{"id":113,"date":"2013-02-03T11:39:10","date_gmt":"2013-02-03T11:39:10","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2013\/02\/03\/comment-en-est-on-arrive-la-dan-gallin-2012\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:04","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:04","slug":"comment-en-est-on-arrive-la-dan-gallin-2012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2013\/02\/03\/comment-en-est-on-arrive-la-dan-gallin-2012\/","title":{"rendered":"Comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0? (Dan Gallin, 9 juillet 2012)"},"content":{"rendered":"<p><em>100 ans de socialisme d\u00e9mocratique dans le mouvement syndical et maintenant, ceci &#8230;<\/em><br \/>\npar Dan Gallin. Discours d&#8217;ouverture \u00e0 la Premi\u00e8re Universit\u00e9 d&#8217;Et\u00e9 des GLIs , en juillet 2012, au Northern College (pr\u00e8s de Manchester).<\/p>\n<p><!--more-->Amis et camarades,<br \/>\nJe veux vous souhaiter la bienvenue \u00e0 cette premi\u00e8re universit\u00e9 d&#8217;\u00e9t\u00e9 des Global Labour Institutes, des trois instituts, celui de Manchester, celui de New York \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 Cornell et celui de Gen\u00e8ve.<\/p>\n<p>Quand le premier GLI a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9, il y a 15 ans de cela \u00e0 Gen\u00e8ve, nous \u00e9crivions dans notre d\u00e9claration d&#8217;intention que nous organiserions une universit\u00e9 d&#8217;\u00e9t\u00e9 pour le mouvement syndical international aussit\u00f4t que nos moyens nous le permettraient, et nous voici ici, quinze ans plus tard !<\/p>\n<p>Nous n&#8217;aurions pas pu r\u00e9aliser cela sans le GLI de Grande Bretagne, qui a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 il y a seulement deux ans -nous esp\u00e9rons qu&#8217;il y aura beaucoup d&#8217;autres GLI- et nous n&#8217;aurions pas pu r\u00e9aliser cela sans Unite the Union, que nous remercions chaleureusement !<\/p>\n<p>Pourquoi tenons-nous cette universit\u00e9 d&#8217;\u00e9t\u00e9 ? Encore une fois, reportons nous \u00e0 notre d\u00e9claration d&#8217;intention : parce que nous voulons contribuer \u00e0 la discussion sur un nouvel ordre mondial, sur un renouveau du mouvement ouvrier international, sur la d\u00e9mocratie et en particulier la d\u00e9mocratie industrielle, sur l&#8217;\u00e9galit\u00e9, la justice et la libert\u00e9, en r\u00e9sum\u00e9, sur tous les sujets critiques auxquels font face le mouvement ouvrier et la soci\u00e9t\u00e9 mondiale d&#8217;aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p>Pour faire simple : cette universit\u00e9 d&#8217;\u00e9t\u00e9 est un espace libre pour la discussion sur comment changer le monde.<\/p>\n<p>Nous sommes des militants du mouvement ouvrier parce que nous croyons que notre mouvement est la premi\u00e8re ligne de r\u00e9sistance, aussi bien que la derni\u00e8re, contre l&#8217;obscure froideur du pouvoir des compagnies transnationales qui sont en train d&#8217;imposer leur ordre mondial, avec leurs domaines r\u00e9serv\u00e9s de privil\u00e9gi\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s par des \u00c9tats militaris\u00e9s, dans un oc\u00e9an de mis\u00e8re, d&#8217;exploitation et d&#8217;humanit\u00e9 r\u00e9prim\u00e9e, avec le pillage et la destruction des ressources permettant la vie.<\/p>\n<p>Le mouvement ouvrier doit-il sauver le monde ? Oui, bien sur, il le doit. Qui d&#8217;autre que lui peut le faire ? En dehors de nous, qui ? O\u00f9, si ce n&#8217;est pas ici m\u00eame ? Quand, si ce n&#8217;est pas maintenant ? Aucune autre force dans la soci\u00e9t\u00e9 ne dispose du potentiel pour r\u00e9aliser ce but, qui est le seul qui importe aujourd&#8217;hui.