{"id":110,"date":"2012-02-05T15:55:55","date_gmt":"2012-02-05T15:55:55","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2012\/02\/05\/la-revolution-est-de-retour-alexei-gusev-2011\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:04","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:04","slug":"la-revolution-est-de-retour-alexei-gusev-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2012\/02\/05\/la-revolution-est-de-retour-alexei-gusev-2011\/","title":{"rendered":"La r\u00e9volution est de retour (Alexei Gusev, 29 d\u00e9cembre 2011)"},"content":{"rendered":"<p>La nature et les perspectives de la vague de contestation sociale en Russie, par Alexei Gusev, Centre Praxis (<a href=\"http:\/\/www.praxiscenter.ru\">http:\/\/www.praxiscenter.ru<\/a>)<br \/>\n<em>\u00abChaque g\u00e9n\u00e9ration a besoin d\u2019une nouvelle r\u00e9volution\u00bb<br \/>\n&#8211; Thomas Jefferson<\/em><br \/>\n<em>\u00abLe plus dangereux c\u2019est de cr\u00e9er un syst\u00e8me des r\u00e9volutions permanentes\u00bb<br \/>\n&#8211; Vladimir Poutine<\/em><!--more-->Les manifestations du 10 et du 24 d\u00e9cembre 2011 \u00e0 Moscou, auxquelles ont particip\u00e9 des dizaines de milliers de personnes, ont clairement montr\u00e9 que la p\u00e9riode d\u2019une passivit\u00e9 sociale en Russie est d\u00e9pass\u00e9e : l\u2019\u00e9poque de Poutine touche \u00e0 sa fin. La derni\u00e8re fois les manifs de telle ampleur se sont tenues \u00e0 Moscou en 1990-1991, \u00e0 l\u2019apog\u00e9e de la vague d\u00e9mocratique dirig\u00e9e contre la domination du PCUS. Alors, suite \u00e0 ces actions, tout le syst\u00e8me de parti-\u00e9tat de l\u2019URSS a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9. Ceux qui avaient particip\u00e9 \u00e0 ces evenements il y a vingt ans, ont senti la m\u00eame ambiance : la r\u00e9volution \u00e9tait dans l\u2019air.<br \/>\nLa vague montante de contestation a d\u00e9mystifi\u00e9 un mythe-cl\u00e9 du poutinisme sur un pr\u00e9tendu consensus durable entre le peuple et les autorit\u00e9s en Russie. Il s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que ce n\u2019\u00e9taient pas quelques poign\u00e9es des \u00abmarginaux\u00bb, mais les masses des gens ordinaires et actifs qui ne voulaient plus \u00e9changer leurs droits civiques et politiques contre une \u00abstabilit\u00e9\u00bb de Poutine.<\/p>\n<p>Beaucoup ont \u00e9t\u00e9 surpris d\u2019un tel r\u00e9veil civique apr\u00e8s dix ans d\u2019hibernation sociale. Mais en fait il \u00e9tait in\u00e9vitable. La marge de s\u00e9curit\u00e9 du r\u00e9gime qui s\u2019est instaur\u00e9 en Russie aux confins de deux si\u00e8cles, \u00e9tait r\u00e9duite d\u00e8s le commencement.<\/p>\n<p><strong><em>Le bonapartisme de Poutine<\/em><\/strong><br \/>\nL\u2019\u00e9mergence du r\u00e9gime autoritaire de Poutine a \u00e9t\u00e9 une cons\u00e9quence logique des processus socio-\u00e9conomiques et politiques qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9roul\u00e9s en Russie depuis le commencement des ann\u00e9es 90 du XX\u00e8me si\u00e8cle. Le crash du syst\u00e8me de parti-\u00e9tat et la formation des Etats-nations sur les ruines de l\u2019empire sovi\u00e9tique &#8211; c\u2019\u00e9tait le triomphe d\u2019une r\u00e9volution bourgeoise-d\u00e9mocratique. Mais ses t\u00e2ches (la d\u00e9mocratisation radicale du syst\u00e8me politique et l\u2019expropriation de la classe dirigeante, la bureaucratie) n\u2019ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es que partiellement. Les forces politiques repr\u00e9sentantes d\u2019une partie \u00abr\u00e9formatrice\u00bb de l\u2019ancienne bureaucratie ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le mouvement, ce qui a gravement r\u00e9duit l\u2019ampleur des transformations. Au lieu de cr\u00e9er un syst\u00e8me politique tout \u00e0 fait neuf par la convocation d\u2019une Assembl\u00e9e constituante, en Russie s\u2019est form\u00e9 un m\u00e9lange de vieilles institutions sovi\u00e9tiques et des structures du pr\u00e9sident aux tendances autoritaires. En 1993 ces derni\u00e8res l\u2019ont emport\u00e9, ce qui a men\u00e9 \u00e0 l\u2019instauration d\u2019une r\u00e9publique \u00abhyperpr\u00e9sidentielle\u00bb. Puisque les bases de l\u2019ancien r\u00e9gime n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites et les nouvelles autorit\u00e9s sont n\u00e9es des collusions des groupes dirigeants, les ressortissants de l\u2019ex-nomenklatura ont occup\u00e9 des positions-cl\u00e9s dans l\u2019\u00e9lite politique post-sovi\u00e9tique. Ainsi la p\u00e9riode de 1992 -1999 fut une sorte de thermidor de la troisi\u00e8me r\u00e9volution russe.