{"id":33,"date":"2008-05-01T17:48:22","date_gmt":"2008-05-01T17:48:22","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2008\/05\/01\/la-nouvelle-internationale-syndicale-par-dan-gallin-2006\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:06","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:06","slug":"la-nouvelle-internationale-syndicale-par-dan-gallin-2006","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2008\/05\/01\/la-nouvelle-internationale-syndicale-par-dan-gallin-2006\/","title":{"rendered":"La nouvelle Internationale syndicale &#8211; par Dan Gallin (2006)"},"content":{"rendered":"<p>Paru dans <em>Pages de Gauche<\/em>, mensuel d&#8217;opinions socialistes, Lausanne (No.51, d\u00e9cembre 2006), www.pagesdegauche.ch. Dan Gallin a assist\u00e9 au congr\u00e8s de dissolution de la CISL et au congr\u00e8s de fondation de la CSI. Il y repr\u00e9sentait la F\u00e9d\u00e9ration internationale des associations d&#8217;\u00e9ducation des travailleurs.<\/p>\n<p><!--more--><br \/>\nDu 31 octobre au 3 novembre, trois congr\u00e8s syndicaux internationaux se sont r\u00e9unis \u00e0 Vienne: les deux premiers \u00e9taient les congr\u00e8s de dissolution de la Conf\u00e9d\u00e9ration internationale des Syndicats libres (CISL) et de la Conf\u00e9d\u00e9ration mondiale du Travail (CMT); le troisi\u00e8me, avec 1700 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9\/es, \u00e9tait le congr\u00e8s de fondation de la Conf\u00e9d\u00e9ration Syndicale Internationale (CSI).<br \/>\nLa CISL, fond\u00e9e en 1949 \u00e0 la suite d&#8217;une scission de la F\u00e9d\u00e9ration syndicale mondiale (FSM) elle-m\u00eame fond\u00e9e en 1945 et tomb\u00e9e sous la domination du bloc sovi\u00e9tique, regroupait, pour l&#8217;essentiel, les centrales syndicales nationales de tradition social-d\u00e9mocrate et socialiste (dont l&#8217;USS), d&#8217;autres issues de la tradition communiste (CGIL Italie, Commissions ouvri\u00e8res Espagne), la f\u00e9d\u00e9ration syndicale am\u00e9ricaine (AFL-CIO), de nombreuses centrales d&#8217;Am\u00e9rique latine, d&#8217;Afrique et d&#8217;Asie li\u00e9es \u00e0 des partis socialistes ou populaires. Au moment de sa dissolution elle repr\u00e9sentait 155 millions de membres dans 241 organisations affili\u00e9es dans 156 pays et territoires.<br \/>\nLa CMT, issue de la tradition chr\u00e9tienne (tr\u00e8s majoritairement catholique) avait \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1920 comme Conf\u00e9d\u00e9ration internationale des Syndicats chr\u00e9tiens. Elle s&#8217;\u00e9tait &#8220;d\u00e9confessionnalis\u00e9e&#8221; en 1968 en adoptant le nom de CMT et en s&#8217;ouvrant \u00e0 d&#8217;autres courants. Au moment de sa dissolution elle d\u00e9clarait 26 millions de membres (un chiffre fortement exag\u00e9r\u00e9) dans 110 organisations dans 89 pays.<br \/>\nLa nouvelle CSI comprend la grande majorit\u00e9 des organisations affili\u00e9es de la CISL et de la CMT, plus huit centrales sans affiliation internationale ant\u00e9rieure, notamment la CGT fran\u00e7aise, affili\u00e9e \u00e0 la FSM jusqu&#8217;en 1995, l&#8217;OPZZ de Pologne, cr\u00e9\u00e9e en 1984 alors que le syndicat libre Solidarnosc \u00e9tait dans l&#8217;ill\u00e9galit\u00e9, la CUT de Colombie et la CTA d&#8217;Argentine. Elle repr\u00e9sente 168 millions de travailleurs et travailleuses dans 306 organisations dans 154 pays et territoires.