{"id":25,"date":"2008-04-30T16:52:15","date_gmt":"2008-04-30T16:52:15","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2008\/04\/30\/le-mouvement-ouvrier-international-histoire-et-ideologies-par-dan-gallin-2003\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:06","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:06","slug":"le-mouvement-ouvrier-international-histoire-et-ideologies-par-dan-gallin-2003","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2008\/04\/30\/le-mouvement-ouvrier-international-histoire-et-ideologies-par-dan-gallin-2003\/","title":{"rendered":"Le mouvement ouvrier international, histoire et id\u00e9ologies \u2013 par Dan Gallin (2003)"},"content":{"rendered":"<p>Conf\u00e9rence du Centre Praxis : \u00ab The Anti-Totalitarian Left : Between Past and Future \u00bb, Moscou, 21-22 juin 2003 &#8211; intervention de Dan Gallin, Global Labour Institute<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\nChers amis et camarades,<br \/>\nJe voudrais commencer par vous f\u00e9liciter pour l\u2019organisation de cette conf\u00e9rence et, plus encore, pour tout le travail que vous avez effectu\u00e9 depuis quatre ou cinq ans. La cr\u00e9ation de la Biblioth\u00e8que Victor Serge et du Centre Praxis, la publication en russe des M\u00e9moires d\u2019un r\u00e9volutionnaire sont d\u2019admirables r\u00e9ussites dans une situation mat\u00e9rielle et politique bien difficile.<br \/>\nAvoir choisi Victor Serge comme r\u00e9f\u00e9rence est d\u00e9j\u00e0 un d\u00e9fi. L\u2019Histoire retient Victor Serge comme un repr\u00e9sentant de la gauche telle qu\u2019elle aurait toujours d\u00fb \u00eatre : une personne int\u00e8gre, incorruptible et sans peur, aux objectifs toujours clairs, \u00e0 l\u2019instinct politique s\u00fbr et non sectaire, avec une vaste exp\u00e9rience du mouvement r\u00e9volutionnaire de son temps et le don de communiquer tout cela dans un langage clair et simple. Ces qualit\u00e9s, nous en avons un urgent besoin dans le mouvement ouvrier d\u2019aujourd\u2019hui ; prendre Victor Serge pour r\u00e9f\u00e9rence, c\u2019est nous poser un d\u00e9fi \u00e0 nous-m\u00eames.<br \/>\nLe second d\u00e9fi concerne bien s\u00fbr nos adversaires, voire nos ennemis. Nous en avons beaucoup, c\u2019est les m\u00eames que Victor Serge devait affronter en son temps. Ils sont dans le mouvement \u2013 ce sont les bureaucrates qui nous r\u00e9priment, les r\u00e9sidus du stalinisme notamment \u2013 et hors du mouvement \u2013 nos ennemis de classe, plus puissants aujourd\u2019hui que jamais.<br \/>\nVictor Serge fait partie de notre histoire ; et contrairement \u00e0 l\u2019id\u00e9e re\u00e7ue, l\u2019Histoire ne concerne pas le pass\u00e9, elle concerne l\u2019avenir. L\u2019Histoire est la somme des luttes, des controverses, des sacrifices et du travail des milliers de personnes qui ont forg\u00e9 notre mouvement, qui ont fait son identit\u00e9, qui lui ont donn\u00e9 ses valeurs. L\u2019Histoire cr\u00e9e l\u2019identit\u00e9 et les valeurs, c\u2019est pourquoi elle concerne l\u2019avenir. Les organisations et les mouvements ont besoin de racines pour cro\u00eetre. Ils ne peuvent comprendre ce qu\u2019ils sont ni o\u00f9 ils vont s\u2019ils ne cherchent pas \u00e0 comprendre leur pass\u00e9 et leurs origines : c\u2019est seulement alors que l\u2019objectif final devient clair.<br \/>\nVoil\u00e0 pourquoi le th\u00e8me de notre r\u00e9union est parfaitement ad\u00e9quat : nous nous trouvons entre pass\u00e9 et futur, et tous deux sont li\u00e9s \u2013 le pr\u00e9sent n\u2019est qu\u2019un instant.<br \/>\nVous m\u2019avez demand\u00e9 de parler du mouvement ouvrier international et de la gauche. On peut dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une seule et m\u00eame chose ; historiquement, ils sont en effet \u00e9troitement li\u00e9s. Mais il nous faut examiner les tentatives qui ont \u00e9t\u00e9 faites pour s\u00e9parer le mouvement ouvrier organis\u00e9, les syndicats, de la gauche, et comprendre leur importance. La derni\u00e8re tentative, la plus importante, s\u2019est produite ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es dans les soci\u00e9t\u00e9s post-staliniennes, o\u00f9 la notion de gauche avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9e et compromise par le stalinisme.