<\/p>\n<p>Comme le montre l&#8217;exp\u00e9rience historique des r\u00e9volutions, apres thermidor vient le bonapartisme. En achevant le processus de privatisation vers la fin des annees 90, la classe dirigeante a voulu un syst\u00e8me stable, de \u00abl\u2019ordre\u00bb qui aurait assur\u00e9 le maintien, \u00abla conservation\u00bb du statutquo. Donc elle n\u2019a plus eu besoin des \u00e9l\u00e9ments lib\u00e9raux du r\u00e9gime politique qui permettaient aux groupes d\u2019\u00e9lite d\u2019accentuer leurs int\u00e9r\u00eats pour mieux subir la concurrence pendant la p\u00e9riode du r\u00e9partage des propri\u00e9t\u00e9s. D\u2019o\u00f9 la forte demande pour le conservatisme materialis\u00e9 en figure de Poutine, arbitre supr\u00eame et garant d\u2019un \u00abnouvel ordre\u00bb. Poutine devenu un seul centre r\u00e9el du pouvoir, les \u00e9lections aux organes dirigeants liquid\u00e9es de facto, le syst\u00e8me des partis remplac\u00e9 par l\u2019ensemble des simulacres soumis au Kremlin, les m\u00e9dias transform\u00e9s en machine de propagande etc. \u2013 tout \u00e9tait bon pour les masses des fonctionnaires, des hauts managers et des hommes d\u2019affaires, membres dociles de la \u00ab Russie Unie \u00bb, comme co\u00fbt de la \u00abstabilit\u00e9\u00bb. Cette situation se ressemblait bien \u00e0 celle que Karl Marx avait d\u00e9crite dans son article sur le bonapartisme fran\u00e7ais du XIX\u00e8me si\u00e8cle :<\/p>\n<p>\u00abLa bourgeoisie reconna\u00eet que son propre int\u00e9r\u00eat lui commande de se soustraire aux dangers du self-governnent; que, pour r\u00e9tablir le calme dans le pays, il faut avant tout ramener au calme son Parlement bourgeois; que, pour conserver intacte sa puissance sociale, il lui faut briser sa puissance politique; que les bourgeois ne peuvent continuer \u00e0 exploiter les autres classes et \u00e0 jouir tranquillement de la propri\u00e9t\u00e9, de la famille, de la religion et de l&#8217;ordre qu&#8217;\u00e0 la condition que leur classe soit condamn\u00e9e au m\u00eame n\u00e9ant politique que les autres classes; que, pour sauver sa bourse, la bourgeoisie doit n\u00e9cessairement perdre sa couronne et que le glaive qui doit la prot\u00e9ger est fatalement aussi une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s suspendue au-dessus de sa t\u00eate.\u00bb<\/p>\n<p>Si la plupart de la classe dominante avait soutenu l\u2019instauration d\u2019un r\u00e9gime bonapartiste, la population russe y \u00e9tait plut\u00f4t indiff\u00e9rente. Pas plus que 10 mille personnes ont manifest\u00e9 pour la libert\u00e9 d\u2019expression \u00e0 Moscou au commencement des ann\u00e9es 2000; encore moins contre la deuxi\u00e8me guerre en Tch\u00e9tch\u00e9nie. Bient\u00f4t ces manifestations ont cess\u00e9 et m\u00eame l\u2019explosion de \u00abla r\u00e9volte des retrait\u00e9s\u00bb provoqu\u00e9e par la mon\u00e9tisation des privil\u00e8ges n\u2019a pas chang\u00e9 la situation. Cet endormissement s\u2019explique surtout par des raisons \u00e9conomiques : le r\u00e9gime de Poutine s\u2019est instaur\u00e9 au moment ou l\u2019\u00e9conomie traversait une p\u00e9riode r\u00e9lativement stable. Il va sans dire que les autorit\u00e9s l\u2019ont expliqu\u00e9 par leur sage politique, mais en r\u00e9alit\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e9ne \u00e9tait d\u00fb \u00e0 plusieurs raisons objectives. Au premier lieu, la transformation structurelle de l\u2019\u00e9cnomie russe a \u00e9t\u00e9 achev\u00e9e, donc la r\u00e9cession transformationnelle tr\u00e8s grave de 1992-1999 a termin\u00e9. Au deuxi\u00e8me, les prix des hydrocarbures, les principaux produits export\u00e9s, ont commenc\u00e9 \u00e0 augmenter. Au troisi\u00e8me, la crise financi\u00e8re de 1998 a entra\u00een\u00e9 une forte hausse des importations, donc celle de la demande aux produits russes. Les ann\u00e9es 90 pass\u00e9es avec leurs crises, d\u00e9ficit budg\u00e9taire, inflation galopante, le retard dans le paiement des salaires et des retraites, les gans ont soupir\u00e9 d\u2019aise. Dans la mentalit\u00e9 des masses, l\u2019am\u00e9lioration de la situation socio-\u00e9conomique a sembl\u00e9 faire oublier pour le moment la r\u00e9duction des droits politiques et civiles.<\/p>\n<p>Pourtant la force des choses veut que les p\u00e9riodes de r\u00e9action succ\u00e8dent toujours aux pouss\u00e9es sociales et politiques. Et la bonne conjoncture \u00e9conomique le favorise : moins les gens s\u2019occupent de leur survie quitodienne, plus leurs horizons s\u2019\u00e9largissent, plus ils sont pr\u00eats au militantisme conscient. En outre, l\u2019augmentation des biens publics impose la question de leur r\u00e9partition : qui b\u00e9n\u00e9ficie avant tout de cette stabilit\u00e9 \u00e9conomique ? Comme le montre l\u2019histoire des mouvements populaires, des soul\u00e8vements en Russie au commencement du XX\u00e8me si\u00e8cle jusqu\u2019au \u00ab printemps arabe \u00bb r\u00e9cent, derri\u00e8re la fa\u00e7ade d\u2019un bien-\u00eatre ext\u00e9rieur des r\u00e9gimes autoritaires peut s\u2019accumuler un potentiel explosif de contestation.