e9ch\u00e9es s&#8217;enfuit avec l&#8217;arm\u00e9e allemande.<\/p>\n<p>Un parti fasciste, la &#8220;Garde hongroise&#8221;, \u00e9t\u00e9 recr\u00e9\u00e9 en Hongrie en \u00e9t\u00e9 2007. Organis\u00e9 militairement, il utilise certains symboles des Croix fl\u00e9ch\u00e9es. Pour l&#8217;instant marginal, il s&#8217;est signal\u00e9 par sa violence lors de manifestations, notamment en marge de celles du principal parti de droite, le FIDESZ, contre le gouvernement de coalition socialiste et social-lib\u00e9ral.<\/p>\n<p>En <strong>Gr\u00e8ce<\/strong>, le g\u00e9n\u00e9ral Ioannis Metaxas. ennemi de la r\u00e9publique lib\u00e9rale \u00e9tablie en 1917, avait cr\u00e9\u00e9 un mouvement d&#8217;extr\u00eame droite en 1923. Suite \u00e0 un pl\u00e9biscite contest\u00e9, le roi Georges II revient sur le tr\u00f4ne en 1935 et, en 1936, nomme Metaxas premier ministre. Prenant pr\u00e9texte de l&#8217;agitation sociale, Metaxas d\u00e9clare l&#8217;\u00e9tat d&#8217;urgence, suspend le Parlement et la Constitution. Le 4 ao\u00fbt 1936 il \u00e9tablit une dictature fasciste, avec une id\u00e9ologie fortement nationaliste. Le roi conserve le tr\u00f4ne mais est d\u00e9sormais priv\u00e9 de pouvoir. Metaxas interdit les partis politiques et censure les m\u00e9dias.<\/p>\n<p>Il cr\u00e9e ensuite une police politique (la Asfalia) qui devint toute-puissante. La gauche (communistes, archeiomarxistes (socialistes r\u00e9volutionnaires) et socialistes) subit une r\u00e9pression brutale. Pr\u00e8s de 30,000 personnes furent arr\u00eat\u00e9es et tortur\u00e9es pendant les cinq ans de la dictature.<\/p>\n<p>Les syndicats sont plac\u00e9s sous le contr\u00f4le du gouvernement et les gr\u00e8ves sont d\u00e9clar\u00e9es ill\u00e9gales, mais en m\u00eame temps des r\u00e9formes sociales sont mises en \u0153uvre: salaire minimum, assurances sociales, protection de la maternit\u00e9, la semaine de travail de 40 heures, deux semaines de vacances par an, etc.<br \/>\nLa Gr\u00e8ce fasciste ne rejoint pas l&#8217;Axe Berlin-Rome: Metaxas craignait l&#8217;expansionnisme italien en M\u00e9diterran\u00e9e et, quand la guerre \u00e9clata en septembre 1939, la Gr\u00e8ce d\u00e9clara sa neutralit\u00e9. Cependant, en octobre 1940, Mussolini envoya un ultimatum exigeant l&#8217;occupation par l&#8217;arm\u00e9e italienne de points strat\u00e9giques en Gr\u00e8ce et, devant le refus de Metaxas, envahit la Gr\u00e8ce \u00e0 partir de l&#8217;Albanie, d\u00e9j\u00e0 occup\u00e9e en 1939. Contre toute attente, l&#8217;arm\u00e9e grecque arrive non seulement \u00e0 r\u00e9sister mais refoule les troupes italiennes en Albanie. La guerre s&#8217;enlise sur le front albanais jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;intervention de l&#8217;arm\u00e9e allemande en avril 1941 \u2013 la Gr\u00e8ce est alors occup\u00e9e par l&#8217;arm\u00e9e allemande jusqu&#8217;en octobre 1944. Metaxas meurt \u00e0 Ath\u00e8nes, de maladie, en janvier 1941.<\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9ologie fasciste de Metaxas conna\u00eetra un retour pendant la dictature des colonels de 1967 \u00e0 1973. Autre h\u00e9ritage de Metaxas: le contr\u00f4le de l&#8217;Etat sur le mouvement syndical. En effet, les syndicats tirent l&#8217;essentiel de leurs ressources non des cotisations de leurs adh\u00e9rents, mais d&#8217;un fonds administr\u00e9 par l&#8217;Etat, auquel tous les salari\u00e9s, syndiqu\u00e9s ou non, contribuent obligatoirement. L&#8217;Etat reverse ensuite une partie de ce fonds aux conf\u00e9d\u00e9rations syndicales; le fonds sert aussi \u00e0 financier des \u0153uvres sociales. Ce syst\u00e8me, invent\u00e9 par Metaxas en 1938, a \u00e9t\u00e9 maintenu en place par tous les gouvernements qui se sont succ\u00e9d\u00e9s apr\u00e8s la guerre, y compris les gouvernements socialistes (PASOK). Il explique \u00e0 la fois l&#8217;extr\u00eame politisation du syndicalisme grec, et sa faiblesse sur le terrain.<\/p>\n<p>En <strong>Yougoslavie<\/strong> le fascisme prend le pouvoir \u00e0 la suite de l&#8217;invasion et l&#8217;occupation allemande en avril 1941. En <strong>Croatie<\/strong> Ante Paveli\u010d, fondateur du parti des Oustachis en 1929, devient le chef d&#8217;un Etat fasciste alli\u00e9 \u00e0 l&#8217;Axe, mais divis\u00e9 en zones d&#8217;occupation allemande et italienne. Cet Etat se distingue par ses massacres: d&#8217;abord de la population serbe de religion orthodoxe, somm\u00e9e de se convertir au catholicisme ou p\u00e9rir (entre 330,000 et 390,000), ensuite juive (pr\u00e8s de 26,000) et tsigane (40,000), notamment dans le camp de concentration de Jasenovac, o\u00f9 p\u00e9rirent \u00e9galement 12,000 Croates antifascistes. L&#8217;Etat fasciste croate envoya une division, int\u00e9gr\u00e9e aux Waffen SS, combattre sur le front russe. En 1945 Paveli\u010d s&#8217;enfuit en Autriche, puis \u00e0 Rome, et enfin, avec l&#8217;aide de la hi\u00e9rarchie vaticane, en Argentine, o\u00f9 il re\u00e7oit la protection de Juan Per\u00f3n, qui prot\u00e8ge \u00e9galement d&#8217;autres r\u00e9fugi\u00e9s nazis et fascistes europ\u00e9ens. En 1957 il fit l\u2019objet de deux tentatives d\u2019assassinat, probablement commandit\u00e9es par les services secrets yougoslaves. D\u00e9couvert, il fut forc\u00e9 une nouvelle fois de fuir pour \u00e9viter l\u2019extradition. Il se r\u00e9fugia en Espagne franquiste, o\u00f9 il mourut en 1959, des suites de ses blessures.<\/p>\n<p>En <strong>Serbie<\/strong>, un r\u00e9gime collaborationniste s&#8217;installe sous la direction du g\u00e9n\u00e9ral Milan Nedi\u010d \u00e0 partir d&#8217;ao\u00fbt 1941. Nedi\u010d n&#8217;est pas un fasciste id\u00e9ologique, il se pr\u00e9sente plut\u00f4t comme un dictateur militaire alli\u00e9 aux Allemands pour des raisons d'&#8221;int\u00e9r\u00eat national&#8221;, comparable \u00e0 P\u00e9tain en France ou \u00e0 Antonescu en Roumanie. N\u00e9anmoins, sous le r\u00e9gime de Nedi\u010d, une police et une &#8220;Garde nationale serbe&#8221; est organis\u00e9e sous contr\u00f4le allemand, qui combat les partisans communistes.<\/p>\n<p>La Serbie participe \u00e0 la Shoah et au g\u00e9nocide des Tsiganes, avec ses mesures antis\u00e9mites et ses propres camps d\u2019extermination. En 1942 les autorit\u00e9s d&#8217;occupation proclament que la Serbie \u00e9tait &#8220;judenfrei&#8221; (&#8220;libre de Juifs&#8221;). Plus de 20,000 juifs p\u00e9rirent en Serbie.<\/p>\n<p>Parmi les collaborateurs dans la soci\u00e9t\u00e9 serbe, l\u2019exemple le plus extr\u00eame est Dimitrije Ljoti\u010d, fondateur d&#8217;un parti fasciste en 1934, le Zbor. Ljoti\u010d met sur pied sa propre milice, le &#8220;Corps de volontaires serbes&#8221;, qui rivalise avec la &#8220;Garde&#8221; de Nedi\u010d et appuie directement l&#8217;arm\u00e9e allemande dans la guerre contre les partisans.<\/p>\n<p>En octobre 1944, le gouvernement Nedi\u010d s&#8217;effondre alors que Belgrade est lib\u00e9r\u00e9e par les partisans de Tito. Nedi\u010d s&#8217;enfuit en Autriche, o\u00f9 il est arr\u00eat\u00e9 par l&#8217;arm\u00e9e britannique et livr\u00e9 en janvier 1946 au gouvernement yougoslave. En f\u00e9vrier 1946 Nedi\u010d se suicide, \u00e9chappant ainsi au proc\u00e8s qu&#8217;on lui pr\u00e9parait \u00e0 Nuremberg.