{"id":120,"date":"2013-12-21T21:42:26","date_gmt":"2013-12-21T21:42:26","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2013\/12\/21\/belgique-pour-un-nouveau-parti-des-travailleurs-2013\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:04","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:04","slug":"belgique-pour-un-nouveau-parti-des-travailleurs-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2013\/12\/21\/belgique-pour-un-nouveau-parti-des-travailleurs-2013\/","title":{"rendered":"Belgique: Pour un nouveau parti des travailleurs? (Eric Byl, 27 avril 2013)"},"content":{"rendered":"<p><em><strong>Pour un relais politique des luttes des travailleurs! <\/strong><\/em><br \/>\n\u201cConstruisons ensemble une alternative de gauche \u00e0 la crise capitaliste.\u201d Voil\u00e0 le th\u00e8me d\u2019un important meeting \u00e0 Charleroi ce 27 avril, \u00e0 la suite du discours os\u00e9 que fit Daniel Piron, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la FGTB Charleroi Sud-Hainaut, le premier mai dernier (1). Durant ce discours, il constatait que le PS et Ecolo ne repr\u00e9sentent plus les int\u00e9r\u00eats de la population et lan\u00e7ait un appel \u00e0 \u2018\u2018un rassemblement \u00e0 gauche du PS et d\u2019Ecolo afin de redonner espoir et dignit\u00e9 au monde du travail.\u2019\u2019 Le meeting de Charleroi est une initiative commune de la FGTB Charleroi Sud-Hainaut, de la CNE Hainaut et de plus ou moins tous les partis et groupes cons\u00e9quemment de gauche (2).<\/p>\n<p><!--more-->Le discours de Daniel Piron n\u2019\u00e9tait pas le fruit d\u2019une irritation personnelle irr\u00e9fl\u00e9chie mais au contraire le r\u00e9sultat d\u2019une r\u00e9flexion parvenue \u00e0 maturit\u00e9 avec toutes les centrales de la r\u00e9gionale, sur base de discussions avec les militants. Parmi ces derniers, l\u2019appel fut d\u2019ailleurs bien re\u00e7u. Mais il a donn\u00e9 des frissons aux appareils du PS et d\u2019Ecolo et probablement aussi \u00e0 certaines parties des syndicats. Les medias, lesquels ignorent normalement de telles d\u00e9clarations, ont bien \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s de la commenter. Apr\u00e8s tout, Piron repr\u00e9sente une r\u00e9gionale de la FGTB forte de 110.000 membres et d\u2019une grande tradition syndicale. Dans les milieux de droite et patronaux, o\u00f9 le d\u00e9dain s\u2019est m\u00eal\u00e9 \u00e0 l\u2019espoir qu\u2019il ne s\u2019agisse que d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne passager, il serait surprenant qu\u2019aucun \u0153il attentif n\u2019ait \u00e9t\u00e9 riv\u00e9 sur l\u2019initiative.<\/p>\n<p>Les secr\u00e9taires de cette r\u00e9gionale de la FGTB auraient pu choisir une voie plus facile. Comme tellement d\u2019autres, ils auraient pu hausser les \u00e9paules et attendre que quelqu\u2019un d\u2019autre ose faire le pas. Il y a toujours une raison pour dire qu\u2019il est soit trop t\u00f4t, soit trop tard, ou encore que les gens ne sont pas encore pr\u00eats, que les autres r\u00e9gionales ne suivent pas, que ce sont les politiques qui doivent prendre l\u2019initiative, etc. Au lieu de cela, ils ont agi selon les habitudes de leurs meilleurs militants. Passer \u00e0 l\u2019action, cela comporte toujours un risque. Le patron cherche-t-il la provocation ? La base suivra-t-elle ? Les autres syndicats seront-ils de la partie ? Ne court-on pas le risque de s\u2019exposer et d\u2019\u00eatre vuln\u00e9rable aux repr\u00e9sailles? Ces consid\u00e9rations sont l\u00e9gitimes et ne doivent pas \u00eatre trait\u00e9es \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Mais celui qui n\u2019entreprend jamais rien a perdu d\u2019avance.