<\/p>\n<p><strong><em>\u00abNi en bas on ne veut ni en haut on ne peut plus\u00bb<\/em><\/strong><br \/>\nPoutine a eu tort de croire que les hauts prix de petrole le permissent de payer l\u2019all\u00e9geance des masses. Bien qu\u2019a l\u2019ann\u00e9e de crise de 2008 le prix de petrole f\u00fbt en 2 fois plus haut qu\u2019en 2000, d\u00e8s ce moment, selon les sondages, les autorit\u00e9s perdent toujours du terrain. Et la raison en est non seulement la stagnation des revenus r\u00e9els de la population. Le plus important est le sentiment d\u2019injustice du syst\u00e8me actuel o\u00f9 les uns (la minorit\u00e9) jouissent tous les b\u00e9n\u00e9fices et les autres (la grande majorit\u00e9) n\u2019ont que les miettes du g\u00e2teau. Tout comme \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80\/d\u00e9but 90, l\u2019aspiration \u00e0 la justice sociale, m\u00eame vague, est devenu un facteur important de la conscience sociale.<\/p>\n<p>Effectivement, depuis l\u2019instauration de \u201cl\u2019ordre de Poutine\u201d les in\u00e9galit\u00e9s sociales en Russie ne cessaient de s\u2019\u00e9lever. 14 personnes les plus riches se sont concentr\u00e9s dans leurs mains 26 % du PIB. Sous la couverture m\u00e9diatique massive de \u00abla lutte contre les oligarches\u00bb, de grandes ressources mat\u00e9rielles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es par le clan des entrepreneurs et des siloviki li\u00e9 avec Poutine. En m\u00e9me temps le d\u00e9calage entre les plus riches et les plus pauvres a augment\u00e9 \u00e0 20 %, soit presque en 17 fois. La pauvret\u00e9 r\u00e9lative de la majorit\u00e9 de la population russe s\u2019est aggrav\u00e9e malgr\u00e9 quelque croissance des revenus \u00e0 la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<p>\u00abLe renforcement de l\u2019Etat\u00bb selon Poutine a fait de sorte que sans aucun contr\u00f4le d\u2019en bas la bureaucratie a commenc\u00e9 \u00e0 se remplir les poches, autant que celles de ses \u00abamis\u00bb du milieu des affaires. Et c\u2019\u00e9tait comme \u00e7a \u00e0 tous les niveaux du syst\u00e8me \u00e9tatique, du pr\u00e9sident jusqu\u2019aux municipalit\u00e9s des districts. Et quel risque si le sort d\u2019un fonctionnaire ne d\u00e9pend pas des \u00e9lecteurs, mais de son all\u00e9geance \u00e0 l\u2019hi\u00e9rarchie. D\u2019autant plus qu\u2019il est impossible de critiquer les autorit\u00e9s dans les m\u00e9dias soumis \u00e0 cette m\u00eame bureaucratie. Le r\u00e9sultat logique en est une vraie explosion de corruption : selon Transparency International, la Russie est tomb\u00e9e de 82 \u00e0 143 place, son niveau de corruption comparable \u00e0 la Nig\u00e9rie et \u00e0 l\u2019Ouganda. Donc c\u2019est tout \u00e0 fait logique que le parti dirigeant est surnomm\u00e9 \u00able parti des escrocs et des voleurs\u00bb.<\/p>\n<p>Mais la non-satisfaction des attentes socio-\u00e9conomiques de la population sous le r\u00e9gime de Poutine n\u2019a fait que pousser un processus objectif de la formation d\u2019une conscience citoyenne. La transformation des sujets en citoyens est un r\u00e9sultat imminent de la modernisation sociale d\u00fbe, \u00e0 son tour, aux lois immuables du d\u00e9veloppement \u00e9conomique. La soci\u00e9t\u00e9 industrielle m\u00fbre aux technologies d\u00e9velopp\u00e9es (notamment de l\u2019information et de la communication), au degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 d\u2019urbanisation et d\u2019\u00e9ducation est naturellement incompatible avec des r\u00e9gimes autoritaires et totalitaires. La figure embl\u00e9matique de cette soci\u00e9t\u00e9 est un travailleur qualifi\u00e9 dont l\u2019activit\u00e9 quotidienne demande une certaine autonomie, des capacit\u00e9s analytiques et on ne peut ni lui couper net l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information, ni l\u2019isoler des autres gens.