<\/p>\n<p>On retrouvera l&#8217;h\u00e9ritage id\u00e9ologique fasciste, autant serbe que croate, dans les guerres de Yougoslavie des ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p>Suite \u00e0 l&#8217;occupation et le d\u00e9mant\u00e8lement de la Tch\u00e9coslovaquie en 1939, un Etat cl\u00e9rico-fasciste est cr\u00e9\u00e9 en <strong>Slovaquie<\/strong> sous la pr\u00e9sidence de Monseigneur Jozef Tiso. Le Parti populaire slovaque, s\u00e9paratiste et cl\u00e9rical, fond\u00e9 en 1913 dans l&#8217;Empire Austro-Hongrois sous la pr\u00e9sidence d&#8217;un autre pr\u00eatre, Andrej Hlinka (mort en 1938), \u00e9tait proclam\u00e9 parti unique, mais \u00e9tait divis\u00e9 en une aile corporatiste, comparable aux chr\u00e9tiens-sociaux autrichiens de Dollfuss, et une aile pro-nazie, organis\u00e9e dans une formation para-militaire, la Garde de Hlinka. La Slovaquie fasciste participa \u00e0 la guerre sur le front russe et \u00e0 l&#8217;extermination des juifs: les trois quarts de la population juive furent d\u00e9port\u00e9s et p\u00e9rirent dans les camps d&#8217;extermination nazis. Alors que l&#8217;arm\u00e9e sovi\u00e9tique avance en Slovaquie, Tiso s&#8217;enfuit en Allemagne o\u00f9 il est arr\u00eat\u00e9 par les Alli\u00e9s et livr\u00e9 pour \u00eatre jug\u00e9 au gouvernement tch\u00e9coslovaque. Il est condamn\u00e9 pour haute trahison et ex\u00e9cut\u00e9 en avril 1947.<\/p>\n<p>Le pays qui aura fourni le plus grand nombre de collaborateurs et de militaires pour combattre aux c\u00f4t\u00e9s de l&#8217;arm\u00e9e allemande est <strong>l&#8217;URSS<\/strong>. Environ un million de citoyens de l&#8217;URSS s&#8217;enr\u00f4l\u00e8rent dans des unit\u00e9s sous contr\u00f4le allemand, la plus importante \u00e9tant l&#8217;Arm\u00e9e de lib\u00e9ration de Russie (ROA) command\u00e9e par Andrei Vlasov, g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;arm\u00e9e sovi\u00e9tique fait prisonnier par les Allemands en juillet 1942, ensuite ralli\u00e9 au camp allemand. En 1944 Vlasov cr\u00e9e le Comit\u00e9 pour la lib\u00e9ration des peuples de Russie, qui adopte un programme politique en 14 points, le Manifeste de Prague. Vers la fin de la guerre, Vlasov essaie de se rendre aux Alli\u00e9s occidentaux; et en mai 1945 la 1\u00e8re division de la ROA aide la r\u00e9sistance tch\u00e8que \u00e0 lib\u00e9rer Prague et \u00e0 repousser les Waffen SS envoy\u00e9s pour soumettre la ville. Vlasov et ses troupes sont cependant extrad\u00e9s de force aux Sovi\u00e9tiques. En ao\u00fbt 1946 Vlasov et onze de ses g\u00e9n\u00e9raux sont jug\u00e9s \u00e0 Moscou et pendus. Les soldats de la ROA sont envoy\u00e9s au goulag pour un minimum de dix ans.<\/p>\n<p>Plusieurs partis fascistes russes s&#8217;\u00e9taient cr\u00e9\u00e9s dans l&#8217;\u00e9migration blanche dans les ann\u00e9es 1930, en Allemagne, en Mandchourie et aux Etats-Unis. La F\u00e9d\u00e9ration nationale du travail (NTS) avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 par un groupe d&#8217;\u00e9migr\u00e9s russes \u00e0 Belgrade en 1930. Le NTS avait une id\u00e9ologie corporatiste, le &#8220;solidarisme&#8221;, voisine de l&#8217;austro-fascisme ou du salazarisme portugais, et cherchait \u00e0 cr\u00e9er un mouvement de r\u00e9sistance en URSS. Un certain nombre de ses dirigeants collabor\u00e8rent avec l&#8217;Allemagne nazie et le mouvement de Vlasov, alors que le NTS \u00e9tait interdit et ses adh\u00e9rents emprisonn\u00e9s. Apr\u00e8s la guerre, la CIA am\u00e9ricaine le prit en charge. Ses op\u00e9rations en URSS \u00e9taient des \u00e9checs; une tentative d&#8217;infiltration du syndicat ind\u00e9pendant SMOT dans les ann\u00e9es 1980 \u00e9tait en fait une manipulation du KGB. L&#8217;influence du NTS s&#8217;exer\u00e7a surtout par sa maison d&#8217;\u00e9dition Posev \u00e0 Francfort, qui publia aussi des \u00e9crits de la dissidence sovi\u00e9tique. Posev publie actuellement \u00e0 Moscou.<\/p>\n<p>En <strong>Pologne<\/strong> le Parti National-D\u00e9mocratique fut fond\u00e9 en 1893 par Roman Dmowski, un th\u00e9oricien ultra-nationaliste, anti-s\u00e9mite et social-darwiniste. Ce mouvement fut connu comme endecja, par ses initiales polonaises (ND). Dans la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique (1918-1939) un militant de la endecija assassina le premier pr\u00e9sident d\u00e9mocratique, Gabriel Narutowicz, en 1922. La endecja combattit la gauche, et surtout le g\u00e9n\u00e9ral Pilsudski, issu du parti socialiste PPS, &#8220;dictateur d\u00e9mocratique&#8221; de 1926 \u00e0 1935. Une partie de la jeunesse de la endecja constitua une organisation de combat, le Camp National Radical (ONR) en 1934, avec uniforme et salut fasciste, qui s&#8217;illustra surtout par ses exactions anti-s\u00e9mites. Sous l&#8217;occupation allemande et sovi\u00e9tique, la endecja constitua une petite formation militaire, les &#8220;Forces arm\u00e9es nationales&#8221; (NSZ), qui combattit l&#8217;occupant mais aussi d&#8217;autres formations de la r\u00e9sistance, notamment les communistes et les unit\u00e9s de partisans juifs.<\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9ologie de la endecija se retrouve au Parti Droit et Justice des fr\u00e8res Kaczynski, au gouvernement depuis 2005, et surtout \u00e0 la Ligue des familles polonaises de Roman Giertych, parti d&#8217;extr\u00eame-droite, membre de la coalition goujvernementale de 2005 \u00e0 2007.<\/p>\n<p>Dans les autres pays europ\u00e9ens le fascisme ne parviendra pas \u00e0 cr\u00e9er des partis de masse. Plusieurs mouvements fascistes se cr\u00e9ent en <strong>France<\/strong>, notamment la Cagoule et le Comit\u00e9 secret d&#8217;action r\u00e9volutionnaire (CSAR), le Parti populaire fran\u00e7ais (PPF) de Jacques Doriot (1936), transfuge communiste, ou le Rassemblement national populaire de Marcel D\u00e9at, transfuge de la SFIO. Ces organisations, parmi d&#8217;autres, fourniront les cadres du gouvernement de Vichy et de la collaboration. Une partie des milieux plus conservateurs du fascisme fran\u00e7ais rejoindront la R\u00e9sistance par nationalisme.<\/p>\n<p>Un groupe de syndicalistes socialistes de la CGT, li\u00e9es \u00e0 la tendance pacifiste de la SFIO dont le chef fut Paul Faure, secr\u00e9taire du parti de 1920 \u00e0 1940, rejoint la collaboration. Son principal repr\u00e9sentant fut Ren\u00e9 Belin, qui devient Ministre du Travail de P\u00e9tain de juillet 1940 \u00e0 avril 1942. Il est l&#8217;auteur de la Charte du Travail, un corporatisme \u00e0 la fran\u00e7aise qui doit unir patrons et travailleurs, et dissout les conf\u00e9d\u00e9rations syndicales en novembre 1940. Quelques jours plus tard, douze dirigeants syndicalistes de la CGT et de la CFTC dissoutes publient une d\u00e9claration des &#8220;Principes du syndicalisme fran\u00e7ais&#8221; r\u00e9affirmant le syndicalisme libre: c&#8217;est l&#8217;acte fondateur du syndicalisme fran\u00e7ais dans son opposition \u00e0 Vichy. A la Lib\u00e9ration, Belin est traduit en justice mais mis hors cause par un arr\u00eat de la Haute Cour pour s&#8217;\u00eatre oppos\u00e9s \u00e0 certaines exigences de l&#8217;occupant. Il est cependant exclu des organisations dont il faisait partie avant la guerre.<\/p>\n<p>En novembre 1944, un congr\u00e8s extraordinaire de la SFIO reconstitu\u00e9e exclut les 95 parlementaires qui en julllet 1940 avaient vot\u00e9 les pleins pouvoirs \u00e0 P\u00e9tain, dont Paul Faure, qui cr\u00e9e alors le Parti socialiste d\u00e9mocratique . Le PSD continue la tradition de la droite pacifiste de la SFIO, n\u00e9e en juilllet 1937 pour s&#8217;opposer aux partisans de l&#8217;intervention en Espagne, et regroupe les anciens militants socialistes et syndicalistes qui s&#8217;\u00e9taient compromis dans la collaboration, dont Ren\u00e9 Belin. Certains militants du PSD seront actifs dans le syndicalisme &#8220;ind\u00e9pendant&#8221; d&#8217;extr\u00eame-droite (CGSI et CTI). Le parti dispara\u00eet vers la fin des ann\u00e9es 1950.