{"id":125,"date":"2014-02-21T19:20:39","date_gmt":"2014-02-21T19:20:39","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2014\/02\/21\/la-votation-populaire-du-9-fevrier-2014-en-suisse-paul-rechsteiner-andreas-rieger-renzo-ambrosetti\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:04","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:04","slug":"la-votation-populaire-du-9-fevrier-2014-en-suisse-paul-rechsteiner-andreas-rieger-renzo-ambrosetti","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2014\/02\/21\/la-votation-populaire-du-9-fevrier-2014-en-suisse-paul-rechsteiner-andreas-rieger-renzo-ambrosetti\/","title":{"rendered":"La votation populaire du 9 f\u00e9vrier 2014 en Suisse (Paul Rechsteiner, Andreas Rieger, Renzo Ambrosetti, 2014)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Un grand retour en arri\u00e8re<\/strong><br \/>\nLe 9 f\u00e9vrier, une l\u00e9g\u00e8re majorit\u00e9 des citoyen-ne-s en Suisse ont adopt\u00e9 une initiative de l\u2019Union d\u00e9mocratique du centre (UDC), qui demande la r\u00e9introduction de contingents dans l\u2019immigration en provenance de l\u2019Union europ\u00e9enne. Cette d\u00e9cision marque un grand retour en arri\u00e8re pour les immigrant-e-s install\u00e9s en Suisse, pour les syndicats et pour toutes les forces progressistes, et conduira in\u00e9vitablement le pays dans une impasse.<!--more--><strong>1. Contexte<\/strong><br \/>\nLa Suisse est devenue un pays d\u2019immigration \u00e0 la fin du 19e si\u00e8cle. Avant m\u00eame la premi\u00e8re Guerre mondiale, pr\u00e8s de 20 % des personnes domicili\u00e9es en Suisse poss\u00e9daient un passeport \u00e9tranger. L\u2019immigration a reflu\u00e9 dans les d\u00e9cennies marqu\u00e9es par les deux guerres mondiales, pour repartir \u00e0 la hausse apr\u00e8s 1945 et franchir la barre de 20% de la population r\u00e9sidente. Durant cette p\u00e9riode, l\u2019acc\u00e8s et le statut des immigrant-e-s \u00e9taient r\u00e9gl\u00e9s par un syst\u00e8me de contingents et de statuts sp\u00e9ciaux, en vertu duquel ils n\u2019avaient aucun droit. Suite aux pressions des syndicats, qui relayaient les pr\u00e9occupations de la population migrante, ainsi que d\u2019autres Etats europ\u00e9ens, \u00e0 commencer par l\u2019Italie et l\u2019Espagne, le statut de saisonnier a \u00e9t\u00e9 remis en question \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980: Les saisonniers n\u2019avaient qu\u2019une autorisation de s\u00e9jour de dur\u00e9e limit\u00e9e, li\u00e9e \u00e0 un employeur pr\u00e9cis. Leur famille ne devait en aucun cas venir en Suisse. Le plus souvent, les saisonniers devaient se contenter de logements pr\u00e9caires mis \u00e0 disposition par l\u2019employeur.<\/p>\n<p>En 1992, il \u00e9tait question d\u2019une adh\u00e9sion de la Suisse \u00e0 l\u2019EEE (avec la Norv\u00e8ge, l\u2019Islande et le Liechtenstein). Le scrutin pr\u00e9voyait l\u2019introduction de la libre circulation des personnes au sens de la CE d\u2019alors, soit l\u2019abolition des contingents et des statuts discriminatoires. Les syndicats suisses ont approuv\u00e9 ce point et l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019EEE. Or les citoyen-ne-s suisses ont rejet\u00e9 l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019EEE \u00e0 50,3% des voix en 1992. Ce refus \u00e9tait principalement d\u00fb \u00e0 la volont\u00e9 de la droite conservatrice et nationaliste de garder ses distances face \u00e0 la CE. Il est vrai que les travailleurs et les employ\u00e9s craignaient \u00e9galement que la libre circulation des personnes ne sape le march\u00e9 du travail.