{"id":32,"date":"2008-05-01T17:19:41","date_gmt":"2008-05-01T17:19:41","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2008\/05\/01\/le-mouvement-ouvrier-par-dan-gallin-2005\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:06","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:06","slug":"le-mouvement-ouvrier-par-dan-gallin-2005","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2008\/05\/01\/le-mouvement-ouvrier-par-dan-gallin-2005\/","title":{"rendered":"Le mouvement ouvrier &#8211; par Dan Gallin (2005)"},"content":{"rendered":"<p><!--more--><br \/>\n<em><strong>Qu\u2019est-ce que le mouvement ouvrier ?<\/strong><\/em><br \/>\nDans l\u2019acceptation la plus courante du terme, on pense au mouvement syndical. En fait, le mouvement ouvrier est beaucoup plus que cela. Historiquement, il comprend aussi les partis politiques cr\u00e9\u00e9s par les travailleurs pour d\u00e9fendre leurs int\u00e9r\u00eats, tels que les partis travailliste, socialiste et social-d\u00e9mocrate, ainsi qu\u2019un grand nombre d\u2019institutions \u00e0 but sp\u00e9cifiques : des coop\u00e9ratives (de production et de consommation), des banques ouvri\u00e8res, des associations pour l\u2019\u00e9ducation des travailleurs, des \u00e9coles et universit\u00e9s, des cliniques, h\u00f4pitaux, services sanitaires, des institutions culturelles (th\u00e9\u00e2tres, biblioth\u00e8ques, chorales, orchestres, clubs de lectures, loisirs, sports et \u00ab amis de la nature \u00bb, des organisations de femmes, de jeunesse, des organisations de solidarit\u00e9 et de d\u00e9fense (y compris des milices arm\u00e9es), des stations de radio et de t\u00e9l\u00e9vision, des journaux et des revues, des maisons d\u2019\u00e9ditions, des librairies : c\u2019est tout cet ensemble qui constitue le mouvement ouvrier historique.<br \/>\nL\u2019\u00e9ventail complet de toutes ces institutions et organisations a rarement exist\u00e9 au m\u00eame moment  et au m\u00eame endroit. L\u2019important est que prises ensemble, elles ne constituaient pas seulement un syst\u00e8me de soutien aux travailleurs dans tous les aspects de leur vie mais elles repr\u00e9sentaient aussi le projet d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 alternative et une contre-culture. Le mouvement ouvrier est un mouvement social \u00e0 facettes multiples, avec une cause et un projet de soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nLe mouvement syndical est la composante la plus importante du mouvement ouvrier au sens large du terme. Il est la premi\u00e8re et souvent la derni\u00e8re ligne de r\u00e9sistance des ouvriers pour se d\u00e9fendre et sans laquelle aucune autre institution du mouvement ne pourrait survivre. C\u2019en est aussi la partie la plus repr\u00e9sentative : il existe dans tous les pays du monde, sauf dans les dictatures les plus extr\u00eames.<br \/>\nDepuis ses origines, le mouvement ouvrier a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 et organis\u00e9 par nombre d\u2019id\u00e9ologies diff\u00e9rentes : le marxisme, dans ses diverses interpr\u00e9tations, parfois contradictoires ; l\u2019anarcho-syndicalisme ; les doctrines sociales chr\u00e9tiennes ; les doctrines de lib\u00e9ration nationales et autres. Chacune d\u2019elles tient ses valeurs et ses objectifs de ses propres traditions mais elles ont un terrain commun qui fonde des valeurs et des objectifs partag\u00e9s.<br \/>\n<em><strong>Valeurs<\/strong><\/em><br \/>\nLe mouvement ouvrier est le mouvement social le plus ancien qui cherche \u00e0 transformer la soci\u00e9t\u00e9, au nom de valeurs universelles, afin qu\u2019elle satisfasse les besoins et aspirations de tous les humains. La valeur fondamentale dont d\u00e9rivent toutes les autres est le sens de la dignit\u00e9 de la personne humaine. C\u2019est une valeur plus forte que m\u00eame la survie puisque des gens sont pr\u00eats \u00e0 mourir pour elle. En d\u00e9coule une autre : l\u2019\u00e9galit\u00e9, selon laquelle tous les \u00eatres humains ont une valeur \u00e9gale et devraient donc avoir des droits \u00e9gaux. En d\u00e9coule ensuite la justice : il est intol\u00e9rable que certains s\u2019octroient les privil\u00e8ges et la richesse du fait de la r\u00e9partition du pouvoir dans la soci\u00e9t\u00e9 alors que d\u2019autres, le plus grand nombre, sont vou\u00e9s \u00e0 la mis\u00e8re, la faim et la mort pr\u00e9matur\u00e9e. Enfin, tous les humains aspirent \u00e0 la libert\u00e9 : \u00eatre libres de l\u2019exploitation et de l\u2019oppression. Ce sont les valeurs qui ont inspir\u00e9 tous les mouvements de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019exploitation et \u00e0 l\u2019oppression dans l\u2019histoire et qui ont inspir\u00e9 le mouvement ouvrier moderne.<br \/>\nCe qui diff\u00e9rencie le mouvement ouvrier moderne des nombreux mouvements de lib\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dents, c\u2019est qu\u2019il est par nature international. La transnationalit\u00e9 du mouvement ouvrier est fond\u00e9e sur la perception que les travailleurs constituent une classe avec une cause commune. Et parce que c\u2019est la seule classe \u00e0 n\u2019avoir aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 une forme quelconque d\u2019exploitation, mais au contraire \u00e0 son abolition, le mouvement ouvrier  n\u2019est pas seulement un mouvement d\u2019autod\u00e9fense des travailleurs mais aussi le mouvement de lib\u00e9ration de l\u2019humanit\u00e9.<br \/>\nLes valeurs du mouvement ouvrier expliquent sa conception de la d\u00e9mocratie comme processus et m\u00e9thode et pas seulement comme but. C\u2019est-\u00e0-dire que la  fin et les moyens sont li\u00e9s \u00e9troitement : des moyens non d\u00e9mocratiques ne peuvent pas conduire \u00e0 des r\u00e9sultats d\u00e9mocratiques. La d\u00e9mocratie est un processus vivant, un chantier toujours ouvert.<br \/>\n<em><strong>Buts<\/strong><\/em><br \/>\nLes buts du mouvement ouvrier d\u00e9rivent naturellement de ses valeurs. Ils se situent \u00e0 des niveaux diff\u00e9rents.<br \/>\n\u00b7\tLa d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats de ses membres au travail : r\u00e9mun\u00e9rations d\u00e9centes, s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019emploi, conditions de travail non mena\u00e7antes pour la sant\u00e9 mentale et physique des travailleurs, protection sociale.<br \/>\n\u00b7\tUne l\u00e9gislation sociale qui soit dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous travailleurs ce qui signifie dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de la grande majorit\u00e9 de la population.<br \/>\n\u00b7\tUne soci\u00e9t\u00e9 politique o\u00f9 les droits des travailleurs et de tous les citoyens sont garantis. Les premi\u00e8res batailles du mouvement ouvrier ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es pour obtenir le suffrage universel, objectif politique, ainsi que l\u2019\u00e9ducation universelle et gratuite, la libert\u00e9 d\u2019association et la libert\u00e9 de presse. C\u2019est dans ce but que le mouvement ouvrier a cherch\u00e9 dans la plupart des pays du monde \u00e0 exercer son pouvoir politique \u00e0 travers ses propres partis.<br \/>\n\u00b7\tLe mouvement ouvrier a toujours eu des perspectives et objectifs internationaux car ses acquis sont toujours menac\u00e9s, partout, tant que l\u2019injustice et l\u2019oppression existent quelque part. La prise de conscience des travailleurs qu\u2019ils d\u00e9pendent les uns des autres pour la d\u00e9fense de la justice et de la libert\u00e9 s\u2019exprime par le concept de solidarit\u00e9.<br \/>\nLa force du principe de solidarit\u00e9 est d\u00e9montr\u00e9e par la capacit\u00e9 de r\u00e9sistance du mouvement ouvrier international qui a surv\u00e9cu aux guerres et aux dictatures totalitaires du vingti\u00e8me si\u00e8cle alors qu\u2019il en \u00e9tait la cible principale. Pour s\u2019\u00e9tablir, toute dictature doit d\u2019abord d\u00e9truire les syndicats. Les Eglises, le patronat ont pu survivre et m\u00eame prosp\u00e9rer sous des dictatures qui envoyaient les militants ouvriers en prison, dans des camps de concentration ou \u00e0 la mort.<br \/>\n<em><strong>Histoire<\/strong><\/em><br \/>\nIl y a grosso modo quatre p\u00e9riodes dans l\u2019histoire du mouvement ouvrier international. La premi\u00e8re depuis ses origines jusqu\u2019\u00e0 la Premi\u00e8re guerre mondiale. La deuxi\u00e8me entre les deux guerres. La troisi\u00e8me de la fin de la Seconde guerre mondiale jusqu\u2019\u00e0 l\u2019effondrement du stalinisme comme syst\u00e8me politique. Et enfin la p\u00e9riode actuelle de globalisation du capital.<br \/>\nLa premi\u00e8re p\u00e9riode est celle de la mont\u00e9e du mouvement ouvrier, de la Premi\u00e8re et de la Deuxi\u00e8me Internationale. C\u2019est l\u00e0 que sont pos\u00e9s les fondements.<br \/>\n<em><strong>Les origines<\/strong><\/em><br \/>\nL\u2019histoire du mouvement ouvrier moderne commence en Europe et son origine s\u2019\u00e9tend sur plusieurs d\u00e9cennies entre la fin du XVIIIe si\u00e8cle et le milieu du XIXe si\u00e8cle selon les pays, \u00e0 la suite de la r\u00e9volution industrielle et l\u2019essor de la production capitaliste de masse et la formation d\u2019une classe ouvri\u00e8re non plus artisanale, appauvrie mais de plus en plus puissante. Les injustices brutales de la soci\u00e9t\u00e9 qui prend forme am\u00e8nent les r\u00e9formateurs sociaux des premi\u00e8res d\u00e9cennies du XIXe si\u00e8cle \u00e0 proposer un ordre social plus rationnel et plus juste.<br \/>\nVers la fin des ann\u00e9es 1830, des petits groupes de syndicalistes, socialistes et d\u00e9mocrates, en Grande-Bretagne et en France, rejoints par les exil\u00e9s politiques d\u2019Allemagne, de Pologne, de Hongrie, d\u2019Italie et d\u2019autres pays, projetaient une \u00ab association internationale pour l\u2019\u00e9mancipation de la classe ouvri\u00e8re \u00bb.<br \/>\nEn 1843, Flora Tristan Moscoso (1803-1844), militante sociale en France et au P\u00e9rou, publia L\u2019Union ouvri\u00e8re dans laquelle elle proposait la cr\u00e9ation d\u2019un syndicat ouvrier g\u00e9n\u00e9ral et international. \u00ab L\u2019Union ouvri\u00e8re, \u00e9crivait-elle, devrait \u00e9tablir \u2026 dans toutes les capitales d\u2019Europe des comit\u00e9s de correspondance. \u00bb Dans son pamphlet, elle anticipait Marx et Engels en affirmant que les travailleurs devaient s\u2019\u00e9manciper eux-m\u00eames, que personne ne le ferait \u00e0 leur place et qu\u2019ils devaient s\u2019unir internationalement parce que la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame \u00e9tait devenue internationale.<br \/>\n<em><strong>Le Manifeste communiste<\/strong><\/em><br \/>\nEntre 1845 et 1847, un groupe de travailleurs et d\u2019exil\u00e9s politiques \u00e0 Londres organisa un \u00ab groupe pour l\u2019\u00e9ducation communiste \u00bb. Les Allemands parmi eux connaissaient Karl Marx (1818-1883), qui avait \u00e9t\u00e9 le r\u00e9dacteur d\u2019un journal radical d\u00e9mocratique \u00e0 Cologne et avait \u00e9migr\u00e9 \u00e0 Paris en 1843 pour \u00e9chapper aux pers\u00e9cutions des autorit\u00e9s prussiennes. Marx avait \u00e9tudi\u00e9 la philosophie de Hegel en Allemagne. A Paris, il avait \u00e9tudi\u00e9 les penseurs socialistes fran\u00e7ais et anglais ainsi que les \u00e9conomistes anglais Adam Smith et David Ricardo. A partir de 1844, Marx, qui \u00e9tait devenu socialiste, travailla \u00e9troitement avec son ami Friedrich Engels (1820-1895), qui lui aussi \u00e9tudiait les questions \u00e9conomiques et sociales tout en \u00e9tant journaliste et expert en sciences militaires. Le \u00ab groupe pour l\u2019\u00e9ducation communiste \u00bb prit contact avec Marx et Engels pour qu\u2019ils l\u2019aident \u00e0 cr\u00e9er une F\u00e9d\u00e9ration communiste. Une r\u00e9union tenue \u00e0 Londres en novembre 1847 n\u2019aboutit pas \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une organisation mais \u00e0 l\u2019adoption d\u2019une d\u00e9claration et d\u2019un programme \u00e9crits par Marx sur la base d\u2019un premier projet de Engels. Ce texte est connu depuis lors comme le Manifeste communiste.<br \/>\nLe Manifeste, un document court \u00e0 l\u2019argumentation serr\u00e9e et tr\u00e8s condens\u00e9e, contient une philosophie de l\u2019histoire, une analyse critique des doctrines socialistes et un appel \u00e0 l\u2019action r\u00e9volutionnaire. Son point principal consiste en une analyse de l\u2019histoire comme un processus de lutte entre les classes sociales issues de changements technologiques. Le r\u00e9sultat final \u2013 une soci\u00e9t\u00e9 socialiste \u2013 ne peut \u00eatre atteint que par les travailleurs eux-m\u00eames organis\u00e9s en parti politique.<br \/>\nContrairement aux \u00e9coles de pens\u00e9e autoritaires qui dominaient le mouvement socialiste de l\u2019\u00e9poque, le Manifeste proclamait que le premier objectif de la r\u00e9volution \u00e9tait de \u00ab gagner la bataille de la d\u00e9mocratie \u00bb. La soci\u00e9t\u00e9 socialiste ne pouvait pas surgir par d\u00e9cret ni par des conspirations \u00e9litistes mais de la lutte de la classe ouvri\u00e8re dans son ensemble, d\u00e9mocratiquement organis\u00e9e pour et \u00e0 travers cette lutte.<br \/>\nLa lutte ouvri\u00e8re, selon le Manifeste, bien que nationale dans sa forme, \u00e9tait internationale par essence : la bourgeoisie avait cr\u00e9\u00e9 un march\u00e9 mondial, elle d\u00e9truisait les formes de production qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9velopp\u00e9es dans le cadre national, elle cr\u00e9ait de nouvelles industries \u00ab cosmopolites \u00bb utilisant \u00ab des mati\u00e8res premi\u00e8res en provenance des zones les plus recul\u00e9es\u2026dont les produits sont consomm\u00e9s non seulement sur le march\u00e9 int\u00e9rieur mais dans tous les coins du globe. \u00bb Ceci avait cr\u00e9\u00e9 \u00ab l\u2019interd\u00e9pendance universelle des nations \u00bb et par cons\u00e9quent l\u2019action unie des travailleurs \u00ab au moins dans les principaux pays civilis\u00e9s \u00bb \u00e9tait une condition premi\u00e8re de l\u2019\u00e9mancipation de la classe ouvri\u00e8re. Le Manifeste finissait avec le message \u00ab Travailleurs de tous les pays, unissez-vous \u00bb qui est apparu depuis en exergue sur des centaines de publications de gauche et qui reste le message fondamental du mouvement ouvrier contemporain.<br \/>\nPubli\u00e9 une premi\u00e8re fois en f\u00e9vrier 1848, le Manifeste \u00e9tait devenu entre temps le fondement de la version marxiste du socialisme, de plus en plus influente. Il devint explicitement ou implicitement le fondement th\u00e9orique du courant majoritaire du mouvement ouvrier moderne.