<\/p>\n<p>En <strong>Belgique<\/strong> le Rexisme de L\u00e9on Degrelle repr\u00e9sente le fascisme dans la partie wallonne, le Vlaamsch Nationaal Verbond (VNV) dans la partie flamande. Aux <strong>Pays-Bas<\/strong>, la Nationaal-Socialistische Beweging (NSB) de Anton Mussert (1931) est le seul parti autoris\u00e9 sous l&#8217;occupation. En <strong>Norv\u00e8ge<\/strong>, le major Vidkun Quisling cr\u00e9e le Nasjonal Samling en 1933 sur le mod\u00e8le du NSDAP. Il sera chef du gouvernement en 1942 sous l&#8217;occupation et son nom restera synonyme de tra\u00eetre et collaborateur. Toutes ces organisations, marginales et sans soutien populaire de masse, seront surtout des forces suppl\u00e9tives ex\u00e9cutant les basses \u0153uvres de l&#8217;occupant nazi et recruteront des volontaires pour combattre sur le front russe dans des unit\u00e9s de la Waffen SS.<\/p>\n<p>Des groupements fascistes ont aussi exist\u00e9, surtout dans les ann\u00e9es 1930, dans d&#8217;autres pays europ\u00e9ens (Grande-Bretagne, Irlande, Finlande, Su\u00e8de, Danemark, Pays Baltes) mais sont rest\u00e9s marginaux.<\/p>\n<p><strong>Le cas de la Suisse<\/strong><br \/>\nEn Suisse le fascisme italien rencontre de fortes sympathies dans la droite lib\u00e9rale. Georges Rigassi, r\u00e9dacteur de la Gazette de Lausanne, et Gonzague de Reynold, comptent parmi ses sympathisants. En 1937, l&#8217;universit\u00e9 de Lausanne, avec l&#8217;accord du Conseil d&#8217;Etat, conf\u00e8re \u00e0 son ex-\u00e9tudiant Mussolini un doctorat honoris causa pour avoir r\u00e9alis\u00e9 &#8220;une organisation sociale qui a enrichi la science sociologique&#8221;.<br \/>\nPourtant une tentative de constituer un parti fasciste au Tessin se heurte \u00e0 la r\u00e9sistance de la gauche du Parti radical et surtout du PST, dirig\u00e9 par Guglielmo Canevascini, Conseiller d&#8217;Etat, qui organise une milice socialiste et anti-fasciste &#8220;Liberi e Svizzeri&#8221; et soutient activement la r\u00e9sistance socialiste en Italie.<\/p>\n<p>Au Tessin, le fascisme restera marginal.<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 Gen\u00e8ve que les admirateurs du corporatisme mussolinien, et surtout de l&#8217;austro-fascisme cl\u00e9rical, arrivent \u00e0 cr\u00e9er des institutions. Les syndicats chr\u00e9tiens de Gen\u00e8ve, qui s&#8217;appellent alors &#8220;F\u00e9d\u00e9ration genevoise des syndicats chr\u00e9tiens et corporatifs&#8221; (FGSCC), dont le secr\u00e9taire est Henri Berra, ont une id\u00e9ologie cl\u00e9ricale et fasciste. Ils constituent le groupe des Jeunes travailleurs qui d\u00e9file en chemise verte et intervient souvent aux c\u00f4t\u00e9s des troupes de l&#8217;Union Nationale. En janvier 1933 sort le premier num\u00e9ro de la Libert\u00e9 syndicale, journal de la FGSCC, avec des dessins de No\u00ebl Fontanet, qui illustrent \u00e9galement Le Pilori, journal de l&#8217;UN. Les affrontements avec syndicats de l&#8217;USCG sont violents, surtout avec les anarchistes de la FOBB de Lucien Tronchet.<\/p>\n<p>Ce sont les syndicats chr\u00e9tiens qui prennent l&#8217;initiative de proposer au patronat genevois de constituer ensemble des corporations. C&#8217;est ainsi que na\u00eet en 1928 le Groupe patronal interprofessionnel, qui constitue avec les syndicats chr\u00e9tiens la F\u00e9d\u00e9ration genevoise des corporations. La F\u00e9d\u00e9ration cr\u00e9e des \u0153uvres sociales, mais fournit aussi des briseurs de gr\u00e8ve au patronat. En 1938, le mouvement corporatiste rassemble 12 000 adh\u00e9rents et 1150 patrons, r\u00e9partis en 34 associations professionnelles.<br \/>\nA la fin de la guerre, l&#8217;id\u00e9ologie corporatiste est discr\u00e9dit\u00e9e et le patronat a constat\u00e9 que le corporatisme n&#8217;a pas r\u00e9solu ses probl\u00e8mes avec les syndicats. D&#8217;autre part, les syndicats chr\u00e9tiens commencent une mutation id\u00e9ologique, sous l&#8217;influence de la CFTC fran\u00e7aise issue de la R\u00e9sistance. La F\u00e9d\u00e9ration genevoise des corporations dispara\u00eet &#8220;sans bruit&#8221; en 1946. Sa composante patronale poursuit son activit\u00e9 sous un nouveau nom: la F\u00e9d\u00e9ration des syndicats patronaux, par la suite F\u00e9d\u00e9ration des entreprises romandes \u2013 Gen\u00e8ve.<\/p>\n<p>Pour ce qui est des autres mouvements fascistes en Suisse, le site d&#8217;histoire Cliotexte donne les informations suivantes:<\/p>\n<p>&#8220;Depuis 1930 apparaissent plusieurs mouvements appel\u00e9s &#8220;Fronts&#8221;. Les &#8220;Fronts&#8221; introduisent des marches avec drapeaux et uniformes, le salut avec la main lev\u00e9e, des marches aux flambeaux. Ils perturbent les r\u00e9unions des autres courants politiques, mais \u00e9galement des repr\u00e9sentations de th\u00e9\u00e2tre ou de cin\u00e9ma. Issus des milices bourgeoises n\u00e9es durant la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale et stimul\u00e9s par les succ\u00e8s du fascisme et du nazisme en Italie et en Allemagne, ils trouvent leurs adh\u00e9rents dans la classe moyenne ind\u00e9pendante et chez les paysans, et sont souvent men\u00e9s par de jeunes universitaires et des \u00e9tudiants.<br \/>\nCes &#8220;Fronts&#8221; sont dans un premier temps salu\u00e9s comme des partenaires bienvenus par une partie conservatrice de la bourgeoisie. C&#8217;est le cas en particulier dans les cantons o\u00f9 la gauche est au pouvoir, comme \u00e0 Zurich et \u00e0 Gen\u00e8ve: en 1933, lors des \u00e9lections communales \u00e0 Zurich, le Front national s&#8217;allie avec les radicaux; \u00e0 Gen\u00e8ve, lors des \u00e9lections de 1933, les partis bourgeois font alliance avec l&#8217;Union nationale, n\u00e9e en 1932 et dirig\u00e9e par Georges Oltramare. Cependant, les partis bourgeois finissent par se rendre compte que les &#8220;Fronts&#8221; leur prennent des voix \u00e0 eux, et non aux socialistes comme ils l&#8217;avaient esp\u00e9r\u00e9. Ils constatent \u00e9galement ce que font les nazis en Allemagne. Cela a pour cons\u00e9quence que, d\u00e8s 1934 (1936 \u00e0 Gen\u00e8ve), les partis bourgeois prennent de la distance, et que les &#8220;Fronts&#8221; sont isol\u00e9s. Leur essai de perc\u00e9e sur le plan national \u00e9choue en 1935.&#8221;<\/p>\n<p>Mauro Cerutti, dans son article sur le fascisme dans la Dictionnaire historique de la Suisse, \u00e9crit:<br \/>\n&#8220;En 1933, apr\u00e8s la victoire de Hitler et la naissance des fronts, la F\u00e9d\u00e9ration fasciste suisse voit le jour. Arthur Fonjallaz, colonel vaudois discr\u00e9dit\u00e9 mais \u00e0 l&#8217;ambition politique intacte, en est le chef. Il est parvenu \u00e0 nouer des relations directes avec Mussolini. Le duce le re\u00e7oit \u00e0 quinze reprises au moins et lui octroie plus de 600 000 francs de subsides. Son aide financi\u00e8re vise \u00e0 freiner aussi bien le d\u00e9veloppement du socialisme en Suisse, que celui du frontisme, per\u00e7u \u00e0 Rome comme une \u00e9manation du nazisme. Le mouvement de Fonjallaz, qui se borne \u00e0 proposer pour la Suisse les recettes appliqu\u00e9es en Italie, n&#8217;obtient qu&#8217;un tr\u00e8s faible \u00e9cho \u2026<\/p>\n<p>&#8220;L&#8217;Union Nationale de Gen\u00e8ve (UN), dont Georges Oltramare est le chef unique \u00e0 partir de 1935, est le mouvement suisse qui s&#8217;est le plus rapproch\u00e9 du mod\u00e8le fasciste. Elle dispose d&#8217;une organisation hi\u00e9rarchis\u00e9e, militaris\u00e9e, et a pour devise: &#8220;une doctrine, une foi, un chef&#8221;. Elle comptera jusqu&#8217;\u00e0 2000 membres en 1937. Alli\u00e9e des partis bourgeois dans la lutte contre le gouvernement Nicole (1933-1936), elle obtient dix si\u00e8ges au Grand Conseil genevois lors des \u00e9lections de 1936. Oltramare b\u00e9n\u00e9ficie de l&#8217;aide et des subsides du dictateur italien. Mussolini cherche \u00e0 en faire son alli\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve contre la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations lors de la guerre italo-\u00e9thiopienne et de l&#8217;affaire des sanctions. En mai 1937, Oltramare effectue un spectaculaire voyage \u00e0 Rome, o\u00f9 il est re\u00e7u par le duce avec un groupe de militants. Apr\u00e8s l&#8217;\u00e9chec d&#8217;un projet de fusion entre l&#8217;UN et le Parti d\u00e9mocratique (lib\u00e9ral), Oltramare quitte en 1939 le mouvement qui p\u00e9riclite.