<br \/>\nTr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ralement dit, il y a quatre p\u00e9riodes dans l\u2019histoire du mouvement ouvrier international : la premi\u00e8re va des origines \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale ; la deuxi\u00e8me couvre l\u2019entre-deux-guerres ; la troisi\u00e8me va depuis la fin de la Deuxi\u00e8me Guerre jusqu\u2019\u00e0 la chute du syst\u00e8me politique stalinien ; et la derni\u00e8re, c\u2019est la p\u00e9riode actuelle du capitalisme \u00ab globalis\u00e9 \u00bb.<br \/>\nLa premi\u00e8re p\u00e9riode est celle de la mont\u00e9e du mouvement ouvrier, celle de la Premi\u00e8re et de la Deuxi\u00e8me Internationales, qui ont jet\u00e9 les fondements du mouvement. La d\u00e9faite de la Commune de Paris et la division entre anarchistes et marxistes ont sonn\u00e9 le glas de la Premi\u00e8re Internationale : mais quelques ann\u00e9es plus tard la Deuxi\u00e8me Internationale reprenait le flambeau. Les mouvements socialistes et syndicaux \u00e9taient \u00e9troitement li\u00e9s entre eux et gagn\u00e8rent en force. Des partis socialistes de masse apparurent en Europe centrale et occidentale, ainsi que des organisations anarcho-syndicalistes fortes en Europe du Sud. La campagne pour le Premier Mai donna sa coh\u00e9sion internationale au mouvement.<br \/>\nCette p\u00e9riode connut une fin abrupte le 1er ao\u00fbt 1914. On a beaucoup \u00e9crit sur l\u2019effondrement politique du mouvement ouvrier face \u00e0 la mont\u00e9e du nationalisme, ce jour-l\u00e0, et je n\u2019ai pas de nouvelle explication \u00e0 proposer, ni d\u2019analyse passe-partout. L\u2019interpr\u00e9tation usuelle, qui combine des facteurs subjectifs et sociologiques (\u00ab la trahison des directions r\u00e9formistes \u00bb), n\u2019explique pas tout. Elle n\u2019explique pas, par exemple, pourquoi la direction syndicaliste-r\u00e9volutionnaire de la CGT fran\u00e7aise s\u2019\u00e9croula de la m\u00eame mani\u00e8re que celles de partis de masse socialistes au marxisme orthodoxe. Elle n\u2019explique pas non plus comment de grands dirigeants et de grands penseurs se chang\u00e8rent soudain en froussards et en collaborateurs, et pourquoi ceux qui r\u00e9sist\u00e8rent se comptent sur les doigts de la main.<br \/>\nIl est \u00e9vident que le mouvement n\u2019\u00e9tait juste pas assez fort \u2013 en mati\u00e8re id\u00e9ologique, politique, culturelle, comme en mati\u00e8re d\u2019organisation. Les r\u00e9solutions contre la guerre solennellement adopt\u00e9es lors de congr\u00e8s socialistes internationaux, comme \u00e0 celui de B\u00e2le en 1912, s\u2019av\u00e9r\u00e8rent vaines. R\u00e9fl\u00e9chissons s\u00e9rieusement au pourquoi de cette situation. Sans doute avait-on gravement sous-estim\u00e9 la force du nationalisme et la capacit\u00e9 des classes dirigeantes de le manipuler \u00e0 leur avantage. Cela s\u2019est \u00e9galement pass\u00e9 plus tard, dans d\u2019autres circonstances, cela continue de se passer aujourd\u2019hui.<br \/>\nDans notre camp, le probl\u00e8me n\u2019est pas d\u2019avoir surestim\u00e9 nos forces. L\u00e9nine et Trotski, au cours de leurs nuits blanches au palais Smolny, se disaient l\u2019un \u00e0 l\u2019autre : \u00ab si l\u2019Europe occidentale ne fait pas elle aussi sa r\u00e9volution, nous sommes fichus \u00bb. Ils r\u00e9alisaient que m\u00eame s\u2019ils gagnaient la guerre en Russie, la r\u00e9volution n\u2019y survivrait pas, \u00e0 moins qu\u2019elle ne s\u2019\u00e9tende \u00e0 l\u2019Europe occidentale. Nous savons bien que ce n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas. Ce qui s\u2019est pass\u00e9, c\u2019est qu\u2019on a remplac\u00e9 la force r\u00e9elle par le volontarisme, et que la faiblesse de l\u2019option r\u00e9volutionnaire a ouvert la voie au stalinisme.