<br \/>\nLa pr\u00e9sidente de la CSI est Sharan Burrow, pr\u00e9sidente de la f\u00e9d\u00e9ration syndicale australienne ACTU, et le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral est Guy Ryder, britannique. Les deux exer\u00e7aient les m\u00eames fonctions \u00e0 la CISL. Le si\u00e8ge du secr\u00e9tariat de la CSI reste Bruxelles, qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le si\u00e8ge de la CISL et de la CMT. Son organe directeur est un Conseil g\u00e9n\u00e9ral de 77 membres, chacun avec deux suppl\u00e9ants. L&#8217;USS y est repr\u00e9sent\u00e9e par Jean-Claude Prince (premier suppl\u00e9ant).<br \/>\nLa toute nouvelle CSI doit faire face \u00e0 de nombreux probl\u00e8mes, en partie structurels, en partie politiques. Une premi\u00e8re difficult\u00e9 a \u00e9t\u00e9 le probl\u00e8me des organisations r\u00e9gionales. En Am\u00e9rique latine, l&#8217;organisation r\u00e9gionale de la CMT, la CLAT, radicale dans ses d\u00e9clarations et conservatrice dans son action, ne comprend que des syndicats d&#8217;Am\u00e9rique latine, alors que celle de la CISL, l&#8217;ORIT &#8220;interam\u00e9ricaine&#8221;, comprend \u00e9galement celles du Canada et des Etats-Unis. Longtemps un instrument de la politique ext\u00e9rieure des Etats-Unis, l&#8217;ORIT s&#8217;est radicalis\u00e9e depuis dix ans environ, comme d&#8217;ailleurs sa plus grande affili\u00e9e, l&#8217;AFL-CIO, depuis son congr\u00e8s de 1995. Les relations entre CLAT et ORIT restent cependant tendues, et elles ne sont pas parvenues \u00e0 un accord de fusion. Le congr\u00e8s leur a donn\u00e9 une ann\u00e9e pour donner suite, sur le plan r\u00e9gional, \u00e0 la fusion mondiale.<br \/>\nEn Europe, la Conf\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne des syndicats (CES), fond\u00e9e en 1973 et qui englobait d\u00e8s le d\u00e9part des affili\u00e9es europ\u00e9ennes de la CISL et de la CMT, rejoints par la suite par la CGT fran\u00e7aise et la CGTP du Portugal, n&#8217;est pas devenue une organisation r\u00e9gionale de la CSI mais a gard\u00e9 son ind\u00e9pendance. Cependant, la CSI a cr\u00e9\u00e9 une nouvelle structure, le comit\u00e9 de co-ordination paneurop\u00e9en, dont la CES fait partie et qui comprend en plus les organisations de l&#8217;Europe g\u00e9ographique qui ne sont pas membres de la CES, notamment celles de l&#8217;ex-USSR.<br \/>\nUne autre difficult\u00e9 a \u00e9t\u00e9 celle de d\u00e9finir les relations de la CSI avec les F\u00e9d\u00e9rations syndicales internationales, organis\u00e9es par secteur (UITA pour l&#8217;alimentation, FIOM pour la m\u00e9tallurgie, ITF pour les transports, etc.). Il y en a dix, li\u00e9es \u00e0 la CISL par un accord de coop\u00e9ration, mais ind\u00e9pendantes, et tr\u00e8s conscientes que leur ind\u00e9pendance est une condition de leur efficacit\u00e9. La CMT par contre avait ses propres f\u00e9d\u00e9rations professionnelles, beaucoup moins importantes, et int\u00e9gr\u00e9es dans sa structure centralis\u00e9e. Pour finir, les structures professionnelles de la CMT ont \u00e9t\u00e9 simplement absorb\u00e9es par les FSI, et un &#8220;Conseil syndical mondial&#8221; a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour chapeauter la CSI, les FSI et le Conseil syndical consultatif aupr\u00e8s de l&#8217;OCDE. Il est peu probable que les FSI, &#8220;chapeaut\u00e9es&#8221; ou non, accepteront une mise en cause de leur ind\u00e9pendance. Le &#8220;Conseil syndical mondial&#8221; restera sans doute une coquille vide.