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Lorsque l&#8217;Italie entre en guerre, tous les mouvements suisses d&#8217;inspiration fasciste se sont d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9s \u2026&#8221;<\/p>\n<p><strong>En dehors de l&#8217;Europe<\/strong><br \/>\nLe fascisme est un ph\u00e9nom\u00e8ne essentiellement europ\u00e9en, mais il a servi de mod\u00e8le ou d&#8217;inspiration \u00e0 des mouvements semblables dans d&#8217;autres parties du monde.<\/p>\n<p><strong>Am\u00e9rique latine<\/strong><br \/>\nLe cas le plus important, et en m\u00eame temps le plus complexe, est celui de l&#8217;<strong>Argentine<\/strong>, o\u00f9 le colonel Juan Domingo Per\u00f3n, \u00e9lu pr\u00e9sident en 1946, lan\u00e7a le mouvement &#8220;justicialiste&#8221;, commun\u00e9ment appel\u00e9 &#8220;p\u00e9ronisme&#8221;, qui a domin\u00e9 la vie politique argentine depuis.<\/p>\n<p>Per\u00f3n, en poste diplomatique en Allemagne et en Italie dans les ann\u00e9es 1930, \u00e9tait inspir\u00e9 par leur mod\u00e8le totalitaire mais aussi par le corporatisme catholique de Salazar. Nomm\u00e9 secr\u00e9taire au travail du gouvernement militaire issu du putsch de 1943, Per\u00f3n en profite pour se construire, par des r\u00e9formes sociales, une base ouvri\u00e8re, essentiellement compos\u00e9e par des immigrants affluant dans les centres urbains.<\/p>\n<p>Les syndicats anarchistes, durement r\u00e9prim\u00e9s \u00e0 partir de 1930, socialistes et communistes, repr\u00e9sentaient avant tout l&#8217;immigration europ\u00e9enne (surtout espagnole et italienne) d\u00e9j\u00e0 ancienne et n&#8217;arrivaient pas \u00e0 organiser cette nouvelle masse immigr\u00e9e des r\u00e9gions rurales.<\/p>\n<p>Per\u00f3n cr\u00e9e le Parti travailliste, remplac\u00e9 en 1947 par le Parti justicialiste avec une id\u00e9ologie hybride baptis\u00e9e &#8220;troisi\u00e8me voie&#8221; (entre le capitalisme lib\u00e9ral et le communisme sovi\u00e9tique) faite de corporatisme, d&#8217;autoritarisme, de r\u00e9formisme social, de nationalisme (anti-am\u00e9ricain et anti-anglais), d&#8217;anti-marxisme, d&#8217;antis\u00e9mitisme (pour pr\u00e9server la religiosit\u00e9 chr\u00e9tienne).<\/p>\n<p>Per\u00f3n relance la CGT, centrale ouvri\u00e8re \u00e0 l&#8217;origine socialiste, mais en veilleuse; elle devient rapidement la centrale unique sous son contr\u00f4le, avec des syndicats uniques par branche de production. Soutenue par l&#8217;Etat, elle passe de 80,000 membres en 1943 \u00e0 1.5 millions en 1947 et \u00e0 6 millions en 1955. Les syndicats ind\u00e9pendants de gauche sont accul\u00e9s \u00e0 la disparition, la gauche politique est durement r\u00e9prim\u00e9e, la r\u00e9pression n\u2019\u00e9tait pas seulement l\u2019affaire de la police mais aussi la t\u00e2che des organisations p\u00e9ronistes para-polici\u00e8res. Les gr\u00e8ves sont interdites.<\/p>\n<p>Le gouvernement p\u00e9roniste consolide son emprise sur la classe ouvri\u00e8re par des r\u00e9formes importantes qui comblent un d\u00e9ficit social accumul\u00e9, notamment l&#8217;instauration de la journ\u00e9e de huit heures, la semaine de quarante huit heures, les cong\u00e9s pay\u00e9s, l\u2019indemnit\u00e9 des licenciements, le treizi\u00e8me mois, la construction des logements \u00e0 prix mod\u00e9r\u00e9s et surtout l\u2019\u00e9ligibilit\u00e9 et le vote accord\u00e9 aux femmes. Les syndicats sont charg\u00e9s de g\u00e9rer des \u0153uvres sociales (cliniques, loisirs, tourisme, logements, etc.), financ\u00e9s par des cotisations retenues \u00e0 la base par l&#8217;employeur. Le statut de l\u2019ouvrier agricole permit pour la premi\u00e8re fois \u00e0 l\u2019Etat de p\u00e9n\u00e9trer dans le secteur rural.<\/p>\n<p>Per\u00f3n est chass\u00e9 du pouvoir par un coup d&#8217;Etat militaire en 1955 soutenu par l\u2019oligarchie fonci\u00e8re et la bourgeoisie financi\u00e8re qui se consid\u00e9raient trahies par le r\u00e9gime p\u00e9roniste. Il doit s&#8217;exiler (en Espagne franquiste), mais est rappel\u00e9 par le pr\u00e9sident peroniste H\u00e9ctor Jos\u00e9 C\u00e1mpora, \u00e9lu en mars 1973. C\u00e1mpora d\u00e9missionne en juillet, et Per\u00f3n est \u00e9lu en octobre 1973 pour la troisi\u00e8me fois. Il restera pr\u00e9sident jusqu&#8217;\u00e0 sa mort en 1974. Il est succ\u00e9d\u00e9 par sa veuve Isabel Mart\u00ednez de Per\u00f3n, elle-m\u00eame renvers\u00e9e par le coup d&#8217;Etat militaire de 1976.<\/p>\n<p>Contrairement aux dictateurs fascistes qui lui servirent de mod\u00e8le au d\u00e9part, Per\u00f3n a toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9lu par des grandes majorit\u00e9s. Le mouvement ouvrier, bris\u00e9 dans les dictatures fascistes, doit son essor au p\u00e9ronisme \u2013 \u00e0 condition de s&#8217;en \u00e9manciper, \u00e9mancipation qui est aujourd&#8217;hui en bonne voie. L&#8217;opposition politique, m\u00eame r\u00e9prim\u00e9e, arrivait \u00e0 se manifester, et le r\u00e9gime p\u00e9roniste ne fit pas les 30,000 morts de la dictature militaire qui lui a succ\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<p>Le mouvement p\u00e9roniste, h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, a \u00e9t\u00e9 travers\u00e9 par des crises graves, et des affrontements entre sa gauche et sa droite qui ont pris, dans certains cas, la forme de r\u00e8glements de compte sanglants de type mafieux. L&#8217;\u00e9tiquette p\u00e9roniste a recouvert, et recouvre encore, des contenus politiques oppos\u00e9s, allant de l&#8217;extr\u00eame-gauche au n\u00e9o-lib\u00e9ralisme. Dans ce sens aussi, on ne peut affirmer sans autre nuance que le r\u00e9gime p\u00e9roniste \u00e9tait fasciste. Le gouvernement actuel, sous la pr\u00e9sidence de Nestor Kirchner, p\u00e9roniste, ressemble le plus \u00e0 une social-d\u00e9mocratie centre-gauche.<\/p>\n<p>Sous la premi\u00e8re pr\u00e9sidence de Per\u00f3n, l&#8217;Argentine servit cependant de refuge \u00e0 un grand nombre de dirigeants nazis (entre autres Adolf Eichmann, organisateur de la Shoah) et de dirigeants fascistes d&#8217;autres pays europ\u00e9ens, notamment des Oustachi croates et de la Garde de Fer de Roumanie.<\/p>\n<p>Au <strong>Br\u00e9sil<\/strong> le coup d&#8217;Etat de Getulio Vargas en 1937 instaure une dictature corporatiste sur le mod\u00e8le portugais, Estado Novo. Vargas instaure des r\u00e9formes sociales tout en supprimant les droits d\u00e9mocratiques. Les partis politiques sont interdits, le syndicalisme devient obligatoire sous le contr\u00f4le de l&#8217;Etat.<\/p>\n<p>En 1938 une tentative de coup d&#8217;Etat de &#8220;l&#8217;Action int\u00e9graliste br\u00e9silienne&#8221;, parti fasciste fond\u00e9 en 1932, plus radical que le &#8220;g\u00e9tulisme&#8221;, \u00e9choue. Des groupuscules se r\u00e9clamant de ce parti existent encore mais marginalement.<\/p>\n<p>Vargas est renvers\u00e9 par un soul\u00e8vement d\u00e9mocratique en 1945, mais revient, \u00e9lu d\u00e9mocratiquement, en 1951. N&#8217;arrivant pas \u00e0 ma\u00eetriser la crise \u00e9conomique, il perd le soutien de la bourgeoisie et des militaires. Accul\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mission, il se suicide en 1954.