<br \/>\nLa p\u00e9riode suivante, en gros depuis la R\u00e9volution russe jusqu\u2019au d\u00e9but de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, est marqu\u00e9e par la division douloureuse et de plus en plus insurmontable entre les mouvements socialistes et communistes. Tr\u00e8s vite, les tentatives de r\u00e9tablir l\u2019unit\u00e9 de la gauche aboutirent \u00e0 une impasse. La suppression de la gauche non bolchevique en Russie, suivie de la suppression des tendances organis\u00e9es au sein du parti bolchevique, l\u2019invasion et l\u2019occupation de la G\u00e9orgie socialiste, la stalinisation des partis communistes apr\u00e8s 1926 et, finalement, l\u2019extermination de toute forme d\u2019opposition dans les ann\u00e9es 1930 rendirent toute r\u00e9conciliation impossible. Les politiques antifascistes, de Front populaire et de front \u00ab unique \u00bb mises en avant par les partis communistes se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent \u00eatre de pures man\u0153uvres tactiques, appliqu\u00e9es ou non selon les besoins de la politique ext\u00e9rieure de l\u2019URSS. L\u2019intervention de Staline dans la guerre civile d\u2019Espagne d\u00e9montra que la seule unit\u00e9 que pouvaient accepter les partis communistes \u00e9tait celle qu\u2019ils contr\u00f4laient totalement.<br \/>\nLa d\u00e9faite en Espagne et la suppression de la CNT pendant quarante ans mirent aussi fin au syndicalisme r\u00e9volutionnaire comme force signifiante dans le mouvement ouvrier international.<br \/>\nC\u2019est alors que les grandes questions sur la nature et l\u2019identit\u00e9 de la gauche commenc\u00e8rent \u00e0 \u00eatre formul\u00e9es ; elles s\u2019articulent toutes autour de la nature du stalinisme comme syst\u00e8me social et politique. En 1929 d\u00e9j\u00e0, Karl Kautsky mettait en question la nature socialiste de l\u2019URSS, relevant que l\u2019\u00c9tat y \u00e9tait contr\u00f4l\u00e9 par une clique au pouvoir qui poss\u00e9dait collectivement les moyens de production parce qu\u2019elle poss\u00e9dait l\u2019\u00c9tat. Dans ce contexte, Kautsky observait au sujet des nationalisations que les socialistes et les communistes avaient en commun le mot, non la notion. Par rapport aux objectifs finals, ils n\u2019avaient rien en commun.<br \/>\nSur ce point-l\u00e0, Kautsky avait mieux compris le probl\u00e8me que Trotski, qui affirma jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie que l\u2019URSS avait quelque chose de socialiste, en raison de la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production par l\u2019\u00c9tat, que c\u2019\u00e9tait un \u00ab \u00c9tat ouvrier d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 \u00bb.<br \/>\nDans les ann\u00e9es 1940, un certain nombre de th\u00e9oriciens marxistes reprirent la question l\u00e0 o\u00f9 Kautsky l\u2019avait formul\u00e9e. La plupart d\u2019entre eux provenaient de la tradition trotskiste : Max Shachtman et Joe Carter aux \u00c9tats-Unis, CLR James et Tony Cliff en Grande-Bretagne, Cornelius Castoriadis en France ; Milovan Djilas, lui, provenait du stalinisme yougoslave. Le d\u00e9nominateur commun de toutes leurs analyses \u00e9tait le suivant : l\u2019URSS (et les \u00c9tats form\u00e9s sur son mod\u00e8le) repr\u00e9sentait une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 de classes, fond\u00e9e sur la propri\u00e9t\u00e9 collective des moyens de production d\u00e9tenue par une nouvelle classe dirigeante, par le biais du contr\u00f4le qu\u2019elle exer\u00e7ait sur l\u2019\u00c9tat ; cette classe dirigeante se maintenait au pouvoir par la r\u00e9pression militaire et polici\u00e8re, ayant un contr\u00f4le total sur tous les aspects de la vie sociale. Dans ce syst\u00e8me, les membres de la classe ouvri\u00e8re sont doublement opprim\u00e9s : en tant que citoyens, par l\u2019\u00c9tat policier, et en tant que travailleurs, par les institutions de gestion du travail contr\u00f4l\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, baptis\u00e9es \u00ab syndicats \u00bb. Ici aussi, pourrait-on dire, on a en commun le mot, pas la notion.<br \/>\nCes discussions se situaient au milieu d\u2019une catastrophe historique d\u2019une dimension in\u00e9gal\u00e9e. Le fascisme avait balay\u00e9 le mouvement ouvrier organis\u00e9 dans la plupart des pays d\u2019Europe : en Italie et au Portugal d\u2019abord, puis en Allemagne et en Autriche, ensuite en Espagne et, lorsque les arm\u00e9es allemandes occup\u00e8rent la presque totalit\u00e9 du continent, partout sauf en Grande-Bretagne et dans quelques pays neutres ou non occup\u00e9s. Le Bund juif fut d\u00e9truit en m\u00eame temps que la population qui lui donnait son soutien. Le stalinisme avait contribu\u00e9 \u00e0 la destruction de la gauche ind\u00e9pendante en Europe et extermin\u00e9 des centaines de milliers de socialistes, d\u2019anarchistes et de communistes en Russie m\u00eame, puis dans les pays occup\u00e9s d\u2019Europe centrale et orientale.