<br \/>\n<em><strong>La premi\u00e8re Internationale<\/strong><\/em><br \/>\nLa premi\u00e8re Internationale a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e lors d\u2019une r\u00e9union \u00e0 Londres en 1864 sous le nom d\u2019Association internationale des travailleurs avec son quartier g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Londres et des sections dans la plupart des pays europ\u00e9ens. Plus tard dans l\u2019ann\u00e9e, son Conseil g\u00e9n\u00e9ral a approuv\u00e9 un programme \u2013 \u00ab l\u2019adresse inaugurale \u00bb- et des statuts pr\u00e9par\u00e9s par Karl Marx.  Le pr\u00e9ambule des statuts commence avec ces mots : \u00ab Consid\u00e9rant que l\u2019\u00e9mancipation de la classe ouvri\u00e8re doit \u00eatre l\u2019\u0153uvre de la classe ouvri\u00e8re elle-m\u00eame\u2026 \u00bb. L\u2019adresse inaugurale, comme le Manifeste, se termine par l\u2019appel : \u00ab Travailleurs de tous les pays unissez-vous ! \u00bb.<br \/>\nLa premi\u00e8re Internationale \u00e9tait ouverte \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s de travailleurs locales et nationales appel\u00e9es \u00ab sections \u00bb qui repr\u00e9sentaient toutes les formes imaginables d\u2019organisations ouvri\u00e8res : partis politiques, groupes de propagande, syndicats, coop\u00e9ratives, soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuel, etc.<br \/>\nLe premier congr\u00e8s de l\u2019Internationale, le premier congr\u00e8s ouvrier jamais tenu dans l\u2019histoire, s\u2019est r\u00e9uni \u00e0 Gen\u00e8ve en 1866. A partir de 1868, l \u2018Internationale s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e rapidement, au fur et \u00e0 mesure que se cr\u00e9aient des syndicats dans de nombreux pays.  Aux Etats-Unis, le National Labor Union, qui \u00e9tait alors l\u2019organisation syndicale centrale, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 son congr\u00e8s de 1870 son adh\u00e9sion aux \u00ab principes de l\u2019Association des travailleurs \u00bb et son intention \u00ab de s\u2019y affilier \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance \u00bb.<br \/>\nMarx est devenu le dirigeant politique de l\u2019Internationale mais il \u00e9tait contest\u00e9 par les anarchistes, partisans de Mikhail Bakounine (1814-1876) et de Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), influents dans l\u2019Europe m\u00e9diterran\u00e9enne.<br \/>\nAlors que les marxistes consid\u00e9raient que le mouvement ouvrier devait conqu\u00e9rir l\u2019Etat par l\u2019action politique, les anarchistes consid\u00e9raient que n\u2019importe quel Etat ne pouvait \u00eatre qu\u2019autoritaire par nature et devait donc \u00eatre d\u00e9truit pour \u00eatre remplac\u00e9 par un syst\u00e8me de communes f\u00e9d\u00e9r\u00e9es. La variante syndicaliste de cette \u00e9cole de pens\u00e9e pensait que les syndicats pouvaient simplement remplacer l\u2019Etat : puisque leurs membres assuraient de toute fa\u00e7on l&#8217;ensemble de la production et des services, les superstructures politiques devenaient inutiles et parasitaires.<br \/>\nLe conflit entre marxistes et anarchistes a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de plusieurs scissions et a contribu\u00e9 \u00e0 la dissolution de l\u2019Internationale en 1876.<br \/>\nUn autre facteur de d\u00e9clin de l\u2019Internationale a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9pression de la Commune de Paris. Apr\u00e8s la d\u00e9faite militaire de la France dans la guerre franco-prussienne de 1870-1871 et le retrait des troupes prussiennes, un gouvernement insurrectionnel avait pris le contr\u00f4le de Paris en mars 1871. Compos\u00e9 de d\u00e9mocrates radicaux, de socialistes et d\u2019anarchistes de diff\u00e9rentes tendances, il avait proclam\u00e9 une R\u00e9publique d\u00e9mocratique et avait introduit des \u00e9l\u00e9ments d\u2019une l\u00e9gislation sociale avanc\u00e9e : le salaire minimum, l\u2019interdiction du travail de nuit dans les boulangeries, la r\u00e9forme de l\u2019\u00e9ducation publique, etc.  La \u00ab Commune \u00bb avait gouvern\u00e9 Paris pendant onze semaines. En mai, des troupes command\u00e9es par le gouvernement national conservateur avaient repris Paris apr\u00e8s des combats sanglants d\u2019une semaine. Environ 25 000 citoyens de Paris avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s pendant les combats et  lors des massacres qui ont suivi. Des milliers d\u2019autres avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s comme travailleurs forc\u00e9s en Nouvelle-Cal\u00e9donie, avaient \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9s ou s\u2019\u00e9taient exil\u00e9s.<br \/>\nContrairement \u00e0 ce qui s\u2019\u00e9tait souvent dit \u00e0 l\u2019\u00e9poque, la Commune n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 l\u2019\u0153uvre de l\u2019Internationale bien que certains de ses membres y avait jou\u00e9 un r\u00f4le important. Cependant, l\u2019Internationale l\u2019avait appuy\u00e9e. Marx a \u00e9crit une analyse et un rapport des \u00e9v\u00e9nements, publi\u00e9s par l\u2019Internationale sous le titre La guerre civile en France. Il y affirmait que la Commune avait d\u00e9montr\u00e9 la capacit\u00e9 des travailleurs d\u2019exercer le pouvoir d\u00e9mocratiquement et de r\u00e9organiser la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019Etat et qu\u2019elle \u00e9tait ainsi le prototype des r\u00e9volutions socialistes \u00e0 venir.<br \/>\nComme organisation internationale des travailleurs, la premi\u00e8re Internationale avait des faiblesses \u00e9videntes : malgr\u00e9 des liens avec le mouvement ouvrier des Etats-Unis, elle resta en fait une organisation europ\u00e9enne et, en Europe, l\u2019organisation d\u2019une minorit\u00e9 de militants. Ses sections repr\u00e9sentaient une mince couche de travailleurs politiquement conscients dans des soci\u00e9t\u00e9s essentiellement conservatrices. Ses revenus, provenant des cotisations, n\u2019ont jamais suffi \u00e0 assurer ses t\u00e2ches essentielles comme la publication d\u2019un bulletin ou un travail de recherche.<br \/>\nSon \u0153uvre en a \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus remarquable. Elle a donn\u00e9 la premi\u00e8re expression concr\u00e8te de l\u2019internationalisme ouvrier et elle a \u00e9tabli les premiers contacts r\u00e9guliers entre les organisations de travailleurs de diff\u00e9rents pays qui allaient survivre \u00e0 sa dissolution et devenir les bases des organisations qui lui ont succ\u00e9d\u00e9. Elle a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 formuler des revendications g\u00e9n\u00e9rales telles que la journ\u00e9e de huit heures qui allaient devenir les revendications communes des syndicats sur le plan international et elle a donn\u00e9 au mouvement ouvrier un cadre th\u00e9orique et politique pour son action internationale.<br \/>\n<em><strong>La deuxi\u00e8me Internationale<\/strong><\/em><br \/>\nPlusieurs tentatives ont \u00e9t\u00e9 faites dans les ann\u00e9es qui ont suivi pour recr\u00e9er une organisation internationale des travailleurs. Dans cette p\u00e9riode, des partis socialistes de masse sont apparus en Europe centrale et occidentale \u00e9troitement li\u00e9s au mouvement syndical, lui-m\u00eame devenu beaucoup plus puissant et repr\u00e9sentatif. Des syndicats anarcho-syndicalistes importants ont aussi \u00e9merg\u00e9 en Europe m\u00e9diterran\u00e9enne. La fondation de la deuxi\u00e8me Internationale ou \u00ab Internationale ouvri\u00e8re \u00bb, \u00e0 Paris, en 1889 (l\u2019ann\u00e9e du centenaire de la r\u00e9volution fran\u00e7aise) \u00e9tait le reflet de cette \u00e9volution.<br \/>\nUne des d\u00e9cisions les plus significatives du congr\u00e8s de Paris fut de d\u00e9clarer le Premier mai comme jour international de lutte pour la journ\u00e9e de huit heures. La plupart des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s ne se sont pas rendus compte de l\u2019importance de cette r\u00e9solution et c\u2019est seulement lors des pr\u00e9parations de la premi\u00e8re journ\u00e9e du Premier mai que sa signification plus vaste est apparue, en grande partie \u00e0 cause des r\u00e9actions qu\u2019elle suscitait dans les classes dirigeantes.<br \/>\nLe premier mai 1890 fut une manifestation beaucoup plus impressionnante et puissante que n\u2019avaient os\u00e9 l\u2019esp\u00e9rer ses organisateurs et l\u2019Internationale ouvri\u00e8re se r\u00e9v\u00e9la  \u00e0 ses partisans et \u00e0  ses ennemis comme une nouvelle r\u00e9alit\u00e9 politique et sociale. Le congr\u00e8s de l\u2019Internationale, en ao\u00fbt 1891, prit acte du fait que les manifestations du Premier mai avait donn\u00e9 une \u00e9norme impulsion au mouvement ouvrier mondial. Le Premier mai est ainsi devenu le premier jour officiel de lutte, de m\u00e9moire et de c\u00e9l\u00e9bration du mouvement ouvrier international et il l\u2019est rest\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui.<br \/>\nComme la premi\u00e8re Internationale, la deuxi\u00e8me comptait parmi ses membres des partis politiques, des syndicats et d\u2019autres organisations ouvri\u00e8res. Bient\u00f4t cependant, le besoin d\u2019une division du travail plus claire s\u2019est fait sentir. Ses principales composantes, partis, syndicats, coop\u00e9ratives, mutuelles ont graduellement affirm\u00e9 leur autonomie. Apr\u00e8s 1900, la deuxi\u00e8me Internationale est devenue une organisation de partis socialistes. L\u2019Alliance coop\u00e9rative internationale s\u2019est fond\u00e9e en 1895 et la F\u00e9d\u00e9ration internationale des mutuelles en 1906.<br \/>\n<em><strong>Les syndicats s\u2019organisent internationalement<\/strong><\/em><br \/>\nCertains des syndicats qui avaient particip\u00e9 au congr\u00e8s de fondation de l\u2019Internationale ont d\u00e9cid\u00e9 de cr\u00e9er des organisations internationales de travailleurs du m\u00eame m\u00e9tier ou de la m\u00eame industrie : les \u00ab secr\u00e9tariats professionnels internationaux \u00bb (SPI), premi\u00e8re forme d\u2019organisation permanente de solidarit\u00e9 syndicale internationale. En 1911, il y avait vingt-huit de ces SPI avec un effectif total de 6,3 millions de membres. Leurs activit\u00e9s principales consistaient \u00e0 organiser la solidarit\u00e9 en cas de gr\u00e8ve et l\u2019\u00e9change d\u2019information sur les conditions de travail et de salaire dans leur branche et sur les lois du travail. Bien que politiquement ind\u00e9pendants, tous avaient des liens \u00e9troits avec les partis socialistes.<br \/>\nLes centrales syndicales nationales de diff\u00e9rents pays, dont certaines n\u2019avaient aucun lien avec la deuxi\u00e8me Internationale (notamment la CGT fran\u00e7aise, syndicaliste r\u00e9volutionnaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et les syndicats anglais) ressentaient aussi le besoin d\u2019une organisation internationale ind\u00e9pendante. Elles ont cr\u00e9\u00e9 un secr\u00e9tariat en 1903 qui est devenu la F\u00e9d\u00e9ration syndicale internationale (FSI) en 1913. En cette ann\u00e9e, la FSI avait des membres dans vingt pays, tous en Europe et aux Etats-Unis, avec un effectif total de 7,7 millions de membres, chevauchant en partie les effectifs des SPI.<br \/>\nLes SPI, rebaptis\u00e9s \u00ab F\u00e9d\u00e9rations syndicales internationales \u00bb en 2002, n\u2019\u00e9taient pas seulement les premi\u00e8res organisations syndicales internationales mais elle se montr\u00e8rent aussi comme les plus r\u00e9sistantes et adaptables et les plus efficaces \u00e0 long terme, sur le terrain syndical et \u00e9galement dans certains cas sur le terrain politique.<br \/>\nA l\u2019origine, la plupart des SPI avaient leurs racines dans le syndicalisme de m\u00e9tier et leur culture \u00e9taient souvent proches des guildes d\u2019artisans pr\u00e9-industrielles qui l\u2019avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Avec le d\u00e9veloppement de la production industrielle de masse, ils se sont transform\u00e9s en organisations de syndicalisme d\u2019industrie. Cette \u00e9volution a conduit \u00e0  une s\u00e9rie de fusions. En 2005, il y avait dix F\u00e9d\u00e9ration syndicales internationales avec un effectif approximatif total de 120 millions de membres couvrant presque tous les domaines du travail salari\u00e9 (tr\u00e8s peu cependant dans l\u2019\u00e9conomie informelle).<br \/>\nDans la p\u00e9riode entre les deux guerres mondiales, la F\u00e9d\u00e9ration internationale des travailleurs des transports (ITF), sous la direction de son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral d\u2019alors, Edo Fimmen (1881-1942), \u00e9tait le SPI le plus important sur le plan politique et de l\u2019organisation. Il \u00e9tait aussi le seul SPI r\u00e9ellement global \u00e0 travers ses membres de la marine marchande. Fimmen s\u2019\u00e9tait rendu compte d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1920 que l\u2019internationalisation du capital appelait une r\u00e9organisation du mouvement syndical international. Il proposa qu\u2019une nouvelle organisation syndicale internationale, plus puissante, soit cr\u00e9\u00e9e en se basant \u00e0 la fois sur les centrales nationales (les membres de la FSI) et les SPI.  Cette id\u00e9e a refait surface et a \u00e9t\u00e9 discut\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises depuis mais n\u2019a jamais rencontr\u00e9 de soutien suffisant. Aujourd\u2019hui, les SPI (ou FSI) restent des organisations ind\u00e9pendantes, bien qu\u2019associ\u00e9es \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration internationale des syndicats libres (CISL) et \u00e0 son successeur depuis 2006, la Conf\u00e9d\u00e9ration syndicale internationale (CSI).<br \/>\n<em><strong>Guerre et effondrement politique<\/strong><\/em><br \/>\nL\u2019\u00e9clatement de la Premi\u00e8re guerre mondiale en ao\u00fbt 1914 a mis une fin abrupte \u00e0 la premi\u00e8re phase du mouvement. Ni la deuxi\u00e8me Internationale, ni la FSI n\u2019y ont surv\u00e9cu.<br \/>\nDans la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente, le mouvement ouvrier socialiste \u00e9tait devenu un mouvement de masse qui avait pris des positions fortes contre le militarisme et la guerre. N\u00e9anmoins, quand la guerre a \u00e9clat\u00e9, un raz-de-mar\u00e9e de ferveur nationaliste et patriotique a tout d\u00e9truit devant lui. Les d\u00e9putations parlementaires des partis socialistes, dans leur grande majorit\u00e9, ont soutenu les gouvernements de la plupart des pays europ\u00e9ens et ont vot\u00e9 les cr\u00e9dits de guerre.