<\/p>\n<p>Par la suite, le gouvernement Suisse a mis\u00e9 sur les accords bilat\u00e9raux avec la CE, puis l\u2019UE. Le gouvernement et une partie du patronat \u00e9taient d\u00e9sormais dispos\u00e9s \u00e0 n\u00e9gocier avec les syndicats sur des mesures d\u2019accompagnement \u00e0 la libre circulation des personnes, afin de prot\u00e9ger les salaires et les conditions de travail. Il \u00e9tait question d\u2019une loi sur le d\u00e9tachement des travailleurs ; \u00e0 facilitation la d\u00e9claration de force obligatoire des conventions collectives de travail (CCT), ainsi que l\u2019installation de commissions tripartites de surveillance. En 2000, une grande majorit\u00e9 des citoyen-ne-s (67,2%) ont vot\u00e9 OUI au paquet d\u2019accords bilat\u00e9raux \u2013 assortis de mesures d\u2019accompagnement \u2013 avec l\u2019UE, qui est toujours valable; la libre circulation dans toute l\u2019UE en constitue un pilier essentiel.<\/p>\n<p>Les mesures d\u2019accompagnement ont \u00e9t\u00e9 mises en \u0153uvre dans les ann\u00e9es suivantes. Or des lacunes sont r\u00e9guli\u00e8rement apparues. En effet, les employeurs tant \u00e9trangers que suisses ont fait preuve de beaucoup d\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 pour contourner les dispositions. En outre, il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 que le taux de couverture des CCT en Suisse est bas, de l\u2019ordre de 50%. A plusieurs reprises, les syndicats sont parvenus \u00e0 \u00e9tendre les mesures d\u2019accompagnement (voir liste annex\u00e9e), lors des discussions men\u00e9es avec le Conseil f\u00e9d\u00e9ral et le patronat en amont des \u00e9tapes de renouvellement des accords bilat\u00e9raux. En 2005, le scrutin populaire sur l\u2019extension de la libre circulation des personnes aux nouveaux Etats membres de l\u2019UE (\u00ab\u00e9largissement \u00e0 l\u2019Est\u00bb) a recueilli 56% de suffrages positifs, malgr\u00e9 la r\u00e9sistance de l\u2019UDC. La votation de 2009 sur l\u2019\u00e9largissement \u00e0 la Bulgarie et \u00e0 la Roumanie a m\u00eame atteint 59,6% de OUI; cette fois-ci, l\u2019UDC n\u2019avait pas soutenu le r\u00e9f\u00e9rendum, lanc\u00e9 par d\u2019autres mouvements de la droite nationaliste.<\/p>\n<p><strong>2. Votation du 9 f\u00e9vrier 2014<\/strong><br \/>\nEn 2011, l\u2019UDC a d\u00e9cid\u00e9 de lancer une nouvelle initiative populaire. Le parti de la droite populiste avait compris qu\u2019il peut exercer une influence sur la politique suisse surtout en abordant des th\u00e8mes li\u00e9s aux \u00e9trangers. Le contenu de l\u2019initiative \u00e9tait en principe dirig\u00e9 contre la libre circulation des personnes, et donc contre l\u2019immigration. Elle s\u2019opposait aussi aux mesures d\u2019accompagnement qui, de l\u2019avis de l\u2019UDC, renforcent le pouvoir des syndicats. Les accords bilat\u00e9raux avec l\u2019UE n\u2019ont toutefois pas \u00e9t\u00e9 directement attaqu\u00e9s \u2013 l\u2019UDC pr\u00e9tendant qu\u2019on pouvait remettre en question la libre circulation des personnes sans menacer les accords bilat\u00e9raux \u2013 qu\u2019il suffisait pour cela de bien n\u00e9gocier avec l\u2019UE.