<br \/>\nAyant dit cela, nous devons admettre que notre point de d\u00e9part n&#8217;est pas le meilleur que nous aurions pu souhaiter. Notre mouvement est plong\u00e9 dans une crise profonde, une crise \u00e0 deux niveaux: une crise du mouvement syndical et une crise du socialisme, et nous devons \u00eatre conscients qu&#8217;elles sont li\u00e9es, tant et si bien qu&#8217;elles ne peuvent \u00eatre trait\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment.<\/p>\n<p>Essayons n\u00e9anmoins de d\u00e9m\u00ealer les relations entre ces deux crises.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, le mouvement syndical.<\/p>\n<p>Ce qui est frappant dans la situation pr\u00e9sente du mouvement syndical ce sont deux choses : non pas tant l&#8217;assaut violent lanc\u00e9 par la puissance patronale et les gouvernements conservateurs contre sa place dans la soci\u00e9t\u00e9, bien que cela constitue une menace r\u00e9elle, que sa passivit\u00e9 face \u00e0 un tel assaut.<br \/>\nIl y a deux raisons \u00e0 cette passivit\u00e9 : le d\u00e9clin objectif de la puissance syndicale depuis la seconde guerre mondiale dans son berceau historique, en Europe et en Am\u00e9rique du Nord, et le d\u00e9sarmement id\u00e9ologique qui l&#8217;a accompagn\u00e9.<\/p>\n<p>Pour comprendre ce qui s&#8217;est pass\u00e9, nous devons faire un retour en arri\u00e8re de 70 ans et plus. Le fascisme en Europe, quelque soit la forme qu&#8217;il a pu prendre, a \u00e9t\u00e9 un gigantesque exercice de r\u00e9pression antisyndicale. Ses cons\u00e9quences, et les cons\u00e9quences de la seconde guerre mondiale, sont trop souvent oubli\u00e9es. Une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re de militants ouvriers a disparu dans les camps de concentration, dans la guerre ou n&#8217;est pas revenu d&#8217;exil.<\/p>\n<p>A la fin de la guerre, le mouvement ouvrier a r\u00e9-\u00e9merg\u00e9, avec force en apparence, parce qu&#8217;il faisait partie du camp des Alli\u00e9s qui avait gagn\u00e9 la guerre, alors que le capital \u00e9tait sur la d\u00e9fensive pour avoir largement collabor\u00e9 avec le fascisme dans les pays de l&#8217;Axe et en Europe occup\u00e9e.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le mouvement ouvrier avait \u00e9t\u00e9 grandement affaibli, avec la d\u00e9cimation de ses dirigeants et l&#8217;\u00e9branlement de sa capacit\u00e9 \u00e0 agir comme force sociale ind\u00e9pendante. Comme tous les gouvernements d\u00e9mocratiques dans l&#8217;Europe d&#8217;apr\u00e8s-guerre soutenaient initialement l&#8217;agenda social des salari\u00e9s, les syndicats, avec leur condition affaiblie, ont d\u00e9velopp\u00e9 par reconnaissance une d\u00e9pendance excessive \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l\u2019\u00c9tat. Il n&#8217;y a plus eu de volont\u00e9 de repr\u00e9senter une soci\u00e9t\u00e9 alternative. Dans ce contexte de paix retrouv\u00e9e et de prosp\u00e9rit\u00e9, le mouvement ouvrier s&#8217;est d\u00e9sarm\u00e9 id\u00e9ologiquement et politiquement.<br \/>\nEn URSS et dans les pays d&#8217;Europe orientale et centrale sous sa domination, ce fut une autre histoire.<\/p>\n<p>Toute trace d&#8217;un mouvement ouvrier ind\u00e9pendant fut effac\u00e9e. Presque tous les cadres et militants des mouvements socialistes, syndicalistes ou communistes dissidents qui avaient surv\u00e9cu \u00e0 la guerre p\u00e9rirent dans les camps de travail et les prisons du syst\u00e8me. Une nouvelle classe de bureaucrates prit le contr\u00f4le total de la soci\u00e9t\u00e9 : dans ce syst\u00e8me, les soi-disant syndicats \u00e9taient en fait des agences d\u2019\u00c9tat pour l&#8217;administration du travail.