<br \/>\nApr\u00e8s une ann\u00e9e de guerre, le mouvement ouvrier se trouva divis\u00e9 en trois camps : les partis et les syndicats qui soutenaient les alli\u00e9s (Grande-Bretagne, France, Belgique, Russie), ceux qui soutenaient les pouvoirs centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie, Bulgarie, Turquie) et ceux des pays neutres (Pays-Bas, Suisse, Danemark, Norv\u00e8ge, Su\u00e8de et Italie jusqu\u2019en 1916). Des minorit\u00e9s de socialistes et de syndicalistes r\u00e9volutionnaires s\u2019oppos\u00e8rent \u00e0 la guerre dans tous les pays europ\u00e9ens, comme le firent parti socialiste et le IWW   aux Etats-Unis en 1917. Cette opposition s\u2019amplifia au fur et \u00e0 mesure que la guerre continuait et qu\u2019augmentait dans toute l\u2019Europe la r\u00e9vulsion contre ce qui apparaissait de plus en plus comme une boucherie insens\u00e9e.<br \/>\n<em><strong>R\u00e9volution et reconstruction<\/strong><\/em><br \/>\nEn 1917, la r\u00e9volution \u00e9clatait en Russie. En avril, le tsar avait abdiqu\u00e9 et   une assembl\u00e9e constituante de centre gauche avait pris le pouvoir. En novembre le gouvernement \u00e9tait \u00e0 son tour renvers\u00e9 et remplac\u00e9 par un gouvernement de coalition de socialistes r\u00e9volutionnaires o\u00f9 la branche radicale de la social-d\u00e9mocratie russe, les bolcheviks , \u00e9tait la force politique dominante. En janvier 1918, ceux-ci dissolvaient l\u2019assembl\u00e9e constituante et mettaient en place un gouvernement bas\u00e9 sur les \u00ab conseils \u00bb (soviets) : en mars, ils sortaient la Russie de la guerre et en juin, ils nationalisaient la terre et les principales industries. Une guerre civile de deux ans \u00e9clatait, avec plusieurs arm\u00e9es \u00ab blanches \u00bb cherchant \u00e0 renverser le nouveau gouvernement sovi\u00e9tique qui, \u00e0 son tour, cr\u00e9ait une Arm\u00e9e Rouge et un syst\u00e8me de r\u00e9pression de l\u2019opposition politique par la terreur.<br \/>\nL\u2019impact de la r\u00e9volution bolchevik sur le mouvement ouvrier fut double. D\u2019une part, elle stimulait fortement l\u2019agitation en faveur de la paix et de r\u00e9formes politiques, sociales et \u00e9conomiques. En m\u00eame temps, le bolchevisme causa une scission profonde dans le mouvement socialiste. La plupart des partis et syndicats socialistes rejetaient le syst\u00e8me bolchevik d\u2019une dictature politique  appuy\u00e9e sur la terreur et insistaient sur le fait que la d\u00e9mocratie politique \u00e9tait une partie ins\u00e9parable du socialisme.<br \/>\nEn mars 1919, les bolcheviks r\u00e9unirent une conf\u00e9rence internationale \u00e0 Moscou pour fonder l\u2019Internationale communiste ou troisi\u00e8me Internationale. Cette conf\u00e9rence, organis\u00e9e \u00e0 la h\u00e2te pour pr\u00e9venir la reconstruction de la deuxi\u00e8me Internationale, \u00e9tait tr\u00e8s peu repr\u00e9sentative : la plupart des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s repr\u00e9sentaient de petites minorit\u00e9s et le seul grand parti pr\u00e9sent, l\u2019allemand, \u00e9tait oppos\u00e9 \u00e0 la constitution d\u2019une nouvelle Internationale. N\u00e9anmoins, la conf\u00e9rence adopta un manifeste appelant les travailleurs \u00e0 se soulever et \u00e0 cr\u00e9er des r\u00e9publiques sovi\u00e9tiques sur le mod\u00e8le russe, appela \u00e0 une lutte sans compromis contre tous les autres partis ou mouvements socialistes qui n\u2019\u00e9taient pas pr\u00eats \u00e0 accepter sa direction, adopta des statuts provisoires et \u00e9lut un comit\u00e9 ex\u00e9cutif provisoire.<br \/>\nEn juin 1921, imm\u00e9diatement apr\u00e8s le troisi\u00e8me congr\u00e8s de l\u2019Internationale communiste, un congr\u00e8s international de syndicalistes \u00e0 Moscou cr\u00e9a une nouvelle internationale syndicale : l\u2019Internationale Syndicale Rouge (ISR), une coalition de syndicats \u00e0 direction communiste et syndicaliste r\u00e9volutionnaire \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l\u2019Internationale communiste.<br \/>\nEntre temps, la FSI avait \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9e lors d\u2019un congr\u00e8s \u00e0 Amsterdam en juillet 1919, repr\u00e9sentant 23 millions de membres dans 22 pays. La deuxi\u00e8me Internationale s\u2019\u00e9tait reconstitu\u00e9e en 1923 en tant qu\u2019 Internationale ouvri\u00e8re et socialiste( IOS) apr\u00e8s avoir surmont\u00e9 avec quelques difficult\u00e9s les scissions caus\u00e9es par la guerre et par les  bouleversements politiques de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente.<br \/>\nEn 1919, les puissances alli\u00e9es donn\u00e8rent satisfaction \u00e0 une revendication de longue date du mouvement ouvrier social-d\u00e9mocrate en cr\u00e9ant \u00e0 Gen\u00e8ve l\u2019Organisation internationale du travail (OIT) dans le cadre du trait\u00e9 de paix de Versailles. L\u2019OIT, institution tripartite avec une repr\u00e9sentation des gouvernements, des employeurs et des travailleurs (en g\u00e9n\u00e9ral repr\u00e9sent\u00e9s par des syndicats mais pas toujours) a surv\u00e9cu \u00e0 la Seconde guerre mondiale et fait maintenant partie du syst\u00e8me des Nations Unies. Elle pr\u00e9pare la l\u00e9gislation sociale sous forme de conventions qui sont ensuite ratifi\u00e9es par les Etats membres tenus de les int\u00e9grer dans leur l\u00e9gislation nationale. Dans le contexte de l\u2019\u00e9poque, l\u2019OIT \u00e9tait cens\u00e9e constituer l\u2019alternative r\u00e9formiste \u00e0 la menace r\u00e9volutionnaire \u00e9manant de Russie.<br \/>\nLa p\u00e9riode allant des ann\u00e9es vingt jusqu\u2019\u00e0 la Seconde guerre mondiale en 1939 a \u00e9t\u00e9 domin\u00e9e par la scission grave et de plus en plus irr\u00e9parable entre le mouvement social-d\u00e9mocrate et le mouvement communiste. La suppression de la gauche non bolchevik en Russie suivie de la suppression des tendances organis\u00e9es au sein du parti bolchevik, l\u2019invasion et l\u2019occupation de la G\u00e9orgie social-d\u00e9mocrate en 1921, la stalinisation des partis communistes apr\u00e8s 1926 et finalement l\u2019extermination de toute forme d\u2019opposition dans les ann\u00e9es trente rendait une r\u00e9conciliation impossible. Les politiques \u00ab d\u2019unit\u00e9 \u00bb anti-fasciste et de fronts populaires avanc\u00e9es par les partis communistes se sont av\u00e9r\u00e9es des man\u0153uvres tactiques r\u00e9pondant aux besoins de la politiques \u00e9trang\u00e8re de l\u2019URSS. L\u2019intervention de Staline dans la guerre civile espagnole (1936-1939) a d\u00e9montr\u00e9 que la seule unit\u00e9 acceptable aux partis communistes \u00e9tait celle o\u00f9 ils exer\u00e7aient un contr\u00f4le total.<br \/>\n<em><strong>Nouvelle descente dans la guerre<\/strong><\/em><br \/>\nCes luttes politiques se d\u00e9roulaient au milieu d\u2019une catastrophe historique d\u2019\u00e9norme proportion. Le fascisme avait an\u00e9anti les institutions du mouvement ouvrier dans la plupart des pays europ\u00e9ens : d\u2019abord en Italie et au Portugal, ensuite en Allemagne et en Autriche, puis en Espagne et, alors que les arm\u00e9es allemandes occupaient presque tout le continent, partout ailleurs sauf en Grande-Bretagne et dans quelques pays neutres ou non occup\u00e9s. Le Bund, organisation des travailleurs juifs, qui \u00e9tait le plus fort en Pologne, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit avec la population qui le soutenait. Le stalinisme pour sa part avait extermin\u00e9 des centaines de milliers de socialistes, d\u2019anarchistes et de communistes en Russie et plus tard dans les pays occup\u00e9s d\u2019Europe centrale et orientale.<br \/>\nPersonne n\u2019a jusqu\u2019ici \u00e9tabli des statistiques fiables sur les pertes du mouvement ouvrier dans les trois d\u00e9cennies qui ont suivi la r\u00e9volution russe.  Mais on peut tenir pour acquis que deux g\u00e9n\u00e9rations politiques de militants et de cadres ont disparu dans cette p\u00e9riode, encore plus au Portugal et en Espagne o\u00f9 le fascisme a dur\u00e9 cinquante et quarante ans, plus aussi en Europe orientale avec quarante ans de stalinisme ou sur le territoire de l\u2019ancienne URSS avec septante ans de stalinisme.<br \/>\nLe 23 ao\u00fbt 1939, l\u2019URSS et l\u2019Allemagne nazie avaient sign\u00e9 un trait\u00e9 de non agression et divis\u00e9 l\u2019Europe orientale en sph\u00e8res d\u2019influence ; le 1er septembre, l\u2019Allemagne commen\u00e7a la Seconde guerre mondiale en envahissant la Pologne et le 17 septembre, l\u2019URSS envahissait \u00e0 son tour la Pologne et annexait sa partie orientale. Quand la Grande-Bretagne et la France d\u00e9clar\u00e8rent la guerre \u00e0 l\u2019Allemagne, les partis communistes d\u00e9nonc\u00e8rent la \u00ab guerre imp\u00e9rialiste \u00bb. Le 22 juin 1941, l\u2019Allemagne attaquait l\u2019URSS et en quelques semaines, son arm\u00e9e avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 profond\u00e9ment dans le territoire russe. D\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre, les partis communistes chang\u00e8rent de ligne et d\u00e9clar\u00e8rent que la guerre n\u2019\u00e9tait plus une \u00ab lutte entre puissances imp\u00e9rialistes \u00bb mais une guerre pour la d\u00e9mocratie et la libert\u00e9. L\u2019URSS \u00e9tait devenue une partie de la coalition alli\u00e9e.<br \/>\nL\u2019Internationale Syndicale Rouge, qui n\u2019\u00e9tait plus utile \u00e0 la politique \u00e9trang\u00e8re de l\u2019URSS dans le cadre des fronts populaires des ann\u00e9es 1935 \u00e0 1939 cessa son activit\u00e9 et fut formellement dissoute en 1939. En mai 1943, l\u2019Internationale communiste elle-m\u00eame \u00e9tait dissoute pour rassurer les puissances alli\u00e9es sur le fait que l\u2019URSS n\u2019entretenait plus d\u2019ambitions r\u00e9volutionnaires.<br \/>\n<em><strong>L\u2019aube trompeuse de l\u2019unit\u00e9<\/strong><\/em><br \/>\nLe mouvement ouvrier social-d\u00e9mocrate \u00e9mergea de la guerre en apparence victorieux, en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s affaibli par ses pertes et beaucoup plus d\u00e9pendant des Etats qu\u2019il ne l\u2019avait \u00e9t\u00e9 avant la guerre. Cela \u00e9tait d\u00fb en partie \u00e0 son alliance avec les puissances alli\u00e9es pendant la guerre, en partie \u00e0 la faiblesse des \u00e9conomies d\u00e9vast\u00e9es par la guerre et en partie parce que les gouvernements de l\u2019apr\u00e8s-guerre dans les principaux pays industrialis\u00e9s \u00e9taient ou bien social-d\u00e9mocrates ou en tout cas favorables aux revendications ouvri\u00e8res et dispos\u00e9s \u00e0 soutenir le programme l\u00e9gislatif du mouvement ouvrier.<br \/>\nL\u2019Internationale socialiste, reconstitu\u00e9e en 1951 lors d\u2019un congr\u00e8s \u00e0 Francfort, \u00e9volua de plus en plus en un forum ouvert faiblement li\u00e9 au mouvement syndical. Ses tentatives de s\u2019\u00e9tendre au-del\u00e0 de l\u2019Europe dans les ann\u00e9es 1980 ont principalement eu pour effet une perte de substance politique. Vers la fin du vingti\u00e8me si\u00e8cle, elle avait cess\u00e9 d\u2019exercer une influence significative dans la politique internationale du mouvement ouvrier.<br \/>\nLe mouvement ouvrier communiste avait aussi \u00e9merg\u00e9 en tant que force dominante en France et en Italie mais \u00e9galement fort ailleurs en Europe, du fait de son prestige dans la r\u00e9sistance (qu\u2019il avait rejointe seulement apr\u00e8s 1941) et par le prestige de l\u2019URSS comme principale puissance terrestre en Europe qui avait d\u00e9fait l\u2019Allemagne nazie.<br \/>\nApr\u00e8s 1945, beaucoup pensaient que l\u2019alliance du temps de guerre pouvait  se traduire en termes syndicaux, et qu\u2019une organisation syndicale unifi\u00e9e comprenant les syndicats sovi\u00e9tiques et les syndicats social-d\u00e9mocrates occidentaux \u00e9tait possible. Apr\u00e8s plusieurs r\u00e9unions internationales exploratoires, une telle organisation, la F\u00e9d\u00e9ration syndicale mondiale (FSM) fut cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Paris en octobre 1945 tandis qu\u2019en d\u00e9cembre, la F\u00e9d\u00e9ration syndicale internationale (social-d\u00e9mocrate) \u00e9tait formellement dissoute par son Conseil g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nBient\u00f4t, cependant, des diff\u00e9rends apparurent entre les syndicats social-d\u00e9mocrates et communistes. En Europe orientale, sous occupation sovi\u00e9tique, les cadres survivants de la social-d\u00e9mocratie, de la gauche ind\u00e9pendante et des dissidences communistes disparaissaient dans les prisons et les camps de travail de la police politique (KGB).  Les syndicats \u00e9taient dissous par la force et remplac\u00e9s par des organisations d\u2019Etat pour l\u2019administration du travail selon le mod\u00e8le sovi\u00e9tique. En Europe occidentale, le plan Marshall d\u2019aide \u00e0 la reconstruction \u00e9conomique \u00e9tait bien accueilli par les syndicats social-d\u00e9mocrates alors que les syndicats communistes s\u2019y opposaient. Les Secr\u00e9tariats professionnels internationaux (SPI) rejetaient les tentatives soutenues par les syndicats communistes de devenir une partie int\u00e9grale de la structure de la FSM et cess\u00e8rent toute relation avec elle. Ces conflits politiques conduisirent \u00e0 des scissions  syndicales en France, en Allemagne et en Italie, dans la plupart des cas avec le soutien de l\u2019American Federation of Labor (AFofL) qui, contrairement au Congress of Industrial Organizations (CIO)  , avait refus\u00e9 de se joindre \u00e0 la FSM. Vers 1949, ces conflits accumul\u00e9s devenaient impossibles \u00e0  surmonter et les syndicats non communistes quitt\u00e8rent la FSM. A la fin de cette ann\u00e9e, ils avaient cr\u00e9\u00e9 une nouvelle organisation, la Conf\u00e9d\u00e9ration internationale des syndicats libres (CISL).<br \/>\nLa FSM continua comme organisation sous contr\u00f4le sovi\u00e9tique bas\u00e9e sur les syndicats d\u2019Etat du bloc sovi\u00e9tique et quelques syndicats \u00e0 direction communiste en Europe, en Asie et en Am\u00e9rique latine. Quand le bloc sovi\u00e9tique s\u2019est effondr\u00e9 dans les ann\u00e9es 1990, la FSM s\u2019est effondr\u00e9e avec lui. Un petit secr\u00e9tariat a subsist\u00e9 \u00e0 Prague, et maintenant \u00e0 Ath\u00e8nes, avec un petit nombre d\u2019organisations de quelque importance : Cuba, Vietnam, deux centrales syndicales en Inde.  