{"id":131,"date":"2014-12-18T18:33:58","date_gmt":"2014-12-18T18:33:58","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2014\/12\/18\/imperialisme-russe-zbigniew-marcin-kowalewski-2014\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:03","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:03","slug":"imperialisme-russe-zbigniew-marcin-kowalewski-2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2014\/12\/18\/imperialisme-russe-zbigniew-marcin-kowalewski-2014\/","title":{"rendered":"Imp\u00e9rialisme Russe (Zbigniew Marcin Kowalewski, 2014)"},"content":{"rendered":"<p>Sergue\u00ef Nikolski, philosophe russe sp\u00e9cialiste de la culture, affirme que peut-\u00eatre la pens\u00e9e la plus importante pour les Russes \u00abdepuis la chute de Byzance jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui est l\u2019id\u00e9e de l\u2019empire et qu\u2019ils sont une nation imp\u00e9riale. Nous avons toujours su que nous habitons un pays dont l\u2019histoire est une cha\u00eene ininterrompue d\u2019expansions territoriales, de conqu\u00eates, d\u2019annexions, de leur d\u00e9fense, des pertes temporaires et de nouvelles conqu\u00eates. L\u2019id\u00e9e de l\u2019empire \u00e9tait une des plus pr\u00e9cieuses dans notre bagage id\u00e9ologique et c\u2019est elle que nous proclamions aux autres nations. C\u2019est par elle que nous surprenions, ravissions ou affolions le reste du monde.\u00bb<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>La premi\u00e8re et la plus importante caract\u00e9ristique de l\u2019empire russe, indique Nikolski, a toujours \u00e9t\u00e9 \u00ab la maximalisation de l\u2019expansion territoriale pour la r\u00e9alisation des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et politiques en tant qu\u2019un des plus importants principes de la politique \u00e9tatique. \u00bb (1) Cette expansion \u00e9tait l\u2019effet de la pr\u00e9dominance permanente et \u00e9crasante du d\u00e9veloppement extensif de la Russie sur son d\u00e9veloppement intensif : la pr\u00e9dominance de l\u2019exploitation absolue des producteurs directs sur leur exploitation relative, c\u2019est-\u00e0-dire sur celle fond\u00e9e sur l\u2019augmentation de la productivit\u00e9 du travail.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019Empire russe \u00e9tait nomm\u00e9 \u201cla prison des peuples\u201d. Nous savons aujourd\u2019hui que ce n\u2019\u00e9tait pas seulement l\u2019\u00c9tat des Romanov qui m\u00e9ritait ce qualificatif\u00bb, \u00e9crivait Mikhail Pokrovski, le plus remarquable historien bolch\u00e9vique. Il prouvait que d\u00e9j\u00e0 le Grand-Duch\u00e9 de Moscou (1263-1547) et le Tsarat de Russie (1547-1721) \u00e9taient des \u00abprisons des peuples\u00bb et que ces \u00c9tats ont \u00e9t\u00e9 construits sur les cadavres des \u00abinorodtsy\u00bb, des peuples indig\u00e8nes non russes. \u00abIl est douteux que le fait, que dans les veines des Grands-Russes coule 80% de leur sang, soit une consolation pour ceux qui ont surv\u00e9cu. Seul l\u2019an\u00e9antissement complet de l\u2019oppression grand-russe par cette force qui a lutt\u00e9 et qui lutte toujours contre toute oppression, pourrait \u00eatre une forme de compensation de toutes leurs souffrances.\u00bb (2) Ces mots de Pokrovski ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en 1933, juste apr\u00e8s sa mort et peu avant qu\u2019\u00e0 la demande de Staline, dans la formule historique des bolch\u00e9viques \u00abla Russie \u2013 prison des peuples\u00bb, le premier terme a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un autre mot : le tsarisme. Ensuite le r\u00e9gime stalinien a stigmatis\u00e9 le travail scientifique de Pokrovski comme \u00abconception antimarxiste\u00bb de l\u2019histoire de la Russie (3).<\/p>\n<p><strong>\u00abImp\u00e9rialisme militaro-f\u00e9odal\u00bb<br \/>\n<\/strong>Au cours des si\u00e8cles, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019effondrement de l\u2019URSS en 1991, les peuples conquis et annex\u00e9s par la Russie ont subi trois formes successives de domination imp\u00e9rialiste russe. \u00abL\u2019imp\u00e9rialisme militaro-f\u00e9odal\u00bb fut la premi\u00e8re, nomm\u00e9e ainsi par L\u00e9nine. Il n\u2019est pas inutile de discuter quel mode d\u2019exploitation y pr\u00e9dominait : f\u00e9odal ou tributaire, ou encore, comme le pr\u00e9f\u00e8re Youri Semenov, \u00abpolitaire\u00bb (4). Ce d\u00e9bat est rendu actuel par les recherches les plus r\u00e9centes d\u2019Alexander Etkind. Il en d\u00e9coule que c\u2019\u00e9taient des modes d\u2019exploitation coloniaux qui dominaient alors : \u00abaussi bien dans ses fronti\u00e8res lointaines que dans sa sombre profondeur, l\u2019empire russe \u00e9tait un immense syst\u00e8me colonial\u00bb ; \u00abun empire colonial comme la Grande-Bretagne ou l\u2019Autriche, mais en m\u00eame temps un territoire colonis\u00e9, comme le Congo ou les Indes occidentales\u00bb. Le clou, c\u2019est que \u00abla Russie, en s\u2019\u00e9largissant et en absorbant les tr\u00e8s grands espaces, colonisait son propre peuple. C\u2019\u00e9tait un processus de colonisation interne, une colonisation secondaire de son propre territoire.