<\/p>\n<p>S\u2019ensuivit alors une p\u00e9riode de plusieurs mois durant laquelle le terrain a \u00e9t\u00e9 t\u00e2t\u00e9, notamment en donnant des interviews et en participant \u00e0 des d\u00e9bats. Finalement, \u00e0 partir du mois de janvier, une r\u00e9union a rassembl\u00e9 les repr\u00e9sentants des partis r\u00e9ellement de gauche afin d\u2019\u00e9valuer leurs r\u00e9actions et de consid\u00e9rer leurs propositions. D\u00e8s le d\u00e9but, les secr\u00e9taires ont \u00e9t\u00e9 clairs : ils ne voulaient rien pr\u00e9cipiter, ils ne d\u00e9siraient pas une r\u00e9p\u00e9tition de Gauche Unie (3) ou mettre pression sur qui que ce soit, mais ils esp\u00e9raient obtenir un consensus. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, ils indiqu\u00e8rent bien l\u2019urgence du projet. Jouer gros jeu, \u00e7a, ils l\u2019avaient d\u00e9j\u00e0 fait le premier mai 2012. Le prochain pas devait \u00eatre pos\u00e9 en tenant compte des difficult\u00e9s et des sensibilit\u00e9s diverses, tout en r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019urgence.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que nous en sommes finalement arriv\u00e9s \u00e0 ce meeting, o\u00f9 la question d\u2019un relai politique sera pr\u00e9sent\u00e9e sans autres d\u00e9tours \u00e0 plusieurs centaines de militants. Des militants d\u2019autres syndicats et d\u2019autres centrales et r\u00e9gionales qui ont peut-\u00eatre encore des doutes pourront venir sentir l\u2019atmosph\u00e8re avant de risquer le plongeon. Les partis et groupes v\u00e9ritablement de gauche pourront non seulement y \u00e9changer leurs opinions mais avant tout venir \u00e9valuer comment la base syndicale r\u00e9agit. Finalement, et c\u2019est le pourquoi de cette date du 27 avril, la base peut \u00eatre pos\u00e9e afin que cette question cruciale soit clairement pr\u00e9sente parmi les militants lors des innombrables activit\u00e9s du premier mai.<\/p>\n<p>Le mouvement ouvrier belge a fortement souffert des innombrables m\u00e9canismes de \u2018diviser pour r\u00e9gner\u2019 que la bourgeoisie a int\u00e9gr\u00e9s dans notre syst\u00e8me, surtout sur base linguistique et religieuse. Heureusement, chez les secr\u00e9taires de la r\u00e9gionale, aucune illusion r\u00e9gionaliste n\u2019\u00e9tait perceptible. Les militants flamands sont plus que bienvenus, non pas en tant que spectateurs mais comme des alli\u00e9s indispensables. Si l\u2019initiative arrive \u00e0 s\u2019\u00e9tendre d\u2019avantage, ce sera une donn\u00e9e \u00e0 prendre en consid\u00e9ration. De surcroit, le syndicat chr\u00e9tien des employ\u00e9s (la CNE) prendra place \u00e0 la tribune \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la FGTB Charleroi Sud-Hainaut. Les d\u00e9clarations de son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral F\u00e9lipe van Keirsbilck connaissent un soutien consid\u00e9rable parmi sa base, bien que la CNE (170.000 membres) reconnaisse que la discussion n\u2019est pas encore \u00e0 un stade aussi avanc\u00e9 parmi ses membres qu\u2019au sein de la r\u00e9gionale FGTB.<\/p>\n<p>Cela explique pourquoi une mobilisation interne de quelques centaines de militants a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e au lieu d\u2019une large mobilisation publique avec d\u2019innombrables tracts dans les entreprises et en rue. Esp\u00e9rons que cela soit pour une autre fois. Bien entendu, les opposants \u00e0 cet appel vont exag\u00e9rer ses faiblesses. Sous le titre \u2018\u2018Menaces \u00e0 gauche pour le PS et Ecolo\u2019\u2019, l\u2019hebdomadaire Le Vif signala que \u2018\u2018Piron et les siens sont confront\u00e9s \u00e0 un probl\u00e8me d\u2019envergure: leur isolement dans le syndicat socialiste.