<\/p>\n<p>Avec la glaciation de l&#8217;Europe de l&#8217;Est pour 50 ans de paralysie stalinienne, seul restait le mouvement en Europe occidentale. Mais le mouvement ouvrier qui a refait surface dans la p\u00e9riode d&#8217;apr\u00e8s-guerre n&#8217;\u00e9tait pas le genre de mouvement ouvrier capable de relever les d\u00e9fis d&#8217;une situation mondiale enti\u00e8rement nouvelle.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s trois d\u00e9cennies de complaisance, son patrimoine politique et id\u00e9ologique avait \u00e9t\u00e9 dilu\u00e9 et banalis\u00e9. Ses priorit\u00e9s furent fauss\u00e9es par la Guerre Froide. Les organisations syndicales, encore puissantes, furent conduites, bien trop souvent, par des directions ax\u00e9es sur l&#8217;administration des gains des luttes pr\u00e9c\u00e9dentes plut\u00f4t que sur l&#8217;organisation et l&#8217;engagement dans de nouvelles luttes, acceptant g\u00e9n\u00e9ralement sans question l&#8217;id\u00e9ologie du partenariat social et d\u00e9pourvues de toute imagination politique.<\/p>\n<p>Ce que je d\u00e9cris l\u00e0 s&#8217;applique non seulement \u00e0 l&#8217;Europe mais, pour diff\u00e9rentes raisons, \u00e0 l&#8217;Am\u00e9rique du Nord et \u00e0 d&#8217;autres parties du monde, comme le Japon par exemple. Je ne d\u00e9velopperai pas plus ici, pour des raisons de temps et vous pouvez compl\u00e9ter les blancs de toute fa\u00e7on.<\/p>\n<p>Pendant que le mouvement ouvrier s&#8217;assoupissait, le monde changeait de fa\u00e7on dramatique. Les nouveaux moyens de communications et les nouvelles technologies de transport conduisaient \u00e0 une mobilit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent du capital pendant que le travail restait prisonnier, mentalement et institutionnellement, de l&#8217;Etat-nation. La classe ouvri\u00e8re \u00e9tait elle m\u00eame en train de changer. Les bastions traditionnels du mouvement syndical dans les industries de production de masse et dans les services publics chutaient tandis que le secteur des services, largement inorganis\u00e9, \u00e9tait en pleine expansion.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9conomie informelle, que l&#8217;on croyait \u00eatre une survivance de formes archa\u00efques de production destin\u00e9es \u00e0 dispara\u00eetre, a au contraire progress\u00e9 partout, et aussi dans les pays industrialis\u00e9s. Et si nous parlons des services et de l&#8217;\u00e9conomie informelle, nous parlons des femmes travailleuses. Les femmes constituent une part \u00e9norme, et largement invisible, de la nouvelle classe ouvri\u00e8re.<\/p>\n<p>Avec la chute des dictatures dans leurs pays respectifs, un mouvement ouvrier plus militant a surgi au Br\u00e9sil, en Espagne, en Afrique du Sud, en Cor\u00e9e du Sud, mais son impact international est rest\u00e9 modeste \u00e0 cause de priorit\u00e9s domestiques et d&#8217;une orientation politique incertaine.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1980 et 1990, les travailleurs de Chine, d&#8217;Inde, et de l&#8217;ancien bloc sovi\u00e9tique sont entr\u00e9s dans la main d\u2019\u0153uvre globale. On estime \u00e0 environ deux milliards le nombre de nouveaux travailleurs qui ont rejoint le syst\u00e8me global de production et de consommation, triplant presque ainsi la force de travail mondiale d\u00e9sormais connect\u00e9e globalement.<\/p>\n<p>Ces travailleurs sont, en pratique, inorganis\u00e9s. En Chine, ce qui se fait passer pour des syndicats sont en fait des agences d\u2019\u00c9tat pour la gestion du travail et ne repr\u00e9sentent pas leurs adh\u00e9rents captifs. En Inde, o\u00f9 plus de 90 pour cent de la force de travail est dans le secteur informel, o\u00f9 l&#8217;organisation reste faible, et o\u00f9 les syndicats existants, divis\u00e9s en huit ou plus centres nationaux, repr\u00e9sentent une fraction du reste. Dans les pays de l&#8217;ancien bloc sovi\u00e9tique, la faillite du syst\u00e8me dans les ann\u00e9es 1990 a d\u00e9voil\u00e9 la vacuit\u00e9 des soit-disant syndicats li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9tat et a laiss\u00e9 derri\u00e8re elle un mouvement ouvrier faible, divis\u00e9 et d\u00e9sorient\u00e9.