\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est pour cette raison, explique Etkind, qu\u2019il \u00ab faut concevoir l\u2019imp\u00e9rialisme russe non seulement en tant qu\u2019un processus ext\u00e9rieur, mais \u00e9galement en tant que processus interne \u00bb (5). Le servage \u2013 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 par la loi en 1649 \u2013 y avait un caract\u00e8re tout autant colonial que l\u2019esclavage des Noirs en Am\u00e9rique du Nord, mais il concernait les paysans grands-russes ainsi que d\u2019autres, consid\u00e9r\u00e9s par le tsarisme comme \u00abrusses\u00bb : les paysans \u00abpetits-russes\u00bb (ukrainiens) et bi\u00e9lorusses. Etkind attire l\u2019attention sur le fait que, m\u00eame dans la Grande-Russie, les insurrections paysannes avaient un caract\u00e8re anticolonial et que les guerres, par lesquelles l\u2019empire \u00e9crasait ces r\u00e9voltes, \u00e9taient coloniales. De mani\u00e8re paradoxale, le centre imp\u00e9rial de la Russie \u00e9tait en m\u00eame temps une p\u00e9riph\u00e9rie coloniale interne, au sein de laquelle l\u2019exploitation et l\u2019oppression des masses populaire \u00e9taient plus s\u00e9v\u00e8res que dans bien des p\u00e9riph\u00e9ries conquises et annex\u00e9es.<\/p>\n<p>Lorsque \u00abl\u2019imp\u00e9rialisme capitaliste moderne\u00bb est apparu, L\u00e9nine \u00e9crivait que dans l\u2019empire tsariste il \u00e9tait \u00abenvelopp\u00e9, pour ainsi dire, d\u2019un r\u00e9seau particuli\u00e8rement serr\u00e9 de rapports pr\u00e9capitalistes\u00bb \u2013 si serr\u00e9 que \u00abce qui, d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, pr\u00e9domine en Russie, c\u2019est l\u2019imp\u00e9rialisme militaro-f\u00e9odal\u00bb. De ce fait, \u00e9crivait-il, \u00aben Russie le monopole de la force militaire, d\u2019un territoire immense ou des conditions particuli\u00e8rement favorables pour piller les peuples indig\u00e8nes non russes, la Chine etc., compl\u00e8te partiellement et partiellement remplace le monopole du capital financier moderne\u00bb (6). En m\u00eame temps, en tant qu\u2019imp\u00e9rialisme de la moins d\u00e9velopp\u00e9e des six plus grandes puissances, ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un sous-imp\u00e9rialisme. Comme l\u2019indiquait Trotski, \u00abla Russie payait ainsi le droit d\u2019\u00eatre l\u2019alli\u00e9e de pays avanc\u00e9s, d\u2019importer des capitaux et d\u2019en verser les int\u00e9r\u00eats, c\u2019est-\u00e0-dire, en somme, le droit d\u2019\u00eatre une colonie privil\u00e9gi\u00e9e de ses alli\u00e9es ; mais, en m\u00eame temps, elle acqu\u00e9rait le droit d\u2019opprimer et de spolier la Turquie, la Perse, la Galicie, et en g\u00e9n\u00e9ral des pays plus faibles, plus arri\u00e9r\u00e9s qu\u2019elle-m\u00eame. L\u2019imp\u00e9rialisme \u00e9quivoque de la bourgeoisie russe avait, au fond, le caract\u00e8re d\u2019une agence au service de plus grandes puissances mondiales.\u00bb (7)<\/p>\n<p><strong>Pas de d\u00e9colonisation sans s\u00e9paration<\/strong><br \/>\nCe sont justement les puissants monopoles extra-\u00e9conomiques mentionn\u00e9s par L\u00e9nine qui ont garanti \u00e0 l\u2019imp\u00e9rialisme russe la continuit\u00e9 apr\u00e8s le renversement du capitalisme en Russie par la r\u00e9volution d\u2019Octobre. Contrairement aux annonces ant\u00e9rieures de L\u00e9nine, que la norme de la r\u00e9volution socialiste serait l\u2019ind\u00e9pendance des colonies, seules les colonies que l\u2019expansion de la r\u00e9volution russe n\u2019avait pas atteintes, ou qui l\u2019ont repouss\u00e9e, se sont s\u00e9par\u00e9es de la Russie. Dans de nombreuses r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques, son expansion avait le caract\u00e8re d\u2019une \u00abr\u00e9volution coloniale\u00bb, conduite par des colons et des soldats russes sans la participation des peuples opprim\u00e9s, voire m\u00eame avec le maintien des rapports coloniaux existants. Gueorgui Safarov a d\u00e9crit un tel d\u00e9roulement de la r\u00e9volution au Turkestan (8). Ailleurs, elle avait le caract\u00e8re de la conqu\u00eate militaire, et certains bolch\u00e9viques (Mikha\u00efl Toukhatchevski) ont concoct\u00e9 tr\u00e8s vite une th\u00e9orie militariste de la \u00abr\u00e9volution men\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur\u00bb (9).