\u2019\u2019 Subtilement, on remarque que la CNE exclut de faire un appel direct pour une liste en 2014. F\u00e9lipe van Keirsbilck est cit\u00e9 : \u2018\u2018Nos r\u00e8glements nous interdisent d\u2019avoir des amis politiques\u2019\u2019. Mais van Keirsbilck ajoute tout de m\u00eame que les \u00e9lus qui prochainement vont signer le pacte budg\u00e9taire europ\u00e9en \u2018\u2018n\u2019auront pas notre confiance en 2014. Dans l\u2019isoloir, cela va d\u00e9j\u00e0 \u00e9liminer pas mal de candidats.\u2019\u2019<\/p>\n<p>Qu\u2019un long chemin soit encore devant nous, personne ne le nie, et certainement pas ceux qui ont pris l\u2019initiative. La question d\u2019une liste commune en 2014 n\u2019est d\u2019ailleurs pas \u00e0 l\u2019ordre du jour. Mais il y a bien une raison qui explique pourquoi Le Vif s\u2019est senti oblig\u00e9 d\u2019\u00e9crire \u00e0 ce sujet et pourquoi les autres medias ne peuvent eux non plus pas tout simplement ignorer l\u2019initiative: qu\u2019une r\u00e9gionale enti\u00e8re de la FGTB et qu\u2019une centrale de la CSC qui r\u00e9unissent ensemble 280.000 membres s\u2019expriment explicitement pour une alternative de gauche, c\u2019est une premi\u00e8re absolue. \u00c7a ne va pas disparaitre comme \u00e7a, c\u2019est une expression de l\u2019\u00e9cart croissant entre la base syndicale et leurs partenaires politiques traditionnels, un \u00e9cart qui ne va que s\u2019agrandir dans les mois et ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<p><em><strong>Quatre questions auxquelles r\u00e9pondre :<br \/>\n1. Qu\u2019arrivera-t-il si aucune alternative large de gauche n\u2019est lanc\u00e9e?<\/strong><\/em><br \/>\nDans son discours du premier mai 2012, Daniel Piron remarquait que la formule magique \u2018\u2018ce serait pire sans nous\u2019\u2019 fait offense \u00e0 l\u2019intelligence des syndicalistes. Il citait Jean-Claude Van Cauwenberghe (PS) qui, durant le conflit Splintex, qualifiait les gr\u00e9vistes de \u2018\u2018tache noire sur la carte de la Wallonie.\u2019\u2019 Longtemps, le PS a su se dissimuler derri\u00e8re une \u2018\u2018Flandre de droite\u2019\u2019 et se profiler comme opposition au sein du gouvernement. C\u2019est bel et bien fini. En tant que Premier Ministre, Di Rupo a introduit le plan d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 le plus dur jamais mis en \u0153uvre en Belgique. Est-ce la fin du \u2018\u2018moindre mal\u2019\u2019 ? Bien des travailleurs continueront de voter PS avec une pince \u00e0 linge sur le nez faute d\u2019une alternative suffisamment d\u00e9velopp\u00e9e. Nous ne devons pas chercher bien loin pour nous faire une id\u00e9e du scenario auquel la Wallonie et Bruxelles peuvent s\u2019attendre si aucune alternative large de gauche n\u2019arrive. Bien plus rapidement que son parti-fr\u00e8re francophone, le SPa flamand s\u2019est d\u00e9fait de son pass\u00e9 \u201csocialiste\u201d et de sa base traditionnelle. De ses maisons du peuple, de sa riche vie associative, de ses meetings fortement fr\u00e9quent\u00e9s et de ses cellules jeunes critiques, il ne reste presque plus rien. Durant les conflits sociaux, les travailleurs aper\u00e7oivent g\u00e9n\u00e9ralement le SPa de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des barricades.<\/p>\n<p>Cependant, \u00e0 chaque \u00e9lection, l\u2019appareil de l\u2019ABVV (l\u2019aile flamande de la FGTB) envoie ses militants voter pour ce parti. La Ministre de l\u2019Emploi SPa Monica De Coninck a remerci\u00e9 l\u2019ABVV en ces termes : \u2018\u2018Aussit\u00f4t qu\u2019on n\u00e9gocie un accord interprofessionnel, il y a toujours quelque chose qu\u2019ils ne peuvent accepter.