<\/p>\n<p>Des groupes d&#8217;inspiration fasciste et nazie ont exist\u00e9 dans plusieurs pays d&#8217;Am\u00e9rique latine depuis les ann\u00e9es 1930 et leurs h\u00e9ritiers ont souvent servi d&#8217;auxiliaires aux dictatures militaires des ann\u00e9es 1970. Le plus connu d&#8217;entre eux, Patria y Libertad au <strong>Chili<\/strong>, a \u00e9t\u00e9 un groupe terroriste li\u00e9 \u00e0 la mouvance n\u00e9o-nazie, tr\u00e8s actif dans la campagne de d\u00e9stabilisation du gouvernement socialiste de Salvador Allende et dans la r\u00e9pression qui a suivi.<\/p>\n<p><strong>Pays arabes<\/strong>: le fascisme est l&#8217;une des sources d&#8217;inspiration des mouvements nationalistes arabes qui se d\u00e9veloppent apr\u00e8s la premi\u00e8re guerre mondiale et la chute de l&#8217;Empire ottoman, autant dans leur expression la\u00efque que sous une forme religieuse (islamique).<\/p>\n<p>Le Parti Ba&#8217;as (ou Parti de la renaissance arabe), fond\u00e9 par Michel Aflak \u00e0 Damas en 1947 est un parti nationaliste autoritaire qui int\u00e8gre des \u00e9l\u00e9ments de socialisme. En 1953 il fusionne avec le Parti Socialiste Arabe d&#8217;Akram Hourani et devient le &#8220;Parti de la R\u00e9surrection Arabe et Socialiste&#8221;. Anti-marxiste mais la\u00efque, il aspire au &#8220;grand bouleversement&#8221; pan-arabe mais se scinde en deux branches syrienne et irakienne, fondements id\u00e9ologiques des dictatures de Hafez Al-Assad et de Saddam Hussein, o\u00f9 le Ba&#8217;as devient parti unique. Les syndicats sont regroup\u00e9s dans des centrales uniques qui sont des courroies de transmission de l&#8217;Etat. Les organisations de gauche de toutes tendances sont durement r\u00e9prim\u00e9es.<\/p>\n<p>En <strong>Egypte<\/strong>, le nasserisme, id\u00e9ologie cr\u00e9\u00e9e par Gamal Abdel Nasser, pr\u00e9sident de 1954 jusqu&#8217;\u00e0 sa mort en 1970, rappelle le p\u00e9ronisme par son m\u00e9lange d&#8217;autoritarisme, de nationalisme et de r\u00e9formes sociales.<\/p>\n<p>Les partis politiques autoris\u00e9s sont \u00e9troitement surveill\u00e9s par le pouvoir, le parti du gouvernement est un parti unique de fait, les communistes et socialistes ind\u00e9pendants interdits. Les syndicats existants sont remplac\u00e9s par une centrale unique contr\u00f4l\u00e9e par l&#8217;Etat. Une alliance \u00e9ph\u00e9m\u00e8re entre le Ba&#8217;as syrien et l&#8217;Egypte de Nasser donne lieu \u00e0 la R\u00e9publique arabe unie (1958-1961).<\/p>\n<p>Autant l&#8217;Egypte de Nasser que la Syrie ba&#8217;asiste ont servi de refuge \u00e0 des dirigeants nazis, notamment Alois Brunner, responsable de la d\u00e9portation de juifs d&#8217;Autriche, de Gr\u00e8ce et de France vers des camps d&#8217;extermination. Brunner s&#8217;\u00e9tablit \u00e0 Damas et devient conseiller du gouvernement syrien en mati\u00e8re de r\u00e9pression politique.<\/p>\n<p>Pendant la deuxi\u00e8me guerre mondiale, des dirigeants politiques arabes s&#8217;alli\u00e8rent avec l&#8217;Allemagne nazie. Ce fut notamment le cas, dans la <strong>Palestine mandataire <\/strong>(sous mandat britannique), de Amin Al-Husseini, Grand Mufti de Jerusalem. En 1939, il fut exil\u00e9 par les autorit\u00e9s britanniques et se r\u00e9fugia en Allemagne nazie avec laquelle il collabora activement jusqu&#8217;\u00e0 la fin de la guerre. Il approuva l&#8217;extermination des Juifs et re\u00e7ut la promesse d&#8217;Hitler qu&#8217;elle serait \u00e9tendue \u00e0 l&#8217;Afrique du Nord et \u00e0 la Palestine apr\u00e8s la conqu\u00eate nazie. En 1943 il recruta des bataillons de volontaires musulmans bosniaques et albanais qui seront int\u00e9gr\u00e9s dans la Waffen SS. Il est le dirigeant politique du camp palestinien pendant la guerre de Palestine de 1948. Suite \u00e0 la d\u00e9faite des arm\u00e9e arabes, il s&#8217;exile en Egypte o\u00f9 il meurt en 1974.<\/p>\n<p>En <strong>Irak<\/strong>, Rachid Ali Al-Gaylani, dirigeant politique pro-allemand, prend le pouvoir par un coup d&#8217;Etat en 1941 et s&#8217;allie avec l&#8217;Axe. Il est \u00e9vinc\u00e9 par une intervention militaire britannique et se r\u00e9fugie \u00e0 Berlin, o\u00f9 Hitler le reconna\u00eet comme chef d&#8217;un gouvernement irakien en exil. Apr\u00e8s la d\u00e9faite de l&#8217;Allemagne, il trouve refuge en Arabie saoudite.<\/p>\n<p>Le mouvement sioniste, existant sous une forme organis\u00e9e depuis 1897, ann\u00e9e de fondation de l&#8217;Organisation sioniste mondiale (OSM) , r\u00e9unit des organisations de toutes tendances, mais est domin\u00e9 les premiers 80 ans par son aile lib\u00e9rale alli\u00e9e \u00e0 sa gauche marxiste, social-d\u00e9mocrate (Achdut Avodah) et socialiste r\u00e9volutionnaire (Poale Sion, Hachomer Hatzair). Cependant, un courant de droite nationaliste dirig\u00e9 par <strong>Vladimir Jabotinski <\/strong>constitue le Parti r\u00e9visionniste en 1925, autoritaire et pro-capitaliste, qui quittera l&#8217;OSM en 1935. Le terme &#8220;r\u00e9visionniste&#8221; vient de la volont\u00e9 des membres du nouveau parti de &#8220;r\u00e9viser le sionisme&#8221;.<\/p>\n<p>Le programme r\u00e9visionniste vise \u00e0 constituer l&#8217;Etat d&#8217;Israel sur l&#8217;ensemble de la Palestine mandataire (y compris la Jordanie) par la lutte arm\u00e9e. Il se donne trois ennemis: la gauche sioniste, les autorit\u00e9s britanniques (\u00e0 partir de 1939) et la population arabe.<\/p>\n<p>Une organisation de jeunesse, le Betar, fond\u00e9e en 1923 \u00e0 Riga, reconna\u00eet Jabotinski comme son &#8220;guide&#8221; mais reste ind\u00e9pendante du parti. Elle repr\u00e9sente l&#8217;extr\u00eame-droite du r\u00e9visionnisme sioniste. Le Betar reprend certaines formes des mouvements fascistes: uniforme, culte du chef, entra\u00eenement paramilitaire.<\/p>\n<p>Le Parti r\u00e9visionniste et le Betar constituent une organisation arm\u00e9e, le Irgun (1931-1948) qui m\u00e8ne des actions terroristes contre les autorit\u00e9s britanniques et contre la population arabe. Le Irgun est dissout en 1948 apr\u00e8s qu&#8217;un bateau, le Altalena, charg\u00e9 de mat\u00e9riel militaire qui lui est destin\u00e9, est intercept\u00e9 par l&#8217;arm\u00e9e isra\u00e9lienne sous commandement du gouvernement socialiste, et coul\u00e9 au large de Tel-Aviv.<\/p>\n<p>A partir de 1928 se constitue un courant fasciste dans le Parti r\u00e9visionniste en Palestine mandataire, qui s&#8217;organise en 1931 sous la forme d&#8217;une association secr\u00e8te et ind\u00e9pendante de la direction du parti, le Brit Ha\u2019Birionim. Des dirigeants des Birionim ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s d&#8217;avoir assassin\u00e9 le dirigeant socialiste Haim Arlozorov en 1933 \u00e0 Tel-Aviv, mais sont rel\u00e2ch\u00e9s faute de preuves.<\/p>\n<p>Les Birionim sont \u00e0 l&#8217;origine de l&#8217;organisation terroriste Lehi (Groupe Stern), une scission de l&#8217;Irgun en 1941. Le Lehi cherche \u00e0 s&#8217;allier successivement avec le gouvernement fasciste italien (en 1940) et avec le gouvernement allemand nazi (en 1941) en leur offrant une collaboration militaire contre le Royaume-Uni. L&#8217;Irgun et le Lehi sont d&#8217;autre part responsables du massacre de Deir Yassin en 1948, pendant la premi\u00e8re guerre israelo-arabe (120 morts dans la population civile arabe), qui a contribu\u00e9 \u00e0 la fuite de la population arabe de Palestine. Le Lehi est \u00e9galement responsable de l&#8217;assassinat du Comte Folke Bernadotte, m\u00e9diateur des Nations Unies pour la Palestine, en septembre 1948. A la suite de cet assassinat, le Lehi est officiellement dissout au titre d\u2019une loi &#8220;pour la pr\u00e9vention du terrorisme&#8221;. Apr\u00e8s la dissolution de leurs organisations, les membres de l&#8217;Irgun et du Lehi sont int\u00e9gr\u00e9s dans l&#8217;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re isra\u00e9lienne, o\u00f9 les membres de la Haganah, organisation militaire de la gauche sioniste, sont encore largement majoritaires.