{"id":36,"date":"2008-05-02T12:51:02","date_gmt":"2008-05-02T12:51:02","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2008\/05\/02\/anti-mondialisation-et-syndicats-par-dan-gallin-2001\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:06","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:06","slug":"anti-mondialisation-et-syndicats-par-dan-gallin-2001","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2008\/05\/02\/anti-mondialisation-et-syndicats-par-dan-gallin-2001\/","title":{"rendered":"Anti-Mondialisation et Syndicats (Dan Gallin, 2001)"},"content":{"rendered":"<p><em>Bonsoir, Camarades:<\/em><br \/>\n<em> Ce soir, nous voulons discuter des &#8220;syndicats et de la social-d\u00e9mocratie face \u00e0 la dynamique anti-mondialisation&#8221; et mon sujet est \u201canti-mondialisation et syndicats\u201d.<\/em><!--more-->Je pense qu\u2019il ne s\u2019agit pas pour nous ici de d\u00e9finir de l&#8217;ext\u00e9rieur une strat\u00e9gie syndicale ou de donner des conseils, de l&#8217;ext\u00e9rieur, aux syndicats sur ce qu\u2019ils devraient faire par rapport \u00e0 la mondialisation, mais bien plut\u00f4t de rechercher quel peut \u00eatre notre r\u00f4le dans le mouvement syndical dans le contexte du mouvement de contestation contre le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme, c&#8217;est \u00e0 dire quelles sont nos responsabilit\u00e9s dans le mouvement syndical et, \u00e0 partir de l\u00e0, dans le mouvement de contestation.<\/p>\n<p><strong>Ce qu&#8217;il faut savoir sur le syndicalisme<\/strong><br \/>\nSoyons clairs sur les positions de d\u00e9part. En premier lieu, en tant que socialistes, et \u00e0 plus forte raison si nous voulons \u00eatre des &#8220;socialistes de gauche&#8221;, nous ne nous situons pas par rapport au mouvement syndical en spectateurs mais en acteurs. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 socialiste et syndicaliste toute ma vie adulte, Pierre-Yves est syndicaliste et socialiste et je pense qu&#8217;il est du devoir de tout socialiste d&#8217;\u00eatre syndiqu\u00e9 et actif dans son syndicat, s&#8217;il est salari\u00e9 et m\u00eame travailleur ind\u00e9pendant. Ceci, je ne le pense pas seulement \u00e0 cause de nos origines communes et de notre alliance historique, qui constitue l&#8217;essentiel de ce que je continue \u00e0 appeler le &#8220;mouvement ouvrier&#8221; sans ignorer, bien s\u00fbr, que la classe ouvri\u00e8re ne cesse de changer et le mouvement syndical avec elle.<\/p>\n<p>Je le dis surtout \u00e0 cause de ce que le mouvement syndical est aujourd&#8217;hui et du r\u00f4le qu&#8217;il joue dans la soci\u00e9t\u00e9 aujourd&#8217;hui, en Suisse et dans le monde. C&#8217;est un mouvement qui, bien \u00e9videmment, d\u00e9fend des int\u00e9r\u00eats. Quels sont ces int\u00e9r\u00eats? Ce sont les int\u00e9r\u00eats de tous ceux qui travaillent, c&#8217;est \u00e0 dire la grande majorit\u00e9 de la population du monde. N&#8217;importe quelle cat\u00e9gorie de travailleurs, n&#8217;importe o\u00f9 dans le monde, s&#8217;organise spontan\u00e9ment en syndicats pour d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats et, si on le leur interdit, ils sont capables de risquer leur libert\u00e9 et leur vie pour passer outre. Chaque ann\u00e9e des centaines de travailleurs sont assassin\u00e9s pour avoir pass\u00e9 outre.<\/p>\n<p>C&#8217;est ainsi que le mouvement syndical est aujourd&#8217;hui le mouvement structur\u00e9 le plus universel qui soit, avec une multiplicit\u00e9 \u00e9tonnante, avec des nouvelles couches de travailleurs, et surtout de travailleuses, qui entrent au fur et \u00e0 mesure que la composition de la classe ouvri\u00e8re change, aussi bien dans le haut que dans le bas de l&#8217;\u00e9chelle des qualifications, des niveaux de vie et des rapports de travail, aussi bien dans ce que certains appellent la &#8220;classe moyenne&#8221; que dans le nouveau prol\u00e9tariat des travailleurs sans droits et sans protection sociale.