\u2019\u2019 (4) Bruno Tobback, Pr\u00e9sident du SPa, a d\u00e9clar\u00e9 que : \u2018\u2018L\u2019ABVV n\u2019a aucune culture pour expliquer les choses difficiles. Vous ne pouvez pas demander le maintien de l\u2019Index et en m\u00eame temps vous attendre \u00e0 ce qu\u2019il reste une marge pour une augmentation des salaires.\u2019\u2019 (5) \u2018\u2018Avec les autres, ce serait pire\u2019\u2019, c\u2019est un argument us\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la corde.<\/p>\n<p>Faute d\u2019une alternative s\u00e9rieuse, les militants regardent de plus en plus vers l\u2019opposition la plus visible, m\u00eame si celle-ci est populiste et \u00e9conomiquement de droite comme l\u2019est la N-VA. En 2010, seuls 32% des membres de l\u2019ABVV ont vot\u00e9 pour le SPa contre 22% pour la N-VA et 19% pour le Vlaams Belang! Pour l\u2019ACV (l\u2019aile flamande de la CSC), ce n\u2019est pas mieux: 27% ont vot\u00e9 CD&amp;V, 31% N-VA et 13,5% Vlaams Belang. (6)<\/p>\n<p><em><strong>2. Un parti syndical? <\/strong><\/em><br \/>\nLe professeur Jan Blommaert (universit\u00e9 de Gand) \u00e9crivait en mars : \u2018\u2018Pourquoi pas un parti syndical ?\u2019\u2019 (7) \u2018\u2018Un parti de la Solidarit\u00e9, de l\u2019Action Sociale, ferait battre bien des c\u0153urs, y compris dans l\u2019isoloir\u2026 Il mettrait les th\u00e8mes socio\u00e9conomiques \u00e0 l\u2019agenda, pas dans la marge des d\u00e9bats mais bien au centre. (\u2026) L\u2019id\u00e9e d\u2019un parti syndical provient des milieux syndicaux eux-m\u00eames. (\u2026) Plus j\u2019y pense, plus logique et plus important cela me parait. Si les syndicats prennent leur r\u00f4le historique au s\u00e9rieux, tout comme leurs origines, alors ils doivent poser ce pas en avant maintenant. Dans une crise aussi profonde et avec de telles r\u00e9percussions, ils ne peuvent \u00e9viter la question du pouvoir.\u2019\u2019<\/p>\n<p>Pour lui, il va de soi que l\u2019initiative parte des syndicats. La place nous a manqu\u00e9 pour publier ici l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019appel pour le 27 avril (voir Construisons ensemble une alternative de gauche \u00e0 la crise capitaliste) Ce texte r\u00e9p\u00e8te le constat du 1er mai 2012 en confirmant son actualit\u00e9 et en affirmant \u00e9galement : \u2018\u2018Il nous faut mettre ce syst\u00e8me capitaliste aux oubliettes de l\u2019histoire. Ce syst\u00e8me ne peut \u00eatre r\u00e9form\u00e9. Il doit dispara\u00eetre. Mais se contenter de l\u2019affirmer du haut de cette tribune ne suffit pas. Faut-il encore nous en donner les moyens et le relais politique pour concr\u00e9tiser notre objectif.\u2019\u2019 S\u2019il faut compter sur le sommet syndical pour \u00e7a, alors nous avons encore un long calvaire devant nous.<\/p>\n<p><em><strong>3. Anticapitaliste?<\/strong><\/em><br \/>\nLe PSL est d\u2019accord avec l\u2019appel. Nous d\u00e9fendons une \u00e9conomie bas\u00e9e sur la solidarit\u00e9 et non sur la concurrence. Cela exige la nationalisation des secteurs cl\u00e9s de l\u2019\u00e9conomie, du secteur financier, du transport, de l\u2019\u00e9nergie ainsi que l\u2019enseignement et les soins de sant\u00e9. Mais aussi des entreprises menac\u00e9es de fermeture ou de restructuration comme Ford, ArcellorMittal, Caterpillar, MLMK, etc. Non pas avec des chefs d\u2019entreprise comme Didier Bellens ou Johnny Thys, mais sous le contr\u00f4le des travailleurs et de la collectivit\u00e9. Il sera alors possible de planifier l\u2019\u00e9conomie de mani\u00e8re v\u00e9ritablement d\u00e9mocratique en fonction de nos besoins et non plus des profits d\u2019une poign\u00e9e de capitalistes dont les fortunes disparaissent sous les tropiques.