<\/p>\n<p>Une telle personne se laisse mal entra\u00een\u00e9e par la magouille autoritaire et le bourrage des cr\u00e2nes. En se sentant individu, il (ou elle) aspire naturellement \u00e0 la libert\u00e9 de sa vie priv\u00e9e et publique et puis demande \u00e0 participer \u00e0 la vie politique (\u00abla crise de la participation\u00bb en sciences po). Le syst\u00e8me o\u00f9 rien ne lui d\u00e9pend, ne le convient plus (\u00abla crise de l\u00e9gitimit\u00e9\u00bb). Si le pouvoir lui refuse des droits politiques \u00e9l\u00e9mentaires, m\u00eame le suffrage, la protestation sera in\u00e9vitable, t\u00f4t ou tard. C\u2019est pour cette raison les r\u00e9gimes \u00abcommunistes\u00bb se sont \u00e9croul\u00e9s, tout comme les dictatures en Bi\u00e9lorussie et (\u00e0 la longue) en Chine sont vou\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Et c\u2019est par cette raison que le poutinisme en Russie ne peut \u00eatre qu\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne passager, m\u00eame si la conjoncture \u00e9conomique y serait plus favorable qu\u2019en ce moment. Les \u00e9venements de d\u00e9cembre 2011 montre bien que son temps passe s\u2019il n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9. Le sympt\u00f4me classique d\u2019une situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire s\u2019annonce : \u00aben bas on ne veut plus vivre comme avant\u00bb.<\/p>\n<p>Et qu\u2019est-ce qu\u2019il y a avec un autre sympt\u00f4me d\u2019une pareille situation, la crise en haut?<\/p>\n<p>En soutenant l\u2019instauration du r\u00e9gime bonapartiste de Poutine, la grande bourgeoisie russe a beaucoup gagn\u00e9. Et assur\u00e9ment, non seulement la possibilit\u00e9 de jouir tranquillement de ses richesses. C\u2019\u00e9tait dans ses int\u00e9r\u00eats que la Douma d\u2019Etat (le parlement russe) docile au pr\u00e9sident et transform\u00e9e en machine \u00e0 voter, a adopt\u00e9 de nouvelles lois fiscales, de travail, sur l\u2019immobilier etc. Pourtant avec le temps le monde d\u2019affaire russe a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019inqui\u00e9ter d\u2019une \u00ab\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s\u00bb au-dessus de sa t\u00eate qui, \u00e0 l\u2019exemple de Khodorkovski, menacait de tomber \u00e0 tout moment sur tout businessman qui aurait perdu la faveur de la bureaucratie centrale ou locale. Pe plus les \u00absiloviki\u00bb se sont mis \u00e0 transferer avec trop de z\u00e8le les ressources aux mains du groupe militaire-industriel de la bureaucratie dirigeante, ce qui a provoqu\u00e9 le m\u00e9contement des patrons des branches \u00abp\u00e9kines\u00bb, surtout du secteur de l\u2019\u00e9nergie. Et la politique ext\u00e9rieure de Poutine-Medvedev correspondait peu aux int\u00e9r\u00eats des actionnaires de \u00abGazprom\u00bb, par exemple, oblig\u00e9s de payer de leur compte de telles d\u00e9marches vis\u00e9es \u00e0 \u00abrestaurer la grande puissance russe\u00bb que l\u2019intervention militaires en Georgie.<\/p>\n<p>Les sympt\u00f4mes du clivage dans la classe dirigeante ont d\u00fb s\u2019exprimer au plus haut niveau. Ce qui s\u2019est pass\u00e9 en novembre 2011 lorsque le ministre des finances Koudrine s\u2019est dress\u00e9 contre le budget anti-social 2012-2014. Le fait inattendu que \u00able premier lib\u00e9ral du syst\u00e8me\u00bb ne s\u2019est pas montr\u00e9 indiff\u00e9rent aux besoins de la sant\u00e9 et de l\u2019\u00e9ducation, une fois de plus tomb\u00e9es victimes des d\u00e9penses militaires, exprime en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019indignation d\u2019une partie du monde d\u2019affaires contre l\u2019ascendant \u00e9conomique du complexe militaire-industriel.<\/p>\n<p>Mais le sympt\u00f4me principal de la crise d\u2019un mod\u00e8le administratif actuel, c\u2019\u00e9tait l\u2019incapacit\u00e9 de la bureaucratie poutinienne de mener \u00e0 bien une fraude \u00e9lectorale lors les \u00e9lections parlementaires. Les techniques qui avaient march\u00e9 aux \u00e9lections de 2007 et de 2008, se sont \u00e9chou\u00e9es cette fois. Face \u00e0 un pareil \u00e9chec du r\u00e9gime ont repris courage et se sont mis en mouvement certains \u00e9l\u00e9ments dans des structures politiques simulacres qui avaient nagu\u00e8re jou\u00e9 le r\u00f4le d\u2019une \u00abopposition domestiqu\u00e9e\u00bb. Les tentatives de quelques repr\u00e9sentants de la \u00abRussie Juste\u00bb de se montrer ind\u00e9pendants (les marionettes r\u00e9volt\u00e9es contre le marionettiste affaibli) signifient la d\u00e9cadence du syst\u00e8me poutinien. Enfin, m\u00eame Medvedev, l\u2019alter ego du \u00ableader national\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 que \u00able vieux mod\u00e8le politique s\u2019\u00e9tait \u00e9puis\u00e9\u00bb et a promis quelques r\u00e9formes de fa\u00e7ade.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00aben haut on ne peut plus gouverner comme avant\u00bb. Ce que, d\u2019apr\u00e8s de Tocqueville et L\u00e9nine, annonce la r\u00e9volution.<\/p>\n<p><strong><em>De la crise \u00e0 la r\u00e9volution?