<\/p>\n<p>Pendant longtemps, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral et les leaders \u00e9conomiques, mais aussi les forces progressistes n\u2019ont pas pris l\u2019initiative assez au s\u00e9rieux, convaincus que la majorit\u00e9 des citoyens voteraient une fois de plus de mani\u00e8re \u00abraisonnable\u00bb. D\u2019autant plus qu\u2019en 2013\/14, la Suisse se trouve dans une relativement bonne situation \u00e9conomique et que le ch\u00f4mage y est bas par rapport \u00e0 la plupart des pays de l\u2019UE. Or malgr\u00e9 les mises en garde syndicales, le patronat et les autorit\u00e9s ont refus\u00e9 le nouveau renforcement, dont l\u2019urgence \u00e9tait pourtant d\u00e9montr\u00e9e, des mesures d\u2019accompagnement. Les syndicats ainsi que le Parti socialiste et les Verts \u00e9taient clairement oppos\u00e9s \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019UDC: parce qu\u2019elle foule aux pieds les droits des migrant-e-s; parce qu\u2019elle affaiblit la protection des salaires et d\u00e9t\u00e9riore les conditions de travail; et parce qu\u2019elle remet globalement en question les accords bilat\u00e9raux conclus avec l\u2019UE. C\u2019est ainsi que l\u2019USS et Unia ont men\u00e9 au cours des derniers mois une campagne contre l\u2019initiative de l\u2019UDC \u2013 h\u00e9las sans succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Pourquoi une l\u00e9g\u00e8re majorit\u00e9 des citoyen-ne-s (50,3%, comme d\u00e9j\u00e0 en 1992!) a-t-elle dit OUI \u00e0 l\u2019initiative de l\u2019UDC, contrairement aux votations pass\u00e9es sur l\u2019\u00e9largissement \u00e0 l\u2019Est?<\/p>\n<p>\u00b7 La Suisse a connu depuis 2010 une formidable croissance de l\u2019emploi: en quatre ans, l\u2019emploi a progress\u00e9 d\u2019env. 8%, soit 2% par an. Un quart de cette croissance a \u00e9t\u00e9 rendu possible par une hausse du taux d\u2019occupation de la population indig\u00e8ne. Mais trois quarts de cette croissance sont dus au recrutement de main-d\u2019\u0153uvre \u00e9trang\u00e8re, \u00e0 raison de 60 000 \u00e0 80 000 personnes de plus par an. Ce qui a aliment\u00e9 un d\u00e9bat hostile \u00e0 la croissance \u2013 la discussion sur le \u00abstress li\u00e9 \u00e0 la densit\u00e9\u00bb ayant rempli les colonnes des journaux. Une seconde initiative populaire surfant sur la m\u00eame vague, ECOPOP, n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 la population. La nouvelle immigration a fait grimper \u00e0 23% la proportion d\u2019\u00e9trangers dans la population r\u00e9sidente permanente , et \u00e0 31% sa part au volume total du travail effectu\u00e9. D\u2019o\u00f9 un terrain fertile aussi aux discussions x\u00e9nophobes, qui ressurgissent r\u00e9guli\u00e8rement en Suisse.<\/p>\n<p>\u00b7 Comme autrefois les branches de la construction, de l\u2019industrie et de l\u2019agriculture, l\u2019immigration alimente toujours plus aussi le secteur des services. Depuis 2002, un nombre croissant de personnes hautement qualifi\u00e9es sont recrut\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et ont souvent repris des postes de cadres. C\u2019est ce qui explique les nouvelles sympathies des classes moyennes de revenus pour l\u2019initiative de l\u2019UDC.<\/p>\n<p>\u00b7 La hausse de l\u2019immigration n\u2019a certes pas entra\u00een\u00e9 de baisse globale des salaires \u2013 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les syndicats sont parvenus \u00e0 n\u00e9gocier des hausses des salaires r\u00e9els d\u2019env. 1% par an. Mais dans plusieurs branches, le salaire des personnes nouvellement engag\u00e9es a subi de fortes pressions. D\u2019o\u00f9 dans certains groupes professionnels des baisses spectaculaires lors des nouvelles embauches, comme dans la branche informatique, parmi des employ\u00e9s de banque, des journalistes, des aides \u00e0 domicile, etc. En outre, les cas de dumping salarial massif se sont accumul\u00e9s. Dans la construction en particulier, on a r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9couvert des cas de travailleurs d\u00e9tach\u00e9s ne recevant que la moiti\u00e9, voire un tiers du salaire d\u00fb selon la CCT d\u00e9clar\u00e9e de force obligatoire. Au Tessin on rencontre