En Afrique, toutes ses organisations affili\u00e9es et quelques centrales nationales qui avaient maintenu une position neutre ont rejoint la CISL. La CGIL italienne avait d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9 la FSM en 1978 et la CGT fran\u00e7aise en 1995 .<br \/>\nLa Guerre froide qui commen\u00e7a en 1949 a \u00e9galement jet\u00e9 son ombre sur le mouvement syndical mais en fait, elle a \u00e9t\u00e9 un facteur moins d\u00e9cisif  qu\u2019on le dit dans la scission. En r\u00e9alit\u00e9 la FSM \u00e9tait une construction artificielle r\u00e9pondant aux exigences de l\u2019alliance du temps de guerre entre les pouvoirs alli\u00e9s et l\u2019URSS. Aucun des contentieux qui avaient caus\u00e9 la scission ant\u00e9rieure en 1921 entre la FSI et l\u2019ISR n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9solus. Ceux-ci n\u2019avaient rien \u00e0 voir avec la Guerre froide. Ils avaient beaucoup \u00e0 voir avec des questions comme celle de savoir si la \u00ab d\u00e9mocratie bourgeoise \u00bb \u00e9tait pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 pas de d\u00e9mocratie du tout, si les syndicats \u00e9taient responsables devant leurs membres ou devant les autorit\u00e9s de l\u2019Etat et si cet Etat , dans le cas de l\u2019URSS, repr\u00e9sentait une forme de socialisme ou une nouvelle classe exer\u00e7ant un contr\u00f4le total sur la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 classe ouvri\u00e8re comprise \u2013 par la terreur (comme le th\u00e9oricien socialiste Karl Kautsky (1854-1938) l\u2019avait dit en 1929).<br \/>\nLe d\u00e9but de la Guerre froide signifiait que l\u2019\u00e9tau politique de l\u2019alliance anti-fasciste du temps de guerre qui avait bri\u00e8vement maintenu ensemble les organisations avec des cultures, des opinions et des pratiques incompatibles s\u2019\u00e9tait desserr\u00e9 et qu\u2019une division politique qui avait exist\u00e9 pendant trente ne pouvait plus \u00eatre camoufl\u00e9e.<br \/>\nLa CISL \u00e9tait beaucoup moins fond\u00e9e dans la tradition socialiste que ne l\u2019avait \u00e9t\u00e9 la FSI. L\u2019anti-communisme y \u00e9tait une motivation beaucoup plus forte, allant jusqu\u2019\u00e0 limiter son engagement pour les droits humains et les droits des travailleurs. Par exemple, elle accept\u00e9 comme membre la F\u00e9d\u00e9ration chinoise du travail de Ta\u00efwan alors qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, Taiwan \u00e9tait un Etat contr\u00f4l\u00e9 par un parti unique et que les syndicats \u00e9taient tout autant sous le contr\u00f4le du parti unique (le Kuomintang)  et de l\u2019Etat que dans n\u2019importe quel pays du bloc sovi\u00e9tique. L\u2019acquis majeur qui reste de la CISL est qu\u2019elle est devenue une vraie organisation mondiale alors que toutes les organisations syndicales internationales ant\u00e9rieures avaient \u00e9t\u00e9 essentiellement europ\u00e9ennes, non pas dans leur intention mais dans les faits.<br \/>\n<em><strong>Le syndicalisme chr\u00e9tien<\/strong><\/em><br \/>\nA la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019Eglise catholique s\u2019inqui\u00e9tait de la propagation des id\u00e9es socialistes et anarchistes parmi les travailleurs et d\u00e9cidait de cr\u00e9er son propre mouvement syndical. La base id\u00e9ologique de d\u00e9part \u00e9tait l\u2019encyclique \u00ab De Rerum Novarum \u00bb du pape L\u00e9on XIII en 1891.  D\u00e8s ce moment, des syndicats chr\u00e9tiens se sont form\u00e9s essentiellement parmi les travailleurs catholiques dans nombre de pays europ\u00e9ens. La Conf\u00e9d\u00e9ration internationale des syndicats chr\u00e9tiens (CISC) a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 1920. Politiquement, la plupart de ses membres soutenaient des partis catholiques mais dans leur pratique syndicale, ils travaillaient soouvent avec les affili\u00e9s de la FSI. Comme les autres syndicats, les syndicats chr\u00e9tiens furent interdits sous le fascisme et le nazisme et nombre de leurs militants ont rejoint ceux de la gauche dans les mouvements de r\u00e9sistance anti-fasciste, d\u2019abord en Italie, en Allemagne et en Autriche puis dans l\u2019Europe occup\u00e9e.<br \/>\nEn 1945, la CISC s\u2019est reconstruite. Elle a rejet\u00e9 les invitations que la FSM lui faisait de la rejoindre comme plus tard, en 1949, elle a refus\u00e9 celles de la CISL. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 ce moment l\u00e0 de s\u2019\u00e9tendre hors d\u2019Europe avec des affili\u00e9s au Canada (Qu\u00e9bec), dans les anciennes colonies fran\u00e7aises en Afrique o\u00f9 les syndicats chr\u00e9tiens fran\u00e7ais s\u2019\u00e9taient implant\u00e9s, en Am\u00e9rique latine et en Asie. Elle s\u2019est aussi ouverte \u00e0 des syndicats d\u2019autres ob\u00e9diences religieuses (comme les bouddhistes du Sud-Vietnam) et, en 1968, elle s\u2019est rebaptis\u00e9e \u00ab Conf\u00e9d\u00e9ration mondiale du Travail \u00bb(CMT). En m\u00eame temps, elle s\u2019est donn\u00e9 un programme anti-capitaliste incorporant des \u00e9l\u00e9ments de la th\u00e9ologie de lib\u00e9ration et cherchant \u00e0 se positionner quelque part sur la gauche de la CISL.<br \/>\nAlors qu\u2019il cherchait \u00e0 \u00e9largir son champ d\u2019action, le syndicalisme chr\u00e9tien perdait d\u2019importants affili\u00e9s au profit de la CISL, notamment en Italie, en France et aux Pays-Bas. S\u2019agissant des branches industrielles, les principaux affili\u00e9s de la CMT (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas) avaient rejoint les SPI dans les ann\u00e9es 1979-1980. Car bien que la CMT ait maintenu ses f\u00e9d\u00e9rations professionnelles internationales, celles-ci ne pouvaient en aucune fa\u00e7on entrer en comp\u00e9tition avec les SPI.<br \/>\nEn 2002, la CMT annon\u00e7ait 25 millions de membres. Selon les estimations les plus s\u00e9rieuses, un chiffre plus r\u00e9aliste \u00e9tablissait \u00e0 3 millions le nombre de membres r\u00e9ellement cotisants. Dans un seul pays, la Belgique, son organisation membre repr\u00e9sente une l\u00e9g\u00e8re majorit\u00e9 des travailleurs syndiqu\u00e9s. Sa faiblesse num\u00e9rique est compens\u00e9e par le soutien financier des organismes de d\u00e9veloppement catholiques et chr\u00e9tiens d\u00e9mocrates, essentiellement en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Le commentaire d\u2019un auteur am\u00e9ricain, Lewis Lorwin, sur la CISC de 1929 valait encore pour la CMT: \u00ab Elle ne pouvait ni lancer des actions importantes dans le monde syndical ni exercer une influence ind\u00e9pendante sur la politique sociale internationale. \u00bb En d\u00e9cembre 2006, la CMT fusionnait avec la CISL pour donner naissance \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration syndicale internationale (CSI).<br \/>\n<em><strong>Syndicats internationaux et capital trans<\/strong>nat<\/em>ional<br \/>\nLa mont\u00e9e en puissance des soci\u00e9t\u00e9s transnationales (STN) \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 pour occuper une position dominante dans l\u2019\u00e9conomie mondiale a cr\u00e9\u00e9 de nouvelles priorit\u00e9s pour les FSI. Celles-ci sont en effet la structure naturelle pour la coordination des activit\u00e9s syndicales nationales dans la m\u00eame transnationale et pour mobiliser le soutien international de tout syndicat en conflit avec une telle STN.<br \/>\nUn exemple a \u00e9t\u00e9 la campagne men\u00e9e par l\u2019Internationale des travailleurs de l\u2019alimentation (UITA)  de 1979 \u00e0 1981 puis de 1984 \u00e0 1985 contre Coca Cola pour prot\u00e9ger un syndicat dans une usine d\u2019embouteillage en franchise au Guatemala. Dans le contexte d\u2019une dictature militaire brutale, le directeur de l\u2019usine avait essay\u00e9 de d\u00e9truire le syndicat en faisant assassiner ses dirigeants par des escadrons de la mort. L\u2019UITA tenait Coca Cola pour responsable et organisa une action internationale de boycottage,  gr\u00e8ves et manifestations de protestation dans dix-sept pays r\u00e9partis partout dans le monde. Cette premi\u00e8re campagne a oblig\u00e9 Coca Cola \u00e0 acheter directement l\u2019usine. Les nouveaux directeurs mis en place ont reconnu le syndicat et ont sign\u00e9 une convention collective. A la fin de 1983, ces directeurs ont essay\u00e9 de fermer l\u2019usine et ont disparu apr\u00e8s avoir d\u00e9clar\u00e9 la faillite. Les travailleurs ont alors occup\u00e9 l\u2019usine. Coca Cola a de nouveau refus\u00e9 toute responsabilit\u00e9 et l\u2019UITA a organis\u00e9 une deuxi\u00e8me campagne internationale, plus forte que la premi\u00e8re. Mais il a fallu une ann\u00e9e avant qu\u2019un accord puisse \u00eatre conclu, l\u2019occupation lev\u00e9e et l\u2019usine remise en marche : Coca Cola avait vendu l\u2019usine \u00e0 un homme d\u2019affaire guat\u00e9malt\u00e8que qui avait accept\u00e9 de reconna\u00eetre le syndicat et de signer une nouvelle convention collective. Aujourd\u2019hui, le syndicat est encore l\u00e0 et l\u2019accord tient toujours.<br \/>\nLes campagnes internationales peuvent aussi \u00eatre men\u00e9es au niveau d\u2019une industrie globale. Par exemple, l\u2019ITF, l\u2019Internationale des transports, a men\u00e9 campagne pendant presque 55 ans pour r\u00e9glementer les salaires et les conditions de travail des marins travaillant sur des bateaux enregistr\u00e9s dans les pays autres que ceux de leur propri\u00e9taire (\u00ab pavillons de complaisance \u00bb , FOC selon l\u2019acronyme anglais commun\u00e9ment employ\u00e9). Les pays FOC typiques ont des r\u00e9glementations peu contraignantes ou minimes. Une fois qu\u2019un bateau est enregistr\u00e9 sous un FOC, la plupart des armateurs cherchent \u00e0 recruter des marins au plus bas prix possible et r\u00e9duisent leurs co\u00fbts  aux d\u00e9pens des conditions de vie et de travail des \u00e9quipages. L\u2019objectif de la campagne de l\u2019ITF \u00e9tait l\u2019\u00e9limination du syst\u00e8me FOC et la cr\u00e9ation d\u2019un cadre r\u00e9glementaire mondial de la marine marchande. Elle l\u2019a partiellement obtenu en ce qui concerne les employ\u00e9s en imposant des normes syndicales certifi\u00e9es par elle sur tous les bateaux, quels que soient leur pavillon et en utilisant tous les moyens politiques, syndicaux et l\u00e9gaux \u00e0 sa disposition. L\u2019ITF a des inspecteurs dans la plupart des ports du monde qui peuvent immobiliser un bateau quand ces normes ne sont pas respect\u00e9es. Ceux-ci ont ainsi r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer des arri\u00e9r\u00e9s de salaire s&#8217;\u00e9levant \u00e0 163,3 millions de dollars de 1996 \u00e0 2001 pour des \u00e9quipages qui n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 pay\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire 28 millions de dollars par ann\u00e9e en moyenne. De nombreux navires FOC sont maintenant couverts par des accords avec l\u2019ITF, donnant une protection directe \u00e0 plus de 140 000 marins.<br \/>\nL\u2019internationalisation croissante des soci\u00e9t\u00e9s oblige de plus en plus les syndicats locaux \u00e0 n\u00e9gocier directement avec les directions internationales de ces entreprises sur des questions comme la sous-traitance ou la d\u00e9localisation de la production. Ils sont donc oblig\u00e9s d\u2019\u00e9changer des informations et des exp\u00e9riences avec des syndicalistes d\u2019autres pays ou r\u00e9gions, souvent tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s. Ils doivent aussi se donner les moyens d\u2019\u00eatre pr\u00e9sents dans les actions de solidarit\u00e9.<br \/>\nPour r\u00e9pondre \u00e0 ce besoin, les FSI (SPI) de la m\u00e9tallurgie (FIOM), de la chimie (ICF et maintenant ICEM) et de l\u2019alimentation (UITA), ont cherch\u00e9 d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es soixante \u00e0 cr\u00e9er des structures permanentes de coordination (parfois appel\u00e9es \u00ab conseils mondiaux \u00bb) dans les principales transnationales de leur branche. Cette coordination et les contact avec certains compagnies pr\u00eates \u00e0 \u00e9tablir des relations formelles avec les FSI, ont conduit \u00e0 la n\u00e9gociation d\u2019Accords Cadres Internationaux (ACI).<br \/>\nCes accords concernent en g\u00e9n\u00e9ral des questions de principe : les droits des travailleurs et les normes ou conventions internationales du travail, mais peuvent concerner aussi d\u2019autres questions telles l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes\/femmes, la formation professionnelle, la sant\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 au travail, etc.  Dans presque tous les cas, ils engagent la transnationale \u00e0 respecter la libert\u00e9 d\u2019association et de n\u00e9gociation collective selon les conventions de l\u2019OIT. Ils ne remplacent pas la n\u00e9gociation collective au niveau local ou national mais ont pour but d\u2019assurer les droits fondamentaux des travailleurs dans toutes ses entreprises, ouvrant ainsi des espaces nouveaux \u00e0 la n\u00e9gociation collective locale. En ce sens, ils sont aussi un outil d\u2019organisation, sp\u00e9cialement dans les entreprises de la transnationale o\u00f9 les syndicats sont faibles ou non existants.<br \/>\nLe premier accord de ce type a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 en 1988 entre l\u2019UITA et la transnationale fran\u00e7aise de l\u2019alimentation Danone. En 2005, il y avait 31 ACI, en 2006, 48. Pas tous cependant sont surveill\u00e9s et appliqu\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on. Certains ont de ce fait peu d\u2019effets sur les lieux de travail.  Etant donn\u00e9 qu\u2019il existe plus de soixante mille soci\u00e9t\u00e9s transnationales, le nombre des ACI est encore trop faible pour apporter des changements significatifs dans les relations de travail globales.<br \/>\nLeur importance r\u00e9side dans le fait qu\u2019ils repr\u00e9sentent la premi\u00e8re forme de n\u00e9gociation collective au niveau international et qu\u2019ils pourraient servir de mod\u00e8le pour les relations de travail internationales futures. En cela, les ACI sont fondamentalement diff\u00e9rents des \u00ab codes de conduite \u00bb. Ceux-ci sont proclam\u00e9s unilat\u00e9ralement ou volontairement souscrits par les STN et peuvent donc \u00eatre \u00e9galement unilat\u00e9ralement r\u00e9voqu\u00e9s ou amend\u00e9s. Ils sont surveill\u00e9s selon des proc\u00e9dures d\u00e9cid\u00e9es \u00e9galement unilat\u00e9ralement par les STN, en g\u00e9n\u00e9ral par des soci\u00e9t\u00e9s commerciales de surveillance ou par des ONG souvent complaisantes. Les ACI, comme toute convention collective, repr\u00e9sentent des obligations mutuellement reconnues entre interlocuteurs sociaux. Sur le papier, et dans le meilleur des cas dans la r\u00e9alit\u00e9, ils comprennent des proc\u00e9dures de contr\u00f4le n\u00e9goci\u00e9es pour v\u00e9rifier leur application comme la r\u00e9solution de conflits.  