<\/p>\n<p>En <strong>Israel<\/strong> le parti Herut, est le successeur du Parti r\u00e9visionniste. Il est fond\u00e9 en 1948 par Menachem Begin, dernier dirigeant de l&#8217;Irgun et ancien responsable du Betar en Pologne. Le Herut fusionnera avec d&#8217;autres groupements de droite pour former le Likud en 1973, parti qui deviendra majoritaire dans les \u00e9lections de 1977, mettant fin \u00e0 l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie de la gauche depuis la fondation de l&#8217;Etat. La plupart des dirigeants du Likud, et en partie du Kadima, notamment Ehud Olmert, premier ministre depuis 2006, ancien des jeunesses du Betar, proviennent de l&#8217;extr\u00eame-droite r\u00e9visionniste.<\/p>\n<p>Deux petits partis, le Moledet et le Kach, se situent \u00e0 l&#8217;extr\u00eame-droite de l&#8217;\u00e9ventail politique. Les deux pr\u00e9conisent l&#8217;expulsion de la population arabe de la bande de Gaza et des territoires occup\u00e9s \u00e0 l&#8217;ouest du Jourdain. Le Moledet (trois d\u00e9put\u00e9s au Knesset (parlement) sur 120) a fait partie de coalitions gouvernementales de droite. Le Kach, groupuscule extra-parlementaire, a \u00e9t\u00e9 interdit en 1994 par le gouvernement isra\u00e9lien au titre des lois anti-terroristes, et figure sur la liste des organisations terroristes du gouvernement des Etats-Unis.<\/p>\n<p>Un autre parti d&#8217;extr\u00eame droite, Israel Beitenu (Israel notre maison), avec 11 si\u00e8ges sur les 120 de la Knesset, cr\u00e9\u00e9 en 1999, fait partie de la coalition gouvernementale depuis 2006: son chef, Avigdor Lieberman, est vice premier-ministre charg\u00e9 des affaires strat\u00e9giques. Il se distingue par la violence de son langage et l&#8217;extr\u00e9misme de son programme (s\u00e9paration radicale entre Juifs et Arabes par l&#8217;expulsion de ces derniers et l&#8217;annexion des parties de la Cisjordanie occup\u00e9es par les colons juifs). Lieberman, n\u00e9 en Moldavie, a \u00e9migr\u00e9 en Israel en 1978 et son parti est surtout soutenu par l&#8217;immigration russophone r\u00e9cente. En septembre 2007, l&#8217;opinion isra\u00e9lienne a \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9e lorsque la police a d\u00e9couvert un groupe de jeunes n\u00e9o-nazis, justement chez les immigr\u00e9s russophones.<\/p>\n<p>En <strong>Turquie<\/strong> le Parti d&#8217;action nationale (MHP) est un parti d&#8217;extr\u00eame-droite issu d&#8217;un parti nationaliste, le &#8220;Parti r\u00e9publicain national paysan&#8221; (CKMP) fond\u00e9 en 1948. En 1965 le colonel Alparslan T\u00fcrke\u015f (1917-1997) prend contr\u00f4le du CKMP qui devient le MHP en 1969. Il se donne comme r\u00e9f\u00e9rence id\u00e9ologique le &#8220;touranisme&#8221; (nationalisme pan-turc qui vise l&#8217;unit\u00e9 politique de toutes les nations turcophones, de la Turquie en Asie centrale). Aux \u00e9lections de 2007, le MHP obtient 14,3% du vote et 71 si\u00e8ges au parlement (sur 550).<\/p>\n<p>En 1993, le MHP subit une scission avec le d\u00e9part d&#8217;islamistes qui estimaient que le parti \u00e9tait insuffisamment religieux. Ces derniers fondent un nouveau parti, le &#8220;Parti de la Grande Union&#8221; (BBP).<\/p>\n<p>L&#8217;organisation des jeunesses du MHP, les &#8220;Loups gris&#8221; (Bozkurtlar), est une organisation paramilitaire et terroriste responsable, selon les autorit\u00e9s turques, de 694 assassinats de militants de gauche (enseignants, universitaires, syndicalistes, hommes politiques) pendant les &#8220;ann\u00e9es de plomb&#8221; turques (1974-1980). Les Loups gris ont fait partie de r\u00e9seaux clandestins manipul\u00e9s par le pouvoir (essentiellement l&#8217;arm\u00e9e; ces r\u00e9seaux sont connus en Turquie comme &#8220;l&#8217;Etat profond&#8221;) o\u00f9 ils travaillaient avec la police politique, la CIA et la mafia (notamment de la drogue) dans des op\u00e9rations terroristes contre la gauche, les mouvements kurdes, etc. Un de leurs militants, Mehmet Ali A\u011fca, auteur de l&#8217;attentat contre le pape Jean-Paul II en 1981, est \u00e9galement l&#8217;assassin du journaliste Abdi Ipek\u00e7i, \u00e9diteur du journal lib\u00e9ral Milliyiet, en 1979. Selon certaines analyses , l&#8217;attentat contre le pape aurait fait parties de la &#8220;strat\u00e9gie de tension&#8221; mise au point par des services sp\u00e9ciaux occidentaux, c&#8217;est \u00e0 dire des op\u00e9rations de d\u00e9stabilisation d&#8217;un pays par le biais d&#8217;attentats &#8220;false flag&#8221;, c&#8217;est-\u00e0-dire mis sur le dos de la partie adverse \u2013 dans le cas du pape, le KGB et la &#8220;fili\u00e8re bulgare&#8221;.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, les Loups gris sont envoy\u00e9s en Europe occidentale pour infiltrer l&#8217;immigration turque et combattre l&#8217;influence des r\u00e9seaux constitu\u00e9s par des r\u00e9fugi\u00e9s politiques de gauche. Leur activit\u00e9 m\u00e8ne \u00e0 des affrontements et des r\u00e8glements de compte sanglants. Ils sont actifs notamment en Allemagne (o\u00f9 des contacts ont \u00e9t\u00e9 pris avec le NPD n\u00e9o-nazi), en Belgique, en France, au Pays-Bas et en Suisse.<\/p>\n<p>L<strong>&#8216;Inde <\/strong>a \u00e9t\u00e9 un terrain fertile pour une forme de fascisme fond\u00e9 sur l&#8217;extr\u00e9misme hindou. Le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) (Association des volontaires nationaux), fond\u00e9 en 1925, est un mouvement qui se donne pour but de r\u00e9tablir la supr\u00e9matie de l&#8217;hindouisme contre trois ennemis principaux: les musulmans, les chr\u00e9tiens et les communistes. Face aux minorit\u00e9s religieuses, il exige leur soumission \u00e0 l&#8217;hindouisme ou leur expulsion. Il s&#8217;oppose \u00e0 la d\u00e9mocratie (&#8220;id\u00e9ologie \u00e9trang\u00e8re&#8221;) et \u00e0 la constitution de l&#8217;Etat la\u00efque adopt\u00e9e par le Parti du Congr\u00e8s lors de l&#8217;ind\u00e9pendance de l&#8217;Inde en 1947. Le RSS est organis\u00e9 selon des principes autoritaires et ses militants re\u00e7oivent un entra\u00eenement militaire.<\/p>\n<p>Le RSS a 4,5 millions de membres en une centaine d&#8217;organisations affili\u00e9es. Il est au centre d&#8217;une coalition, le Sangh Parivar (&#8220;famille d&#8217;associations&#8221;) qui comprend entre autres le Parti du peuple indien (BJP), une centrale syndicale, le BMS, une organisation internationale, le VHP, pour la propagande aupr\u00e8s des communaut\u00e9s indiennes \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, un r\u00e9seau de centres d&#8217;\u00e9ducation, une organisation de femmes, une organisation d&#8217;\u00e9tudiants, et une organisation de jeunesse, le Bajrang Dal qui sont ses troupes de choc.<\/p>\n<p>En 1948, son principal id\u00e9ologue, M. S. Golwalkar, appelait \u00e0 l&#8217;assassinat des dirigeants du Congr\u00e8s. Six semaines apr\u00e8s. Gandhi \u00e9tait assassin\u00e9 par un ancien membre du RSS et le RSS \u00e9tait temporairement interdit \u00e0 la suite de cet assassinat. Le RSS a encore \u00e9t\u00e9 interdit deux fois: en 1975, lors de la l&#8217;\u00e9tat d&#8217;urgence d\u00e9clar\u00e9 par Indira Gandhi, et en 1993 lorsque ses militants organis\u00e8rent la d\u00e9molition de la mosqu\u00e9e de Babour \u00e0 Ayodhya, construite au 16\u00e8me si\u00e8cle. Les \u00e9meutes qui suivirent firent plus d&#8217;un millier de morts.<\/p>\n<p>Le BJP \u00e9tait le parti de gouvernement de 1998 \u00e0 2004, ann\u00e9e o\u00f9 une coalition dirig\u00e9e par le Congr\u00e8s et appuy\u00e9e par les partis communistes reprit le pouvoir. Il reste cependant au pouvoir dans plusieurs Etats f\u00e9d\u00e9raux, notamment au Gujarat (Nord-Ouest de l&#8217;Inde). Le premier ministre du Gujarat, Narendra Modi, membre du RSS, appartient \u00e0 la frange extr\u00e9miste du BJP.