<\/p>\n<p>L\u2019histoire de la Russie sovi\u00e9tique a d\u00e9menti l\u2019opinion des bolch\u00e9viques, selon laquelle avec le renversement du capitalisme les rapports de domination coloniale de certains peuples sur les autres disparaitraient et qu\u2019en cons\u00e9quence ces peuples pourraient, ou m\u00eame devraient, rester dans le cadre d\u2019un m\u00eame \u00c9tat. \u00ab L\u2019\u00e9conomisme imp\u00e9rialiste \u00bb niant le droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames, qui (critiqu\u00e9 par L\u00e9nine) se r\u00e9pandait parmi les bolch\u00e9viques russes, en fut une manifestation extr\u00eame. En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est tout le contraire : la s\u00e9paration \u00e9tatique d\u2019un peuple opprim\u00e9 est la pr\u00e9condition de la destruction des rapports coloniaux, m\u00eame si elle ne la garantit pas. Vassyl Chakhra\u00ef, militant bolch\u00e9vique de la r\u00e9volution ukrainienne, l\u2019avait compris d\u00e9j\u00e0 en 1918 et a pol\u00e9miqu\u00e9 publiquement avec L\u00e9nine sur cette question (10). Beaucoup d\u2019autres communistes non russes l\u2019ont alors compris, en particulier le dirigeant de la r\u00e9volution tatare Mirsa\u00efd Sultan Galiev. Il a \u00e9t\u00e9 le premier communiste \u00e9limin\u00e9 \u00e0 la demande de Staline de la vie politique publique, d\u00e8s 1923.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019imp\u00e9rialisme fond\u00e9 sur les monopoles extra-\u00e9conomiques mentionn\u00e9s par L\u00e9nine se reproduit spontan\u00e9ment et de mani\u00e8re inaper\u00e7ue de nombreuses mani\u00e8res m\u00eame lorsqu\u2019il perd son assise sp\u00e9cifiquement capitaliste. C\u2019est pour cette raison, comme le d\u00e9montrait Trotski d\u00e8s les ann\u00e9es 1920, que Staline \u00abest devenu le porteur de l\u2019oppression nationale grand-russe\u00bb et a rapidement \u00abgaranti la pr\u00e9dominance de l\u2019imp\u00e9rialisme bureaucratique grand-russe\u00bb (11). Avec la mise en place du r\u00e9gime stalinien, on a assist\u00e9 \u00e0 la restauration de la domination imp\u00e9rialiste de la Russie sur tous ces peuples, jadis conquis et colonis\u00e9s, qui sont rest\u00e9s dans les fronti\u00e8res de l\u2019URSS o\u00f9 ils constituaient la moiti\u00e9 de la population, ainsi que sur les nouveaux protectorats : la Mongolie et le Touva.<\/p>\n<p><strong>Envol\u00e9e de l\u2019imp\u00e9rialisme bureaucratique<\/strong><br \/>\nCette restauration s\u2019accompagnait d\u2019une violence polici\u00e8re meurtri\u00e8re et m\u00eame de g\u00e9nocides \u2013 de l\u2019extermination par la faim, connue en Ukraine comme l\u2019Holodomor et au Kazakhstan comme le Jasandy Acharchylyk (1932-1933). Les cadres bolch\u00e9viques nationaux et l\u2019intelligentsia nationale furent extermin\u00e9s et une russification intensive fut entam\u00e9e. Des petits peuples entiers et des minorit\u00e9s nationales ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s (la premi\u00e8re grande d\u00e9portation a touch\u00e9 en 1937 les Cor\u00e9ens vivant dans l\u2019Extr\u00eame-Orient sovi\u00e9tique). Le colonialisme interne s\u2019est r\u00e9pandu une fois de plus et \u00abl\u2019exemple le plus affreux de ces pratiques fut l\u2019exploitation des prisonniers du Goulag, qui peut \u00eatre d\u00e9crite comme la forme extr\u00eame de la colonisation int\u00e9rieure\u00bb (12). De m\u00eame que sous le tsarisme, l\u2019immigration de la population russe et russophone vers les p\u00e9riph\u00e9ries calmait les tensions et les crises socio-\u00e9conomiques en Russie, tout en garantissant la russification des r\u00e9publiques p\u00e9riph\u00e9riques. Surpeupl\u00e9e, paup\u00e9ris\u00e9e et affam\u00e9e \u00e0 la suite de la collectivisation forc\u00e9e, la campagne russe exportait massivement la force du travail vers les nouveaux centres industriels \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de l\u2019URSS. En m\u00eame temps, les autorit\u00e9s entravaient la migration vers les villes de la population locale \u2013 non russe \u2013 des campagnes.<\/p>\n<p>La division coloniale du travail d\u00e9formait, voire freinait le d\u00e9veloppement, parfois m\u00eame transformait les r\u00e9publiques et les r\u00e9gions p\u00e9riph\u00e9riques en sources de mati\u00e8res premi\u00e8res et en zones de monoculture.