<\/p>\n<p>Revenons \u00e0 la question des int\u00e9r\u00eats. Les int\u00e9r\u00eats des travailleurs, c&#8217;est bien entendu de s&#8217;assurer des salaires et des conditions de travail d\u00e9cents, mais c&#8217;est bien plus que cela. Au d\u00e9part, les travailleurs s&#8217;associent pour d\u00e9fendre leur dignit\u00e9: pour d\u00e9fendre leur dignit\u00e9 individuelle par l&#8217;action collective. Tout commence par l\u00e0. Dignit\u00e9 veut aussi dire justice dans les rapports \u00e9conomiques et sociaux: cela veut dire avoir des droits, de ne pas d\u00e9pendre des d\u00e9crets ou des caprices du patron. Dignit\u00e9 veut aussi dire libert\u00e9. Il faut bien comprendre la signification des revendications dites &#8220;mat\u00e9rielles&#8221;: avec chaque augmentation de salaire, avec chaque jour de temps libre en plus, s&#8217;accro\u00eet l&#8217;espace de libert\u00e9 individuel du travailleur, la libert\u00e9 de pouvoir faire quelque chose d&#8217;autre avec sa vie que de trimer pour le patron.<\/p>\n<p>Dans la soci\u00e9t\u00e9, la revendication de justice et de libert\u00e9 aboutit \u00e0 la revendication de la d\u00e9mocratie et de l&#8217;Etat de droit, une revendication historique du mouvement ouvrier, fond\u00e9e sur ce qu&#8217;il consid\u00e9rait comme un int\u00e9r\u00eat de classe. Cette revendication, nous n&#8217;avons pas le droit de la traiter avec m\u00e9pris sous pr\u00e9texte que nous sommes confront\u00e9s chaque jour avec les imperfections de l&#8217;ordre d\u00e9mocratique l\u00e0 o\u00f9 il existe, et par les entorses \u00e0 l&#8217;Etat de droit, l\u00e0 o\u00f9 il existe. Ces imperfections et ces entorses, m\u00eame graves, doivent \u00eatre pour nous autant d&#8217;incitations de continuer la lutte, pas pour conc\u00e9der \u00e0 nos adversaires que nous nous sommes tromp\u00e9s de chemin.<\/p>\n<p>Tout ce que je viens de d\u00e9crire repr\u00e9sente l&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral des travailleurs et si le mouvement syndical d\u00e9fend cet ensemble d&#8217;int\u00e9r\u00eats partout dans le monde, c&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;est rien d&#8217;autre que l&#8217;\u00e9manation de milliers de luttes, grandes et petites, que des millions de travailleurs livrent chaque jour parce qu&#8217;ils n&#8217;ont pas d&#8217;autre alternative que de lutter ou de se soumettre.<\/p>\n<p>C&#8217;est par ces luttes, sur presque deux si\u00e8cles, qu&#8217;a pris forme la vision de soci\u00e9t\u00e9 du mouvement ouvrier socialiste. Il est bon, dans la discussion sur les valeurs du mouvement, de se souvenir d&#8217;o\u00f9 elles viennent.<\/p>\n<p>Une autre chose importante \u00e0 retenir sur le syndicalisme: il s&#8217;agit d&#8217;un mouvement qui est oblig\u00e9 de n\u00e9gocier en permanence des rapports de force. Quand on est syndicaliste, on apprend tr\u00e8s vite, en ce qui concerne les relations \u00e9conomiques et sociales, en ce qui concerne la fa\u00e7on dont la soci\u00e9t\u00e9 doit s&#8217;organiser, que nous ne sommes pas dans un d\u00e9bat d&#8217;id\u00e9es mais dans une lutte pour le pouvoir. C&#8217;est de l\u00e0 que viennent l&#8217;imp\u00e9ratif de l&#8217;organisation, les structures de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative, le sens de la longue dur\u00e9e et, souvent, la duret\u00e9 dans les rapports humains.<\/p>\n<p>A cause des int\u00e9r\u00eats qu&#8217;il d\u00e9fend par sa nature m\u00eame, \u00e0 cause de son ancrage dans des couches tr\u00e8s larges de travailleurs qui, dans certains cas se reconnaissent en lui, m\u00eame s&#8217;ils n&#8217;en sont pas membres, \u00e0 cause de ses structures et de leur capacit\u00e9 de r\u00e9sistance, \u00e0 cause de sa perspective \u00e0 long terme, le mouvement syndical est la premi\u00e8re ligne de r\u00e9sistance, et souvent la derni\u00e8re, contre l&#8217;offensive n\u00e9o-lib\u00e9rale que nous vivons depuis le milieu des ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<p>Bien \u00e9videmment, il est per\u00e7u comme un adversaire et une menace par les gouvernements conservateurs et comme un g\u00eaneur par la partie de la social-d\u00e9mocratie qui a int\u00e9rioris\u00e9 le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme.<\/p>\n<p>Dans de nombreux pays, les relations du mouvement syndical avec les partis politiques, y compris ses alli\u00e9s traditionnels, les partis socialistes et travaillistes, sont devenues difficiles dans la mesure o\u00f9 ces partis, une fois au pouvoir, se sentent oblig\u00e9s de suivre pour l\u2019essentiel les m\u00eames politiques n\u00e9o-lib\u00e9rales que les partis conservateurs.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas une surprise que nos camarades du Manifeste du Gurten, et aussi le camarade Rudolf Strahm, prennent leurs distances par rapport au mouvement syndical. Pour pouvoir le faire, ils le caricaturent: c&#8217;est un lobby parmi d&#8217;autres, corporatiste et archa\u00efque, ou \u00e9ventuellement aux mains d&#8217;une conspiration d&#8217;extr\u00eame gauche. C&#8217;est ce que la droite n\u00e9o-lib\u00e9rale n&#8217;a cess\u00e9 de dire. Le refus de reconna\u00eetre le caract\u00e8re fondamental universel et lib\u00e9rateur du mouvement syndical, son \u00e9tendue et sa profondeur sociale les \u00e9loigne d&#8217;une perception de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Le mouvement syndical a \u00e9videmment besoin d\u2019une dimension politique. Dans les circonstances actuelles, son programme politique devra \u00eatre \u00e9labor\u00e9 et appliqu\u00e9 en toute ind\u00e9pendance. Il devra \u00eatre fond\u00e9 sur les besoins de ses membres et devra comprendre un projet de soci\u00e9t\u00e9 dans lequel la majorit\u00e9 de la population puisse se reconna\u00eetre. Ceci vaut aussi sur le plan mondial. Peut-\u00eatre que la reconstruction du mouvement socialiste passera par-l\u00e0, car le centre, on peut aussi le conqu\u00e9rir en partant de la gauche, alors que ceux qui pensent le conqu\u00e9rir en se laissant id\u00e9ologiquement et politiquement coloniser par la droite vont droit dans le mur.<\/p>\n<p>Avant de passer \u00e0 autre chose, je voudrais encore ajouter que je ne cherche pas \u00e0 id\u00e9aliser le mouvement syndical. Je parle de sa nature et des ses tendances profondes. Je peux vous assurer que je connais toutes ses imperfections contre lesquelles j&#8217;ai lutt\u00e9 toute ma vie, y compris les miennes, et je ne cherche pas \u00e0 les cacher: je sais que le poids des bureaucraties peut y \u00eatre \u00e9touffant, qu&#8217;il d\u00e9fend ses membres parfois bien, parfois moins bien, qu&#8217;il y a des cas d&#8217;abus de pouvoir et de corruption politique et m\u00eame mat\u00e9rielle (tr\u00e8s peu, d&#8217;ailleurs, \u00e9norm\u00e9ment moins que dans la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral). Nous parlons d&#8217;un mouvement d&#8217;\u00e0 peu pr\u00e8s deux cents millions de membres dans le monde: comment imaginez-vous qu&#8217;il n&#8217;y ait, dans un tel mouvement, aucun espace pour des profiteurs, des l\u00e2ches, des pourris, des incomp\u00e9tents, des faibles? Cela ne nous dit rien sur la nature profonde du mouvement, sauf qu&#8217;il est fait d&#8217;hommes et de femmes comme vous et moi. On ne juge pas l&#8217;Eglise par ses pr\u00eatres p\u00e9dophiles et personne ne tirera des conclusions g\u00e9n\u00e9rales sur le patronat \u00e0 partir de quelques patrons honorables et respectueux des droits syndicaux.<\/p>\n<p><strong>Ce qu&#8217;il faut savoir sur la mondialisation<\/strong><br \/>\nPassons maintenant \u00e0 la mondialisation. Je dois vous dire d&#8217;embl\u00e9e que je ne suis pas \u201canti-mondialisation\u201d et je pense que parler d\u2019une \u201clutte contre la mondialisation\u201d n\u2019a aucun sens.<\/p>\n<p>Dans toute discussion sur la mondialisation \u2013 ou globalisation : il y a une petite nuance entre les deux termes, mais elle n\u2019est pas importante \u2013 il est facile de confondre cause et effet.