<br \/>\nVictor Serge d\u00e9crit tr\u00e8s bien cette p\u00e9riode, dans ses m\u00e9moires et dans plusieurs de ses romans : L\u2019Affaire Toulaev, S\u2019il est minuit dans le si\u00e8cle, Les Derniers Temps.<br \/>\nPersonne \u00e0 ce jour n\u2019a pu \u00e9tablir de statistique fiable sur les pertes de la gauche au cours des trente ans qui ont suivi la R\u00e9volution russe, mais nous pouvons affirmer sans risque d\u2019erreur que deux g\u00e9n\u00e9rations environs de militants et de responsables ont disparu pendant cette p\u00e9riode, plus au Portugal ou en Espagne o\u00f9 le fascisme a s\u00e9vi plus longtemps, plus en Europe de l\u2019Est pendant quarante ans de stalinisme, ou sur le territoire de l\u2019ancienne URSS pendant soixante-dix ans de stalinisme.<br \/>\nCela nous am\u00e8ne \u00e0 la quatri\u00e8me p\u00e9riode, l\u2019apr\u00e8s-guerre. Le mouvement ouvrier socialiste est sorti de la guerre superficiellement victorieux, mais de fait fortement affaibli par ses pertes, et bien plus d\u00e9pendant de l\u2019\u00c9tat qu\u2019il ne l\u2019avait \u00e9t\u00e9 avant la guerre. Cela tenait en partie aux alliances qu\u2019il avait conclues pendant la guerre avec les Alli\u00e9s, en partie \u00e0 sa faiblesse objective dans une situation de reconstruction \u00e9conomique, en partie au fait que la plupart des gouvernements de l\u2019apr\u00e8s-guerre, dans les grands pays industrialis\u00e9s, \u00e9taient soit socialistes soit favorables aux revendications sociales, et dispos\u00e9s \u00e0 soutenir un mouvement ouvrier l\u00e9galiste.<br \/>\nQuant au mouvement communiste, au sortir de la guerre il \u00e9tait d\u2019abord tr\u00e8s fort, c\u2019\u00e9tait une force dominante en France et en Italie, mais influent aussi ailleurs en Europe o\u00f9 il profitait de son prestige dans la R\u00e9sistance (\u00e0 laquelle il s\u2019\u00e9tait ralli\u00e9 en 1941 seulement, lorsque l\u2019Allemagne nazie attaqua l\u2019URSS) et du prestige de l\u2019URSS, la principale puissance terrestre en Europe \u00e0 avoir d\u00e9fait l\u2019Allemagne nazie.<br \/>\nEn Europe de l\u2019Est, o\u00f9 le mouvement ouvrier n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 fort (\u00e0 l\u2019exception de la Tch\u00e9coslovaquie), les survivants de la gauche socialiste et ind\u00e9pendante et des cadres communistes dissidents disparurent rapidement dans les prisons et les camps de travail du KGB. Les syndicats furent dissous de force et remplac\u00e9s par des organisations \u00e9tatiques de contr\u00f4le du travail.<br \/>\nLa guerre froide devint alors la nouvelle r\u00e9alit\u00e9 politique mondiale. Les deux superpuissances d\u00e9ployaient des ressources financi\u00e8res et politiques gigantesques pour enr\u00f4ler le mouvement ouvrier dans leur bloc. Le mouvement ouvrier se polarisa, et la position de tous ceux qui cherchaient \u00e0 maintenir un mouvement ind\u00e9pendant fond\u00e9 sur un int\u00e9r\u00eat de classe ind\u00e9pendant devint fort difficile.<br \/>\nJe crois que c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que nous avons perdu temporairement la bataille pour l\u2019identit\u00e9 de la gauche. La perspicacit\u00e9 de ceux qui avaient analys\u00e9 l\u2019URSS en termes marxistes comme une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 de classes, et qui avaient jug\u00e9 que le stalinisme, tout anticapitaliste qu\u2019il soit, n\u2019\u00e9tait certainement pas socialiste aux sens usuels du terme, \u00e9tait le fait d\u2019une minorit\u00e9. Elle a eu une certaine influence dans le mouvement ouvrier, peut-\u00eatre plus que ce qui est g\u00e9n\u00e9ralement per\u00e7u, mais elle n\u2019a pas domin\u00e9 le d\u00e9bat politique.<br \/>\nLe d\u00e9bat a \u00e9t\u00e9 domin\u00e9 par les conservateurs et les staliniens. La machine de propagande stalinienne a entonn\u00e9 le m\u00eame refrain pendant quarante ans : l\u2019URSS et le bloc qu\u2019elle contr\u00f4lait \u00e9taient des \u00ab pays socialistes \u00bb \u2013 et m\u00eame les pays du \u00ab socialisme r\u00e9ellement existant \u00bb, \u00e0 la diff\u00e9rence des vari\u00e9t\u00e9s irr\u00e9elles et inexistantes que certains d\u2019entre nous cherchaient \u00e0 proposer s\u00e9rieusement. Dans les meetings staliniens, o\u00f9 flottaient les drapeaux rouges, on chantait l\u2019Internationale, et les \u00ab syndicats \u00bb staliniens cherchaient \u00e0 se faire une place sur la sc\u00e8ne internationale par une trahison s\u00e9mantique.