<\/p>\n<p>Ici nous avons la vraie raison du glissement global des relations de pouvoir en faveur du capital transnational : le travail organis\u00e9 ne repr\u00e9sente plus une proportion statistiquement significative de la force de travail mondiale. Avec une force de travail mondiale d&#8217;environ 3 milliards de travailleurs, et un mouvement ouvrier organis\u00e9 au mieux de 170 millions de membres, nous obtenons une densit\u00e9 syndicale juste en dessous de 6%.<\/p>\n<p>Au m\u00eame moment, le gros du mouvement syndical a perdu le Nord. Le mouvement syndical d&#8217;avant-guerre , au moins sa majorit\u00e9, avait une vision commune de la soci\u00e9t\u00e9, d&#8217;inspiration largement socialiste, bas\u00e9e implicitement ou explicitement sur une interpr\u00e9tation marxiste de l&#8217;histoire, avec une perspective de transformation sociale. Ce ne fut plus du tout le cas apr\u00e8s la guerre.<\/p>\n<p>Et ceci nous am\u00e8ne \u00e0 la crise du socialisme qui est une crise de la signification du socialisme.<br \/>\nDans la plupart des pays d&#8217;Europe de l&#8217;Ouest, les syndicats restent li\u00e9s \u00e0 la social-d\u00e9mocratie, aux partis social-d\u00e9mocrates ou travaillistes, mais beaucoup de ces partis ont commenc\u00e9 tr\u00e8s vite \u00e0 abandonner leur identit\u00e9 en tant que partis de classe, partis des travailleurs.<\/p>\n<p>La reconstruction du capitalisme en Europe \u00e0 travers le Plan Marshall, suivie de trente ann\u00e9es d&#8217;Etat-providence, a \u00e9loign\u00e9 le sens de l&#8217;urgence de la transformation sociale. Et alors, il y avait aussi la Guerre Froide.<\/p>\n<p>Ce que la Guerre Froide a fait tenait en une chose : elle a compromis le concept du socialisme en le confondant \u00e0 dessein avec le stalinisme. Les deux c\u00f4t\u00e9s ont particip\u00e9 \u00e0 cette op\u00e9ration : le c\u00f4t\u00e9 sovi\u00e9tique avec ses &#8220;pays socialistes&#8221; auto-proclam\u00e9s, cherchant \u00e0 l\u00e9gitimer son syst\u00e8me comme l&#8217;incarnation du socialisme historique, et le c\u00f4t\u00e9 des conservateurs, en total agr\u00e9ment avec l&#8217;id\u00e9e que les soi-disant &#8220;pays socialistes&#8221; \u00e9taient effectivement socialistes, plut\u00f4t que l&#8217;oppos\u00e9 de tout ce pour quoi le socialisme existe, cherchant \u00e0 discr\u00e9diter le concept du socialisme en l&#8217;identifiant avec la r\u00e9alit\u00e9 sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>L&#8217;autre effet de la Guerre Froide \u00e0 l&#8217;Ouest a \u00e9t\u00e9 de diaboliser non seulement le communisme mais toute la gauche socialiste en les assimilant \u00e0 des sectaires hors de la r\u00e9alit\u00e9 ou \u00e0 des compagnons de route du communisme. L&#8217;anti-communisme est devenu un substitut \u00e0 la m\u00e9moire historique et \u00e0 la pens\u00e9e critique, au niveau national aussi bien qu&#8217;international. Du cot\u00e9 communiste, le m\u00eame principe s&#8217;appliquait : qui n&#8217;est pas avec nous est contre nous, sans doute un agent de l&#8217;autre imp\u00e9rialisme.<\/p>\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, l&#8217;\u00e9puration de la gauche radicale au sein du CIO puis sa fusion avec l&#8217;AFL en 1955 a priv\u00e9 le mouvement syndical d&#8217;une boussole politique ind\u00e9pendante et a ouvert la voie \u00e0 sa collusion avec le gouvernement am\u00e9ricain dans ses entreprises imp\u00e9rialistes, c&#8217;est une histoire qui a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9e assez souvent et je ne d\u00e9veloppe pas plus ici.