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9fendrons \u00e9galement notre programme dans un relai politique qui reste \u00e0 concr\u00e9tiser. Mais si, temporairement, nous ne pouvons pas convaincre tout le monde, cela ne nous arr\u00eatera pas pour prendre part \u00e0 une initiative moins explicitement \u2018\u2018anticapitaliste\u2019\u2019 ou \u2018\u2018socialiste r\u00e9volutionnaire\u2019\u2019, pourvu qu\u2019une aust\u00e9rit\u00e9 au d\u00e9pend des travailleurs et des allocataires sociaux ne soit tol\u00e9r\u00e9e et que le r\u00e9tablissement complet de l\u2019index et la revalorisation des allocations fasse partie du programme, pourvu que l\u2019on mette en avant une r\u00e9duction g\u00e9n\u00e9rale du temps de travail sans perte de salaire pour combattre le ch\u00f4mage, pourvu que la d\u00e9fense des services publics soit dans le programme.<\/p>\n<p>Selon les politiciens actuels, les id\u00e9es ne se r\u00e9alisent qu\u2019en prenant part au gouvernement. C\u2019est faux, historiquement et dans les faits. Tous nos grands acquis sociaux ont \u00e9t\u00e9 le fruit de la construction d\u2019un rapport de force \u00e0 travers la lutte. Une v\u00e9ritable alternative de gauche ne chercherait pas d\u2019alli\u00e9s parmi des partenaires de coalition de droite qui l\u2019entrainerait dans une politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, mais bien dans les entreprises et dans la rue. Nous devons rompre avec cette politique de coalitions d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et construire au contraire un parti de lutte.<\/p>\n<p><em><strong>4. Ind\u00e9pendance syndicale?<\/strong><\/em><br \/>\nNous comprenons les militants syndicaux qui d\u00e9fendent l\u2019ind\u00e9pendance syndicale. Aujourd\u2019hui, nos dirigeants syndicaux sont g\u00e9n\u00e9ralement une courroie de transmission pour leurs \u2018\u2018amis politiques\u2019\u2019. Mais ce sont bien des dirigeants syndicaux, surtout ceux de gauche, qui se retrouvent aujourd\u2019hui dans une situation extraordinaire en offrant des facilit\u00e9s (organisationnellement, financi\u00e8rement et surtout en engageant leurs d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s) pour donner forme \u00e0 une telle initiative. Pourquoi ne pas s\u2019engager en se mettant eux-m\u00eames au premier rang?<\/p>\n<p>Nous ne devons pas \u00eatre dupes. Durant la formation syndicale de nos nouveaux militants, nous expliquons qu\u2019il y a trois choses qui n\u2019existent pas dans notre soci\u00e9t\u00e9 de classe: l\u2019objectivit\u00e9, la neutralit\u00e9 et l\u2019ind\u00e9pendance. L\u2019ind\u00e9pendance de classe ne compte d\u2019ailleurs pas pour les chefs syndicaux de droite quand il s\u2019agit de faire cause commune avec ceux qui sont au premier rang pour mener la casse sociale. Ne laissons pas notre ind\u00e9pendance syndicale \u00eatre un obstacle pour mettre sur pied une r\u00e9elle alternative \u00e0 la gauche du PS et d\u2019Ecolo. Avec les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s de gauche, les secr\u00e9taires et pr\u00e9sidents de gauche dans n\u2019importe quelle centrale ou syndicat ont \u00e9galement \u00e0 prendre leurs responsabilit\u00e9s.<br \/>\nPour \u00e9viter qu\u2019une v\u00e9ritable alternative de gauche ne prenne le m\u00eame chemin que les partenaires politiques traditionnels, nous avons avant tout besoin de d\u00e9mocratie, aussi bien au sein de cette alternative de gauche que dans les syndicats eux-m\u00eames. Cela signifie entre autres qu\u2019un \u00e9lu doit prendre ses responsabilit\u00e9s et \u00e0 la rigueur \u00eatre r\u00e9voqu\u00e9 et remplac\u00e9. Cela signifie aussi que cet \u00e9lu, tout comme les milliers de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s et militants dans les entreprises, ne puisse pas gagner d\u2019avantage que la moyenne de ceux qu\u2019il ou elle repr\u00e9sente. Comment peut-on apr\u00e8s tout repr\u00e9senter des employ\u00e9s si on poss\u00e8de un niveau de vie qui ne ressemble en rien aux conditions dans lesquelles ils vivent et travaillent?