Le contr\u00f4le est g\u00e9n\u00e9ralement effectu\u00e9 par les syndicats locaux.<br \/>\n<em><strong>Hors de l\u2019Europe<\/strong><\/em><br \/>\nLe mouvement ouvrier \u00e9tant n\u00e9 de la r\u00e9volte des travailleurs contre leur exploitation dans les \u00e9conomies capitalistes naissantes, il s\u2019est naturellement d\u00e9velopp\u00e9 en Europe o\u00f9 cette \u00e9conomie capitaliste \u00e9tait la plus avanc\u00e9e. La premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me Internationale, ainsi que la FSI, repr\u00e9sentaient essentiellement des organisations europ\u00e9ennes ou en tous cas domin\u00e9es par leurs membres europ\u00e9ens. Dans cette petite partie du monde dens\u00e9ment peupl\u00e9e, il \u00e9tait facile de cr\u00e9er des organisations internationales ; maintenir un contact r\u00e9gulier avec des organisations qui ne pouvaient \u00eatre atteintes depuis l\u2019Europe seulement apr\u00e8s des semaines ou des mois de voyage \u00e9tait beaucoup plus difficile. C\u2019est ainsi que les premi\u00e8res organisations syndicales ouvri\u00e8res \u00e9taient mondiales dans leur intention mais rest\u00e8rent europ\u00e9ennes en pratique. Ce n\u2019est que dans seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle que des progr\u00e8s spectaculaires dans la technologie des communications et des transports ont cr\u00e9\u00e9 les conditions pour des organisations fonctionnant v\u00e9ritablement \u00e0 un niveau global.<br \/>\nCependant, les id\u00e9es socialistes et anarchistes ou syndicalistes r\u00e9volutionnaires se r\u00e9pandirent rapidement dans le monde, le plus souvent par les marins de la marine marchande et par les \u00e9migrants. Des syndicats ainsi que des partis ouvriers et d\u2019autres institutions ouvri\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s en Am\u00e9rique latine et en Asie dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, en Afrique quelques d\u00e9cennies plus tard.<br \/>\nAux Etats-Unis, des syndicats se sont d\u00e9velopp\u00e9s au niveau local d\u00e8s la fin du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, \u00e0 peu pr\u00e8s en m\u00eame temps qu\u2019en Europe. Les premi\u00e8res organisations nationales sont apparues au milieu du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. Et la premi\u00e8re f\u00e9d\u00e9ration syndicale nationale durable, American Federation of Labor (AFofL), pr\u00e9curseur de l\u2019actuelle AFL-CIO, s\u2019est cr\u00e9\u00e9e en 1886. L\u2019immigration massive en provenance de l\u2019Europe \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me et au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, a chang\u00e9 le syndicalisme am\u00e9ricain, en le radicalisant, en cr\u00e9ant des organisations socialistes et plus tard en ouvrant la voie \u00e0 la syndicalisation des industries de production de masse dans les ann\u00e9es trente, sous la direction du  Congress of Industrial Organizations (CIO). Le CIO a fusionn\u00e9 avec l\u2019AFofL en 1955, donnant naissance \u00e0 la AFL-CIO.<br \/>\nLes mouvements socialistes \u00e9taient influents dans le mouvement ouvrier des Etats-Unis dans les premi\u00e8res d\u00e9cennies du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Eug\u00e8ne Victor Debs, qui avait fond\u00e9 le premier syndicat industriel, American Railway Union, en 1893, obtenait 6% du vote populaire comme candidat du parti socialiste \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 1912. Les Industrial Workers of the World (IWW), une f\u00e9d\u00e9ration syndicale r\u00e9volutionnaire, \u00e9tait fond\u00e9e en 1905. A son apog\u00e9e, en 1917, elle avait pr\u00e8s de 200 000 membres aux Etats-Unis et \u00e0 diff\u00e9rents moments de son histoire, elle avait des sections en Australie, Grande-Bretagne, Canada, Chili, Allemagne, Mexique, Nouvelle Z\u00e9lande, Norv\u00e8ge et Afrique du Sud. Malgr\u00e9 le d\u00e9clin des organisations socialistes en termes de membres et en termes \u00e9lectoraux, des socialistes sont rest\u00e9s influents dans certains secteurs du mouvement syndical des Etats-Unis.<br \/>\nEn Am\u00e9rique latine, o\u00f9 dominait l\u2019\u00e9migration en provenance d\u2019Espagne, du Portugal et d\u2019Italie, les premi\u00e8res organisations syndicales ont \u00e9t\u00e9 anarcho-syndicalistes. Les luttes sociales, autant en Am\u00e9rique du Nord que du Sud, \u00e9taient souvent violentes. Les employeurs et les gouvernements conservateurs r\u00e9pondaient souvent aux gr\u00e8ves par la r\u00e9pression militaire. A l\u2019exception du Mexique, o\u00f9 le mouvement syndicale restait puissant comme institution d\u2019Etat h\u00e9rit\u00e9e de la r\u00e9volution de 1910, du Chili et de l\u2019Uruguay o\u00f9 des mouvements ouvriers importants se sont d\u00e9velopp\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 un contexte politique d\u00e9mocratique, les syndicats et la gauche ont \u00e9t\u00e9 violemment r\u00e9prim\u00e9s dans la plupart des pays latino-am\u00e9ricains au cours des ann\u00e9es vingt, trente et quarante. En Argentine cependant, la dictature du g\u00e9n\u00e9ral Juan Per\u00f3n (1946-1955), a combin\u00e9 une id\u00e9ologie autoritaire avec une politique favorable aux travailleurs. Il a suscit\u00e9 des syndicats puissants li\u00e9s \u00e0 son r\u00e9gime tout en r\u00e9primant les syndicats plus anciens, socialistes, communistes et anarchistes. Le syndicalisme p\u00e9roniste a surv\u00e9cu \u00e0 la seconde pr\u00e9sidence de Per\u00f3n (1973-1974), beaucoup plus conservatrice que la premi\u00e8re, et \u00e0 la dictature militaire de 1976 \u00e0 1983, l\u2019une des plus sanglantes dans l\u2019histoire de l\u2019Am\u00e9rique latine. Il est toujours la force dominante dans le mouvement ouvrier argentin. Au Br\u00e9sil, apr\u00e8s une longue p\u00e9riode de contr\u00f4le par l\u2019Etat (1937-1954), et une dictature militaire r\u00e9pressive (1964-1985), le mouvement syndical, partiellement li\u00e9 \u00e0 un parti socialiste de masse, a \u00e9merg\u00e9 comme une force sociale et politique importante dans les ann\u00e9es 1990, avec un ancien militant syndical, Luiz In\u00e1cio Lula da Silva, gagnant la pr\u00e9sidence en 2002.<br \/>\nDans l\u2019empire britannique, le syndicalisme s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 selon le mod\u00e8le de la puissance coloniale, avec des syndicats en Australie, en Nouvelle-Z\u00e9lande, au Canada et en Afrique du Sud, sp\u00e9cialement dans les m\u00e9tiers qualifi\u00e9s et maintenant leur affiliation \u00e0 l\u2019organisation britannique d\u2019origine. Des syndicats interprofessionnels se sont aussi d\u00e9velopp\u00e9s en Australie et au Canada. Au Qu\u00e9bec un mouvement syndical francophone s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9 avec ses propres caract\u00e9ristiques. Le premier syndicat de travailleurs noirs en Afrique du Sud, Industrial and Commercial Workers Union (ICU), conduite par Clemens Kadalie, \u00e9tait un syndicat interprofessionnel. Fond\u00e9 en 1919, il avait pr\u00e8s de cinquante mille membres \u00e0 son apog\u00e9e mais il a d\u00e9clin\u00e9 vers la fin des ann\u00e9es vingt et avait disparu en 1930.<br \/>\nEn Asie, l\u2019immigration europ\u00e9enne n\u2019a jou\u00e9 aucun r\u00f4le dans l\u2019essor syndical bien que des contacts entre l\u2019intelligentsia asiatique et des r\u00e9volutionnaires europ\u00e9ens et am\u00e9ricains influenc\u00e8rent \u00e0 des degr\u00e9s divers la direction qu\u2019allaient prendre les premiers mouvements ouvriers d\u2019Asie. Ainsi, les premiers organisateurs des syndicats japonais avaient fait leurs premi\u00e8res armes en organisant les travailleurs japonais \u00e0 San Francisco en 1890, Fusataro Takano avec l\u2019aide de l\u2019AFofL et Sen Katayama avec l\u2019aide du IWW.  Sun Yat Sen, le leader de la r\u00e9volution d\u00e9mocratique chinoise de 1911, et d\u2019autres intellectuels progressistes chinois, avaient des relations amicales avec la Deuxi\u00e8me Internationale. Au m\u00eame moment, des groupes anarchistes chinois se r\u00e9unissaient \u00e0 Paris et \u00e0 Tokyo. Dans ce qui \u00e9tait alors les Indes n\u00e9erlandaises, Henk Sneevliet, un cheminot hollandais marxiste r\u00e9volutionnaire, organisa le premier parti socialiste en 1914 avec d\u2019autres socialistes hollandais et avec des Indon\u00e9siens comme Semaun, dirigeant du syndicat des chemins de fer et des tramways et plus tard fondateur du parti communiste. Aux Philippines, des intellectuels d\u00e9couvrirent le socialisme et l\u2019anarcho-syndicalisme en Espagne \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle et, avant la Premi\u00e8re guerre mondiale, des dirigeants nationalistes indiens particip\u00e8rent au mouvement socialiste de diff\u00e9rents pays europ\u00e9ens et des Etats-Unis. Ces liens \u00e9taient quelquefois fragiles et concernaient un nombre relativement restreint d\u2019individus. Ils exer\u00e7aient toutefois \u00e9taient toutefois une tr\u00e8s grande influence et d\u00e9montraient l\u2019universalit\u00e9 des id\u00e9ologies du mouvement ouvrier. Alors qu\u2019il n\u2019y avait pas les conditions mat\u00e9rielles pour qu\u2019une organisation internationale fonctionne de fa\u00e7on r\u00e9ellement int\u00e9gr\u00e9e, une internationale ouvri\u00e8re globale se mettait \u00e0 exister virtuellement.<br \/>\nLe Japon \u00e9tait un cas presque unique dans la mesure o\u00f9 il \u00e9tait le principal pays d\u2019Asie \u00e0 ne jamais avoir \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9 ou m\u00eame partiellement occup\u00e9 par des puissances occidentales (l\u2019autre exception \u00e9tant la Tha\u00eflande). Ainsi, le mouvement ouvrier ne s\u2019y d\u00e9veloppa pas comme partie d\u2019un mouvement anti-colonial ou de lib\u00e9ration nationale mais plut\u00f4t comme une partie d\u2019un mouvement d\u00e9mocratique contre le r\u00e9gime imp\u00e9rial autoritaire.<br \/>\nDes intellectuels lib\u00e9raux menaient campagne pour les droits de l\u2019homme et le suffrage universel dans les ann\u00e9es 1880 et les premiers groupes socialistes apparurent dans les ann\u00e9es 1890. Les premiers syndicats \u00e9taient organis\u00e9s en 1898 : travailleurs des m\u00e9taux, conducteurs de locomotives, typographes, cuisiniers. Sen Katayama, qui avait fond\u00e9 le syndicat des m\u00e9tallurgistes, \u00e9tait aussi le fondateur du parti socialiste en 1901, le seul parti d\u2019Asie qui avait adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 la Deuxi\u00e8me Internationale. Les socialistes japonais s\u2019oppos\u00e8rent courageusement \u00e0 la guerre avec la Russie et la poign\u00e9e de mains \u00e0 la tribune du congr\u00e8s d\u2019Amsterdam de l\u2019Internationale en 1904 entre Katayama et Plekhanov, leader du parti social-d\u00e9mocrate russe, devint un symbole d\u2019internationalisme socialiste. Un courant r\u00e9volutionnaire dans le socialisme japonais, \u00e9voluant vers l\u2019anarchisme, \u00e9tait devenu influent sous la direction de Shusui Kotoku. En 1910, le gouvernement lan\u00e7a une r\u00e9pression massive : vingt-quatre socialistes r\u00e9volutionnaires et anarchistes furent arr\u00eat\u00e9s et accus\u00e9s de haute trahison. Douze furent condamn\u00e9s \u00e0 mort et ex\u00e9cut\u00e9s, y compris Kotoku. Le \u00ab long hiver \u00bb (jusque dans les ann\u00e9es vingt) du socialisme japonais avait commenc\u00e9. Apr\u00e8s avoir men\u00e9 avec succ\u00e8s en 1912 une gr\u00e8ve des tramways \u00e0 Tokyo, Katayama fut emprisonn\u00e9 puis quitta le Japon en 1914 pour les Etats-Unis o\u00f9 il avait commenc\u00e9, pour ne jamais revenir. Pass\u00e9 au communisme, il partit  en 1921 pour la Russie sovi\u00e9tique o\u00f9 il fut  c\u00e9r\u00e9monieusement accueilli comme une grande c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 de l\u2019Internationale communiste.<br \/>\nLe mouvement syndical surv\u00e9cut, malgr\u00e9 la r\u00e9pression et les scissions politiques pendant pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies. La principale f\u00e9d\u00e9ration syndicale, le Sodomei social-d\u00e9mocrate \u00e9tait affili\u00e9e \u00e0 la FSI dans les ann\u00e9es vingt et trente. Cependant, apr\u00e8s que l\u2019arm\u00e9e japonaise soit entr\u00e9e en Chine, en juillet 1937, le nationalisme officiel devint politiquement dominant et la force des organisations ouvri\u00e8res et leur int\u00e9grit\u00e9 politique s\u2019affaiblit. En 1940, toutes les organisations syndicales ind\u00e9pendantes \u00e9taient dissoutes et remplac\u00e9es par un \u00ab Front du Travail \u00bb contr\u00f4l\u00e9 par le gouvernement. A la fin de la guerre, en 1945, sous l\u2019occupation am\u00e9ricaine, les partis de gauche et les syndicats ressurgirent avec une force sans pr\u00e9c\u00e9dent : en 1949, la proportion des travailleurs syndiqu\u00e9s a atteint 55,8% (le taux de syndicalisation le plus \u00e9lev\u00e9 d\u2019avant-guerre \u00e9tait de 7,9% en 1931).<br \/>\nAujourd\u2019hui, il y a trois f\u00e9d\u00e9rations nationales : la plus grande, Rengo, avec 6,8 millions de membres, est domin\u00e9e par des syndicats d\u2019entreprises et elle est affili\u00e9e \u00e0 la CISL ; le Zenroren (840 000 membres), est sous direction communiste et le Zenrokyo (270 000 membres) est une organisation des syndicats d&#8217;extr\u00eame-gauche. Le taux de syndicalisation g\u00e9n\u00e9rale a cependant diminu\u00e9 \u00e0 environ 20%, principalement \u00e0 cause de l\u2019incapacit\u00e9 du syst\u00e8me des syndicats d\u2019entreprises \u00e0 organiser la main-d\u2019\u0153uvre chez les sous-traitants et les emplois pr\u00e9caires en forte augmentation.  Les deux partis socialistes, influents dans l\u2019apr\u00e8s-guerre, ont pratiquement disparu dans les ann\u00e9es 1990 en fusionnant avec d\u2019autres partis, apr\u00e8s avoir perdu l\u2019essentiel de leur soutien syndical.