<\/em><\/strong><br \/>\nLes r\u00e9volutions s\u2019\u00e9clatent quand la soci\u00e9t\u00e9 sent le besoin des transformations radicales et les r\u00e9formes n\u2019y suffisent pas. Ces derni\u00e8res sont possibles \u00e0 mesure qu\u2019elles correspondent aux int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00e9lite au pouvoir, au moins, de sa partie importante. A l\u2019aide des r\u00e9formes les groupes dirigeants cherchent \u00e0 moderniser le syst\u00e8me existant et maintenir le pouvoir au prix de quelques concessions. Mais celle que la societe russe exige du r\u00e9gime bonapartiste, les \u00e9lections justes et libres, cette concession est incompatible avec l\u2019existence m\u00eame de ce r\u00e9gime. Le petit groupe autour du \u00ableader national\u00bb qui a concentr\u00e9 tout le pouvoir dans ses mains, le comprend bien, c\u2019est pourquoi la voie des r\u00e9formes lui est impossible. Le r\u00e9gime ne peut \u00eatre transform\u00e9 que par la voie r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Pourtant la situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire, ce n\u2019est pas encore la r\u00e9volution. Afin que le potentiel soit r\u00e9alis\u00e9, il faut que plusieurs facteurs se combinent.<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s de la r\u00e9volution d\u00e9pend avant tout du choix des moyens de lutte. Les manifestations de masses sont bonnes pour d\u00e9montrer et consolider les forces, mais, comme telles, elles ne sont pas en mesure de faire capituler les autorit\u00e9s. Le gouvernement peut tol\u00e9rer pendant tr\u00e8s longtemps de pareils rassemblements, m\u00eame nombreux.<\/p>\n<p>Comme le montre l\u2019exp\u00e9rience historique, le moyen beaucoup plus efficace est une gr\u00e8ve politique. Elle signifie que les contestataires sont en mesure non seulement de parler, mais aussi d\u2019agir, d\u2019exercer une influence sur l\u2019\u00e9conomie, le fonctionnement des organes d\u2019Etat et, s\u2019il le faut, de les paralyser. La lutte pour la d\u00e9mocratie peut unir des couches sociales bien diff\u00e9rentes dans un front anti-gouvernemental.<\/p>\n<p>Ainsi en octobre 1905, pendant la premi\u00e8re r\u00e9volution russe, \u00e0 la gr\u00e8ve politique g\u00e9n\u00e9rale ont pris part non seulement les ouvriers, mais les autres travailleurs, m\u00eame les employ\u00e9s du S\u00e9nat et les com\u00e9diens; une telle pouss\u00e9e massive a fait reculer le r\u00e9gime tsariste. Aucune r\u00e9volution d\u00e9mocratique triomphante des XX-XXI\u00e8mes si\u00e8cles ne s\u2019est pass\u00e9e des gr\u00e8ves politiques. Mais au cours des derniers \u00e9venements en Russie ce mot-cl\u00e9 de gr\u00e8ve n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9, n\u2019est pas devenu un mot-d\u2019ordre. Probablement les initiateurs des actions d\u2019une grande partie spontan\u00e9es estiment qu\u2019un pareil proc\u00e9d\u00e9 soit trop radical et ne trouve pas d\u2019appui des masses; la manque de l\u2019exp\u00e9rience des gr\u00e8ves et l\u2019extr\u00eame faiblesse du mouvement syndical ind\u00e9pendant y sont aussi pour quelque chose. Il se peut que pour actualiser l\u2019appel \u00e0 la greve faille-il un aggravation du conflit social et un d\u00e9veloppement du mouvement de contestation.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9volution, la question de la violence s\u2019impose. La propagande gouvernementale tente d\u2019identifier ces notions, de persuader la population que la r\u00e9volution signifie toujours la ruine, le sang et la mort. Mais en r\u00e9alit\u00e9 les mouvements d\u00e9mocratiques de masses sont hostiles \u00e0 la violence et ne l\u2019utilisent jamais les premiers; au contraire, elle est le plus souvent d\u00e9clench\u00e9e par les r\u00e9gimes autoritaires qui veulent se maintenir \u00e0 tout prix. La violence est la derni\u00e8re ressource de ces r\u00e9gimes qui y ont recours lorsque d\u2019autres moyens de lutte contre le mouvement social sont \u00e9puis\u00e9s. C\u2019est pourquoi une condition importante du succ\u00e8s de la r\u00e9volution est une scission au sein des forces de l\u2019ordre quand une partie de leur personnel refuse de r\u00e9primer les contestataires. Si cet enjeu est r\u00e9el ou fort probable, les autorit\u00e9s h\u00e9siteront bien de recourir \u00e0 la violence, ce qui augmentera les chances du triomphe doux et paisible de la r\u00e9volution. C\u2019\u00e9tait une des causes importantes du succ\u00e8s des r\u00e9volutions russes en f\u00e9vrier 1917 et en ao\u00fbt 1991, tout autant que des r\u00e9volutions \u00abde velours\u00bb en Europe de l\u2019Est et des \u00abr\u00e9volutions color\u00e9es\u00bb en ex-URSS. Au moment donn\u00e9 il est difficile de dire quelle serait l\u2019attitude de la police russe, des CRS etc. face \u00e0 l\u2019ordre de supprimer par la force les soul\u00e8vements populaires. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, selon le sondage du syndicat des policiers, seulement 7% de ces derniers consid\u00e8rent les contestataires comme \u00ables extr\u00e9mistes\u00bb et \u00ables agents ennemis\u00bb. De l\u2019autre, rien ne prouve de fa\u00e7on explicite que dans la situation critique le personnel des forces de l\u2019ordre soit pr\u00eat \u00e0 d\u00e9fendre les droits humains et choisisse la cause populaire.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me chose importante pour le succ\u00e8s des r\u00e9volutions d\u00e9mocratiques est la crise de l\u2019\u00e9lite dirigeante qui s\u2019aggrave au point de provoquer une scission dans cette derni\u00e8re. Ainsi c\u2019\u00e9taient les d\u00e9put\u00e9s et les g\u00e9n\u00e9raux influents qui en f\u00e9vrier 1917 ont persuad\u00e9 le tsar \u00e0 s\u2019abdiquer; et pendant la \u00abr\u00e9volution orange\u00bb en Ukraine les membres du Court Supr\u00eame et un nombre de fonctionnaires se sont d\u00e9tourn\u00e9s du r\u00e9gime. Mais dans les cas cit\u00e9s, l\u2019\u00e9lite dirigeante \u00e9tait h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, ses repr\u00e9sentants ayant une certaine autonomie. Et c\u2019est ce qui manque en Russie actuelle : les rouages de la \u00abverticale du pouvoir\u00bb s\u00e9lectionn\u00e9s par Poutine sont totalement priv\u00e9s d\u2019autonomie, de plus ils savent bien que le d\u00e9montage du syst\u00e8me m\u00e8ne automatiquement \u00e0 leur chute. Dans la province seulement, on peut attendre des h\u00e9sitations de la bureaucratie locale m\u00e9contente d\u2019une liquidation du f\u00e9d\u00e9ralisme sous Poutine.<\/p>\n<p>Donc, malgr\u00e9 la situation pr\u00e9r\u00e9volutionnaire explicite en Russie, le triomphe de la r\u00e9volution d\u00e9mocratique dans l\u2019imm\u00e9diat n\u2019y est pas assur\u00e9 du tout. L\u2019agonie du r\u00e9gime bonapartiste pourra durer un certain temps. Mais si la r\u00e9volution est m\u00fbrie, elle est in\u00e9vitable; il n\u2019est question que du temps, t\u00f4t ou tard \u00e9clatera-t-elle.<\/p>\n<p><strong><em>Et si la r\u00e9volution triomphe<\/em><\/strong><br \/>\nLes limites de cette r\u00e9volution sont prescrites par la force des choses : au moment donn\u00e9 elle ne peut \u00eatre autre que politique et d\u00e9mocratique. La soci\u00e9t\u00e9 russe n\u2019est pas pr\u00eate \u00e0 aller plus loin ; des groupes sociaux conscients de leurs propres int\u00e9r\u00eats ne sont pas encore nettement form\u00e9s dans son sein, ce qui est d\u2019ailleurs explicable compte tenu des dizaines d\u2019ann\u00e9es de l\u2019atomisation totlitaire, une grave r\u00e9cession \u00e9conomique et enfin le bonapartisme. La soci\u00e9t\u00e9 est encore peu structur\u00e9e, donc il n\u2019a pas lieu d\u2019en esp\u00e9rer des miracles. La r\u00e9volution ne r\u00e9soudra pas d\u2019un seul coup des probl\u00e8mes socio-\u00e9conomiques. Mais elle pourra cr\u00e9er des conditions poilitiques et institutionnelles de leur r\u00e9solution, au moins, plus favorables \u00e0 la lutte sociale. La libert\u00e9 politique et la d\u00e9mocratie ne sont pas une panac\u00e9e \u2013 mais sans elles aucune am\u00e9lioration s\u00e9rieuse de l\u2019ordre social aux int\u00e9r\u00eats de la grande majorit\u00e9 des travailleurs n\u2019est possible en principe.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 cette majorit\u00e9 des travailleurs qu\u2019appartient la grande partie des participants au mouvement de contestation qui a commenc\u00e9 en d\u00e9cembre 2011. Les staliniens et certains lib\u00e9raux de droite pr\u00e9tendent \u00e0 tort qu\u2019une \u00abfoule bourgeoise\u00bb f\u00fbt dans la rue de Moscou. D\u2019apr\u00e8s un sondage, 75% des participants \u00e0 la manif grandiose du 24 d\u00e9cembre sont des salari\u00e9s et n\u2019occupent pas de postes dirigeants, 68% ont de faibles revenus. Par contre, leur niveau d\u2019\u00e9ducation est assez \u00e9lev\u00e9 : 83% sont les dipl\u00f4m\u00e9s de Licence ou de Master. Donc une force principale de la lutte pour la d\u00e9mocratie est le prol\u00e9tariat du XXI\u00e8me si\u00e8cle, qualifi\u00e9, intellectuel, mais priv\u00e9 d\u2019une part d\u00e9cente des biens publics. La m\u00eame couche sociale anime des mouvements sociaux en Europe.