<\/p>\n<p>Ceux d&#8217;entre nous qui \u00e9taient socialistes ind\u00e9pendants \u00e0 cette \u00e9poque, oppos\u00e9s aux deux camps de la Guerre Froide, n&#8217;ont pas eu un moment facile. Mais nous avons combattu et nous avons surv\u00e9cu pour combattre un autre jour, et cet autre jour est aujourd&#8217;hui, et c&#8217;est une autre histoire.<\/p>\n<p>R\u00e9trospectivement, la principale victime de cette p\u00e9riode, avec les cons\u00e9quences les plus fatidiques, a \u00e9t\u00e9 la social-d\u00e9mocratie en tant que porteur de l&#8217;h\u00e9ritage socialiste.<\/p>\n<p>Le navire-\u00e9tendard de la social-d\u00e9mocratie europ\u00e9enne, le SPD allemand, a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 se transformer de lui-m\u00eame en &#8220;Volkspartei&#8221;, en parti du peuple, lors du c\u00e9l\u00e8bre congr\u00e8s de Bad Godesberg en 1959, par une majorit\u00e9 de 324 voix, comportant de nombreux ex-socialistes de gauche, contre 16 voix d&#8217;opposants clairvoyants et courageux.<\/p>\n<p>D&#8217;autres partis ont suivi, certains allant plus loin en se distanciant encore plus du socialisme que ne l&#8217;avait fait le SPD. Je ne vais pas vous divertir avec un passage en revue de ce triste d\u00e9clin, la plupart d&#8217;entre vous l&#8217;ont exp\u00e9riment\u00e9 dans leurs propres pays ou en ont entendu parler : qui n&#8217;a jamais entendu parler du &#8220;New Labour&#8221;, de la &#8220;Troisi\u00e8me Voie&#8221;, promus par des escrocs comme Blair, Schr\u00f6der ou Clinton ?<\/p>\n<p>Je veux me concentrer sur le r\u00e9sultat de tout cela. Ce qui est arriv\u00e9 a \u00e9t\u00e9 l&#8217;acceptation du capitalisme, non seulement en pratique mais aussi en th\u00e9orie, comme l&#8217;ultime forme d&#8217;organisation \u00e9conomique et sociale. Le but du parti a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 l&#8217;objectif opportuniste de gagner les \u00e9lections \u00e0 n&#8217;importe quelle condition : en capturant les voix de l&#8217;opposition conservatrice en adoptant leur politique. Ce n&#8217;est pas pour rien que Margaret Thatcher, interrog\u00e9e sur sa plus grande r\u00e9alisation durant son mandat, a r\u00e9pondu &#8220;Tony Blair&#8221;.<\/p>\n<p>Et alors, dans le milieu de ce processus, le ciel nous est tomb\u00e9 sur la t\u00eate. En 1989, le bloc sovi\u00e9tique s&#8217;est effondr\u00e9, en 1991, l&#8217;URSS s&#8217;est d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9e. Aucun de nous ne s&#8217;attendait \u00e0 ce que cela se produise d&#8217;une fa\u00e7on aussi proche et aussi rapide. Si nous l&#8217;avions vu venir, nous nous serions pr\u00e9par\u00e9s d&#8217;une meilleure fa\u00e7on, mais nous esp\u00e9rions tout de m\u00eame qu&#8217;une certaine forme de soci\u00e9t\u00e9 socialiste d\u00e9mocratique sortirait du naufrage.<\/p>\n<p>Ces attentes n&#8217;\u00e9taient pas totalement d\u00e9pourvues de fondement. La plupart des dissidents dans le bloc sovi\u00e9tique \u00e9taient de gauche, depuis des socialistes d\u00e9mocratiques jusqu&#8217;\u00e0 des syndicalistes r\u00e9volutionnaires en Russie. Aucun mouvement populaire n&#8217;appelait \u00e0 la restauration du capitalisme. M\u00eame Solidarit\u00e9 en Pologne, plus tard d\u00e9tourn\u00e9 par des conservateurs catholiques, comportait initialement un noyau dirigeant de gauche, comprenant des marxistes ind\u00e9pendants comme Kuron et Modzelewski et des socialistes comme Jan J\u00f3zef Lipski.