<br \/>\nEn Chine, le mouvement syndical s\u2019est surtout d\u00e9velopp\u00e9 dans le Sud et \u00e0 Shangha\u00ef, dans le cadre du mouvement nationaliste du 4 mai 1919 contre les atteintes japonaise, europ\u00e9enne et am\u00e9ricaine \u00e0 la souverainet\u00e9 chinoise. Apr\u00e8s la fondation du parti communiste en 1921, l\u2019influence communiste a rapidement augment\u00e9 dans les syndicats mais en 1927, le mouvement ouvrier sous direction communiste \u00e9tait brutalement r\u00e9prim\u00e9 par le Kuomintang qui devint le parti unique, autoritaire, de la Chine nationaliste (et plus tard de Ta\u00efwan). Apr\u00e8s la conqu\u00eate de l\u2019Etat par le parti communiste en 1949, le syndicalisme ind\u00e9pendant a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par des organisations contr\u00f4l\u00e9es par l\u2019Etat. Aujourd\u2019hui, la principale f\u00e9d\u00e9ration syndicale ind\u00e9pendante sur territoire chinois est la Conf\u00e9d\u00e9ration syndicale de Hong Kong (HKCTU) fond\u00e9e en 1990 (160 000 membres).<br \/>\nEn Inde, le mouvement ouvrier organis\u00e9 est apparu tard, alors que les gr\u00e8ves \u00e9taient fr\u00e9quentes d\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, particuli\u00e8rement dans l\u2019industrie textile et dans les chemins de fer, m\u00eame en l\u2019absence de syndicats. La jonction du mouvement nationaliste et du mouvement syndical s\u2019est aussi produite tardivement, m\u00eame si l\u2019arrestation en 1908 de Tilak, un important dirigeant nationaliste, donna lieu \u00e0 une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 6 jours des travailleurs du textile de Bombay, la premi\u00e8re gr\u00e8ve politique de masse dans l\u2019histoire de l\u2019Inde. En 1918, le syndicat des travailleurs de Madras \u00e9tait form\u00e9 et en 1920, l\u2019Association des travailleurs du textile de Ahmedabad \u00e9tait fond\u00e9e par une femme, Anasuya Sarabhai, collaborant avec Gandhi qui, lui-m\u00eame avait men\u00e9 une gr\u00e8ve victorieuse des travailleurs du textile en 1917. Le Congr\u00e8s syndical pan-indien (AITUC), premi\u00e8re organisation syndicale nationale, a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1920, suivi un an plus tard par la F\u00e9d\u00e9ration pan-indienne des cheminots. Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de 1947, le mouvement syndical a subi des scissions politiques. Aujourd\u2019hui, la plus grande f\u00e9d\u00e9ration nationale, le BMS, est li\u00e9e \u00e0 un parti hindou d\u2019extr\u00eame droite, le BJP ; le INTUC est li\u00e9 au parti du Congr\u00e8s ; il y a deux f\u00e9d\u00e9rations communistes, le AITUC et le CITU ; le HMS est d\u2019origine socialiste et deux branches du UTUC sont de tendance socialiste r\u00e9volutionnaire.<br \/>\nD\u2019autres organisations ind\u00e9pendantes existent telles que le Comit\u00e9 d\u2019organisation syndicale de Bombay. Ensemble, toutes ces organisations ne repr\u00e9sentent qu\u2019une minorit\u00e9 des travailleurs salari\u00e9s indiens, la plupart dans des emplois r\u00e9glement\u00e9s qui \u00e0 leur tour ne repr\u00e9sentent qu\u2019approximativement 3% de la classe ouvri\u00e8re indienne (avec 97% dans l\u2019\u00e9conomie informelle). Pendant la longue p\u00e9riode du gouvernement du Congr\u00e8s, le syndicalisme indien a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une situation relativement prot\u00e9g\u00e9e, avec des politiques \u00e9conomiques autarciques et une l\u00e9gislation du travail favorable. Dans le contexte de la globalisation, l\u2019ouverture de l\u2019Inde au capital transnational repr\u00e9sente un d\u00e9fi s\u00e9rieux pour un mouvement syndical affaibli, divis\u00e9 et bureaucratis\u00e9.<br \/>\nL\u2019organisation des travailleurs dans l\u2019\u00e9conomie informelle est maintenant une t\u00e2che essentielle avec un enjeu de survie pour le mouvement ouvrier indien. Un syndicat pionnier dans le domaine est l\u2019Association des femmes auto-employ\u00e9es (SEWA) bas\u00e9e \u00e0 Ahmedabad. Fond\u00e9e en 1972, le SEWA a maintenant 700 000 membres dans 7 Etats f\u00e9d\u00e9raux indiens.<br \/>\nEn Tha\u00eflande, le premier syndicat \u00e0 appara\u00eetre a \u00e9t\u00e9 l\u2019Association des employ\u00e9s des tramways, en 1897. Mais le mouvement syndical s\u2019est seulement d\u00e9velopp\u00e9 sur une plus grande \u00e9chelle apr\u00e8s la Seconde guerre mondiale. La premi\u00e8re organisation nationale a \u00e9t\u00e9 la F\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du Travail du Siam (1947) avec 64 syndicats affili\u00e9s dont certains existaient d\u00e9j\u00e0 avant la guerre. Aujourd\u2019hui, neuf centrales nationales et dix f\u00e9d\u00e9rations de branche existent mais la densit\u00e9 syndicale reste basse (environ 5%). Les syndicats les plus forts se trouvent dans le secteur public : en mars 2004, le syndicat des travailleurs de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 a men\u00e9 une campagne victorieuse contre la privatisation du secteur.<br \/>\nEn Malaisie, les premiers syndicats ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9s par des anarchistes chinois au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920. Apr\u00e8s l\u2019occupation japonaise pendant la Seconde guerre mondiale et le retour de l\u2019administration britannique, les syndicats communistes \u00e9taient supprim\u00e9s et remplac\u00e9s par des syndicats mod\u00e9r\u00e9s. A Singapour, le People\u2019s Action Party, \u00e0 l\u2019origine un parti socialiste, a \u00e9tabli ce qui est pratiquement un Etat \u00e0 parti unique et il a en m\u00eame temps pris le contr\u00f4le des syndicats, alors qu\u2019en Malaisie, un mouvement syndical ind\u00e9pendant, relativement fort, a surv\u00e9cu.<br \/>\nEn Indon\u00e9sie, un mouvement syndical puissant s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance en 1945, domin\u00e9 par le parti communiste. Des tensions croissantes avec l\u2019arm\u00e9e ont conduit \u00e0 un massacre \u00e0 grande \u00e9chelle de communistes, vrais ou suppos\u00e9s, en 1965, avec plus d&#8217;un million de victimes et l\u2019imposition d\u2019un r\u00e9gime autoritaire en 1967. Sous ce nouvel \u00ab ordre \u00bb militaire, une organisation syndicale unique \u00e9troitement contr\u00f4l\u00e9e par l\u2019Etat a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e. Ce n\u2019est que dans les ann\u00e9es 1990 que des syndicats ind\u00e9pendants ont commenc\u00e9 \u00e0 repara\u00eetre, malgr\u00e9 la r\u00e9pression. En 1998, le \u00ab nouvel ordre \u00bb s\u2019est effondr\u00e9 et les restrictions sur l\u2019organisation syndicale ont \u00e9t\u00e9 abolies. Un grand nombre de syndicats ind\u00e9pendants et combatifs sont apparus mais le mouvement reste fragment\u00e9, entrav\u00e9 par un ch\u00f4mage et un sous-emploi massifs et, apr\u00e8s plus de trente ans de r\u00e9pression, en manque de comp\u00e9tences organisationnelles et politiques.<br \/>\nAux Philippines, le mouvement syndical s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9buts en opposition \u00e0 l\u2019administration coloniale espagnole. Les syndicats ont activement particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volution anti-coloniale de 1896 et, comme le mouvement ouvrier espagnol de l\u2019\u00e9poque, ils \u00e9taient fortement influenc\u00e9s par l\u2019anarcho-syndicalisme (les syndicats philippins les  plus anciens comme celui des typographes et celui des travailleurs du tabac ont encore aujourd\u2019hui des noms espagnols). Apr\u00e8s l\u2019occupation japonaise, un mouvement syndical puissant et radical s\u2019est organis\u00e9 : le Congress of Labor Organizations (CLO), inspir\u00e9 par le CIO am\u00e9ricain. En 1957, le CLO a \u00e9t\u00e9 interdit par une nouvelle loi anti-subversion. Une multitude d\u2019organisations lui ont succ\u00e9d\u00e9. Aujourd\u2019hui, malgr\u00e9 une r\u00e9surgence d\u2019un mouvement syndical combatif, notamment \u00e0 travers l\u2019Alliance progressiste du Travail (APL) socialiste et le Kilusang Mayo Uno (Mouvement du Premier Mai) mao\u00efste, le mouvement reste fragment\u00e9 et profond\u00e9ment divis\u00e9 selon diff\u00e9rentes lignes de clivage, certaines politiques et id\u00e9ologiques, d\u2019autres personnelles et client\u00e9listes.<br \/>\nEn Afrique, le mouvement syndical  a commenc\u00e9 par s\u2019organiser dans les branches qui, sous le r\u00e9gime colonial, s\u2019\u00e9taient d\u00e9velopp\u00e9es pour piller le continent de ses ressources naturelles : mines et plantations, chemins de fer, ports et administration. En Afrique sub-saharienne, le premier syndicat africain semble avoir \u00e9t\u00e9 celui des cheminots au Sierra Leone, fond\u00e9 en 1917 et organisateur d\u2019une gr\u00e8ve \u00e0 Freetown en 1919. Cependant, une activit\u00e9 syndicale importante ne s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans les colonies britanniques et fran\u00e7aises qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1930.<br \/>\nLes mineurs de la \u00ab ceinture de cuivre \u00bb en Rhod\u00e9sie du Nord (la Zambie d\u2019aujourd\u2019hui) \u00e9taient \u00e0 l\u2019avant-garde : en 1935, ils se mettaient en gr\u00e8ve contre une augmentation de l\u2019imp\u00f4t \u00e9lectoral (polltax), une gr\u00e8ve politique contre une mesure politique. La r\u00e9pression fit 5 morts. En 1940, les mineurs se remettaient en gr\u00e8ve, 17 \u00e9taient tu\u00e9s et 65 bless\u00e9s et les gr\u00e9vistes devaient reprendre le travail apr\u00e8s quelques jours. En 1947, les syndicats africains \u00e9taient autoris\u00e9s l\u00e9galement et le syndicat des mineurs africains voyait le jour en 1949. En 1952, il d\u00e9clenchait sa premi\u00e8re grande gr\u00e8ve, qui allait durer trois semaines pour aboutir \u00e0 de substantielles augmentations de salaire. Le Financial Times commenta : \u00ab C\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019un grand syndicat africain a amen\u00e9 ses membres \u00e0 user de leur force organis\u00e9e. Un nouveau pouvoir est arriv\u00e9 en Afrique dont les potentialit\u00e9s sont \u00e9normes. \u00bb En 1954, le syndicat fit une nouvelle gr\u00e8ve de 58 jours et le Economist commenta : \u00ab Le g\u00e9nie de l\u2019organisation et de la solidarit\u00e9 africaine ne pourra plus \u00eatre remis dans la bouteille \u00bb et le New York Times souligna la signification politique de la gr\u00e8ve : \u00ab La plupart des dirigeants politiques africains de premier plan en Rhod\u00e9sie du Nord sont membres du syndicat des mineurs. Ce syndicat est devenu le fer de lance des aspirations politiques africaines qui comprennent l\u2019avancement dans de nombreux emplois r\u00e9serv\u00e9s jusqu\u2019ici aux Europ\u00e9ens. \u00bb<br \/>\nAu Nigeria, le syndicat des cheminots a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 \u00eatre enregistr\u00e9 en 1939. Pendant la guerre, les syndicats se sont rapidement d\u00e9velopp\u00e9s et en 1949, le Conseil syndical du Nigeria voyait le jour. Apr\u00e8s la guerre, deux grandes gr\u00e8ves ont donn\u00e9 une forte impulsion au mouvement : la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de 1945, qui commen\u00e7a \u00e0 Lagos avant de s\u2019\u00e9tendre aux chemins de fer de tout le pays, aux plantations et au commerce ; ensuite la gr\u00e8ve dans les mines de charbon de Enugu en 1949, durement r\u00e9prim\u00e9e par la police avec plusieurs morts parmi les mineurs.<br \/>\nDans la C\u00f4te d\u2019Or, (le Ghana d\u2019aujourd\u2019hui), le Congr\u00e8s syndical national a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1943. A la fin de 1949 et au d\u00e9but de 1950, les syndicats appelaient \u00e0 une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de soutien au parti ind\u00e9pendantiste (Convention People\u2019s Party) dans sa campagne de d\u00e9sob\u00e9issance civile contre l\u2019administration britannique. Pendant la m\u00eame p\u00e9riode, des f\u00e9d\u00e9rations syndicales nationales se constituaient aussi en Afrique orientale britannique (Kenya, Ouganda, Tanganyika), en \u00e9troite coop\u00e9ration l\u00e0 aussi avec les partis nationalistes et les mouvements de lib\u00e9ration.<br \/>\nDans les colonies fran\u00e7aises, le mouvement syndical a commenc\u00e9 dans chacun des territoires sous la forme de sections des syndicats fran\u00e7ais. Sporadiquement \u00e0 la fin des ann\u00e9es trente et massivement apr\u00e8s 1944 quand, suite \u00e0 la lib\u00e9ration en France, la libert\u00e9 syndicale a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e aux \u00ab indig\u00e8nes \u00bb des territoires coloniaux. Ici comme ailleurs, les syndicats ont tr\u00e8s vite \u00e9t\u00e9 li\u00e9s au mouvement ind\u00e9pendantiste. En 1955-56, les syndicats africains se rendirent ind\u00e9pendants des syndicats fran\u00e7ais.<br \/>\nLe 3 novembre 1952, les syndicats en Afrique occidentale fran\u00e7aise d\u00e9clar\u00e8rent une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale en faveur d\u2019un code du travail dont le projet avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale fran\u00e7aise en 1947. La principale disposition en \u00e9tait la semaine de 40 heures et une augmentation de 20% du salaire horaire. La gr\u00e8ve a \u00e9t\u00e9 totalement suivie dans toute l\u2019AOF. Il n\u2019y avait jamais eu auparavant dans l\u2019histoire du syndicalisme africain une gr\u00e8ve d\u2019une telle ampleur. Suite \u00e0 laquelle, le 22 novembre, le code \u00e9tait adopt\u00e9 par l\u2019Assembl\u00e9e \u00e0 Paris et devenait loi le 16 d\u00e9cembre. Cependant, vu l\u2019obstruction des employeurs soutenus par les administrations coloniales locales, il fallut encore se battre pour le faire appliquer. Une s\u00e9rie de gr\u00e8ves g\u00e9n\u00e9rales eurent lieu dans toutes les colonies entre juin et novembre 1953. En Guin\u00e9e, elle dura deux mois, du 21 septembre au 25 novembre, soutenue par les paysans qui nourrissaient les gr\u00e9vistes. Pendant ces gr\u00e8ves, 8 dirigeants syndicaux ont \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9s, plusieurs gr\u00e9vistes bless\u00e9s par la police au S\u00e9n\u00e9gal et en Guin\u00e9e et un gr\u00e9viste fut tu\u00e9 en Guin\u00e9e. Cependant, le 27 novembre, le gouvernement fran\u00e7ais envoyait  des instructions aux administrations coloniales locales  pour que soient appliqu\u00e9es partout les augmentations de salaire de 20% et la semaine de 40 heures.