<\/p>\n<p>Pour ce qui est des causes: la mondialisation est au d\u00e9part un processus de transformation de la vie \u00e9conomique \u00e0 la suite de l\u2019introduction de technologies nouvelles, fond\u00e9es sur l\u2019informatisation, essentiellement dans le domaine des communications et des transports. Dans ce sens, la mondialisation est une r\u00e9alit\u00e9 incontournable et irr\u00e9versible, au m\u00eame titre que la r\u00e9volution industrielle qui a suivi l\u2019invention de la machine \u00e0 vapeur ou du moteur \u00e0 explosion.<\/p>\n<p>Pour ce qui est des effets: Comme toutes les grandes transformations, la mondialisation fond\u00e9e sur l\u2019informatisation entra\u00eene des cons\u00e9quences sociales, politiques et culturelles. L\u00e0, il n\u2019y a rien qui soit incontournable et irr\u00e9versible: elles sont ou bien le r\u00e9sultat de processus qui ne sont ma\u00eetris\u00e9s par personne mais pas forc\u00e9ment in\u00e9vitables, ou bien le r\u00e9sultat d\u2019un rapport de force social.<\/p>\n<p>Ceux qui d\u00e9clarent &#8220;s\u2019opposer \u00e0 la mondialisation&#8221;, pensent en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 ces cons\u00e9quences, qui sont dans la plupart des cas contraires \u00e0 nos int\u00e9r\u00eats et \u00e0 notre vision de la soci\u00e9t\u00e9, parce qu\u2019elles sont le plus souvent contr\u00f4l\u00e9es par nos adversaires. Mais l\u00e0, la vraie question est celle de savoir comment s\u2019organise le rapport de force entre les int\u00e9r\u00eats repr\u00e9sent\u00e9s dans cette nouvelle soci\u00e9t\u00e9 globale. Il s\u2019agit donc d\u2019un processus politique, dont le r\u00e9sultat d\u00e9pend de la volont\u00e9 et de la capacit\u00e9 des acteurs sociaux : en premier lieu, le capital et le mouvement ouvrier.<\/p>\n<p>Il est important de tenir ces distinctions a l\u2019esprit pour deux raisons: d\u2019abord, parce que nous pouvons et devons concevoir un mod\u00e8le de mondialisation conforme aux int\u00e9r\u00eats des travailleurs et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, des peuples. Donc, la mondialisation n\u2019est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne auquel nous devons nous opposer, mais que nous devons nous approprier.<\/p>\n<p>Ensuite, parce que les m\u00eames outils qui ont servi \u00e0 la mondialisation du capital peuvent et doivent servir \u00e0 notre propre mondialisation, \u00e0 l\u2019internationalisation du mouvement ouvrier. Le courrier \u00e9lectronique, la t\u00e9l\u00e9copie, les transports a\u00e9riens bon march\u00e9, l\u2019internet, cr\u00e9ent, pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire, la possibilit\u00e9 mat\u00e9rielle d\u2019une v\u00e9ritable Internationale des travailleurs.<br \/>\nMais examinons notre situation.<\/p>\n<p><strong>Etat des Lieux: Les cons\u00e9quences sociales et politiques de la mondialisation<\/strong><br \/>\nLes effets de la mondialisation sur l\u2019\u00e9conomie et sur la soci\u00e9t\u00e9 sont d\u00e9sormais suffisamment connus pour nous dispenser ici d\u2019une analyse d\u00e9taill\u00e9e. Je voudrais n\u00e9anmoins insister sur trois facteurs qui nous concernent particuli\u00e8rement parce qu\u2019ils sont au centre du d\u00e9placement des rapports de force sociaux et politiques en notre d\u00e9faveur. Il s\u2019agit de l\u2019essor des soci\u00e9t\u00e9s transnationales, du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat et de la formation d\u2019un march\u00e9 global du travail.<\/p>\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s transnationales (STN) sont le principal moteur et en m\u00eame temps les principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires des transformations technologiques qui sous-tendent la mondialisation. Elles sont environ 63,000 et, avec leurs 690,000 filiales, elles repr\u00e9sentent un quart du PIB mondial et un tiers des exportations mondiales. Sur les 100 plus grandes \u00e9conomies du monde, 51 sont des STN et 49 des \u00c9tats, si l\u2019on compare le chiffre d\u2019affaires des STN avec le PNB des \u00c9tats.