<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat de la &#8220;transition&#8221; \u00e9tait, bien sur, l&#8217;exact oppos\u00e9 de la social-d\u00e9mocratie: la soi-disant &#8220;th\u00e9rapie de choc&#8221; et l&#8217;int\u00e9gration compl\u00e8te dans l&#8217;\u00e9conomie capitaliste mondiale. En Russie et dans quelques autres pays, l&#8217;\u00e9lite dirigeante au pouvoir s&#8217;est recycl\u00e9e elle-m\u00eame en une nouvelle classe dirigeante capitaliste, aussi brutale et sans foi ni loi qu&#8217;ils l&#8217;avaient \u00e9t\u00e9 auparavant, mais bien plus riches gr\u00e2ce au pillage des biens publics. Des millions de gens ont subi une chute dramatique de leur niveau de vie \u00e0 travers le ch\u00f4mage, l&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 et la perte des services sociaux que fournissaient les anciens gouvernements communistes.<\/p>\n<p>Alors, qu&#8217;est ce qui n&#8217;a pas march\u00e9 ? Cela a \u00e9t\u00e9 la disparition de la social-d\u00e9mocratie \u00e0 l&#8217;Ouest. Une social-d\u00e9mocratie forte, confiante en elle-m\u00eame, fid\u00e8le \u00e0 ses principes, en Europe occidentale, pas n\u00e9cessairement au gouvernement, aurait eu un impact sur les d\u00e9veloppements politiques \u00e0 l&#8217;Est. D&#8217;un autre cot\u00e9, une social-d\u00e9mocratie qui avait int\u00e9rioris\u00e9 le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme, avait perdu toute cr\u00e9dibilit\u00e9 et ne pouvait qu&#8217;apporter la confirmation de ce que la droite proclamait alors : il n&#8217;y a pas d&#8217;alternative.<\/p>\n<p>Il y a une tragique ironie \u00e0 cela. Au moment m\u00eame o\u00f9 son rival et ennemi historique \u00e0 gauche, le communisme sous sa forme stalinienne, s&#8217;effondrait, la social-d\u00e9mocratie, avec sa propre identit\u00e9 historique, quittait la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Cela a eu aussi des cons\u00e9quences au niveau syndical. De nombreux syndicats europ\u00e9ens ou am\u00e9ricains, la plupart avec les meilleures intentions, se sont pr\u00e9cipit\u00e9s pour assister et conseiller les syndicats qui avaient surv\u00e9cu ou \u00e9merg\u00e9 dans le bloc sovi\u00e9tique. Sans fondements id\u00e9ologiques communs identifiables, sans vision commune, et g\u00e9n\u00e9ralement ignorants de ce qu&#8217;avait \u00e9t\u00e9 le mouvement ouvrier d&#8217;Europe orientale, aussi vieux que le leur, tout ce qu&#8217;ils pouvaient faire \u00e9tait d&#8217;apporter des conseils techniques et de recommander leurs propres pratiques nationales (largement diff\u00e9rentes ) comme exemple \u00e0 suivre, ajoutant ainsi \u00e0 la confusion.<\/p>\n<p>La m\u00eame social-d\u00e9mocratie qui se dissout, ne cessant de perdre de sa substance, pour les m\u00eames raisons, est maintenant incapable de faire face \u00e0 la crise financi\u00e8re fabriqu\u00e9e par le capitalisme mondial, et \u00e0 l&#8217;assaut men\u00e9 aussi bien contre ses propres r\u00e9alisations historiques &#8211; la s\u00e9curit\u00e9 sociale, l\u2019\u00c9tat social &#8211; que contre ce qui avait \u00e9t\u00e9 et qui aurait du rester la v\u00e9ritable base de son pouvoir : le mouvement syndical.<\/p>\n<p>Les partis sociaux-d\u00e9mocrates sont en train de perdre les \u00e9lections partout en Europe pour avoir endoss\u00e9 les plans d&#8217; &#8220;aust\u00e9rit\u00e9&#8221;, pour dans le meilleur des cas \u00eatre remplac\u00e9s par des partis socialistes de gauche ant\u00e9rieurement peu connus, comme en Gr\u00e8ce, ou, comme en France, gagner exceptionnellement une \u00e9lection sur la base d&#8217;une attente des \u00e9lecteurs qu&#8217;ils r\u00e9sisteront \u00e0 de telles politiques &#8220;d\u2019aust\u00e9rit\u00e9&#8221;. Dans de nombreux pays, le foss\u00e9 va s&#8217;\u00e9largissant entre le mouvement syndical et les partis social-d\u00e9mocrates qui \u00e9taient leurs alli\u00e9s historiques. Pourtant le mouvement syndical a besoin de retrouver la dimension politique qu&#8217;il a perdu.