<\/p>\n<p>Cela s\u2019accompagnait d\u2019une division coloniale de la ville et de la campagne, du travail physique et intellectuel, qualifi\u00e9 et non qualifi\u00e9, bien ou mal r\u00e9tribu\u00e9, ainsi que par une stratification tout aussi coloniale de la bureaucratie \u00e9tatique, de la classe ouvri\u00e8re et des soci\u00e9t\u00e9s enti\u00e8res. Ces divisions et stratifications garantissaient aux \u00e9l\u00e9ments ethniquement russes et russifi\u00e9s des positions sociales privil\u00e9gi\u00e9es en ce qui concerne l\u2019acc\u00e8s aux revenus, aux qualifications, au prestige et au pouvoir dans les r\u00e9publiques p\u00e9riph\u00e9riques. La reconnaissance de la \u00abrussit\u00e9\u00bb ethnique ou linguistique sous la forme de \u00absalaire public et psychologique\u00bb \u2013 un concept que David Roediger a repris de W.E.B. Du Bois et appliqu\u00e9 dans ses \u00e9tudes du prol\u00e9tariat blanc am\u00e9ricain (13) \u2013 est devenue un moyen important de la domination imp\u00e9rialiste russe, et de la construction d\u2019une \u00abrussit\u00e9\u00bb imp\u00e9rialiste \u00e9galement au sein de la classe ouvri\u00e8re sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la participation de la bureaucratie stalinienne \u00e0 la lutte pour un nouveau partage du monde \u00e9tait un prolongement de la politique imp\u00e9rialiste int\u00e9rieure. Durant la guerre et apr\u00e8s sa fin, l\u2019Union sovi\u00e9tique a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 une grande partie de ce que la Russie avait perdu apr\u00e8s la r\u00e9volution, et a aussi conquis de nouveaux territoires. Sa superficie s\u2019est agrandie de plus de 1,2 million de km2, atteignant 22,4 million de km2. Apr\u00e8s la guerre, la superficie de l\u2019URSS d\u00e9passait de 700 000 km2 celle de l\u2019empire tsariste \u00e0 la fin de son existence, et \u00e9tait plus petite de 1,3 million de km2 par rapport \u00e0 la surface de cet empire au sommet de son expansion \u2013 en 1866, juste apr\u00e8s la conqu\u00eate du Turkestan et peu avant la vente de l\u2019Alaska.<\/p>\n<p><strong>En lutte pour un nouveau partage du monde<\/strong><br \/>\nEn Europe, l\u2019Union sovi\u00e9tique a incorpor\u00e9 les r\u00e9gions occidentales de la Bi\u00e9lorussie et de l\u2019Ukraine, l\u2019Ukraine subcarpathique, la Bessarabie, la Lituanie, la Lettonie, l\u2019Estonie, une partie de la Prusse orientale et la Finlande, et en Asie le Touva et les \u00eeles Kouriles m\u00e9ridionales. Son contr\u00f4le a \u00e9t\u00e9 \u00e9tendu sur toute l\u2019Europe orientale. L\u2019URSS a postul\u00e9 que la Libye soit plac\u00e9e sous sa tutelle. Elle a tent\u00e9 d\u2019imposer son protectorat sur les grandes provinces frontali\u00e8res chinoises \u2013 le Xinjiang (Sin-kiang) et la Mandchourie. De plus, elle voulait annexer l\u2019Iran du nord et la Turquie orientale, exploitant pour cela l\u2019aspiration \u00e0 la lib\u00e9ration et \u00e0 l\u2019unification de nombreux peuples locaux. Selon l\u2019historien azerba\u00efdjanais Djamil Hasanly, c\u2019est en Asie et non en Europe que la \u00abguerre froide\u00bb a commenc\u00e9, d\u00e8s 1945 (14).<\/p>\n<p>\u00abD\u00e8s que les conditions politiques le permettent, le caract\u00e8re parasitaire de la bureaucratie se manifeste dans le pillage imp\u00e9rialiste\u00bb, \u00e9crivait alors Jean van Heijenoort, ancien secr\u00e9taire de Trotski et futur historien de la logique math\u00e9matique. \u00abEst-ce que l\u2019apparition d\u2019\u00e9l\u00e9ments de l\u2019imp\u00e9rialisme implique la r\u00e9vision de la th\u00e9orie selon laquelle l\u2019URSS est un \u00c9tat ouvrier d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 ? Pas n\u00e9cessairement. La bureaucratie sovi\u00e9tique se nourrit en g\u00e9n\u00e9ral par l\u2019appropriation du travail des autres, ce que nous avions depuis longtemps con\u00e7u comme inh\u00e9rent \u00e0 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de l\u2019\u00c9tat ouvrier. L\u2019imp\u00e9rialisme bureaucratique n\u2019est qu\u2019une forme sp\u00e9ciale de cette appropriation.\u00bb (15)<\/p>\n<p>Les communistes yougoslaves ont acquis assez vite la conviction que Moscou \u00abvoulait soumettre compl\u00e8tement l\u2019\u00e9conomie de la Yougoslavie et en faire un simple compl\u00e9ment fournissant les mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de l\u2019URSS, ce qui freinerait l\u2019industrialisation et perturberait le d\u00e9veloppement socialiste du pays\u00bb (16). Les \u00absoci\u00e9t\u00e9s mixtes\u00bb sovi\u00e9to-yougoslaves devaient monopoliser l\u2019exploitation des richesses naturelles de la Yougoslavie dont l\u2019industrie sovi\u00e9tique avait besoin. L\u2019\u00e9change commercial in\u00e9gal entre les deux pays devait garantir \u00e0 l\u2019\u00e9conomie sovi\u00e9tique des surprofits au d\u00e9triment de l\u2019\u00e9conomie yougoslave.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la rupture de la Yougoslavie avec Staline, Josip Broz Tito dit que, \u00e0 partir du pacte Ribbentrop-Molotov (1939) et surtout apr\u00e8s la conf\u00e9rence des \u00ab Trois Grands \u00bb \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran (1943), l\u2019URSS prend part \u00e0 la division imp\u00e9rialiste du monde et \u00abpoursuit consciemment le vieux chemin tsariste d\u2019expansionnisme imp\u00e9rialiste\u00bb. Il disait \u00e9galement que la \u00abth\u00e9orie du peuple dirigeant au sein d\u2019un \u00c9tat multinational\u00bb proclam\u00e9e par Staline \u00abn\u2019est que l\u2019expression du fait de la soumission, de l\u2019oppression nationale et du pillage \u00e9conomique des autres peuples et pays par le peuple dirigeant\u00bb (17). En 1958, Mao Zedong ironisait en discutant avec Khrouchtchev : \u00abIl y avait un homme du nom de Staline, qui a pris Port Arthur, a transform\u00e9 le Xinjiang et la Mandchourie en semi-colonies et a form\u00e9 quatre soci\u00e9t\u00e9s mixtes. C\u2019\u00e9taient \u00e7a, ses bonnes actions.