<\/p>\n<p>La concentration du capital transnational, qui se poursuit, aboutit \u00e0 un contr\u00f4le de secteurs \u00e9conomiques clefs par un petit nombre de STN: t\u00e9l\u00e9communications, pesticides, ordinateurs, produits pharmaceutiques, p\u00e9trole, alimentation, commerce de d\u00e9tail, commerce des mati\u00e8res premi\u00e8res, banques, assurances.<\/p>\n<p>Leur pouvoir politique est \u00e0 la mesure de leur pouvoir \u00e9conomique : par exemple aux \u00c9tats-Unis, selon une \u00e9tude r\u00e9cente, les 82 STN qui figurent dans les 200 plus grandes du monde ont contribu\u00e9 plus de 33 millions de dollars aux campagnes \u00e9lectorales de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, ce qui repr\u00e9sente quinze fois plus que les contributions syndicales. La m\u00eame \u00e9tude montre que dans le 94 pour cent des cas, c\u2019est le candidat disposant du plus grand budget qui a gagn\u00e9. Il n&#8217;y a pas de miracles. D\u2019ailleurs, l\u2019influence politique du &#8220;big business&#8221; n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9vidente que dans la nouvelle administration Bush. Des \u00e9tudes comparables dans d\u2019autres pays conduiraient sans doute \u00e0 des r\u00e9sultats semblables.<\/p>\n<p>C\u2019est surtout la nouvelle mobilit\u00e9 du capital qui explique le pouvoir politique des STN. Elle leur a permis d\u2019imposer un nouveau r\u00f4le \u00e0 l\u2019\u00c9tat. C\u2019est cette mobilit\u00e9 qui a permis au capital transnational de se soustraire aux contr\u00f4les exerc\u00e9s sur lui dans le cadre de l\u2019\u00c9tat national, donc aux contraintes qui lui avaient \u00e9t\u00e9 impos\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019\u00c9tat national \u00e9tait une r\u00e9alit\u00e9 incontournable, et o\u00f9 son r\u00f4le principal \u00e9tait de garantir le bien public fond\u00e9 sur un compromis social. D\u00e9sormais, l\u2019\u00c9tat se trouve en position de faiblesse vis-\u00e0-vis du capital transnational, qui peut lui imposer ses conditions, par un chantage \u00e0 l\u2019investissement ou \u00e0 la fiscalit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour nous, cela veut dire que nous ne pouvons plus compter sur l\u2019\u00c9tat pour nous prot\u00e9ger. L\u2019alternative \u00e0 l\u2019\u00c9tat, c\u2019est d\u2019organiser notre propre force sur le plan international, et l\u00e0 je parle essentiellement du mouvement syndical, \u00e0 commencer par son organisation dans les STN. Je veux croire que le mouvement socialiste, au moins en partie, a conserv\u00e9 une capacit\u00e9 de s&#8217;organiser internationalement \u2013 et je ne parle pas de l&#8217;Internationale socialiste, qui est un club de notables et pour le reste une coquille vide. Je pense qu&#8217;il faut s&#8217;opposer aux privatisations, qui renforcent encore davantage le pouvoir des STN, et qu&#8217;il faut d\u00e9fendre le service public dans une perspective plus large du bien public, mais je ne pense pas que cette bataille peut \u00eatre gagn\u00e9e en nous retirant intellectuellement et politiquement dans un r\u00e9duit national-\u00e9tatiste. Il ne s&#8217;agit pas pour nous de d\u00e9fendre des villages d&#8217;Ast\u00e9rix mais de redonner vie \u00e0 l&#8217;internationalisme socialiste dans une perspective d&#8217;internationalisation des luttes.<\/p>\n<p>Voyons maintenant ce qui se passe sur le march\u00e9 du travail. Il y a d\u00e9sormais un march\u00e9 global du travail: cela veut dire qu\u2019\u00e0 cause de la fluidit\u00e9 des communications et de la mobilit\u00e9 du capital les travailleurs de tous les pays sont en concurrence, dans tous les domaines de la production et des services, avec des \u00e9carts de salaire \u00e9normes. L\u00e0 aussi les STN sont en mesure d\u2019exercer un chantage \u00e0 l\u2019investissement, sur les \u00c9tats mais aussi sur les syndicats.