<\/p>\n<p>Comment sortir de cette orni\u00e8re ? Cela, camarades, est l&#8217;objet de cette universit\u00e9 d&#8217;\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Nous sommes face \u00e0 une tache immense, et nous devons rester modestes. Nous n&#8217;allons pas venir \u00e0 bout des grandes questions avec de grosses solutions, pas encore, parce que les probl\u00e8mes sont nombreux et compliqu\u00e9s. Mais nous pouvons amorcer une discussion qui, pour autant que j&#8217;en sache, n&#8217;a lieu nulle part ailleurs.<\/p>\n<p>Les questions sont tout \u00e0 la fois id\u00e9ologiques, politiques et organisationnelles. Penchons nous sur quelques unes d&#8217;entre eux :<\/p>\n<p>&#8211; <strong>Le socialisme<\/strong>. Alors m\u00eame que le capitalisme est le cadre dans lequel nous agissons, celui-ci n&#8217;est pas la fin de l&#8217;histoire. Ce syst\u00e8me ne peut pas durer et il ne durera pas. Le socialisme reste notre but. Instruits par l&#8217;exp\u00e9rience, nous savons que le socialisme n&#8217;a de sens qu&#8217;en \u00e9tant une d\u00e9mocratie radicale : le pouvoir r\u00e9ellement exerc\u00e9, d\u00e9mocratiquement exerc\u00e9 par le peuple r\u00e9el, \u00e0 tous les niveaux, et pas par des substituts, ni partis d&#8217;avant-garde, ni dictatures &#8220;progressistes&#8221;. Tout en reconstruisant ce qui pourrait \u00eatre des partis ind\u00e9pendants des travailleurs, nous devons avoir un regard nouveau sur notre propre h\u00e9ritage oubli\u00e9, y compris celui de nos propres dissidences, le &#8220;guild socialism&#8221; anglais, le syndicalisme r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>Nous avons besoin de reconstruire l&#8217;identit\u00e9 de notre classe<\/strong>, la classe ouvri\u00e8re. Nous ne sommes pas une &#8220;classe moyenne&#8221;, comme malheureusement et de fa\u00e7on opportuniste, certains d&#8217;entre nous le pr\u00e9tendent. Ni ne sommes, comme syndicalistes, un &#8220;groupe d&#8217;int\u00e9r\u00eat &#8221; particulier parmi d&#8217;autres, comme nos adversaires voudraient que nous soyons. Le mouvement <em>Occupy<\/em> a vis\u00e9 juste : nous sommes les 99% mais les syndicats doivent adopter une vision allant au del\u00e0 des int\u00e9r\u00eats \u00e9troitement d\u00e9finis de leurs membres et s&#8217;orienter vers des r\u00e9ponses globales de classe avec de nouvelles formes organisationnelles, avec des organisations renouvel\u00e9es, refl\u00e9tant les int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux et \u00e0 long terme de leurs membres et de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211; <strong>Le mouvement syndical international que nous avons n&#8217;est pas celui dont nous avons besoin et que nous m\u00e9ritons<\/strong>. La CES est comme un cerf pris dans les phares, la CSI est une bureaucratie encore en train de se chercher une raison d&#8217;\u00eatre, la FSM est une impasse stalinienne. Nous n&#8217;avons pas besoin de nous attarder sur cette offre grandiose, il n&#8217;y a rien \u00e0 gagner en tirant sur le pianiste. Nous devons rester critique \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du battage m\u00e9diatique fait autour des &#8220;fusions&#8221; syndicales internationales qui ne sont tout au plus des accords de coop\u00e9ration, nous devons rester conscients que les &#8220;global unions&#8221; n&#8217;existent pas encore pour de vrai, et que nous devons continuer \u00e0 \u0153uvrer pour la cr\u00e9ation de vrais syndicats globaux.