parmi la main-d\u2019\u0153uvre fixe des journalistes, des employ\u00e9s de banque, des dessinateurs techniques, etc. provenant de la Lombardie en crise qui travaillent, avec le statut de frontalier, pour la moiti\u00e9 du salaire jusque-l\u00e0 usuel dans la branche. En plus une v\u00e9ritable fili\u00e8re criminelle s\u2019est m\u00eame mise en place au Tessin. Les travailleurs d\u00e9tach\u00e9s ont beau disposer de contrats de travail corrects et recevoir sur leur compte le salaire correct, il leur faut aussit\u00f4t en reverser la moiti\u00e9 \u00e0 leurs \u00abcapi\u00bb.<\/p>\n<p>\u00b7 Or dans une grande majorit\u00e9 des cas, cette \u00e9volution n\u2019a pas eu pour principal moteur les immigrant-e-s venus en Suisse pour y chercher du travail. Et ce n\u2019est que dans une minorit\u00e9 des cas que des employeurs \u00e9trangers ont abus\u00e9 des nouvelles libert\u00e9s leur \u00e9tant accord\u00e9es pour \u00e9vincer du march\u00e9 d\u2019\u00abhonn\u00eates employeurs suisses\u00bb. Le moteur de cette \u00e9volution a \u00e9t\u00e9 le patronat suisse, qui a exploit\u00e9 le vaste r\u00e9servoir de main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9. Tant\u00f4t, en employant lui-m\u00eame du personnel pay\u00e9 moins cher; tant\u00f4t aussi, en confiant du travail \u00e0 des entreprises \u00e9trang\u00e8res cassant les prix, en sachant pertinemment qu\u2019avec des prix aussi avantageux elles ne respecteraient pas le niveau de salaire usuel dans la branche et sur le plan local. Voil\u00e0 pourquoi une partie des employeurs se sont oppos\u00e9s \u00e0 un renforcement des mesures d\u2019accompagnement. Ainsi s\u2019explique le peu de cr\u00e9dibilit\u00e9 des employeurs qui, avant le scrutin, ont cherch\u00e9 \u00e0 convaincre les citoyen-ne-s des \u00abavantages\u00bb de la libre circulation des personnes.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, l\u2019initiative de l\u2019UDC a fait preuve d\u2019une grande habilet\u00e9 tactique. Elle a exploit\u00e9 en premier lieu la x\u00e9nophobie; puis les attitudes conservatrices en mati\u00e8re de croissance (\u00abnon \u00e0 la d\u00e9mesure\u00bb); elle a \u00e9galement r\u00e9pondu aux peurs d\u2019une \u00abclasse moyenne toujours plus tondue\u00bb; elle a expliqu\u00e9 les hausses de loyers et les trains bond\u00e9s par l\u2019immigration; elle a m\u00eame mis en garde contre le dumping salarial. L\u2019initiative est ainsi parvenue, au cours des derni\u00e8res semaines, \u00e0 capter les oppositions en tous genres, dont le cumul a atteint 50,3% des voix exprim\u00e9es.<\/p>\n<p>Si l\u2019on regarde la carte des r\u00e9sultats de la votation, on est frapp\u00e9 par le foss\u00e9 ville-campagne: la plupart des OUI viennent de r\u00e9gions tr\u00e8s rurales de Suisse al\u00e9manique, o\u00f9 la part d\u2019\u00e9trangers est tr\u00e8s minime, la croissance n\u00e9gative et o\u00f9 l\u2019on ne trouve pas trace du \u00abstress li\u00e9 \u00e0 la densit\u00e9\u00bb. Il y a clairement eu l\u00e0 un vote nationaliste et conservateur, et aussi x\u00e9nophobe. Dans les grandes villes, de Gen\u00e8ve \u00e0 B\u00e2le en passant par Berne et Zurich, l\u2019initiative de l\u2019UDC a par contre \u00e9t\u00e9 balay\u00e9e avec 60 \u00e0 70% de NON, alors m\u00eame que la part d\u2019\u00e9trangers y d\u00e9passe de loin 30% de la population. L\u2019interpr\u00e9tation des probl\u00e8mes de la gauche, de la gauche lib\u00e9rale et des syndicats s\u2019y est impos\u00e9e dans une large mesure. Or cette influence diminue d\u00e9j\u00e0 dans les agglom\u00e9rations entourant les villes.