<br \/>\nLa FSM communiste, qui a tenu son dernier congr\u00e8s \u00e0 La Havane en d\u00e9cembre de l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re et qui a maintenant son si\u00e8ge \u00e0 Ath\u00e8nes, n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e \u00e0 participer au processus de fusion. En effet, cela aurait oblig\u00e9 la CSI de reconna\u00eetre et d&#8217;accepter comme membres les centrales syndicales de Cuba et du Vietnam, principales affili\u00e9es de la FSM, rouages d&#8217;un Etat lui-m\u00eame contr\u00f4l\u00e9 par le parti unique. Ni la CISL, ni la CMT, n&#8217;\u00e9taient pr\u00eates \u00e0 leur reconna\u00eetre une quelconque l\u00e9gitimit\u00e9. Pour les m\u00eames raisons, la centrale chinoise n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e. Par contre, les centrales indiennes AITUC et CITU, communistes et membres de la FSM, avaient \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es, mais avaient refus\u00e9 de se joindre \u00e0 la nouvelle Internationale si la FSM en \u00e9tait exclue.<br \/>\nL&#8217;appareil communiste international a tout fait pour saboter la CSI. Le gouvernement cubain, par ses ambassades, avait convoqu\u00e9 les fractions communistes de la CUT Colombie, du PIT-CNT Uruguay et de la CGTP Portugal pour leur donner l&#8217;ordre d&#8217;emp\u00eacher l&#8217;adh\u00e9sion de leur centrale \u00e0 la CSI. Ils ont \u00e9chou\u00e9 en Colombie, mais ils ont r\u00e9ussi en Uruguay et au Portugal. Ce n&#8217;est que partie remise. Mais imaginons les cris d&#8217;orfraie si, par exemple, l&#8217;ambassade des Etats-Unis s&#8217;\u00e9tait permis ce genre d&#8217;intervention.<br \/>\nLe plus grand danger qui menace la CSI ne vient cependant pas de l&#8217;ext\u00e9rieur, c&#8217;est plut\u00f4t celui de rester trop longtemps pr\u00e9occup\u00e9e par elle-m\u00eame, \u00e0 r\u00e9gler des probl\u00e8mes internes. Autant la CISL que la CMT \u00e9taient des structures vivant dans une bulle bureaucratique, privil\u00e9giant le travail de lobby dans les institutions internationales, sans capacit\u00e9 d&#8217;action et sans prise sur la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue par leurs millions de membres qui, dans leur grande majorit\u00e9, ignoraient m\u00eame leur existence.<br \/>\nSur le plan politique, autant la CISL que la CMT \u00e9taient emp\u00eatr\u00e9es dans l&#8217;id\u00e9ologie du &#8220;partenariat social&#8221;, alors que le capital transnational prend le pouvoir sur l&#8217;\u00e9conomie et la soci\u00e9t\u00e9 mondiales et fait la guerre aux syndicats dans le monde entier. Aucune des deux Internationales avait produit la moindre analyse du capitalisme r\u00e9ellement existant, et des moyens d&#8217;en sortir. Ce n&#8217;est pas elles qui proclamaient qu&#8217;un autre monde \u00e9tait possible.<br \/>\nLa CSI \u00e9chappera-t-elle au sort de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs? L&#8217;addition de deux faiblesses peut-elle donner lieu \u00e0 la naissance d&#8217;une nouvelle force?