<\/p>\n<p>Quant aux opinions politiques, la majorit\u00e9 r\u00e9lative (38 %) des participants \u00e0 la manif se dit d\u00e9mocrate, 31% se sympatisent avec les lib\u00e9raux. Du r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9ral, tel mouvement, tels leaders. Ce sont des d\u00e9mocrates au sens le plus large du mot qui n\u2019ont pas de programme social clair ou se penchent sur des positions lib\u00e9rales. Quoi que la propagande officielle en dise, \u00abla revanche communiste\u00bb ne constituera pas une menace pour la Russie apr\u00e8s le renversement du bonapartisme. Ce n\u2019est pas par hasard que le Parti communiste s\u2019est d\u00e9tach\u00e9 des contestations de masses en les baptisant d\u2019une \u00abpeste orange\u00bb : ce parti \u00e9tait toujours un auxiliaire du r\u00e9gime de Poutine dont la chute l\u2019affaiblissera plut\u00f4t que de le renforcer. Beaucoup de ceux qui ont vot\u00e9 pour les communistes aux \u00e9lections parlementaires de 2011 faute d\u2019une alternative r\u00e9elle ou en protestant contre l\u2019emprise de la \u00abRussie Unie\u00bb, pr\u00e9f\u00e9reront certainement d\u2019autres forces politiques aux \u00e9lections libres. Une quart des votes, c\u2019est le maximum obtenu lors des \u00e9lections par le mutant politique qui a choisi Staline pour idole. Et quoi dire encore d\u2019un clon \u00abradical\u00bb du PC, \u00able Front de gauche\u00bb qui m\u00e9lange des appels au retour \u00e0 l\u2019URSS avec un tel exotisme politique que les id\u00e9es de Kadhafi.<\/p>\n<p>La menace nationaliste est beaucoup plus grave. \u00abLa d\u00e9cennie de Poutine\u00bb a vu un grand d\u00e9veloppement des id\u00e9es nationalistes qui se transforment facilement en nazisme. Et le r\u00e9gime y est pour beaucoup, n\u2019ayant d\u2019autre id\u00e9ologie qu\u2019un \u00ab\u00e9tatisme\u00bb teint\u00e9 du nationalisme. La manque de libert\u00e9 dans la vie sociale et d\u2019une culture politique ont aussi favoris\u00e9 \u00e0 la propagation de pareils substituts id\u00e9ologiques bruts. Les r\u00e9sultats en sont l\u2019expansion de la x\u00e9nophobie ins\u00e9parable du nationalisme, des pogroms ethniques (Kondopoga), la terreur nazie dans la rue, les violences de la racaille \u00e0 la place Manejna\u00efa au centre de Moscou etc. Les protestations de masses contre les fraudes \u00e9lectorales ont suscit\u00e9 une activit\u00e9 f\u00e9brile dans le milieu des nationalistes qui ont tent\u00e9 de s\u2019accoler au mouvement d\u00e9mocratique pour surfer sur la vague ascendante. Ils veulent surtout d\u2019\u00eatre reconnus par l\u2019opinion publique comme une force politique. Mais derri\u00e8re les \u00abnationalistes d\u00e9mocrates\u00bb se cachent les nazis bon teint. D\u2019ailleurs, la notion m\u00eame du \u00abnationalisme d\u00e9mocratique\u00bb est vid\u00e9e de sens : les pr\u00e9tentions \u00e0 la sup\u00e9riorit\u00e9 d\u2019une \u00abnation en titre\u00bb sur les autres sont profondement imcompatibles avec les principes de la d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi l\u2019adh\u00e9sion au comit\u00e9 d\u2019organisation des manifs contestataires de tels individus que Thor (Kraline), l\u2019apologiste des assassins de Markelov et de Babourova li\u00e9 avec des structures nazis clandestines, &#8211; est un grand tort des leaders du mouvement d\u00e9mocratique. La participation de l\u2019extr\u00eame droite aux actions de rue avec leurs drapeaux et leurs porte-paroles \u00e0 la tribune peut avoir des cons\u00e9quences graves. Non seulement ces forces-l\u00e0 sortiraient de la marginalit\u00e9; les autorit\u00e9s en ont beau jeu. En esp\u00e9rant d\u2019attirer de nouveaux contestataires du camp de l\u2019extr\u00eame droite, les organisateurs du mouvement risquent en fait de jeter le discredit sur leur cause et d\u2019en restreindre la base. Ce qui inqui\u00e8te davantage, c\u2019est l\u2019avancement de telle figure que \u00able d\u00e9mocrate nationaliste\u00bb Navalny qui aimerait imiter la carri\u00e8re politique de J.-M. Le Pen. Cet organisateur des \u00abmarches russes\u00bb et militant de \u00abL\u2019Union des actionnaires minoritaires\u00bb pr\u00e9tend ouvertement de \u00abl\u00e9gitimer le nationalisme\u00bb. O\u00f9 peut mener un mouvement nationaliste \u00abdes actionnaires minoritaire\u00bb aux discours anti-corruption, l\u2019exemple de l\u2019Allemagne des ann\u00e9es 20-30 le montre bien.