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, nous voyons une Suisse divis\u00e9e en trois r\u00e9gions linguistiques: la Suisse al\u00e9manique \u2013 en d\u00e9pit du NON des grandes villes \u2013 a adopt\u00e9 l\u2019initiative et la Romandie l\u2019a nettement refus\u00e9e (m\u00eame si l\u2019\u00e9cart par rapport \u00e0 la Suisse al\u00e9manique a diminu\u00e9 depuis 1992). Or le NON romand n\u2019a rien \u00e0 voir avec un plus faible pourcentage d\u2019\u00e9trangers, une moindre densit\u00e9 d\u00e9mographique ou un dumping salarial moins agressif, mais tient au leadership plus marqu\u00e9 des forces progressistes. Les syndicats sont eux aussi un peu plus forts en Romandie qu\u2019en Suisse al\u00e9manique (taux de syndicalisation, taux de couverture des CCT\u2026). L\u2019UDC y est beaucoup plus faible. Le Tessin est un cas \u00e0 part: si le OUI s\u2019y est impos\u00e9 \u00e0 plus de 70%, la d\u00e9t\u00e9rioration du march\u00e9 du travail tessinois d\u00e9crite plus haut y est pour beaucoup.<\/p>\n<p>Enfin, le r\u00e9sultat montre un \u00e9vident clivage gauche-droite. Les grandes villes, mais aussi les petites communes o\u00f9 la part d\u2019\u00e9lecteurs de gauche ou \u00e9cologistes est traditionnellement \u00e9lev\u00e9e, ont dit clairement NON. Autrement dit, seule une petite partie de la base de la gauche et des Verts a c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019amalgame susmentionn\u00e9. Au contraire de la base du PLR (parti lib\u00e9ral-radical) et du PDC (parti d\u00e9mocrate-chr\u00e9tien) qui, au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, se sont toujours plus rapproch\u00e9s de l\u2019UDC (dans la politique d\u2019asile notamment), et qui n\u2019\u00e9taient dispos\u00e9s ni \u00e0 durcir les mesures d\u2019accompagnement visant \u00e0 prot\u00e9ger les salaires, ni \u00e0 intervenir dans la politique du logement.<\/p>\n<p><strong>3. Prochaines \u00e9tapes<\/strong><br \/>\nLa votation marque une profonde c\u00e9sure, et sera lourde de cons\u00e9quences. Car l\u2019initiative n\u2019exige pas simplement que le Conseil f\u00e9d\u00e9ral ren\u00e9gocie avec l\u2019UE les modalit\u00e9s de la libre circulation des personnes. La Constitution f\u00e9d\u00e9rale pr\u00e9voit d\u00e9sormais (car les initiatives populaires pr\u00e9cisent toujours la Constitution) que l\u2019immigration est limit\u00e9e par \u00abdes plafonds et des contingents\u00bb. Or il ne s\u2019agit pas d\u2019une quelconque \u00abclause de sauvegarde\u00bb. L\u2019UDC exige que la Suisse en revienne aux restrictions et autorisations quantitatives d\u2019autrefois, qui n\u2019ont qu\u2019une dur\u00e9e limit\u00e9e et interdisent tout regroupement familial. Divers politiciens UDC exigent ouvertement la r\u00e9introduction du statut de saisonnier. En m\u00eame temps, s\u2019il en allait selon la volont\u00e9 de l\u2019UDC, les mesures d\u2019accompagnement visant \u00e0 contr\u00f4ler les conditions de salaire et de travail dispara\u00eetraient, car \u00e0 l\u2019avenir les contr\u00f4les s\u2019effectueraient lors de l\u2019octroi de l\u2019autorisation, dans le cadre des contingents.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une v\u00e9ritable gifle \u00e0 plus d\u2019un million de citoyens de l\u2019UE vivant aujourd\u2019hui en Suisse, et d\u2019une discrimination massive \u00e0 l\u2019\u00e9gard de quiconque y viendra dor\u00e9navant. C\u2019est aussi un coup dur pour les syndicats, qui avaient regagn\u00e9 peu \u00e0 peu davantage d\u2019influence sur le march\u00e9 du travail, gr\u00e2ce aux mesures d\u2019accompagnement. Et il y a l\u00e0 aussi naturellement une menace \u00e9conomique, car la libre circulation des personnes est li\u00e9e \u00e0 d\u2019autres accords avec l\u2019UE (\u00e9limination des entraves au commerce; accords sur la formation et la recherche; etc).