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 2002 un pogrom anti-musulman eut lieu \u00e0 Ahmedabad, capitale de l&#8217;Etat, prenant pr\u00e9texte de l&#8217;incendie d&#8217;un train transportant des p\u00e9lerins hindous retournant de Ayodhya. Modi pr\u00e9tendit que des &#8220;islamistes&#8221; avaient mis le feu au train (une commission d&#8217;enqu\u00eate du gouvernement central conclut en 2005 que l&#8217;incendie avait \u00e9t\u00e9 accidentel). A partir de 10:30 heures le 28 f\u00e9vrier jusqu&#8217;au 2 mars, des milliers de nervis, emmen\u00e9s par des militants du Sangh Parivar munis de t\u00e9l\u00e9phones mobiles et de listes d&#8217;adresses, mirent \u00e0 sac les quartiers musulmans de Ahmedabad en massacrant les habitants. La police avait des ordres de Modi de ne pas intervenir. Le pogrom fit quelque 2000 morts; 98,000 musulmans, chass\u00e9s de leurs habitations d\u00e9truites, vivaient en 2007 encore dans des camps de r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n<p>La &#8220;strat\u00e9gie de la tension&#8221; de Modi s&#8217;av\u00e9ra payante. En d\u00e9cembre 2002 le BJP triompha aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du Gujarat (126 si\u00e8ges sur 182).<\/p>\n<p>Le Shiv Sena (&#8220;Arm\u00e9e de Shiva&#8221;) est une autre organisation hindouiste d&#8217;extr\u00eame-droite fond\u00e9e en 1966 par le journaliste Bal Thackeray, grand admirateur d&#8217;Hitler. Le SS est influent dans l&#8217;Etat de Maharashtra (Bombay) o\u00f9 il est alli\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1970 au BJP. Il est responsable de pogroms anti-musulmans, de nombreuses attaques contre les syndicats de gauche et de l&#8217;assassinat, en 1970, de Krishan Desai, leader communiste du syndicat du textile. Le SS a cr\u00e9\u00e9 sa propre organisation syndicale, le BKS, en fait une milice au service du patronat.<\/p>\n<p>La dictature militaire qui d\u00e9tenait le pouvoir au <strong>Japon<\/strong> de 1932 \u00e0 1945 est parfois consid\u00e9r\u00e9e comme fasciste. En fait, il s&#8217;agissait d&#8217;un r\u00e9gime autoritaire et ultra-nationaliste, fond\u00e9 sur une interpr\u00e9tation mythique de l&#8217;histoire du Japon. Son alliance pendant la 2\u00e8me guerre mondiale avec l&#8217;Allemagne nazie et l&#8217;Italie fasciste \u00e9tait plut\u00f4t circonstancielle et opportuniste que fond\u00e9e sur une id\u00e9ologie commune.<br \/>\nCependant, certains th\u00e9oriciens du militarisme ultra-nationaliste japonais avaient int\u00e9gr\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments du fascisme europ\u00e9en, notamment le principe du contr\u00f4le total de la soci\u00e9t\u00e9 par des moyens policiers, la &#8220;police de la pens\u00e9e&#8221; (surtout de 1941 \u00e0 1945).<\/p>\n<p>En 1940, les organisations syndicales encore existantes \u00e9taient dissoutes et remplac\u00e9es par une &#8220;Association industrielle patriotique&#8221;, sur le mod\u00e8le du &#8220;Front du travail allemand&#8221; nazi. La libert\u00e9 syndicale fut r\u00e9tablie en 1945.<\/p>\n<p>Une l\u00e9gislation r\u00e9pressive contre la gauche socialiste, communiste et anarchiste existait depuis 1925 (&#8220;Loi pour la pr\u00e9servation de la paix&#8221;); elle fut durcie en 1941. Entre 1925 et 1945 plus de 70,000 personnes furent arr\u00eat\u00e9es sous cette l\u00e9gislation, dont 10 pour cent furent condamn\u00e9es aux termes d&#8217;un proc\u00e8s. Aucune peine de mort fut prononc\u00e9e. En 1945, les autorit\u00e9s d&#8217;occupation am\u00e9ricaines annul\u00e8rent la loi et les militants de gauche emprisonn\u00e9s furent lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Des groupuscules ultra-nationalistes et fascisants sont encore actifs, souvent violents et li\u00e9s \u00e0 des organisations mafieuses (yakuza), mais marginaux dans la vie politique.<\/p>\n<p>L&#8217;organisation la plus ancienne, pr\u00e9curseur du fascisme, existe aux <strong>Etats-Unis<\/strong>: c&#8217;est le Ku Klux Klan (KKK), fond\u00e9 en 1865 pour combattre l&#8217;\u00e9mancipation des Noirs suite \u00e0 la d\u00e9faite des Etats Conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s (du Sud) dans la guerre civile am\u00e9ricaine (1860-61). A son origine, le KKK pr\u00f4ne la supr\u00e9matie des blancs anglo-saxons et protestants et, pour l&#8217;imposer, m\u00e8ne des campagnes d&#8217;intimidation et de terreur. Il est responsable de nombreux assassinats et de lynchages de Noirs et de Blancs qui les soutiennent.<br \/>\nR\u00e9prim\u00e9 par le gouvernement, il se met en veilleuse, mais est relanc\u00e9 au d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle sur une plateforme raciste, x\u00e9nophobe, anti-s\u00e9mite, anti-catholique et, bien entendu, anti-gauche et anti-syndicaliste. A son apog\u00e9e, dans les ann\u00e9es 1920, il a pr\u00e8s de 5 millions de membres et exerce une influence politique non n\u00e9gligeable.<\/p>\n<p>Le KKK dispara\u00eet en tant qu&#8217;organisation nationale pendant la 2\u00e8me guerre mondale, mais subsiste sous la forme d&#8217;une n\u00e9buleuse d&#8217;organisations locales, souvent li\u00e9es \u00e0 des groupements racistes et n\u00e9o-nazis plus r\u00e9cents.<\/p>\n<p>Parmi ces groupuscules certains sont capables d&#8217;actes terroristes: un membre de la Michigan Militia, organisation paramilitaire clandestine, fit sauter le b\u00e2timent abritant des administrations f\u00e9d\u00e9rales \u00e0 Oklahoma City en 1995 (168 morts). D&#8217;autres, comme le National Socialist Movement, ont une existence l\u00e9gale et pr\u00e9sentent des candidats aux \u00e9lections.<\/p>\n<p>Le principal danger qu&#8217;elles pr\u00e9sentent n&#8217;est cependant pas en tant que organisations: comme telles, leur influence est quasiment nulle. Il r\u00e9side surtout dans leur capacit\u00e9 d&#8217;alimenter la propagande n\u00e9o-nazie (publications, vid\u00e9os, DVD, etc.) dans des pays d&#8217;Europe o\u00f9 cette activit\u00e9 est interdite (par exemple en Allemagne), puisque la Constitution des Etats-Unis garantit la libert\u00e9 de parole et de publication \u00e0 tous les courants d&#8217;opinion, quels qu&#8217;ils soient. (Le m\u00eame probl\u00e8me se pose par rapport au Danemark).<\/p>\n<p>Un autre danger, peut-\u00eatre encore plus grave, en provenance de l&#8217;extr\u00eame-droite chr\u00e9tienne et de mouvements ultra-nationalistes, telles que la John Birch Society, est leur influence croissante sur la droite du Parti r\u00e9publicain et sur l&#8217;administration Bush. Comme le disait l&#8217;\u00e9crivain Sinclair Lewis en 1935: &#8220;Quand le fascisme viendra en Am\u00e9rique, il se pr\u00e9sentera envelopp\u00e9 dans le drapeau et brandissant la croix&#8221;.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9flexions sur les fascismes<\/strong><br \/>\nL&#8217;inventaire ci-dessus des pays et des mouvements n&#8217;est nullement exhaustif. On l&#8217;aura constat\u00e9: le fascisme est multiforme, et pratiquement aucune soci\u00e9t\u00e9 moderne, dans touts les r\u00e9gions du monde, n&#8217;y a \u00e9chapp\u00e9.<\/p>\n<p>Multiforme: parfois li\u00e9 aux Eglises chr\u00e9tiennes (Autriche, Croatie, Slovaquie, Roumanie), parfois ath\u00e9e, ou adepte de mythes pseudo-religieux (Allemagne, Hongrie, Turquie, Inde, Japon); se pr\u00e9sentant parfois comme porteur d&#8217;une r\u00e9volution sociale (en Allemagne et Italie \u00e0 ses d\u00e9buts), parfois conservateur ou r\u00e9actionnaire (Portugal, Espagne); souvent anti-s\u00e9mite, mais il existe un fascisme juif, et il existe d&#8217;autres racismes; dans la 2\u00e8me guerre mondiale, alli\u00e9 avec l&#8217;Axe (les pays satellites et la collaboration en Europe), mais aussi r\u00e9sistant (Gr\u00e8ce, Pologne, certains \u00e9l\u00e9ments des Croix-d-Feu et de l&#8217;Action fran\u00e7aise en France).