<\/p>\n<hr style=\"height: 1px;color: gray;background-color: gray\" \/>\n<p>L\u2019appel de Piron n\u2019est pas le premier du genre. L\u2019attitude loyale de la social-d\u00e9mocratie et des verts face \u00e0 la casse sociale ne date pas d\u2019hier. La r\u00e9sistance contre le Plan Global en 1993 avait d\u00e9j\u00e0 conduit \u00e0 Gauches Unies. En 1994, \u00e0 Anvers, le Mouvement pour le Renouveau Social est n\u00e9. Pour les \u00e9lections europ\u00e9ennes de 1999, Roberto D\u2019Orazio (de la lutte de Clabecq) avait rassembl\u00e9 la gauche radicale sur une liste europ\u00e9enne sous le nom de \u2018Debout!\u2019. Mais tout cela est arriv\u00e9 apr\u00e8s la chute du Mur de Berlin et du stalinisme, qu\u2019on pr\u00e9sentait alors erron\u00e9ment comme \u00e9tant du \u2018\u2018socialisme\u2019\u2019, et dans une p\u00e9riode de croissance \u00e9conomique dans les pays occidentaux. L\u2019illusion selon laquelle le capitalisme allait en fin de compte assurer la prosp\u00e9rit\u00e9 de tous existait encore. Nous savons ce qu\u2019il en est aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Depuis, le PSL a particip\u00e9 \u00e0 presque chaque tentative de parvenir \u00e0 un nouveau rassemblement de gauche large, inclusif et pluraliste. Les plus r\u00e9cents ? Le Comit\u00e9 pour une Autre Politique (CAP, n\u00e9 apr\u00e8s la lutte contre le Pacte des G\u00e9n\u00e9rations), Rood avec l\u2019ancien candidat-pr\u00e9sident du SP.a Erik De Bruyn, le Front de Gauche \u00e0 Charleroi et La Louvi\u00e8re, le Front des Gauches puis Gauches Communes \u00e0 Bruxelles, ainsi que VEGA \u00e0 Li\u00e8ge. \u00c9tait-ce une faute ? Nous ne le pensons pas, nous avons appris \u00e9norm\u00e9ment de ces exp\u00e9riences et nous n\u2019avons jamais arr\u00eat\u00e9 la construction du PSL en parall\u00e8le.<\/p>\n<p>Mais une id\u00e9e a beau \u00eatre correcte, il faut des \u00e9v\u00e9nements concrets pour qu\u2019elle soit reprise par des couches plus larges de la soci\u00e9t\u00e9. La conscience a de toute fa\u00e7on un retard sur les conditions mat\u00e9rielles pour alors, sur base d\u2019\u00e9v\u00e9nements concrets, les rattraper par bonds. Pensons aux r\u00e9volutions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Nous pensons que ce n\u2019est pas une co\u00efncidence quelques ann\u00e9es apr\u00e8s le d\u00e9but de la plus grande crise du capitalisme depuis les ann\u00e9es \u201930 une r\u00e9gionale importante de la FGTB et une centrale importante de la CSC mettent si explicitement la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une nouvelle formation de gauche \u00e0 l\u2019agenda.<\/p>\n<hr style=\"height: 1px;color: gray;background-color: gray\" \/>\n<p><em><strong>PSL et PTB<\/strong><\/em><br \/>\nLe PSL ne veut pas diminuer les m\u00e9rites du PTB. Aux derni\u00e8res \u00e9lections communales, ce parti a obtenu 53 \u00e9lus. Ce r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 avec un engagement militant maintenu des ann\u00e9es durant, une implantation importante dans les quartiers et les entreprises et une strat\u00e9gie m\u00e9diatique intelligente. Le PTB est la composante de la gauche cons\u00e9quente la plus visible. Mais un facteur important dans la croissance du PTB, au niveau de ses membres et de son \u00e9lectorat, est constitu\u00e9 par le changement de cap de 2008, vers plus d\u2019ouverture. C\u2019est pour cela que le PTB a pu toucher une fraction du public pour une formation de gauche cons\u00e9quente.