\u00bb (18)<\/p>\n<p><strong>Union sovi\u00e9tique au bord de l\u2019\u00e9clatement<\/strong><br \/>\nL\u2019imp\u00e9rialisme bureaucratique russe prenait appui sur des monopoles extra-\u00e9conomiques puissants, encore renforc\u00e9s par le pouvoir totalitaire. Mais leur caract\u00e8re \u00e9tait uniquement extra-\u00e9conomique. De ce fait il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 trop faible ou carr\u00e9ment incapable de r\u00e9aliser les plans staliniens de l\u2019exploitation des pays satellites en Europe orientale et des r\u00e9gions frontali\u00e8res de la Chine populaire. Devant la r\u00e9sistance croissante dans ces pays, la bureaucratie du Kremlin a d\u00fb abandonner les \u00absoci\u00e9t\u00e9s mixtes\u00bb, l\u2019\u00e9change commercial in\u00e9gal et la division coloniale du travail qu\u2019elle voulait imposer. Apr\u00e8s la perte de la Yougoslavie, d\u00e8s 1948, elle a progressivement perdu le contr\u00f4le politique sur la Chine et quelques autres \u00c9tats, et a d\u00fb aussi affaiblir son contr\u00f4le sur les autres.<\/p>\n<p>M\u00eame au sein de l\u2019URSS les monopoles extra-\u00e9conomiques se sont av\u00e9r\u00e9s incapables de garantir \u00e0 long terme la domination imp\u00e9rialiste de la Russie sur les principales r\u00e9publiques p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p>L\u2019industrialisation, l\u2019urbanisation, le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00e9ducation et plus g\u00e9n\u00e9ralement la modernisation des p\u00e9riph\u00e9ries de l\u2019URSS ainsi que la \u00abnationalisation\u00bb croissante de leur classe ouvri\u00e8re, de l\u2019intelligentsia et de la bureaucratie elle-m\u00eame ont commenc\u00e9 \u00e0 changer progressivement les rapports de forces entre la Russie et les r\u00e9publiques p\u00e9riph\u00e9riques au profit de ces derni\u00e8res. La domination de Moscou sur elles s\u2019affaiblissait. La crise croissante du syst\u00e8me a acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 ce processus, qui a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9carteler l\u2019Union sovi\u00e9tique. Les contre-mesures du pouvoir central \u2013 tel le renversement du r\u00e9gime de Petro Chelest en Ukraine (1972), consid\u00e9r\u00e9 comme \u00abnationaliste\u00bb par le Kremlin \u2013 ne pouvaient plus inverser ce processus, ni le stopper efficacement.<\/p>\n<p>Au cours de la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1970, le jeune sociologue sovi\u00e9tique Frants Cheregui tentait de regarder la r\u00e9alit\u00e9 sovi\u00e9tique en s\u2019appuyant sur \u00abla th\u00e9orie des classes de Marx, combin\u00e9e \u00e0 la th\u00e9orie des syst\u00e8mes coloniaux\u00bb. Il concluait alors que \u00abl\u2019extension progressive de l\u2019intelligentsia et de la bureaucratie (des fonctionnaires) nationales des r\u00e9publiques non russes, la croissance de la classe ouvri\u00e8re \u2013 en un mot, la formation d\u2019une structure sociale plus progressiste \u2013 conduira les r\u00e9publiques nationales \u00e0 se s\u00e9parer de l\u2019URSS.\u00bb Quelques ann\u00e9es plus tard, \u00e0 la demande des plus hautes autorit\u00e9s du Parti communiste sovi\u00e9tique, il a \u00e9tudi\u00e9 la situation sociale des \u00e9quipes de jeunes mobilis\u00e9es par le Komsomol dans tout l\u2019\u00c9tat pour construire la Magistrale ferroviaire Ba\u00efkal-Amour. C\u2019\u00e9tait la fameuse \u00abconstruction du si\u00e8cle\u00bb.<\/p>\n<p>\u00abJe me suis int\u00e9ress\u00e9\u00bb, raconte Cheregui, \u00ab\u00e0 la contradiction que je d\u00e9couvrais entre l\u2019information sur la composition internationale des constructeurs de la Magistrale, r\u00e9pandue avec force par la propagande officielle, et le haut niveau d\u2019uniformit\u00e9 nationale des brigades de construction qui sont arriv\u00e9es.\u00bb Elles \u00e9taient presque uniquement compos\u00e9es d\u2019\u00e9l\u00e9ments ethniquement ou linguistiquement russes. \u00abJe suis alors arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion inattendue que les Russes (et les \u201crussophones\u201d) sont repouss\u00e9s des r\u00e9publiques nationales\u00bb \u2013 repouss\u00e9s par les dites nationalit\u00e9s titulaires, par exemple au Kazakhstan par les Kazakhs.