<\/p>\n<p>Une d\u00e9finition commune est-elle possible? L&#8217;historien am\u00e9ricain Robert O. Paxton \u00e9crit: &#8220;C&#8217;est par une d\u00e9finition fonctionnelle du fascisme que l&#8217;on peut sortir de ces multiples embarras.&#8221;<\/p>\n<p>D&#8217;abord, il faut distinguer les \u00e9tapes du fascisme dans le temps. Paxton cite Pierre Milza qui distingue trois \u00e9tapes: &#8220;un premier fascisme, celui des mouvements marginaux d&#8217;intellectuels dissidents de droite ou de gauche; le deuxi\u00e8me fascisme, celui des militants engag\u00e9s sur les chemins du pouvoir; et un troisi\u00e8me fascisme, celui qui exerce le pouvoir.&#8221;<\/p>\n<p>Ensuite, \u00e9l\u00e9ment indispensable, la complicit\u00e9 des \u00e9lites conservatrices, essentiellement le patronat et l&#8217;arm\u00e9e. Paxton fait remarquer que ni Hitler ni Mussolini ne sont arriv\u00e9s au pouvoir par la force: &#8220;Ils ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 partager le pouvoir par le chef de l&#8217;Etat, conseill\u00e9 par ses intimes, dans des circonstances bien pr\u00e9cises: un blocage du gouvernement constitutionnel (produit en partie par la violence des fascistes) ; des conservateurs menac\u00e9s par la perte de leur capacit\u00e9 d&#8217;encadrer la population, souvent \u00e0 un moment de grande mobilisation populaire; une gauche en progr\u00e8s; des conservateurs qui refusent de collaborer avec cette gauche, et qui se croient incapables de continuer de gouverner sans renfort.&#8221;<\/p>\n<p>Paxton cite ailleurs une r\u00e9solution de l&#8217;Internationale communiste de 1924: le fascisme est &#8220;l&#8217;instrument de la grande bourgeoisie pour lutter contre le prol\u00e9tariat quand les moyens l\u00e9gaux mis \u00e0 sa disposition par l&#8217;Etat s&#8217;av\u00e8rent insuffisant \u00e0 le soumettre&#8221;.<\/p>\n<p>Quel est alors l&#8217;instrument n\u00e9cessaire pour &#8220;soumettre le prol\u00e9tariat&#8221;? Il faut d&#8217;abord abolir l&#8217;Etat de Droit, c&#8217;est \u00e0 dire, comme le dit l&#8217;historien fran\u00e7ais Marc Bloch , abolir la &#8220;cit\u00e9 que gouvernent les lois&#8221; et appeler au pouvoir la &#8220;tribu qu&#8217;une passion collective soude \u00e0 son chef.&#8221;<\/p>\n<p>Selon Paxton, les passions mobilisatrices qui soudent une tribu fasciste \u00e0 son chef sont les suivantes:<\/p>\n<p>\u2022 la primaut\u00e9 de la communaut\u00e9 , envers laquelle les devoirs sont sup\u00e9rieurs \u00e0 tout droit, soit universel, soit individuel;<br \/>\n\u2022 un sentiment que la communaut\u00e9 est victime, qui justifie tout recours contre ses ennemis, int\u00e9rieurs autant qu\u2019ext\u00e9rieurs;<br \/>\n\u2022 un pressentiment de d\u00e9cadence de la communaut\u00e9, min\u00e9e par la gauche individualiste et cosmopolite;<br \/>\n\u2022 comme rem\u00e8de \u00e0 cette d\u00e9cadence, l\u2019encadrement de la population en un fascio, ou faisceau, o\u00f9 l\u2019unit\u00e9 des \u00e2mes est forg\u00e9e par une conviction commune, si c\u2019est possible, et par la force si c\u2019est n\u00e9cessaire;<br \/>\n\u2022 un sens de l\u2019identit\u00e9 o\u00f9 la grandeur de la communaut\u00e9 vient renforcer l\u2019identit\u00e9 individuelle;<br \/>\n\u2022 l\u2019autorit\u00e9 du chef, seule structure politique capable d\u2019incarner le destin de la communaut\u00e9;<br \/>\n\u2022 la beaut\u00e9 de la violence et de la volont\u00e9, quand elles sont d\u00e9vou\u00e9es au succ\u00e8s de la communaut\u00e9 dans une lutte darwinienne.<\/p>\n<p>&#8220;Le fascisme est, donc, un syst\u00e8me d\u2019autorit\u00e9 et d\u2019encadrement attel\u00e9 \u00e0 un style d\u2019appartenance \u00e0 une communaut\u00e9. Il forme un tout qui se comprend mal \u00e0 la seule lecture de ses paroles. Il faut l\u2019observer dans la vie quotidienne, en faisant appel \u00e0 toutes les sciences sociales et, puisqu\u2019il n\u2019est pas immuable, il faut le comprendre dans son d\u00e9veloppement&#8221;.<\/p>\n<p>Paxton conclut par une r\u00e9flexion sur le fascisme d&#8217;aujourd&#8217;hui:<\/p>\n<p>&#8220;Pour conclure, je ne peux pas me d\u00e9rober \u00e0 la question br\u00fblante du moment: le fascisme existe-t-il encore aujourd\u2019hui, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9chec humiliant de Hitler et de Mussolini? Apr\u00e8s les incidents du nettoyage ethnique dans les Balkans, apr\u00e8s la mont\u00e9e de nationalismes exclusivistes dans l\u2019Europe orientale post-communiste, apr\u00e8s l\u2019essor du n\u00e9onazisme en Allemagne et en Italie, et apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e au gouvernement italien du signor Tremaglia, un ancien de la r\u00e9publique de Sal\u00f2, il serait difficile de r\u00e9pondre non \u00e0 cette question.<\/p>\n<p>&#8220;Mais les cas actuels les plus int\u00e9ressants ne sont pas ceux o\u00f9 de vieilles chemises ressortent des placards. Il faut se souvenir avec George Orwell que les fascismes authentiques viennent v\u00eatus des symboles patriotiques de leur propre pays. Un fascisme authentique aux \u00c9tats-Unis serait pieux et anti-Noirs; en Europe occidentale, la\u00efc et antis\u00e9mite, voire anti-musulman; et en Europe de l\u2019Est, religieux et slavophile. Le d\u00e9cor d\u00e9pend de la culture locale. Il vaut mieux pr\u00eater attention aux fonctions remplies par ses nouveaux mouvements, et aux circonstances qui pourraient leur ouvrir un espace, plut\u00f4t que d\u2019y chercher les traces de la rh\u00e9torique, les programmes et les pr\u00e9f\u00e9rences esth\u00e9tiques des premiers mouvements fascistes de 1900.<\/p>\n<p>&#8220;Le bon questionnaire est celui qui est appropri\u00e9 pour les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me \u00e9tapes du d\u00e9veloppement des fascismes: est-ce que ces mouvements promettent de redonner de l\u2019unit\u00e9, de l\u2019\u00e9nergie, et de la puret\u00e9 \u00e0 une communaut\u00e9 qui se sent menac\u00e9e par la d\u00e9cadence et par l\u2019humiliation? Est-ce qu\u2019ils sont pr\u00eats \u00e0 faire n\u2019importe quoi pour tenir cette promesse? Est-ce que le syst\u00e8me constitutionnel est gripp\u00e9? Une mobilisation populaire rapide \u00e9chapperait-elle aux capacit\u00e9s d\u2019encadrement des \u00e9lites traditionnelles, au point o\u00f9 celles-ci seraient tent\u00e9es d\u2019avoir recours aux durs? C\u2019est en r\u00e9pondant \u00e0 de telles questions, et non pas en observant la couleur des chemises, ni en cherchant une correspondance quelconque avec la rh\u00e9torique des dissidents syndicalo-nationalistes de la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle, que l\u2019on pourra reconna\u00eetre les nouveau syst\u00e8mes fascistes de notre \u00e9poque.&#8221;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Italie A la fin de la premi\u00e8re guerre mondiale l&#8217;Europe \u00e9tait travers\u00e9e de mouvements r\u00e9volutionnaires, \u00e0 commencer par les r\u00e9volutions de f\u00e9vrier et octobre 1917 en Russie.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[31,19],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/106"}],"collection":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=106"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/106\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":321,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/106\/revisions\/321"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=106"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=106"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=106"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}