<\/p>\n<p>Mais il y a plus : il y a non seulement les d\u00e9localisations, il y a aussi la restructuration des processus de production. Les entreprises \u00ab d\u00e9graissent \u00bb, c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019elles conservent un noyau de travailleurs hautement qualifi\u00e9s et de techniciens, et qu\u2019elle sous-traitent la plus grande partie possible de la production \u00e0 d\u2019autres qui sous-traitent \u00e0 leur tour, pour aboutir finalement au travail \u00e0 domicile.<br \/>\nL\u2019entreprise moderne est la coordinatrice d\u2019op\u00e9rations de sous-traitance en cascade qui ne font pas partie de sa structure mais sont n\u00e9anmoins enti\u00e8rement d\u00e9pendantes d\u2019elle, et qui peuvent se trouver n\u2019importe o\u00f9 dans le monde, avec des conditions de travail et de salaire qui se d\u00e9gradent au fur et \u00e0 mesure que l\u2019on s\u2019\u00e9loigne du centre vers la p\u00e9riph\u00e9rie de la sous-traitance.<\/p>\n<p>Le march\u00e9 mondial du travail globalement int\u00e9gr\u00e9 est donc un march\u00e9 de travail o\u00f9 l\u2019emploi salari\u00e9 r\u00e9gulier est en r\u00e9gression et o\u00f9 le secteur informel, c&#8217;est \u00e0 dire non r\u00e9glement\u00e9 et non prot\u00e9g\u00e9, est en croissance: il repr\u00e9sente d\u00e9j\u00e0 la majorit\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re mondiale.<\/p>\n<p>Un autre point \u00e0 retenir sur le march\u00e9 mondial du travail: c\u2019est un march\u00e9 du travail qui se f\u00e9minise au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il devient plus informel et pr\u00e9caire. La grande majorit\u00e9 des travailleurs \u00e0 domicile, par exemple, sont en fait des travailleuses et les femmes pr\u00e9dominent dans les emplois pr\u00e9caires, \u00e0 temps partiel, etc. caract\u00e9ristiques de la &#8220;nouvelle \u00e9conomie&#8221;.<\/p>\n<p>Finalement, il faut retenir que les principaux pays qui fournissent la main d\u2019\u0153uvre la meilleure march\u00e9 du monde sont des dictatures. La Chine qui, comme nous l\u2019avons vu, draine le quart des investissements directs \u00e9trangers (IDE) dans le monde, est une dictature polici\u00e8re o\u00f9 les syndicats officiels font partie des rouages de l\u2019\u00c9tat et o\u00f9 toutes les tentatives de constituer des syndicats ind\u00e9pendants sont s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9es. Il en est de m\u00eame du Vietnam, o\u00f9 se trouve entre autres une des principales usine des chaussures de sports Nike, alors que l\u2019Indon\u00e9sie, autre grand p\u00f4le d\u2019attraction des IDE, sort \u00e0 peine de plus de trente ans de dictature militaire. On pourrait multiplier les exemples. En d\u2019autres termes, le &#8220;march\u00e9 global du travail&#8221; n\u2019est pas du tout un &#8220;march\u00e9&#8221; au sens classique du terme, r\u00e9gi par des lois \u00e9conomiques. Il est r\u00e9gi par des lois politiques, par l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat la plus lourde imaginable sous forme de r\u00e9pression polici\u00e8re et militaire et c\u2019est cette r\u00e9pression qui en d\u00e9finitive fait tenir le syst\u00e8me en place.<\/p>\n<p>Ne soyons pas surpris que cette intervention de l\u2019\u00c9tat ne suscite pas l\u2019opprobre des \u00e9conomistes neo-lib\u00e9raux, qui ne cessent de pr\u00eacher le &#8220;moins d\u2019\u00c9tat&#8221; mais qui avaient d\u00e9j\u00e0 fourni les cadres de l\u2019\u00e9quipe gouvernementale de la dictature de Pinochet au Chili. Retenons cependant que la syndicalisation des travailleurs du march\u00e9 global du travail implique tr\u00e8s souvent une lutte pour les droits \u00e9l\u00e9mentaires de la personne, en commen\u00e7ant par le droit \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9sumer nos t\u00e2ches: \u00eatre dans les syndicats, avec un programme agressif de recrutement et