<br \/>\nCette vision du mouvement communiste comme vari\u00e9t\u00e9 acceptable du socialisme et non comme une rupture de fond avec son projet d\u2019origine devint de plus en plus populaire apr\u00e8s la guerre. Cela se passa de plusieurs fa\u00e7ons : en cultivant le mythe de la R\u00e9volution d\u2019octobre et de l\u2019URSS comme l\u2019incarnation des valeurs de cette r\u00e9volution ; en cachant et en oblit\u00e9rant les r\u00e9alit\u00e9s de la vie des travailleurs en URSS et dans les territoires occup\u00e9s, en taxant les informations objectives de \u00ab propagande ennemie \u00bb ; en corrompant des leaders d\u2019opinion occidentaux, \u00e9crivains, artistes, journalistes, hommes politiques, syndicalistes, m\u00eame des non communistes, avec un \u00e9ventail d\u2019arguments allant des plus primitifs aux plus subtils ; en intimidant l\u2019opposition de gauche ou au sein de la gauche.<br \/>\nUne difficult\u00e9 suppl\u00e9mentaire pour les socialistes qui affrontaient cette situation, c\u2019\u00e9tait le fait que beaucoup de membres des grands partis communistes, en France et en Italie notamment, avaient adh\u00e9r\u00e9 au Parti en croyant sinc\u00e8rement qu\u2019ils entraient dans un mouvement socialiste, pour les m\u00eames raisons que d\u2019autres \u2014 ou eux-m\u00eames dans d\u2019autres circonstances \u2014 adh\u00e8rent \u00e0 un parti socialiste ou social-d\u00e9mocrate. De fait, la plupart des communistes \u00ab de base \u00bb pensaient faire partie d\u2019un mouvement plus radical et plus coh\u00e9rent que n\u2019importe quel autre courant socialiste.<br \/>\nIl a fallu plusieurs chocs pour secouer ces militants et pour qu\u2019ils voient au travers du tissu de d\u00e9sillusions et de mensonges qui les avait aveugl\u00e9s. Les exp\u00e9riences de la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019avant-guerre (les proc\u00e8s de Moscou, le pacte Hitler-Staline) avaient \u00e9t\u00e9 en grande partie oblit\u00e9r\u00e9es par la guerre, et il a fallu des exp\u00e9riences comme la r\u00e9volution hongroise de 1956 ou la r\u00e9pression du mouvement de r\u00e9formes en Tch\u00e9coslovaquie en 1968 pour que des membres de partis communistes comprennent la nature de ce mouvement et quittent le Parti.<br \/>\nLa propagande conservatrice de la droite soutint activement le d\u00e9tournement de la terminologie et des symboles du socialisme : elle avait tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que le socialisme soit identifi\u00e9 au stalinisme pour discr\u00e9diter l\u2019id\u00e9e socialiste gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 stalinienne.<br \/>\nEn m\u00eame temps, la gauche d\u00e9mocratique au sein du mouvement ouvrier avait largement abandonn\u00e9 le champ de bataille id\u00e9ologique. En premier lieu, les partis socialistes avaient affaibli leur identit\u00e9 au cours des ann\u00e9es, \u00e9moussant leurs origines et leurs projets socialistes en faveur d\u2019un \u00ab capitalisme \u00e0 visage humain \u00bb. Dans ce processus, l\u2019Internationale socialiste \u00e9tait devenue essentiellement un club informel de leaders social-d\u00e9mocrates europ\u00e9ens et avait perdu son caract\u00e8re de r\u00e9f\u00e9rence id\u00e9ologique et d\u2019outil d\u2019organisation. Vis-\u00e0-vis de l\u2019URSS et de son bloc, elle d\u00e9fendait le renforcement de la coexistence : politique d\u2019accommodation plus que de confrontation, au fur et \u00e0 mesure que les politiques d\u2019Etat et les variantes de l\u2019Ostpolitik dict\u00e8rent de plus en plus la politique des partis socialistes.<br \/>\nDans le mouvement syndical, les \u00e9l\u00e9ments les plus dispos\u00e9s \u00e0 l\u2019affrontement, comme l\u2019AFL-CIO, faisaient campagne sur une base de droits humains \u00e9l\u00e9mentaires, sans plus d\u2019id\u00e9ologie. En mati\u00e8re d\u2019id\u00e9ologie, l\u2019AFL-CIO avait adopt\u00e9 une version am\u00e9ricaine de \u00ab l\u2019\u00e9conomie sociale de march\u00e9 \u00bb et ne cherchait aucunement \u00e0 d\u00e9fendre une gauche alternative.