<\/p>\n<p>Pourtant il est fort peu probable que le triomphe de la r\u00e9volution d\u00e9mocratique renforce les nationalistes. Leur groupe-cible social est d\u00e9j\u00e0 partag\u00e9 entre le Parti lib\u00e9ral-d\u00e9mocrate et le PC, ce qui laisse peu de terrain aux \u00abnouveaux\u00bb nationalistes. D\u2019apr\u00e8s les sondages, 75 % de la population russe n\u2019\u00e9prouve pas d\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019autres groupes ethniques. Consciemment ou non, la majorit\u00e9 des gens en Russie estime que l\u2019acc\u00e9leration de la x\u00e9nophobie soit desastreuse pour leur pays multiethnique. Et les militants de base du mouvement contestataire se sont exprim\u00e9s leur fort rejet du nationalisme en sifflant les orateurs d\u2019extr\u00eame droite aux manifs grandieuses \u00e0 Moscou. Seulement 2 % des manifestants du 24 d\u00e9cembre se sont solidaris\u00e9s avec \u00abun parti des nationalistes russes\u00bb. Ainsi, sans nier le danger du nationalisme, force est de constater que la th\u00e8se accr\u00e9dit\u00e9e \u00e0 coups m\u00e9diatiques (\u00absi on chasse Poutine, les nazis viendront\u00bb) n\u2019est qu\u2019un trucage de propagande.<\/p>\n<p>Un autre sujet pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de cette propagande est \u00abune revanche des oligarches\u00bb. On pr\u00e9tend que la chute du r\u00e9gime m\u00e8ne au retour pur et simple du temps d\u2019Eltsine, les personnages de l\u2019\u00e9poque comme Kassianov, Nemtsov etc. revenus au pouvoir. En r\u00e9alit\u00e9, rien n\u2019est plus douteux. Le poutinisme est un produit naturel de l\u2019eltsinime, et son effondrement entra\u00eenera celui de toute la construction politique qui lui a servi de base.<\/p>\n<p>La Constitution \u00abhyperpr\u00e9sidentielle\u00bb de 1993 a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine du bonapartisme actuel. Sans aucun doute, la d\u00e9mocratisation radicale demandera de faire pencher la balance des pouvoirs en faveur du parlement. Et m\u00eame si la Russie ne devient pas une r\u00e9publique parlementaire, de telle ou telle fa\u00e7on le peuple influencera davantage une formation du gouvernement, donc il saura barrer la route aux personnages discr\u00e9dit\u00e9s comme Kassianov ou aux protagonistes ouverts des int\u00e9r\u00eats du grand business du genre de Prokhorov.<\/p>\n<p>La t\u00e2che objective de la r\u00e9volution d\u00e9mocratique en Russie consiste \u00e0 lib\u00e9rer la soci\u00e9t\u00e9 civile du joug autoritaire et bureaucratique, \u00e0 cr\u00e9er un espace politique o\u00f9 toutes les forces sociales exprimeront leurs int\u00e9r\u00eats. A la longue cela permettra de combler le vide \u00e0 l\u2019aile gauche de la mouvance politique en Russie. La manque d\u2019un mouvement organis\u00e9 de gauche (\u00e0 part des groupes minuscules des trotskistes et des anarchistes) ne peut pas durer pendant longtemps et de diff\u00e9rents staliniens ou des simulacres des \u00absocialistes r\u00e9volutionnaires\u00bb faisant figure de gauchistes ne sont pas en mesure de le remplacer. D\u00e9j\u00e0 maintenant 17 % des contestataires se r\u00e9clament de la gauche non communiste. Leur position n\u2019est pas encore repr\u00e9sent\u00e9e politiquement. Mais t\u00f4t ou tard la consolidation des forces d\u00e9mocratiques de gauche, anti-totalitaires et internaionalistes, d\u00e9fendant les droits de l\u2019homme et les int\u00e9r\u00eats des travailleurs, doit commencer.<\/p>\n<p>N\u2019en d\u00e9plaise au \u00abcommuniste\u00bb prudent Zuganov, la Russie n\u2019a pas \u00ab\u00e9puis\u00e9 sa ressoure des r\u00e9volutions\u00bb. L\u2019histoire n\u2019en connait pas de limites : les r\u00e9volutions continuent tant que leurs t\u00e2ches ne soient pas r\u00e9alis\u00e9es. Par exemple, en France l\u2019\u00e9tablissement du syst\u00e8me d\u00e9mocratique a demand\u00e9 quatre r\u00e9volutions pendant 80 ans. Le groupe dirigeant a beau organiser des manifs des balayeurs sous le mot-d\u2019ordre \u00abFuck the Revolution!\u00bb, \u00e7a ne fait demontrer que le marasme qui pr\u00e9c\u00e8de la mort, que la peur de la fin in\u00e9luctable. La force des choses l\u2019emporte toujours sur des conjurations bureaucratiques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La nature et les perspectives de la vague de contestation sociale en Russie, par Alexei Gusev, Centre Praxis (http:\/\/www.praxiscenter.ru) \u00abChaque g\u00e9n\u00e9ration a besoin d\u2019une nouvelle r\u00e9volution\u00bb &#8211; Thomas Jefferson \u00abLe plus dangereux c\u2019est de cr\u00e9er un syst\u00e8me des r\u00e9volutions permanentes\u00bb &#8211; Vladimir Poutine<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[33],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/110"}],"collection":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=110"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/110\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":313,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/110\/revisions\/313"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=110"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=110"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=110"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}