<br \/>\nL\u2019Afrique du Sud est un cas sp\u00e9cial : l\u2019histoire syndicale y est domin\u00e9e par la question raciale. Les travailleurs non blancs s\u2019\u00e9taient affili\u00e9s en grand nombre \u00e0 des syndicats pendant et imm\u00e9diatement apr\u00e8s le Seconde guerre mondiale (environ 200 000 entre 1940 et 1945). Sous le gouvernement du Parti National (1948 \u00e0 1994), la s\u00e9paration des races (apartheid) devint le fondement l\u00e9gal dans tous aspects de la vie sociale. Les syndicats, organisant les travailleurs de toutes les races, devenaient ainsi ill\u00e9gaux et ceux qui existaient d\u00e9j\u00e0 furent d\u00e9truits. L\u2019organisation syndicale des travailleurs noirs n\u2019en continua pas moins, tout en \u00e9tant soumise \u00e0 de s\u00e9v\u00e8res restrictions et, dans quelques rares cas (habillement, alimentation, commerce), avec le soutien des syndicats blancs existants.<br \/>\nA partir des ann\u00e9es 1970, des ONG pro-syndicales cr\u00e9\u00e9es par des militants anti-apartheid sont devenues des bases pour l\u2019organisation de syndicats ind\u00e9pendants noirs ou non-raciaux. Moins d\u2019une d\u00e9cennie plus tard, ceux \u2013ci se rassemblaient en f\u00e9d\u00e9rations : la F\u00e9d\u00e9ration des syndicats sud-africains (FOSATU) en 1979 et le Conseil des syndicats d\u2019Afrique du Sud (CUSA) en 1980. Dans les ann\u00e9es 1980, les travailleurs y afflu\u00e8rent et le gouvernement introduisit des r\u00e9formes : une nouvelle loi sur les relations de travail (1981) \u00e9liminait toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019appartenance raciale. En 1985, un Congr\u00e8s des syndicats sud-africains (COSATU) \u00e9tait form\u00e9 en incorporant le FOSATU, des syndicats ind\u00e9pendants et le syndicats des mineurs qui avait quitt\u00e9 le CUSA.<br \/>\nAujourd\u2019hui, le COSATU est la f\u00e9d\u00e9ration dominante avec 1,8 millions de membres et une orientation g\u00e9n\u00e9ralement communiste. Le CUSA, qui a son origine dans le mouvement de la conscience noir, a fusionn\u00e9 avec une petite centrale pan-africaniste, le AZACTU, pour former le Conseil national des syndicats (NACTU) avec 400 000 membres. Une troisi\u00e8me centrale, la F\u00e9d\u00e9ration des syndicats d\u2019Afrique du Sud (FEDUSA), form\u00e9e en 1997, regroupe avec 500 000 membres des syndicats blancs principalement, de travailleurs qualifi\u00e9s, de cols blancs et de services publics. Elle se d\u00e9clare politiquement ind\u00e9pendante. Les trois centrales \u00e9taient affili\u00e9es \u00e0 la CISL. Une quatri\u00e8me centrale, la Conf\u00e9d\u00e9ration des syndicats d&#8217;Afrique du Sud (CONSAWU), avec 280,000 membres, repr\u00e9sente la partie de la classe ouvri\u00e8re blanche la plus proche de l&#8217;id\u00e9ologie nationaliste, surtout dans les mines. Elle \u00e9tait affili\u00e9e \u00e0 la CMT. Toutes les quatre centrales sont maintenant membres de la CSI. En 1996, la densit\u00e9 syndicale en Afrique du Sud atteignait 57,5%, pla\u00e7ant le mouvement syndical sud-africain parmi les plus puissants du monde.<br \/>\nLeurs principaux probl\u00e8mes, qui sont surtout ceux du COSATU, sont d\u2019une part l\u2019h\u00e9morragie des cadres politiques exp\u00e9riment\u00e9s vers la politique et, apr\u00e8s les \u00e9lections de 1994, vers les postes minist\u00e9riels et de l\u2019administration ; et d\u2019autre part l\u2019orientation de plus en plus conservatrice dans le domaine \u00e9conomique du gouvernement de l\u2019ANC auquel il est alli\u00e9, qui limite la capacit\u00e9 des syndicats de satisfaire les attentes de leurs membres. Politiquement, l\u2019espace socialiste et social-d\u00e9mocrate a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9 par le parti communiste sud-africain , en alliance avec le COSATU et l\u2019ANC. Les autres groupes de gauche (trotskistes, pan-africanistes) sont rest\u00e9s marginaux sauf au Cap.<br \/>\nApr\u00e8s ce passage en revue du mouvement syndical dans le monde, que peut-on en dire ? En premier lieu, que le mouvement ouvrier est une r\u00e9alit\u00e9 dans presque toutes les parties du monde \u00e0 la fin du XIXe et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, m\u00eame en l\u2019absence d\u2019organisations internationales r\u00e9ellement mondiales. L\u2019universalit\u00e9 du mouvement ouvrier dans les int\u00e9r\u00eats qu\u2019il repr\u00e9sente et dans ses id\u00e9ologies pr\u00e9c\u00e8de son expression sous la forme d\u2019organisation mondiale. Les \u00e9l\u00e9ments d\u2019un mouvement  international global sont en tout cas en place \u00e0 la fin de la Seconde guerre mondiale au plus tard. Il faudra ensuite plusieurs d\u00e9cennies avant qu\u2019un tel mouvement s\u2019organise de fa\u00e7on reconnaissable.<br \/>\n<em><strong>Mont\u00e9e et d\u00e9clin du tiers monde<\/strong><\/em><br \/>\nDans les ann\u00e9es 1950-1960, la Guerre froide devint la nouvelle r\u00e9alit\u00e9 politique globale. Chacune des deux superpuissances d\u00e9ploya d\u2019\u00e9normes ressources financi\u00e8res et politiques pour embrigader le mouvement ouvrier dans leur bloc. Le mouvement ouvrier \u00e9tait polaris\u00e9 et la situation de tous ceux qui cherchaient \u00e0 maintenir un mouvement syndical ind\u00e9pendant fond\u00e9 sur un int\u00e9r\u00eat de classe ind\u00e9pendant devint tr\u00e8s difficile.<br \/>\nLa polarisation toucha particuli\u00e8rement le mouvement syndical \u00e9mergeant dans les anciens pays coloniaux en Afrique et en Asie et dans les pays d\u2019Am\u00e9rique latine.<br \/>\nA la fin de la guerre, la plupart des pays europ\u00e9ens avaient abandonn\u00e9 leur empire colonial, dans certains cas avec des actions d\u2019arri\u00e8re-garde destructives (la France en Indochine et en Alg\u00e9rie, les Pays-Bas en Indon\u00e9sie, plus tard le Portugal dans ses colonies africaines). Comme nous l\u2019avons vu, dans certains territoires colonis\u00e9s, le mouvement ouvrier avait une longue histoire, dans d\u2019autres, son origine \u00e9tait plus r\u00e9cente et li\u00e9e \u00e0 la lutte anti-coloniale. En Am\u00e9rique latine, le mouvement ouvrier \u00e9tait presque aussi ancien qu\u2019en Europe mais la d\u00e9pendance de la r\u00e9gion envers les \u00e9conomies industrielles du Nord, les structures sociales archa\u00efques et oppressives et des r\u00e9gimes autoritaires pla\u00e7aient les syndicats dans une situation pas tr\u00e8s diff\u00e9rente de celles des pays ex-coloniaux nouvellement ind\u00e9pendants.<br \/>\nLe mouvement ouvrier dans ce \u00ab tiers monde \u00bb (par opposition au \u00ab premier monde \u00bb des pays industrialis\u00e9s avanc\u00e9s et du \u00ab deuxi\u00e8me monde \u00bb du bloc sovi\u00e9tique) \u00e9tait puissant au d\u00e9part, b\u00e9n\u00e9ficiant de son alliance avec les mouvements de lib\u00e9ration qui avaient form\u00e9 les premiers gouvernements post-coloniaux. Plusieurs facteurs allaient contribuer \u00e0 l\u2019affaiblir : les blocs concurrents dans la Guerre froide essayaient d\u2019acheter des alli\u00e9s, introduisant ainsi une corruption \u00e0 grande \u00e9chelle ; des r\u00e9gimes d\u00e9mocratiques au d\u00e9part se muaient en r\u00e9gimes autoritaires \u00e0 parti unique, confrontant le mouvement ouvrier au choix entre soumission et r\u00e9pression. A partir des ann\u00e9es 1980, les programmes d\u2019ajustement structurels impos\u00e9s par les institutions financi\u00e8res internationales d\u00e9mantel\u00e8rent le secteur public et du m\u00eame coup les principales bases du mouvement syndical.<br \/>\n<em><strong>R\u00e9gionalisme<\/strong><\/em><br \/>\nLes syndicats du tiers monde avaient form\u00e9 des organisations r\u00e9gionales telles que l\u2019Organisation d\u2019Unit\u00e9 syndicale africaine (OUSA), et la Conf\u00e9d\u00e9ration internationale des Syndicats arabes (CISA).Parce que leurs organisations membres sont pour la plupart tomb\u00e9es sous le contr\u00f4le des Etats, par la force et non par leur libre choix, ces r\u00e9gionales servent principalement les buts politiques de gouvernements qui les financent et les contr\u00f4lent et n\u2019ont donc que peu de capacit\u00e9 \u00e0 mener une action syndicale internationale.<br \/>\nLa Conf\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne des syndicats (CES), form\u00e9e en 1973, a fonctionn\u00e9 surtout comme un lobby syndical dans les institutions de l&#8217;Union europ\u00e9enne (UE). Elle est largement d\u00e9pendante de l\u2019UE pour son budget (environ 70%) et g\u00e9n\u00e9ralement soutient les politiques de l\u2019UE. Elle est compos\u00e9e des affil\u00e9s europ\u00e9ens de la CSI et d\u2019organisations sans autres affiliations internationales (la CGTP-Intersindical portugaise). La partie la plus utile de son travail se fait dans le domaine de la recherche et de la formation, par l\u2019Institut syndical europ\u00e9en et le Coll\u00e8ge syndical europ\u00e9en.<br \/>\nLa cons\u00e9quence imm\u00e9diate de la cr\u00e9ation de la CES a \u00e9t\u00e9 la perte par la CISL de son organisation r\u00e9gionale europ\u00e9enne (ORE). L\u2019AFL-CIO avait quitt\u00e9 la CISL en 1969 (elle y est revenue en 1982) sur un d\u00e9saccord \u00e0 propos des contacts croissants de ses affili\u00e9s europ\u00e9ens avec des syndicats communistes de l\u2019Est et de l\u2019Ouest. Les principales centrales europ\u00e9ennes ont alors d\u00e9cid\u00e9 de fonder une organisation r\u00e9gionale ouverte \u00e0 toutes les organisations du continent, quoi qu\u2019en pense la CISL. La CISL-ORE fut dissoute en 1969 en vue de la cr\u00e9ation de la CES comme organisation enti\u00e8rement ind\u00e9pendante autant de la CISL que de la CMT.<br \/>\nLe fondement id\u00e9ologique de la nouvelle organisation r\u00e9gionale \u00e9tait un fort sens de l\u2019identit\u00e9 europ\u00e9enne, per\u00e7u par certains comme une forme de nationalisme europ\u00e9en \u00e0 peine plus recommandable que les nationalismes qu\u2019il cherchait \u00e0 remplacer et en fait suscit\u00e9 par la Commission europ\u00e9enne. Cette nouvelle orientation de repli et de s\u00e9paratisme de certaines organisations europ\u00e9ennes cr\u00e9ait des tensions non seulement entre la CES et la CISL mais aussi entre la CES et les f\u00e9d\u00e9rations syndicales internationales, (les FSI).<br \/>\nLa structure de la CES int\u00e8gre les f\u00e9d\u00e9rations syndicales europ\u00e9ennes (FSE), organisations de branches dont le domaine d\u2019action correspond dans la plupart des cas \u00e0 celui des FSI correspondantes. Les relations entre les FSE et les FSI sont vari\u00e9es : dans certains cas (m\u00e9tallurgie) la FSE est une entit\u00e9 enti\u00e8rement s\u00e9par\u00e9e de la FSI.. Dans d\u2019autres, elle est enti\u00e8rement int\u00e9gr\u00e9e dans la FSI en tant qu\u2019organisation r\u00e9gionale (services). Dans l\u2019alimentation et l\u2019agriculture (UITA) et dans les transports (ITF), deux organisations europ\u00e9ennes se sont fait concurrence et n\u2019ont \u00e9t\u00e9 unifi\u00e9es qu\u2019apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de conflits, l\u2019organisation unifi\u00e9e \u00e9tant finalement reconnue \u00e0 la fois par la CES comme FES et par la FSI en tant qu\u2019organisation r\u00e9gionale.<br \/>\nLe s\u00e9paratisme europ\u00e9en a aussi influenc\u00e9 les positions syndicales \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des conseils europ\u00e9ens d\u2019entreprises (CEE) cr\u00e9\u00e9s \u00e0 la suite de la directive de l\u2019UE en 1994. Celle-ci stipule que des transnationales pr\u00e9sentes dans au moins deux pays de l\u2019Union et employant un nombre donn\u00e9 de travailleurs sont oblig\u00e9es d\u2019\u00e9tablir des conseils europ\u00e9ens o\u00f9 les travailleurs de chacune de leurs entreprises doivent \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s.<br \/>\nLa directive a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9e par les syndicats dans la mesure o\u00f9 elle obligeait les transnationales \u00e0 organiser des rencontres au moins une fois par an avec des organes repr\u00e9sentatifs de leurs entreprises. Mais elle est aussi un compromis, avec des limites contraires aux int\u00e9r\u00eats des travailleurs : elle ne couvre que les pays de l\u2019UE (laissant ainsi de c\u00f4t\u00e9 tous les pays non membres de l\u2019UE en Europe et tout le reste du monde) ; elle d\u00e9finit comme buts des CEE \u00ab l\u2019information \u00bb et la \u00ab  consultation \u00bb (pas la n\u00e9gociation) et elle mentionne des \u00ab repr\u00e9sentants des travailleurs \u00bb (pas de syndicats), ouvrant ainsi la porte \u00e0 des repr\u00e9sentants non syndiqu\u00e9s et dans le pire des cas, des &#8220;repr\u00e9sentants&#8221; choisis par la direction.<br \/>\nCependant, la directive donne la possibilit\u00e9 de modifier ce mod\u00e8le pour autant que les \u00ab partenaires sociaux \u00bb se mettent d\u2019accord, ce qui signifie que les comp\u00e9tences et la composition des CEE peuvent faire l\u2019objet de n\u00e9gociations. Dans ce contexte, ce sont les FSE qui ont eu les relations les plus \u00e9troites avec leur FSI qui ont le mieux su repousser les limites de la directive alors que les FSE \u00ab s\u00e9paratistes \u00bb tendaient \u00e0 accepter le cadre impos\u00e9  et se contentaient de CEE d\u2019une valeur toute relative.<br \/>\nPar la suite, d\u2019autres organisations r\u00e9gionales de la CISL, (CISL-ORAF, pour l\u2019Afrique, CISL-ORAP pour l\u2019Asie et le Pacifique et l\u2019ORIT pour l\u2019h\u00e9misph\u00e8re occidental) ont \u00e9galement affirm\u00e9 leur ind\u00e9pendance, notamment sur la question de l\u2019acc\u00e8s aux financements ext\u00e9rieurs, pour ne pas avoir \u00e0 passer par le secr\u00e9tariat international \u00e0 Bruxelles. Ainsi, la CISL, ayant perdu l\u2019Europe, est entr\u00e9e dans le XXIe si\u00e8cle avec un contr\u00f4le tr\u00e8s affaibli sur ses autres r\u00e9gions, et c&#8217;est l&#8217;h\u00e9ritage qu&#8217;elle a laiss\u00e9 \u00e0 la CSI. .<br \/>\nLa question principale dans le d\u00e9bat r\u00e9gional est la transparence et la co-responsabilit\u00e9 : une organisation internationale doit reconna\u00eetre que diff\u00e9rentes r\u00e9alit\u00e9s r\u00e9gionales sont mieux prises en charge au niveau r\u00e9gional donc avec un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 d\u2019autonomie mais elle faillit \u00e0 sa mission si elle permet aux r\u00e9gions de se soustraire \u00e0 une discipline commune et ne pas rendre des comptes les unes devant les autres au sein de l\u2019Internationale.