<br \/>\nLes syndicats socialistes en Europe avaient aussi cess\u00e9 d\u2019affirmer leur identit\u00e9 politique et id\u00e9ologique. Plusieurs facteurs expliquent cela. En premier lieu, la dilution de l\u2019id\u00e9ologie socialiste en politique, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 ; deuxi\u00e8mement, leur d\u00e9sir d\u2019int\u00e9grer les syndicats catholiques et de viser l\u2019unit\u00e9 au niveau europ\u00e9en, puis international ; troisi\u00e8mement, la m\u00eame confusion qu\u2019en politique entre la politique des \u00c9tats (avec la coexistence pacifique pour objectif) et la politique internationale du mouvement syndical, qui doit d\u00e9fendre un int\u00e9r\u00eat de classe. Dans les ann\u00e9es 1980 par cons\u00e9quent, bien peu de syndicats socialistes faisaient campagne contre le stalinisme, et certainement pas en pr\u00e9tendant repr\u00e9senter une gauche meilleure ou plus authentique. Au niveau international, l\u2019UITA a \u00e9t\u00e9 une des rares organisations qui ait essay\u00e9 de garder la ligne.<br \/>\nEnfin, la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me stalinien a \u00e9t\u00e9 fortement surestim\u00e9e. On estimait g\u00e9n\u00e9ralement que la coexistence serait une relation durable, et qu\u2019une convergence se produirait au cours des d\u00e9cennies. Personne ne s\u2019attendait \u00e0 ce que le syst\u00e8me s\u2019effondre comme il l\u2019a fait, ni aussi soudainement. M\u00eame ceux d\u2019entre nous qui croyaient qu\u2019il allait devoir s\u2019effondrer ne s\u2019y attendaient pas au moment o\u00f9 cela s\u2019est pass\u00e9, et cela a pris au d\u00e9pourvu le mouvement ouvrier, \u00e0 tous les niveaux : id\u00e9ologique, politique, organisationnel.<br \/>\nPour toutes ces raisons, le mouvement syndical d\u00e9mocratique n\u2019a pas su offrir une alternative politique aux travailleurs de l\u2019ancienne URSS et en Europe centrale et orientale, lorsque le mur de Berlin est tomb\u00e9 et que l\u2019URSS s\u2019est effondr\u00e9e. Au moment m\u00eame o\u00f9 son ennemi historique quittait la sc\u00e8ne couvert de honte, la social-d\u00e9mocratie n\u2019a pas su trouver une alternative. Largement en raison de la faiblesse id\u00e9ologique et politique de la social-d\u00e9mocratie en Occident, l\u2019ordre \u00e9conomique et social qui apparut en Europe de l\u2019Est apr\u00e8s le stalinisme n\u2019avait rien de socialiste, mais c\u2019\u00e9tait un capitalisme mafieux, d\u2019oligarques, avec un darwinisme social primitif pour toute id\u00e9ologie.<br \/>\nOn comprend ainsi que la r\u00e9action des syndicats naissants dans les \u00c9tats successeurs de l\u2019URSS et en Europe de l\u2019Est ait \u00e9t\u00e9 confuse. \u00c0 l\u2019Est comme \u00e0 l\u2019Ouest, l\u2019effondrement du stalinisme fut largement per\u00e7u comme une d\u00e9faite du socialisme, et de larges parts du nouveau mouvement syndical en Europe de l\u2019Est adopta un syndicalisme conservateur ou antisocialiste sous diff\u00e9rentes formes, voire des r\u00e9sidus de stalinisme dans certaines de leurs anciennes structures. La continuit\u00e9 avec le mouvement ouvrier d\u2019avant-guerre et d\u2019avant Staline est rompue, il n\u2019y a aucune tentative visible de tirer de cette p\u00e9riode une l\u00e9gitimit\u00e9 et une inspiration. La principale exception est en R\u00e9publique tch\u00e8que, o\u00f9 le socialisme historique s\u2019est r\u00e9tabli comme premier parti de gauche et o\u00f9 les syndicats s\u2019identifient largement \u00e0 lui.<br \/>\n\u00c0 l\u2019or\u00e9e du XXIe si\u00e8cle, la situation a de nouveau chang\u00e9. Le principal aspect de l\u2019\u00e9poque actuelle est l\u2019\u00e9mergence des nouveaux mouvements sociaux, de mouvements de protestation contre le capitalisme et la mondialisation domin\u00e9s par les soci\u00e9t\u00e9s transnationales. Ces mouvements savent former de puissantes coalitions, comme le Forum social mondial. Certains proviennent de traditions autoritaires, la plupart sont anti-autoritaires autant qu\u2019anti-capitalistes.