<\/p>\n<p>Il est bien clair que les syndicats s\u2019opposeront \u00e0 un tel retour en arri\u00e8re:<\/p>\n<p>\u00b7 Nous combattrons tous les statuts de s\u00e9jour discriminatoires. Nous nous engagerons de toutes nos forces pour les droits des migrant-e-s. Pour introduire de nouvelles discriminations, il faut \u00e9laborer de nouvelles lois, contre lesquelles nous interviendrons par tous les moyens.<\/p>\n<p>\u00b7 Quelle que soit la mani\u00e8re de r\u00e9glementer l\u2019immigration, il faut pr\u00e9voir une protection des salaires et des conditions de travail, selon le principe \u00abun salaire \u00e9gal pour un travail \u00e9gal effectu\u00e9 au m\u00eame endroit\u00bb. Cette protection doit \u00eatre renforc\u00e9e et non affaiblie. Nous luttons par cons\u00e9quent pour le maintien de ces mesures de protection (mesures d\u2019accompagnement).<\/p>\n<p>\u00b7 Nous combattrons toute mise en danger des accords bilat\u00e9raux et toute d\u00e9rive isolationniste de la Suisse. Les accords bilat\u00e9raux constituent le cadre minimum absolu d\u2019une r\u00e9glementation avec l\u2019Europe, qui nous entoure et repr\u00e9sente notre principal partenaire dans les \u00e9changes de marchandises, de savoirs et de culture. Il est bien clair \u00e0 nos yeux que l\u2019UE ne peut tol\u00e9rer que la libre circulation des personnes cesse de s\u2019appliquer \u00e0 la Suisse, et que tous les autres accords qui sont \u00e0 notre avantage soient maintenus. La Conf\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne des syndicats l\u2019a \u00e9galement soulign\u00e9 dans sa prise de position.<\/p>\n<p>La votation a fait entrer le monde politique suisse dans une situation chaotique, et en d\u00e9finitive dans une impasse. Or d\u2019autres votations populaires suivront sur le m\u00eame th\u00e8me. En d\u00e9pit de ce coup dur, les syndicats suisses poursuivront leur lutte pour les droits des travailleurs\/euses \u2013 avec ou sans passeport \u00e0 croix blanche \u2013 et contre toutes les discriminations. Les syndicats continueront de s\u2019engager pour de bonnes relations avec nos voisins europ\u00e9ens et l\u2019UE toute enti\u00e8re. L\u2019Union syndicale suisse fait partie du mouvement syndical europ\u00e9en, qui s\u2019engage pour le progr\u00e8s et contre la r\u00e9gression sociale. Une importance lutte en cours est l\u2019engagement commun pour faire respecter dans toute l\u2019Europe le principe \u00abUn salaire \u00e9gal pour un travail \u00e9gal effectu\u00e9 au m\u00eame endroit\u00bb.<br \/>\nBerne, le 14 f\u00e9vrier 2014<\/p>\n<p>PS: Nous informerons \u00e0 nouveau nos homologues syndicaux, d\u00e8s qu\u2019on en saura davantage sur les nouveaux d\u00e9fis en perspective et sur le r\u00f4le que les syndicats europ\u00e9ens y joueront.<\/p>\n<p><em>Paul Rechsteiner, pr\u00e9sident de l\u2019Union syndicale suisse (USS)<\/em><br \/>\n<em> Andreas Rieger, repr\u00e9sentant de l\u2019USS \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne des syndicats (CES)<\/em><br \/>\n<em> Renzo Ambrosetti, copr\u00e9sident d\u2019Unia et vice-pr\u00e9sident d\u2019Industriall Europe<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un grand retour en arri\u00e8re Le 9 f\u00e9vrier, une l\u00e9g\u00e8re majorit\u00e9 des citoyen-ne-s en Suisse ont adopt\u00e9 une initiative de l\u2019Union d\u00e9mocratique du centre (UDC), qui demande la r\u00e9introduction de contingents dans l\u2019immigration en provenance de l\u2019Union europ\u00e9enne. 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