<\/p>\n<p>Marx a fait la remarque que toutes les luttes ouvri\u00e8res sont de port\u00e9e internationale par leur contenu mais nationales par leur forme. L&#8217;internationalisme le plus v\u00e9ritable est souvent de combattre l\u00e0 o\u00f9 nous sommes et de soutenir ainsi les avanc\u00e9es r\u00e9alis\u00e9es par les travailleurs des autres pays (au lieu de les affaiblir en faisant nous des concessions).<\/p>\n<p>&#8211; <strong>Nous voulons construire des r\u00e9seaux internationaux <\/strong>l\u00e0 o\u00f9 nous pouvons, avec nos camarades de <a href=\"http:\/\/www.newunionism.net\">New Unionism<\/a>, de <a href=\"http:\/\/www.socialistregister.com\">Socialist Register <\/a>et d&#8217;autres, ensemble avec les f\u00e9d\u00e9rations syndicales internationales quand c&#8217;est possible, en dehors d&#8217;elles quand c&#8217;est n\u00e9cessaire, m\u00eame si avec leur aide, certains d&#8217;entre nous ont pu faire beaucoup, comme pour les travailleuses domestiques.<\/p>\n<p>&#8211; Nous devons rester conscients que les femmes constituent une part \u00e9norme de la classe ouvri\u00e8re qui reste inorganis\u00e9e, constituant d&#8217;\u00e9normes r\u00e9serves d&#8217;\u00e9nergie et de courage, dont la plus grande part reste inexploit\u00e9e et en sommeil. Ne voyez vous pas que la question du genre est m\u00eame une question encore plus fondamentale que celle de la classe ?<\/p>\n<p>Cela remonte aux origines de l&#8217;humanit\u00e9, longtemps avant la constitution de la soci\u00e9t\u00e9 de classes. Apr\u00e8s tout ce temps et en d\u00e9pit de progr\u00e8s ind\u00e9niables, la plus grande part du mouvement ouvrier n&#8217;a pas encore saisi cela. Dans notre d\u00e9claration d&#8217;intention, il y a quinze ans, nous \u00e9crivions : &#8220;La justice pour les femmes, l&#8217;\u00e9galit\u00e9 dans le travail comme dans la soci\u00e9t\u00e9, requi\u00e8rent non seulement des alliances entre les syndicats et les mouvements des femmes, mais aussi la f\u00e9minisation du mouvement syndical : par un afflux massif de femmes travailleuses dans les syndicats, \u00e0 tous les niveaux de direction. C&#8217;est seulement en changeant cet aspect de notre h\u00e9ritage culturel que le mouvement syndical deviendra pleinement repr\u00e9sentatif et gagnera le pouvoir de r\u00e9aliser son mandat.&#8221; Cela demeure notre engagement. Nos alli\u00e9s sont parmi les Femmes pour l&#8217;Organisation et la Globalisation dans l&#8217;Emploi Informel (<a href=\"http:\/\/www.wiego.org\">WIEGO <\/a>&#8211; Women in Informal Employment Globalizing and Organizing), l&#8217;Association des Femmes auto-employ\u00e9es d&#8217;Inde, la plus grande organisation de femmes travailleuses dans le monde, et parmi ces milliers de femmes jouant un r\u00f4le d&#8217;organisateur dans les syndicats partout.<\/p>\n<p>Et apr\u00e8s tout cela, allons-y, mettons nous au travail dans le combat, avec courage et passion. A la fin de cette universit\u00e9 d&#8217;\u00e9t\u00e9, je veux que vous vous posiez la question suivante : &#8220;qu&#8217;est-ce que nous allons faire que nous n&#8217;aurions pas fait si nous n&#8217;avions pas \u00e9t\u00e9 ensemble cette semaine ?&#8221;<\/p>\n<p>Restons ensemble en contact. Nous pourrons former l&#8217;amorce d&#8217;une communaut\u00e9 de solidarit\u00e9, de pens\u00e9e, de lutte. Et comme nos camarades autrichiens avaient l&#8217;habitude de dire : amiti\u00e9 ! Freundschaft!<br \/>\net merci pour votre attention.<\/p>\n<p><em>Traduction: Olivier Delbeke<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>100 ans de socialisme d\u00e9mocratique dans le mouvement syndical et maintenant, ceci &#8230; par Dan Gallin. 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