<br \/>\nCes mouvements remplissent un vide laiss\u00e9 par le mouvement ouvrier depuis qu\u2019il a abandonn\u00e9 ses responsabilit\u00e9s et int\u00e9r\u00eats sociaux au sens large, et ils repr\u00e9sentent un nouvel enjeu pour le mouvement ouvrier international. Celui-ci va-t-il entrer dans une coalition avec ceux qui r\u00e9clament une \u00ab autre mondialisation \u00bb, sur une base anticapitaliste, ou va-t-il rester isol\u00e9 dans ses activit\u00e9s qui se r\u00e9sument \u00e0 du lobbying aupr\u00e8s des institutions financi\u00e8res internationales, de l\u2019Union europ\u00e9enne et d\u2019autres organisations intergouvernementales ?<br \/>\nLa p\u00e9riode que nous vivons est pleine de paradoxes. Le mouvement syndical international (essentiellement la CISL, les FSI et la CES) n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 uni comme actuellement au cours de toute son histoire ; en m\u00eame temps il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi d\u00e9sorient\u00e9, il n\u2019a jamais autant manqu\u00e9 de perspectives sociales. Il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi repr\u00e9sentatif aupr\u00e8s des institutions qu\u2019actuellement, mais il y a encore 90 % des travailleurs et travailleuses dans le monde qui ne sont pas syndiqu\u00e9s. Le capitalisme transnational en voie de mondialisation est triomphant et occupe la sc\u00e8ne internationale avec une arrogance imp\u00e9riale ; en m\u00eame temps, il a suscit\u00e9 le mouvement anticapitaliste le plus puissant depuis que le socialisme historique a quitt\u00e9 la sc\u00e8ne comme mouvement international organis\u00e9. Le stalinisme est mort, mais un parti stalinien qui a adopt\u00e9 le capitalisme contr\u00f4le pr\u00e8s d\u2019un tiers de la population du globe.<br \/>\nLe mouvement ouvrier, au niveau national et surtout international, ne parviendra pas \u00e0 r\u00e9soudre ces contradictions, qui sont autant de d\u00e9fis, s\u2019il ne r\u00e9invente pas sa dimension politique, une Nouvelle Gauche syndicale et politique.<br \/>\nLa question g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ordre mondial se pose \u00e0 nous en termes urgents. Nous assistons \u00e0 une attaque g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e contre notre mouvement, partout dans le monde, telle que nous ne l\u2019avions plus connue depuis les ann\u00e9es 1930. Cette attaque est lanc\u00e9e \u00e0 tous les niveaux : dans les d\u00e9mocraties industrielles, la s\u00e9curit\u00e9 et la protection sociales sont d\u00e9mantel\u00e9es, les droits d\u00e9mocratiques et syndicaux \u00e9rod\u00e9s ; le reste du monde est pris au pi\u00e8ge de la pauvret\u00e9, qui s\u2019accompagne souvent de r\u00e9pression, une situation ressentie comme fatidique. Il faut \u00e9videmment \u00e0 cela une r\u00e9ponse politique mondiale. Le mouvement qui a \u00e9merg\u00e9 apr\u00e8s le forum de Porto Alegre d\u00e9clare : \u00ab un autre monde est possible \u00bb. Nous sommes d\u2019accord. Nous croyons qu\u2019un autre monde, un monde meilleur est possible. Comment y arriver ? Ne nous ber\u00e7ons pas d\u2019illusions : nous sommes confront\u00e9s \u00e0 des int\u00e9r\u00eats tr\u00e8s puissants, sans piti\u00e9. Les affronter, c\u2019est leur faire la guerre : reconnaissons que nous sommes en guerre. Nous ne pouvons pas gagner cette guerre si nous ne cr\u00e9ons pas les alliances populaires les plus larges, sur une base politique : la plateforme politique d\u2019une Gauche syndicale et politique.<br \/>\nAujourd\u2019hui, la grande majorit\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re du monde n\u2019est pas syndiqu\u00e9e. Pourquoi donc ? D\u2019une part, parce que la classe ouvri\u00e8re a chang\u00e9, d\u2019autre part parce qu\u2019une tr\u00e8s grande partie des syndicats dans le monde sont victimes de la r\u00e9pression. Un des principaux changements, c\u2019est l\u2019accroissement des emplois pr\u00e9caires et de l\u2019\u00e9conomie informelle, qui n\u2019entre pas dans le cadre syndical traditionnel. Organiser les travailleurs de l\u2019\u00e9conomie informelle r\u00e9clame aussi des comp\u00e9tences politiques et une strat\u00e9gie d\u2019alliances, principalement avec des organisations de femmes. Ces comp\u00e9tences politiques ne sont gu\u00e8re visibles aujourd\u2019hui, une vision politique encore moins.