d&#8217;organisation, notamment du nombre croissant de femmes travaillant dans la &#8220;nouvelle \u00e9conomie&#8221;; pr\u00e9server les espaces qui restent de l&#8217;\u00e9conomie collective et les reconqu\u00e9rir l\u00e0 o\u00f9 nous pouvons, dans une perspective de lutte internationale contre la d\u00e9r\u00e9glementation; lancer des campagnes internationales sur la d\u00e9fense des droits: les droits syndicaux, mais aussi les droits d\u00e9mocratiques des citoyens. Affirmer avec force que la qualit\u00e9 de citoyen responsable prime sur celle de consommateur, et que les droits d\u00e9mocratiques ne sont pas un produit de consommation.<\/p>\n<p><strong>Une Strat\u00e9gie d&#8217;Alliances<\/strong><br \/>\nLes enjeux de notre \u00e9poque sont, en r\u00e9alit\u00e9, simples: c&#8217;est la d\u00e9mocratie et les droits de la personne. Nous luttons pour les prot\u00e9ger l\u00e0 o\u00f9 ils existent, pour les approfondir davantage et pour les \u00e9tendre partout dans le monde o\u00f9 ils font d\u00e9faut. Le fondement de cette lutte, c&#8217;est le mouvement ouvrier et, \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de celui-ci, le mouvement syndical.<\/p>\n<p>Le mouvement ouvrier ne peut lutter seul, et il n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas seul: le mouvement social de contestation de la mondialisation n\u00e9o-lib\u00e9rale, le &#8220;peuple de Seattle&#8221;, est une large coalition des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile dans toute sa complexit\u00e9: les mouvements de d\u00e9fense des droits humains, les organisations de solidarit\u00e9, les mouvements des femmes, de la d\u00e9fense de l&#8217;environnement, des minorit\u00e9s, du secteur informel et aussi de socialistes.<\/p>\n<p>Mais parmi tous ces mouvements, le mouvement syndical est le seul mouvement universel et d\u00e9mocratiquement organis\u00e9, avec une capacit\u00e9 de r\u00e9sistance et une capacit\u00e9 de lutte sur la longue dur\u00e9e qui d\u00e9passe de loin celle des autres mouvements. C&#8217;est pour cela que je pense qu&#8217;il est seul \u00e0 pouvoir reconstituer \u00e0 la longue le mouvement social sur le plan mondial. Cela est en train de se faire: les syndicats italiens \u00e9taient tr\u00e8s pr\u00e9sents \u00e0 G\u00eanes et les syndicats am\u00e9ricains \u00e9taient tr\u00e8s pr\u00e9sents \u00e0 Seattle et le seront demain \u00e0 Washington.<\/p>\n<p>Il y a un probl\u00e8me, cependant, auquel nous devons faire face et qui est en ce moment d&#8217;une importance capitale: c&#8217;est celui de la violence, celle qui accompagne nos manifestations. Nous avons la responsabilit\u00e9 d&#8217;intervenir dans le d\u00e9bat qui a lieu maintenant dans le mouvement de contestation au sujet des casseurs. Est-ce que nous devons nous d\u00e9marquer, et comment?<\/p>\n<p>Nous savons bien que dans notre soci\u00e9t\u00e9 la violence est partout et que tous les grands changements sociaux se sont fait avec violence. Mais, de l\u00e0, \u00e0 comparer, par exemple, la violence d&#8217;un peuple entier en armes, comme dans la guerre d&#8217;Espagne, ou le combat d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 des socialistes autrichiens, un grand mouvement repr\u00e9sentatif de la moiti\u00e9 du peuple, contre une arm\u00e9e fasciste, \u00e0 la violence d&#8217;un petit ramassis de nervis, de surcro\u00eet infiltr\u00e9s par la police et les n\u00e9o-nazis, au nom de &#8220;l&#8217;anti-mondialisation&#8221;, il y a un gouffre impossible \u00e0 combler pour des socialistes.<\/p>\n<p>Et, d&#8217;ailleurs, au nom de qui et de quoi est-ce que nous devrions emp\u00eacher des chefs de gouvernement, ou d&#8217;autres, de se r\u00e9unir? Plut\u00f4t que de simplement manifester, avec toute la masse que nous pouvons rassembler, pour exprimer notre opposition \u00e0 leur politique.