<br \/>\nS&#8217;il est vrai que la globalisation a affaibli la base \u00e9conomique et politique de l\u2019exceptionnalisme et du s\u00e9paratisme r\u00e9gional, elle a cr\u00e9\u00e9 en m\u00eame temps de nouveaux  et importants probl\u00e8mes pour le mouvement ouvrier international<br \/>\n<em><strong>La globalisation<\/strong><\/em><br \/>\nLa fin de la Guerre froide a co\u00efncid\u00e9 \u00e0 la fin de l\u2019essor \u00e9conomique de l\u2019apr\u00e8s-guerre. Le ch\u00f4mage de masse est apparu dans les pays industrialis\u00e9s au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, apr\u00e8s le premier \u00ab choc p\u00e9trolier \u00bb de 1974. Le mur de Berlin est tomb\u00e9 en 1989 et l\u2019URSS a \u00e9t\u00e9 dissoute en 1991. Les Etats qui lui succ\u00e9daient et ceux de l\u2019ex-bloc sovi\u00e9tique devenaient alors grand ouverts au capital transnational. En dix ans \u00e0 peine, l\u2019\u00e9conomie mondiale a subi un changement fondamental, passant de syst\u00e8mes nationaux reli\u00e9s par des r\u00e9seaux d\u2019\u00e9changes, de cr\u00e9dits et d\u2019investissements \u00e0 un syst\u00e8me global int\u00e9gr\u00e9.<br \/>\nDes changements r\u00e9volutionnaires dans les communications et les transports ont \u00e9t\u00e9 propuls\u00e9s par le capital transnational qui en est le principal b\u00e9n\u00e9ficiaire. Ils ont accru son pouvoir en accroissant sa mobilit\u00e9, alors que l\u2019autonomie et le pouvoir des Etats nationaux  diminuait d\u2019autant.<br \/>\nLe capital transnational s\u2019est \u00e9mancip\u00e9 de l\u2019Etat national et il peut rechercher des profits toujours plus grands o\u00f9 il veut. Il r\u00e9ordonne l\u2019\u00e9conomie mondiale dans son propre int\u00e9r\u00eat, avec l\u2019appui du gouvernement de la premi\u00e8re puissance mondiale et des principaux gouvernements europ\u00e9ens, \u00e0 travers les institutions financi\u00e8res internationales, l\u2019Organisation mondiale du commerce et les institutions de l\u2019Union europ\u00e9enne.<br \/>\nLes Etats du tiers monde et de l\u2019ancien deuxi\u00e8me monde sous-ench\u00e9rissent les uns apr\u00e8s les autres pour attirer les investissements directs \u00e9trangers, dans une spirale descendante qui fait pression sur les conditions de travail et de salaire, qui entra\u00eene des coupes dans les budgets sociaux, favorise le ch\u00f4mage et menace les droits humains et d\u00e9mocratiques.<br \/>\nLes cons\u00e9quences imm\u00e9diates en sont des in\u00e9galit\u00e9s croissantes, des ruptures du tissu social, le d\u00e9clin de la protection sociale, la propagation de la pauvret\u00e9 au niveau mondial et de nouvelles menaces sur l\u2019environnement mettant en danger la survie de l\u2019humanit\u00e9.<br \/>\nLes travailleurs de tous les pays sont mis en concurrence sur le march\u00e9 global du travail, avec des \u00e9carts de salaire pouvant aller de 1 \u00e0 100.  Les emplois permanents et r\u00e9glement\u00e9s diminuent dans tous les pays industrialis\u00e9s au profit de la sous-traitance et la pr\u00e9carisation qui augmente aux niveaux national et global. La d\u00e9localisation de la production industrielle et des services descend par cascade des pays \u00e0 haut salaires aux pays \u00e0 moindre et plus bas salaires, finissant pour une grande part en Chine o\u00f9 les syndicats libres sont interdits.<br \/>\nLe mouvement ouvrier international a \u00e9t\u00e9 mal pr\u00e9par\u00e9 pour faire face \u00e0 cette nouvelle situation. Des d\u00e9cennies d\u2019auto complaisance ont dilu\u00e9 et trivialis\u00e9 son h\u00e9ritage id\u00e9ologique et politique et ses priorit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9form\u00e9es par la Guerre froide. Des organisations syndicales puissantes \u00e9taient dirig\u00e9es dans la plupart des cas par des cadres d\u00e9pourvus d&#8217;imagination politique, plus aptes \u00e0 administrer les acquis des luttes du pass\u00e9 plut\u00f4t que d\u2019en engager de nouvelles, acceptant en g\u00e9n\u00e9ral l\u2019id\u00e9ologie du partenariat social sans se poser de questions. La base, elle, \u00e9tait \u00e9duqu\u00e9e \u00e0 la routine bureaucratique et \u00e0 la passivit\u00e9.<br \/>\nNi la CISL ni la CES ni la plupart des f\u00e9d\u00e9rations syndicales internationales n\u2019avaient de perspective ou de strat\u00e9gie pour faire face aux nouveaux d\u00e9fis. La raison en est qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas, en r\u00e9alit\u00e9, d&#8217;organisations vraiment internationales. Le probl\u00e8me principal de toutes les f\u00e9d\u00e9rations syndicales internationales reste qu\u2019elles sont en fait des associations  de syndicats nationaux qui pensent et r\u00e9agissent en termes nationaux alors que le capital est international, qu\u2019il calcule et agit globalement. Aussi longtemps que cette situation perdure, les syndicats seront incapables de d\u00e9velopper une strat\u00e9gie commune globale. Dans le meilleur des cas, celle-ci repr\u00e9sentera le plus petit d\u00e9nominateur commun.<br \/>\nA l\u2019heure actuelle, le mouvement syndical international doit faire face \u00e0 des d\u00e9fis existentiels. Certains sont des probl\u00e8mes anciens non r\u00e9solus et devenus aigus dans le nouveau contexte global. D\u2019autres sont des d\u00e9fis nouveaux tout aussi pressants.<br \/>\n<em><strong>Les d\u00e9fis<\/strong><\/em><br \/>\n1.\t<strong>La nouvelle classe ouvri\u00e8re<\/strong><br \/>\nTrois questions sont \u00e9troitement li\u00e9es dans la nouvelle \u00e9conomie globale : la composition changeante de la classe ouvri\u00e8re, la croissance de l\u2019\u00e9conomie informelle et la question de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre hommes et femmes.<br \/>\nLa question de l\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes\/femmes dans les syndicats a une histoire compliqu\u00e9e et contradictoire. Les syndicats, depuis leur origine, ont souvent d\u00e9fendu les droits des femmes et de nombreuses femmes ont \u00e9t\u00e9 des dirigeantes charismatiques dans l\u2019histoire du mouvement ouvrier. En m\u00eame temps, le mouvement syndical a \u00e9t\u00e9 domin\u00e9 depuis ses d\u00e9buts par la culture du travailleur industriel o\u00f9 les hommes pr\u00e9dominaient. Malgr\u00e9 des progr\u00e8s importants et continus de l\u2019\u00e9galit\u00e9, une grande partie du mouvement syndical reste domin\u00e9 par les hommes et son auto-repr\u00e9sentation reste celle de l\u2019homme dans son usine.<br \/>\nAujourd\u2019hui, cette culture n\u2019est pas seulement un obstacle au progr\u00e8s du mouvement syndical mais une menace pour sa survie. La croissance de secteurs \u00e9conomiques avec des traditions syndicales faibles ou inexistantes, notamment dans les services, la d\u00e9r\u00e9gulation partielle ou totale du march\u00e9 du travail et la privatisation du secteur public ont cr\u00e9\u00e9 une nouvelle classe ouvri\u00e8re en grande partie compos\u00e9e de femmes sans exp\u00e9rience syndicale, dans des emplois non prot\u00e9g\u00e9s.<br \/>\nUne proportion croissante de cette nouvelle classe ouvri\u00e8re se trouve dans l\u2019\u00e9conomie informelle, sans convention collective et sans protection sociale. Elle comprend des travailleurs auto-employ\u00e9s dans des entreprises informelles ainsi que des travailleurs salari\u00e9s dans des emplois informels. Le travail informel s\u2019\u00e9tend dans les pays industrialis\u00e9s o\u00f9 il est per\u00e7u comme une r\u00e9gression historique mais il a toujours \u00e9t\u00e9 dominant dans les pays du Sud o\u00f9 il repr\u00e9sente une proportion \u00e9lev\u00e9e et souvent la majorit\u00e9 de la main-d\u2019\u0153uvre. Aujourd\u2019hui, il est impossible de concevoir l\u2019organisation syndicale d\u2019une majorit\u00e9 des travailleurs \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale sans un travail s\u00e9rieux d\u2019organisation dans l\u2019\u00e9conomie informelle. Il s\u2019agit le plus souvent de femmes, ce pourquoi les syndicats doivent passer des alliances avec les mouvements des femmes.<br \/>\nDans certains pays, les femmes dans l\u2019\u00e9conomie informelle ont cr\u00e9\u00e9 leurs propres syndicats, comme nous l\u2019avons vu avec l\u2019un des plus connus, le SEWA en Inde. Ils sont de plus en plus nombreux. Le mouvement syndical traditionnel a eu, dans certains cas, des difficult\u00e9s dans ses relations avec ces syndicats d\u2019un type nouveau. Mais l\u2019organisation de l\u2019\u00e9conomie informelle \u00e9tant une priorit\u00e9 incontournable, il ne peut pas ne pas les d\u00e9velopper et approfondir.<br \/>\n2.\t<strong>Les droits humains<\/strong><br \/>\nLe r\u00f4le de la r\u00e9pression est souvent ignor\u00e9 ou minimis\u00e9. Elle peut prendre des formes extr\u00eames, comme en Colombie o\u00f9 plus de 1500 syndicalistes ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es ou en Chine o\u00f9 seuls les syndicats contr\u00f4l\u00e9s par l\u2019Etat sont autoris\u00e9s, ou dans des pays comme l\u2019Arabie saoudite o\u00f9 toute forme de syndicalisme est interdite.<br \/>\nMais la r\u00e9pression peut aussi prendre des formes plus subtiles : une l\u00e9gislation restrictive peut en pratique vider de leur contenu des droits th\u00e9oriquement reconnus. Aux Etats-Unis, 32 millions de travailleurs sont l\u00e9galement priv\u00e9s du droit de former des syndicats. Les employeurs violent r\u00e9guli\u00e8rement la loi par des campagnes anti-syndicales agressives et les recours l\u00e9gaux sont lents et incertains. En Grande-Bretagne, la l\u00e9gislation adopt\u00e9e par des majorit\u00e9s conservatrices a limit\u00e9 le droit de gr\u00e8ve de fa\u00e7on draconienne et le gouvernement travailliste a maintenu ces restrictions. Dans la plupart des pays, y compris dans les d\u00e9mocraties industrielles avanc\u00e9es, certaines formes de gr\u00e8ve sont interdites. C\u2019est presque toujours le cas pour les gr\u00e8ves internationales de solidarit\u00e9, qui sont pr\u00e9cis\u00e9ment la forme d\u2019action dont les travailleurs ont le plus besoin pour se d\u00e9fendre efficacement dans une \u00e9conomie globalis\u00e9e.<br \/>\nLe mouvement syndical international fait campagne pour la reconnaissance des droits des travailleurs en tant que droits humains. Il s\u2019agit en fait des droits syndicaux puisque des syndicats libres et ind\u00e9pendants sont les seuls moyens dont disposent les travailleurs pour s\u2019exprimer et se d\u00e9fendre collectivement. Le soutien de leurs alli\u00e9s politiques traditionnels s\u2019affaiblissant, les syndicats doivent s\u2019allier avec  les organisations de d\u00e9fense des droits humains et autres pour alerter l\u2019opinion sur une question qui concerne la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble.<br \/>\n3.\t<strong>Nouveaux mouvements socia<\/strong>ux<br \/>\nL\u2019essor de nouveaux mouvements sociaux a marqu\u00e9 la derni\u00e8re d\u00e9cennie: ce sont, sous diff\u00e9rentes formes, des mouvements de protestation contre le capitalisme global domin\u00e9 par les transnationales. Ils r\u00e9ussissent \u00e0 cr\u00e9er des coalitions puissantes : le Forum social mondial est l\u2019une de leurs plateformes. Collectivement, ils sont parfois d\u00e9crits comme le mouvement pour une justice globale.<br \/>\nIls remplissent le vide laiss\u00e9 par le mouvement syndical des &#8220;trente glorieuses&#8221; en retraite de ses responsabilit\u00e9s et engagements envers la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble. Ils repr\u00e9sentent un d\u00e9fi pour le mouvement syndical international : rejoindra-t-il la coalition des partisans d\u2019une mondialisation alternative anti-capitaliste ou restera-t-il suspendu \u00e0 son activit\u00e9 de lobby dans les institutions financi\u00e8res internationales, l\u2019UE ou d\u2019autres organes intergouvernementaux ?<br \/>\n4.\t<strong>Politique<\/strong><br \/>\nDans de nombreux pays, les relations entre le mouvement syndical et ses alli\u00e9s historiques, les partis sociaux-d\u00e9mocrates et travaillistes, sont devenues difficiles.  Pourtant, si le mouvement syndical a besoin d\u2019une dimension politique, il n&#8217;est plus possible de r\u00e9tablir des all\u00e9geances et encore moins des d\u00e9pendances envers des partis politiques.<br \/>\nPour des raisons qui ne peuvent \u00eatre explicit\u00e9es ici mais qui ont \u00e0 voir avec le d\u00e9clin de l\u2019autonomie de l\u2019Etat-nation par rapport au capital transnational, les partis ouvriers \u00e0 l&#8217;origine prennent leurs distances d\u2019avec le mouvement syndical. Les relations du pass\u00e9, qu\u2019il ce soit agi de \u00ab courroies de transmission \u00bb (dans les deux sens) ou d\u2019instrumentalisation \u00e9lectorale, ou encore d\u2019accords corporatistes au sommet, sont de plus en plus difficiles \u00e0 maintenir et de moins en moins rentables pour les syndicats. Ceci ne veut pas dire que le mouvement syndical n\u2019ait pas besoin d\u2019une dimension politique, au contraire, toute activit\u00e9 syndicale est par nature politique. La politique du mouvement syndical doit donc \u00eatre r\u00e9invent\u00e9e sur la base de l&#8217;autonomie du mouvement et de l\u2019int\u00e9r\u00eat de ses membres.<br \/>\nOn pourrait aussi dire que le socialisme d\u00e9mocratique doit \u00eatre r\u00e9invent\u00e9 \u00e0 partir et par le mouvement syndical, comme alternative au \u00ab nouvel ordre mondial \u00bb du capital transnational plut\u00f4t que comme service d\u2019ambulance pour ses victimes.<br \/>\n5.\t<strong>La grande question<\/strong><br \/>\nLe mouvement ouvrier est entr\u00e9 dans l\u2019histoire comme le porteur d\u2019un ordre social alternatif au capitalisme. Aujourd\u2019hui, sa direction a g\u00e9n\u00e9ralement abandonn\u00e9 la perspective d\u2019un changement social fondamental ; n\u00e9anmoins, le mouvement reste, obstin\u00e9 et irr\u00e9ductible, le plus grand mouvement de r\u00e9sistance du monde, fait de milliers de luttes quotidiennes, grandes et petites, par des travailleurs qui n\u2019ont pas d\u2019autres choix et nulle part ailleurs o\u00f9 aller. Aujourd\u2019hui, des millions de personnes se rallient \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019un autre monde est possible. C\u2019est le mouvement anti-capitaliste le plus puissant qu\u2019on conna\u00eet depuis que le socialisme historique a quitt\u00e9 la sc\u00e8ne. Lorsque le mouvement ouvrier organis\u00e9 fera sienne \u00e0 nouveau la vision d\u2019une justice globale, un autre monde, meilleur, deviendra possible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32"}],"collection":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=32"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":685,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32\/revisions\/685"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=32"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=32"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=32"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}