<br \/>\nLe pire n&#8217;est jamais s\u00fbr. Malgr\u00e9 les traditions d&#8217;inertie bureaucratique, un fr\u00e9missement d&#8217;optimisme animait le congr\u00e8s de fondation. De nouveaux th\u00e8mes d&#8217;action syndicale sont apparus. Dans une intervention tr\u00e8s remarqu\u00e9e, soutenue par d&#8217;autres intervenants, la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e de l&#8217;Association des femmes auto-employ\u00e9es de l&#8217;Inde (SEWA), affili\u00e9e \u00e0 la CISL depuis juillet dernier, insistait sur l&#8217;importance d&#8217;organiser le secteur informel. Vania Alleva, responsable du d\u00e9partement Migration \u00e0 UNIA et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e de l&#8217;USS, est intervenue avec force pour une action internationale de soutien aux travailleurs migrants, avec ou sans papiers. Le pr\u00e9sident de la centrale am\u00e9ricaine, John Sweeney, n&#8217;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 nommer l&#8217;ennemi: &#8220;la priorit\u00e9 de l&#8217;AFL-CIO aujourd&#8217;hui est de faire tomber George W. Bush, pour notre libert\u00e9 et la v\u00f4tre.&#8221;<br \/>\nLa CSI porte une somme \u00e9norme d&#8217;attentes, d&#8217;espoirs et d&#8217;\u00e9nergie latente, enferm\u00e9es dans un carcan bureaucratique qui lui vient de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs.<br \/>\nComment peut-elle s&#8217;en lib\u00e9rer? De deux fa\u00e7ons: d&#8217;abord par l&#8217;action: une action qui relativise et finalement r\u00e9sout les probl\u00e8mes de cuisine interne, qui la positionne et la l\u00e9gitime aux yeux de l&#8217;opinion mondiale et, le plus important, aux yeux de ses propres membres.<br \/>\nDans une de ses premi\u00e8res prises de position, la CSI a d\u00e9nonc\u00e9 la Suisse pour avoir mis en doute l&#8217;autorit\u00e9 de l&#8217;OIT qui l&#8217;avait condamn\u00e9e pour atteinte \u00e0 la libert\u00e9 syndicale. Cette d\u00e9nonciation, salutaire et n\u00e9cessaire, ne saurait \u00eatre qu&#8217;un d\u00e9but. Il faudrait maintenant que la CSI s&#8217;attaque \u00e0 un plus gros gibier, non seulement par la d\u00e9nonciation mais par l&#8217;action. Le gouvernement australien, par exemple, semble \u00eatre une cible toute d\u00e9sign\u00e9e.<br \/>\nLe deuxi\u00e8me acte de lib\u00e9ration doit \u00eatre politique. La CSI doit trouver le courage de nommer ses ennemis, car elle en a, et de &#8220;nommer le bien et le mal par leur nom&#8221;, comme le disait le dernier pape. La CSI devrait pouvoir se positionner comme adversaire de l&#8217;ordre mondial du capital transnational et devrait pouvoir se donner comme objectif un autre ordre mondial, avec les \u00e9tapes n\u00e9cessaires pour y parvenir. C&#8217;est faisable sur son plan int\u00e9rieur: il n&#8217;y a pas de divergences sur le fond entre la gauche socialiste, chr\u00e9tienne ou communiste. Les clivages se situent plut\u00f4t entre la gauche et la droite de chacune de ces trois composantes.<br \/>\nEst-ce que la plus grande organisation syndicale mondiale dans l&#8217;histoire du mouvement ouvrier peut se passer d&#8217;un projet de soci\u00e9t\u00e9? Oui, elle le peut, mais au prix de faillir \u00e0 sa mission historique et de rester dans l&#8217;histoire comme le plus grand appareil bureaucratique jamais vu du mouvement ouvrier, tournant \u00e0 vide.<br \/>\nMais le pire n&#8217;est jamais s\u00fbr.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paru dans Pages de Gauche, mensuel d&#8217;opinions socialistes, Lausanne (No.51, d\u00e9cembre 2006), www.pagesdegauche.ch. Dan Gallin a assist\u00e9 au congr\u00e8s de dissolution de la CISL et au congr\u00e8s de fondation de la CSI. 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