<br \/>\nLa lutte contre la r\u00e9pression antisyndicale est du ressort des droits humains, cela aussi exige des alliances politiques, tout au moins avec les mouvements de d\u00e9fense des droits humains. Les alliances impliquent la r\u00e9ciprocit\u00e9 : cela signifie que le mouvement syndical doit \u00eatre pr\u00eat \u00e0 d\u00e9fendre toute une s\u00e9rie de questions relatives aux droits humains, ce qui d\u2019ailleurs devrait faire partie de la pratique syndicale normale.<br \/>\nLa Chine pose d\u2019\u00e9normes probl\u00e8mes politiques et de droits humains. Apparemment, d\u00e9finir une ligne politique du mouvement ouvrier international au sujet de l\u2019\u00c9tat le plus r\u00e9pressif du monde et appliquer ses principes, cela devrait \u00eatre chose relativement simple. En fait, c\u2019est sur cette question que la difficult\u00e9 de parvenir \u00e0 un consensus politique a \u00e9t\u00e9 le plus flagrante, et c\u2019est probablement sur la question chinoise que la d\u00e9composition politique du socialisme dans le mouvement ouvrier a pris ses formes les plus choquantes.<br \/>\nLes le\u00e7ons des rapports entretenus avec les pr\u00e9tendus \u00ab syndicats \u00bb de l\u2019ancienne URSS n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 assimil\u00e9es, malheureusement. Rien ne dit que \u00ab l\u2019engagement constructif \u00bb de syndicalistes occidentaux pendant des d\u00e9cennies ait contribu\u00e9 en quoi que ce soit \u00e0 la transformation des anciennes organisations d\u2019\u00c9tat du bloc sovi\u00e9tique en syndicats authentiques. Ce sont les r\u00e9voltes ouvri\u00e8res qui les ont transform\u00e9es, comme cela se dessine en Chine. Et pourtant les m\u00eames arguments sont avanc\u00e9s pour justifier \u00ab l\u2019engagement constructif \u00bb aupr\u00e8s des organisations de travailleurs contr\u00f4l\u00e9es par l\u2019\u00c9tat chinois, un engagement qui parfois se transforme en collaboration servile. Ce sont les travailleurs chinois qui d\u00e9cideront en derni\u00e8re instance de leur sort. Dans cette situation, nos ambitions sont modestes : nous souhaitons soutenir dans la mesure de nos possibilit\u00e9s l\u2019opposition d\u00e9mocratique ouvri\u00e8re et limiter autant que faire se peut les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par les collaborateurs.<br \/>\nConstruire une nouvelle gauche dans le mouvement syndical international est un processus compliqu\u00e9 et difficile. Il s\u2019agit de r\u00e9inventer le socialisme, parfois contre les partis socialistes m\u00eames ou contre certaines de leurs tendances. Il va falloir int\u00e9grer les exp\u00e9riences et les intuitions de la gauche ind\u00e9pendante, notamment celles qui proviennent du trotskisme historique et du syndicalisme r\u00e9volutionnaire. Il va falloir tenir compte des sensibilit\u00e9s et des pr\u00e9occupations des nouveaux mouvements sociaux, ceux issus des Forums sociaux mondiaux, o\u00f9 les syndicats devraient \u00eatre acteurs et non seulement spectateurs. De fait, le processus est d\u00e9j\u00e0 en marche, si compliqu\u00e9 et difficile soit-il ; je ne parle donc pas d\u2019un programme pour l\u2019avenir.<br \/>\nRevenons \u00e0 l\u2019Histoire. Il ne peut y avoir de gauche non historique, plus que jamais nous avons besoin d\u2019historiens. Comme je l\u2019ai dit en ouverture, l\u2019Histoire concerne l\u2019identit\u00e9 et les valeurs. Les r\u00e9f\u00e9rences d\u2019une nouvelle Gauche sont les exp\u00e9riences de la vieille gauche ouvri\u00e8re, ses aspirations et ses ambitions, ses victoires et ses d\u00e9faites, et son impressionnante r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019adversit\u00e9. Nous comptons sur les historiens du mouvement ouvrier, non pour d\u00e9velopper une nouvelle id\u00e9ologie \u2013 c\u2019est la t\u00e2che de cette g\u00e9n\u00e9ration et des g\u00e9n\u00e9rations futures \u2013 mais pour nous dire comment tout cela s\u2019est produit. Il nous faut conna\u00eetre notre pass\u00e9 pour donner forme \u00e0 notre avenir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conf\u00e9rence du Centre Praxis : \u00ab The Anti-Totalitarian Left : Between Past and Future \u00bb, Moscou, 21-22 juin 2003 &#8211; intervention de Dan Gallin, Global Labour Institute<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25"}],"collection":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":687,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25\/revisions\/687"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}