<\/p>\n<p>De nombreux nouveaux membres et encore plus de nouveaux \u00e9lecteurs du PTB ont notamment d\u00e9termin\u00e9 leur choix gr\u00e2ce \u00e0 ces signes visibles de plus d\u2019ouverture, non pas pour en finir avec, mais justement pour encourager ce d\u00e9veloppement et l\u2019approfondir. A c\u00f4t\u00e9 du PTB, il existe de nombreux militants organis\u00e9s et non-organis\u00e9s qui disposent aussi d\u2019une implantation importante. Le pas logique suivant est donc de les impliquer et d\u2019utiliser leur potentiel de mani\u00e8re maximale. Le PSL comprend bien la prudence du PTB, sa peur de rentrer dans une aventure et sa volont\u00e9 absolue de ne pas risquer son nom, mais laisser ce potentiel de c\u00f4t\u00e9 pourrait bien avoir un effet contraire. Le PSL a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9c\u00e9demment sugg\u00e9r\u00e9 au PTB et aux autres partis et groupes de la gauche cons\u00e9quente d\u2019\u00e9laborer ensemble un projet pilote. Nous restons pr\u00eats \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir ensemble \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p><strong>Notes :<\/strong><br \/>\n1. <a href=\"http:\/\/jeunesfgtbcharleroi.wordpress.com\/2012\/05\/03\/discours-de-daniel-piron-secretaire-regional-de-la-fgtb-charleroi-1er-mai-2012\/\">http:\/\/jeunesfgtbcharleroi.wordpress.com\/2012\/05\/03\/discours-de-daniel-piron-secretaire-regional-de-la-fgtb-charleroi-1er-mai-2012\/<\/a><br \/>\n2. PTB-PVDA, Rood, Mouvement de Gauche, Front de Gauche Charleroi, Parti Communiste, Parti Humaniste, LCT, LCR-SAP, PSL-LSP<br \/>\n3. Voir cadre<br \/>\n4. <em>Humo<\/em>, 19 f\u00e9vrier 2013<br \/>\n5. <em>Het Nieuwblad,<\/em> 21 f\u00e9vrier 2013<br \/>\n6. Sur base d\u2019une \u00e9tude \u00e9lectorale \u00e0 la KUL en 2010<br \/>\n7.<a href=\"https:\/\/jmeblommaert.wordpress.com\/2013\/03\/19\/waarom-geen-vakbondspartij\/\">https:\/\/jmeblommaert.wordpress.com\/2013\/03\/19\/waarom-geen-vakbondspartij\/<\/a><br \/>\nPSL: Parti socialiste de Luttes (trotskiste, tendance Militant)<br \/>\nPTB: Parti des travailleurs de Belgique (origine mao\u00efste)<br \/>\nCNE: Centrale nationale des employ\u00e9s (Conf\u00e9d\u00e9ration des Syndicats Chr\u00e9tiens)<br \/>\nCentrale: en Belgique, syndicat national (en France et en Suisse, f\u00e9d\u00e9ration)<\/p>\n<p><em>Article paru sur le site du PSL: <\/em><a href=\"http:\/\/www.marxisme.be\"><em>http:\/\/www.marxisme.be<\/em> <\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour un relais politique des luttes des travailleurs! \u201cConstruisons ensemble une alternative de gauche \u00e0 la crise capitaliste.\u201d Voil\u00e0 le th\u00e8me d\u2019un important meeting \u00e0 Charleroi ce 27 avril, \u00e0 la suite du discours os\u00e9 que fit Daniel Piron, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la FGTB Charleroi Sud-Hainaut, le premier mai dernier (1). Durant ce discours, il [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[5],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120"}],"collection":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=120"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":290,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/120\/revisions\/290"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=120"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=120"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=120"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}