<\/p>\n<p>Cela a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par des recherches qu\u2019il a men\u00e9es dans deux autres grands chantiers en Russie. \u00abLe pouvoir central le savait et participait \u00e0 la r\u00e9installation des Russes en finan\u00e7ant les \u201cgrands travaux de choc\u201d. J\u2019en ai conclu que les fonds sociaux des r\u00e9publiques nationales ayant maigri, il manque des emplois y compris pour les repr\u00e9sentants des nationalit\u00e9s titulaires l\u00e0 o\u00f9 des garanties sociales (cr\u00e8ches, maisons de vacances, sanatoriums, possibilit\u00e9s d\u2019obtenir un logement) existent ; une telle situation peut provoquer des antagonismes inter-ethniques, alors les autorit\u00e9s \u201crapatrient\u201d progressivement la jeunesse russe des r\u00e9publiques nationales. Alors j\u2019ai pris conscience que l\u2019URSS est au bord de l\u2019\u00e9clatement.\u00bb (19)<\/p>\n<p><strong>Empire militaro-colonial<\/strong><br \/>\nLa crise du r\u00e9gime bureaucratique sovi\u00e9tique et de l\u2019imp\u00e9rialisme russe \u00e9tait si importante qu\u2019\u00e0 la surprise g\u00e9n\u00e9rale l\u2019URSS s\u2019est effondr\u00e9e en 1991, non seulement sans une guerre mondiale, mais m\u00eame sans une guerre civile. La Russie a compl\u00e8tement perdu ses p\u00e9riph\u00e9ries externes, car 14 r\u00e9publiques non russes de l\u2019Union l\u2019ont quitt\u00e9e et ont proclam\u00e9 l\u2019ind\u00e9pendance \u2013 toutes celles qui, selon la Constitution sovi\u00e9tique, avaient ce droit. Cela signifiait une perte de territoires, sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019histoire de la Russie, d\u2019une surface de 5,3 millions de km2. Mais, comme le constate Boris Rodoman, un \u00e9minent scientifique qui a cr\u00e9\u00e9 l\u2019\u00e9cole russe de la g\u00e9ographie th\u00e9orique, aujourd\u2019hui aussi \u00abla Russie est un empire militaro-colonial, vivant au prix d\u2019un gaspillage effr\u00e9n\u00e9 des ressources naturels et humaines, un pays de d\u00e9veloppement extensif, dans lequel l\u2019utilisation extr\u00eamement dilapidatrice et co\u00fbteuse de la terre et de la nature est un ph\u00e9nom\u00e8les relations mutuellesne courant\u00bb. Dans ce domaine, de m\u00eame qu\u2019en ce qui concerne les migrations des populations, \u00ables relations mutuelles entre les groupes ethniques, entre les habitants et les migrants dans diverses r\u00e9gions, entre les autorit\u00e9s \u00e9tatiques et la population, les traits \u201cclassiques\u201d caract\u00e9ristiques du colonialisme restent vifs, comme dans le pass\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>La Russie est rest\u00e9e un \u00c9tat plurinational. Elle int\u00e8gre 21 r\u00e9publiques de peuples non russes, s\u2019\u00e9tendant sur pr\u00e8s de 30 % de son territoire. Rodoman \u00e9crit : \u00abDans notre pays nous avons un groupe ethnique, portant son nom et lui fournissant la langue officielle, ainsi qu\u2019un grand nombre d\u2019autres groupes ethniques ; certains d\u2019entre eux disposent d\u2019une autonomie nationale-territoriale, mais n\u2019ont pas le droit de quitter cette pseudo-f\u00e9d\u00e9ration, c\u2019est-\u00e0-dire sont contraints d\u2019y rester. De plus en plus souvent la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019existence des unit\u00e9s administratives distinctes selon les crit\u00e8res ethniques est remise en cause ; le processus de leur liquidation a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 par celle des districts autonomes. Pourtant presque aucun peuple non russe n\u2019a commenc\u00e9 \u00e0 habiter en Russie \u00e0 la suite d\u2019une migration ; eux ne se sont pas r\u00e9install\u00e9s dans un \u00c9tat russe d\u00e9j\u00e0 existant \u2013 au contraire, ce sont des peuples conquis par cet \u00c9tat, repouss\u00e9s, partiellement extermin\u00e9s, assimil\u00e9es ou priv\u00e9s de leur \u00c9tat. Dans un tel contexte historique les autonomies nationales, m\u00eame ind\u00e9pendamment du fait \u00e0 quel point elles sont r\u00e9elles et \u00e0 quel point seulement nominales, doivent \u00eatre per\u00e7ues comme une compensation morale pour les groupes ethniques qui ont subi le \u201ctraumatisme de la subjugation\u201d. Dans notre pays les petits peuples ne poss\u00e9dant pas d\u2019autonomie nationale, ou priv\u00e9s d\u2019elle, disparaissent rapidement (par ex. les Vepses et les Chors). Les groupes ethniques autochtones, au d\u00e9but de la p\u00e9riode sovi\u00e9tique, \u00e9taient majoritairement dans l\u2019autonomie. Ils sont aujourd\u2019hui minoritaires du fait de la colonisation, li\u00e9e \u00e0 l\u2019appropriation des ressources naturelles, des grands travaux, de l\u2019industrialisation et de la militarisation.