<\/p>\n<p>Nous devons rejeter absolument le raisonnement de ceux qui renvoient dos-\u00e0-dos la &#8220;violence des puissants&#8221; et la violence des casseurs, et qui laissent entendre que d&#8217;une certaine fa\u00e7on nous avons besoin les uns des autres. Les casseurs, ce ne sont pas nos alli\u00e9s, et ce ne sont pas des &#8220;camarades qui se trompent&#8221;, ce sont nos ennemis, c&#8217;est la gangr\u00e8ne de notre mouvement. Il n&#8217;y a aucun contrat de solidarit\u00e9 qui nous lie \u00e0 ceux-ci.<\/p>\n<p>C&#8217;est une vieille histoire. Le mouvement socialiste a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s clair l\u00e0-dessus. Pensez-vous que lorsque le pauvre malheureux qui pensait porter un coup au syst\u00e8me assassinait Elisabeth d&#8217;Autriche sur le Quai des Bergues, les socialistes de l&#8217;\u00e9poque disaient: c&#8217;est OK, nous, on organise des gr\u00e8ves, les autres assassinent, tout cela est de bonne guerre contre le syst\u00e8me? Le syst\u00e8me est violent, alors pourquoi pas? N&#8217;avons-nous rien appris de l&#8217;exp\u00e9rience de la RAF allemande et des Brigades Rouges en Italie qui tenaient exactement le m\u00eame raisonnement sur le syst\u00e8me pour justifier leurs crimes, et qui nous ont amen\u00e9 les ann\u00e9es de plomb?<\/p>\n<p>L&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, le chanteur pop anglais Billy Bragg disait: &#8220;Je ne pense pas qu&#8217;on change le monde en cassant les vitres d&#8217;un McDonald, mais je pense qu&#8217;on change le monde en organisant un syndicat \u00e0 McDonald&#8221;. Qui nous aide \u00e0 organiser des syndicats chez McDonald?<\/p>\n<p>En Autriche, quand la coalition noire\/bleue du Parti Populaire d\u00e9mocrate-chr\u00e9tien avec le parti d&#8217;extr\u00eame droite de Haider a pris le pouvoir, l&#8217;opposition d\u00e9mocratique a commenc\u00e9 \u00e0 manifester, avec des dizaines de milliers de personnes dans la rue. Le mois dernier, la centrale syndicale autrichienne a encore convoqu\u00e9 \u00e0 une manifestation, avec 50,000 personnes dans la rue. Il n&#8217;y a pas eu de casse, depuis dix-huit mois de manifestation. Ce n&#8217;est pas parce qu&#8217;il n&#8217;y a pas de casseurs en Autriche, c&#8217;est parce que le peuple de gauche, qui manifeste toutes les semaines, ne leur a donn\u00e9 aucun espace: d\u00e8s qu&#8217;ils arrivent, ils sont envelopp\u00e9s par le peuple qui les d\u00e9sarme. Pour cela, il n&#8217;a m\u00eame pas fallu un service d&#8217;ordre. L&#8217;ordre interne s&#8217;est organis\u00e9 aussi spontan\u00e9ment que les manifestations elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>Prenons exemple sur les Autrichiens. La lutte contre le syst\u00e8me, aussi dans la rue, n\u00e9cessite la mobilisation de grandes masses, pas seulement quand les d\u00e9cideurs se r\u00e9unissent mais sur la longue dur\u00e9e. La responsabilit\u00e9 des socialistes, c&#8217;est de renforcer la d\u00e9mocratie en renfor\u00e7ant la culture et les armes du mouvement de masse qui la porte, sans complaisance aucune vis-\u00e0-vis de ceux qui voudraient la d\u00e9truire.<\/p>\n<p>J&#8217;esp\u00e8re avoir donn\u00e9 mati\u00e8re \u00e0 discussion.<\/p>\n<p>Je vous remercie de votre attention.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bonsoir, Camarades: Ce soir, nous voulons discuter des &#8220;syndicats et de la social-d\u00e9mocratie face \u00e0 la dynamique anti-mondialisation&#8221; et mon sujet est \u201canti-mondialisation et syndicats\u201d.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2,5],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/36"}],"collection":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=36"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/36\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":624,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/36\/revisions\/624"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=36"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=36"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=36"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}