<\/p>\n<p>L\u2019am\u00e9nagement des \u201cfriches\u201d, la construction de certains ports et centrales nucl\u00e9aires dans les r\u00e9publiques baltes etc. n\u2019avaient pas seulement des raisons \u00e9conomiques, mais avaient aussi pour but la russification des r\u00e9gions frontali\u00e8res de l\u2019Union sovi\u00e9tique. Apr\u00e8s son effondrement, les conflits militaires dans le Caucase, dont les peuples sont pris en otages de la politique imp\u00e9riale du \u201cdiviser pour mieux r\u00e9gner\u201d, sont des guerres typiques pour pr\u00e9server les colonies dans un empire qui se d\u00e9sint\u00e8gre.<\/p>\n<p>L\u2019extension de sa sph\u00e8re d\u2019influence, dont l\u2019int\u00e9gration des parties de l\u2019ex-URSS, est aujourd\u2019hui une priorit\u00e9 de la politique \u00e9trang\u00e8re russe. Aux XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, dans la Russie tsariste, les tribus nomades faisaient all\u00e9geance et ainsi leurs terres devenaient automatiquement russes ; la Russie post-sovi\u00e9tique distribue aux habitants des pays frontaliers des passeports russes\u2026\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Restauration de l\u2019imp\u00e9rialisme capitaliste<\/strong><br \/>\nLa restauration du capitalisme en Russie a partiellement compl\u00e9t\u00e9 et partiellement remplac\u00e9 les monopoles extra-\u00e9conomiques, affaiblis et tronqu\u00e9s apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de l\u2019URSS, par un puissant monopole du capital financier soud\u00e9 avec l\u2019appareil \u00e9tatique. L\u2019imp\u00e9rialisme russe reconstruit sur cette base reste un ph\u00e9nom\u00e8ne indissociablement int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur, op\u00e9rant des deux c\u00f4t\u00e9s des fronti\u00e8res de la Russie, qui recommencent \u00e0 \u00eatre mouvantes. Les autorit\u00e9s russes ont construit une m\u00e9ga-corporation \u00e9tatique, qui aura le monopole de la colonisation int\u00e9rieure de la Sib\u00e9rie orientale et de l\u2019Extr\u00eame-Orient. Ces r\u00e9gions poss\u00e8dent des champs du p\u00e9trole et d\u2019autres grandes richesses. Elles ont un acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9 aux nouveaux march\u00e9s mondiaux en Chine et dans l\u2019h\u00e9misph\u00e8re occidental.<\/p>\n<p>Les deux r\u00e9gions mentionn\u00e9es risquent de partager le sort de la Sib\u00e9rie occidentale. \u00abLe centre f\u00e9d\u00e9ral garde pour lui quasiment tous les revenus du p\u00e9trole de l\u2019ouest sib\u00e9rien, ne donnant m\u00eame pas \u00e0 la Sib\u00e9rie occidentalLe malheur, comme d\u2019habitude, n\u2019est pas la colonisation, mais le colonialisme\u00bb, car \u00abc\u2019est l\u2019exploitation \u00e9conomique et non l\u2019am\u00e9nagement et le d\u00e9veloppement du territoire qui est le but de la corporation mentionn\u00e9e.\u00bb \u00abEssentiellement cela revient \u00e0 admettre que dans le pays, au plus haut niveau de l\u2019\u00c9tat, le colonialisme r\u00e8gne. La ressemblance de cette corporation avec la Compagnie britannique des Indes orientales et avec les autres compagnies coloniales europ\u00e9ennes des XVIIe-XIXe si\u00e8cles est si \u00e9vidente que cela pourrait \u00eatre dr\u00f4le.\u00bb (21)<\/p>\n<p>Il y a un an, le soul\u00e8vement massif des Ukrainiens sur le Ma\u00efdan de Kiev, couronn\u00e9 par le renversement du r\u00e9gime de Ianoukovitch, constituait une tentative de l\u2019Ukraine de rompre d\u00e9finitivement le rapport colonial l\u2019attachant historiquement \u00e0 la Russie. On ne peut comprendre l\u2019actuelle crise ukrainienne \u2013 l\u2019annexion de la Crim\u00e9e, la r\u00e9bellion s\u00e9paratiste dans le Donbass et l\u2019agression russe contre l\u2019Ukraine \u2013 si l\u2019on ne comprend pas que la Russie est encore et toujours une puissance imp\u00e9rialiste.<\/p>\n<hr style=\"height: 1px;background-color: gray\" \/>\n<p><em>Cet article a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en polonais dans Le Monde diplomatique \u2013 \u00e9dition polonaise, n\u00b0 11 (105), novembre 2014, et en fran\u00e7ais dans le journal \u00e9lectronique Mediapart, le 17 d\u00e9cembre 2014, traduit du polonais par Jan Malewski.<\/em><\/p>\n<p><em>Zbigniew Marcin Kowalewski, r\u00e9dacteur en chef adjoint de l\u2019\u00e9dition polonaise du Monde diplomatique, est auteur de plusieurs travaux sur l\u2019histoire de la question nationale ukrainienne, publi\u00e9s entre autres par l\u2019Acad\u00e9mie nationale des sciences de l\u2019Ukraine.<\/em><\/p>\n<p>On peut consulter d\u2019autres articles du m\u00eame auteur publi\u00e9s dans M\u00e9diapart :<br \/>\n<a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/edition\/les-invites-de-mediapart\/article\/270314\/ukraine-le-printemps-des-peuples-est-arrive-en-europe\">http:\/\/blogs.mediapart.fr\/edition\/les-invites-de-mediapart\/article\/270314\/ukraine-le-printemps-des-peuples-est-arrive-en-europe<\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/stefan-bekier\/210514\/des-militants-ouvriers-ukrainiens-sur-la-situation-dans-le-donbass\">http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/stefan-bekier\/210514\/des-militants-ouvriers-ukrainiens-sur-la-situation-dans-le-donbass<\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/edition\/les-invites-de-mediapart\/article\/300614\/ukraine-des-gardes-blancs-russes-dans-le-donbass\">http:\/\/blogs.mediapart.fr\/edition\/les-invites-de-mediapart\/article\/300614\/ukraine-des-gardes-blancs-russes-dans-le-donbass<\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/stefan-bekier\/170914\/contre-limperialisme-russe-et-les-oligarques-ukrainiens\">http:\/\/blogs.mediapart.fr\/blog\/stefan-bekier\/170914\/contre-limperialisme-russe-et-les-oligarques-ukrainiens<\/a><br \/>\n________<br \/>\n1. S.A. Nikolski, \u00abRousskie kak imperski narod\u00bb, Polititcheska\u00efa Kontseptologia n\u00b0 1, 2014, pp. 42-43.<br \/>\n2. M.N. Pokrovski, Istoritcheska\u00efa nauka i bor\u00b4ba klassov, Moscou-Leningrad : Sotsekizd, 1933, vol. I, s. 284.<br \/>\n3. A.M. Doubrovski, Istorik i vlast\u00b4, Briansk : Izd. Brianskogo Gosoudarstvennogo Universiteta, 2005, s. 238, 315-335.<br \/>\n4. Cf. J. Haldon, <em>The State and the Tributary Mode of Production<\/em>, London-New York : Verso, 1993 ; Iou.I. Semenov, <em>Politarny (\u2018aziatski\u2019) sposob pro\u00efzvodstva : Souchtchnost\u00b4 i mesto v istorii tchelovetchestva i Rossii<\/em>, Moscou : Librokom 2011.<br \/>\n5. A. Etkind, <em>Internal Colonization : Russian Imperial Experience<\/em>, Cambridge \u2013 Malden : Polity Press, 2011, p. 24, 26, 250-251.<br \/>\n6. V.I. L\u00e9nine, <em>Polnoe sobranie sotchineni<\/em>, Moscou : Izd. Polititchesko\u00ef Literatoury, 1969, 1973, vol. XXVI, p. 318; vol. XXVII, p. 378; vol. XXX, p. 174.<br \/>\n7. L. Trotsky, <em>Histoire de la R\u00e9volution russe<\/em>, Paris : Seuil, 1967, vol. I, p. 53.<br \/>\n8. G. Safarov, <em>Kolonialna\u00efa revoloutsia<\/em> : Opyt Turkestana, Moscou : Gosizdat, 1921.<br \/>\n9. M. Tukhatchevski, Vo\u00efna klassov, Moscou : Gosizdat, 1921, pp. 50-59. En anglais : M. Tukhachevsky, \u00ab Revolution from Without \u00bb, New Left Review, n\u00b0 55, 1969.<br \/>\n10. S. Mazlakh, V. Shakhrai, <em>On the Current Situation in the Ukraine<\/em>, Ann Arbor : University of Michigan Press, 1970.<br \/>\n11. L. Trotsky, Staline, <em>Saint-P\u00e9tersbourg : Lenizdat<\/em>, 2007, vol. II, p. 189.<br \/>\n12. A. Etkind, D. Uffelmann, I. Koukouline (\u00e9ds.), <em>Tam, vnoutri : Praktiki vnoutrenne\u00ef kolonizacii v koultourno\u00ef istorii Rossii<\/em>, Moscou : Novo\u00efe Literatourno\u00efe Obozreniie, 2012, p. 29.<br \/>\n13. Cf. D.R. Roediger, <em>The Wages of Whiteness : Race and the Making of American Working Class,<\/em> London-New York : Verso, 2007.<br \/>\n14. J. Hasanli, <em>At the Dawn of the Cold War : The Soviet-American Crisis over Iranian Azerbaijan<\/em>, 1941-1946, Lanham-New York : Rowman and Littlefield, 2006 ; idem, <em>Stalin and the Turkish Crisis of the Cold War<\/em>, 1945-1953, Lanham-New York : Lexington Books, 2011.<br \/>\n15. D. Logan [J. van Heijenoort], \u00abThe Eruption of Bureaucratic Imperialism\u00bb, <em>The New International<\/em>, vol. XII, n\u00b0 3, 1946, pp. 74, 76.<br \/>\n16. V. Dedijer, <em>Novi prilozi za biografiju Josipa Broza Tita<\/em>, Rijeka : Liburnija, 1981, t. I, p. 434.<br \/>\n17. J. Broz Tito, \u00abH kritiki stalinizma\u00bb, \u010casopis za Kritiko Znanosti, Domi\u0161ljijo in <em>Novo Antropologijo<\/em>, vol. VIII, n\u00b0 39\/40, 1980, pp. 157-164, 172-185.<br \/>\n18. V.M. Zubok, \u00abThe Mao-Khrushchev Conversations, 31 July-3 August 1958 and 2 October 1959\u00bb, <em>Cold War International History Project Bulletin<\/em>, n\u00b0 12-13, 2001, p. 254.<br \/>\n19. B. Doktorov, \u00ab Cheregui F.E. : \u201cTogda \u00efa prichel k vyvodou : SSSR sto\u00eft pered raspadom\u2019 \u00bb, <em>Teleskop : Journal Sotsiologitcheskikh i Marketingovykh Issledovani<\/em>, n\u00b0 5 (65), 2007, pp. 10-11.<br \/>\n20. B.B. Rodoman, \u00ab Vnoutrenny kolonializm v sovremenno\u00ef Rossii \u00bb, in T.I. Zaslavska\u00efa (\u00e9d.), <em>Kouda idet Rossia ? Sots\u00efalna\u00efa transformatsi\u00efa postsovetskogo prostranstva<\/em>, Moscou, Aspekt-Press, 1996, p. 94 ; idem, \u00ab Strana permanentnogo kolonializma \u00bb, Zdravy Smysl, n\u00b0 1 (50), 2008\/2009, p. 38.<br \/>\n21. A. Efimov, \u00ab Ost-Rossi\u00efska\u00efa kompania \u00bb, Lenta.ru, 23 avril 2012.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sergue\u00ef Nikolski, philosophe russe sp\u00e9cialiste de la culture, affirme que peut-\u00eatre la pens\u00e9e la plus importante pour les Russes \u00abdepuis la chute de Byzance jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui est l\u2019id\u00e9e de l\u2019empire et qu\u2019ils sont une nation imp\u00e9riale. 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