{"id":40,"date":"2008-05-02T14:52:13","date_gmt":"2008-05-02T14:52:13","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2008\/05\/02\/le-contre-pouvoir-du-syndicalisme-international-a-lere-de-la-mondialisation-par-dan-gallin-2008\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:06","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:06","slug":"le-contre-pouvoir-du-syndicalisme-international-a-lere-de-la-mondialisation-par-dan-gallin-2008","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2008\/05\/02\/le-contre-pouvoir-du-syndicalisme-international-a-lere-de-la-mondialisation-par-dan-gallin-2008\/","title":{"rendered":"Le contre-pouvoir du syndicalisme international \u00e0 l&#8217;\u00e8re de la mondialisation (Dan Gallin, 2008)"},"content":{"rendered":"<p>Chapitre du livre publi\u00e9 \u00e0 l&#8217;occasion du 25\u00e8me anniversaire du Solifonds (<a href=\"http:\/\/www.solifonds.ch\">www.solifonds.ch<\/a>):<br \/>\n&#8220;La Solidarit\u00e9, une valeur s\u00fbre&#8221;, pr\u00e9sent\u00e9 par Stefan Howald, \u00e9dition 8, Zurich, 204 p., 2008<\/p>\n<p><!--more-->Qu&#8217;est-ce qu&#8217;une politique syndicale internationale? A premi\u00e8re vue, la r\u00e9ponse coule de source: la politique syndicale internationale est faite de toutes les prises de position et actions syndicales qui d\u00e9passent le cadre national. Mais \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, ce n&#8217;est pas si simple.<\/p>\n<p>Car quels sont les fondements d&#8217;une politique syndicale internationale? Tout d&#8217;abord, il faut comprendre que tous ceux et toutes celles qui travaillent ont, de par leur condition et quel que soit le pays o\u00f9 ils vivent, des int\u00e9r\u00eats communs; deuxi\u00e8mement, qu&#8217;ils doivent les d\u00e9fendre contre des int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s, parfois au prix de lourds sacrifices; troisi\u00e8mement, que ce n&#8217;est qu&#8217;ensemble qu&#8217;ils peuvent d\u00e9fendre ces int\u00e9r\u00eats; enfin, quatri\u00e8mement, que les combats qui en r\u00e9sultent sont tous li\u00e9s et que leur issue influe sur le sort des travailleurs partout dans le monde. C&#8217;est la notion de solidarit\u00e9 qui exprime le fait que nous d\u00e9pendons tous les uns des autres.<\/p>\n<p>Ce sont, en bref, les principes de base de toute action syndicale. Mais ce qui va de soi au niveau local doit \u00e9galement aller de soi pour ceux qui travaillent \u00e0 l&#8217;autre bout du monde.<\/p>\n<p>Sachant ceci, nous savons aussi ce que la politique syndicale internationale ne peut pas \u00eatre: elle n&#8217;est pas \u00e0 sens unique, mais repose sur la r\u00e9ciprocit\u00e9; elle n&#8217;est pas une forme d&#8217;aide humanitaire, mais une strat\u00e9gie d&#8217;autod\u00e9fense; elle n&#8217;est pas une affaire de chefs, car elle ne devient efficace que lorsque la base est associ\u00e9e \u00e0 sa formulation et \u00e0 sa mise en \u0153uvre. Enfin, elle ne peut en aucun cas \u00eatre le prolongement de l&#8217;action d&#8217;un Etat, car il n&#8217;existe pas et il n&#8217;a jamais exist\u00e9 d&#8217;Etat qui d\u00e9fende ou qui ait d\u00e9fendu les int\u00e9r\u00eats des travailleurs.<\/p>\n<p>Mais la prise de conscience ne suffit pas. Il faut aussi la volont\u00e9 politique de se donner les moyens afin de d\u00e9fendre efficacement les int\u00e9r\u00eats communs, et de participer activement aux organisations cr\u00e9\u00e9es pour d\u00e9fendre ces int\u00e9r\u00eats. Participation veut dire le recours \u00e0 des sp\u00e9cialistes, une bonne connaissance du terrain, une pens\u00e9e strat\u00e9gique et la consultation permanente de la base, jusqu&#8217;au niveau local.<\/p>\n<p><em><strong>Une histoire faite de divisions<\/strong><\/em><br \/>\nPour les pionniers du syndicalisme, leur mouvement ne pouvait qu&#8217;\u00eatre international, puisque le syst\u00e8me social contre lequel ils s&#8217;organisaient \u00e9tait lui aussi international. A quelques exceptions pr\u00e8s, toutefois, le mouvement syndical resta tout d&#8217;abord cantonn\u00e9 \u00e0 l&#8217;Europe. Ce fut le cas aussi bien de la Premi\u00e8re internationale (AIT) et de la F\u00e9d\u00e9ration syndicale internationale (FSI), social-d\u00e9mocrate, fond\u00e9e en 1903 , que des secr\u00e9tariats professionnels internationaux (SPI) qui lui \u00e9taient proches et dont la cr\u00e9ation remonte \u00e0 la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Mise \u00e0 mal par les divisions dues \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale, la FSI est recr\u00e9\u00e9e en 1919. Par ailleurs, la Conf\u00e9d\u00e9ration internationale des syndicats chr\u00e9tiens (CISC) est cr\u00e9\u00e9e en 1920 \u00e0 l&#8217;initiative de l&#8217;Eglise catholique, alors que l&#8217;Internationale communiste (Komintern) fonde l&#8217;Internationale syndicale rouge (ISR) en 1921. Cette derni\u00e8re est dissoute en 1937 dans le cadre de la politique des fronts populaires men\u00e9e par l&#8217;URSS \u00e0 cette \u00e9poque. De ces trois organisations, aucune n&#8217;a v\u00e9ritablement \u00e9tendu ses activit\u00e9s au-del\u00e0 des fronti\u00e8res europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Les unions syndicales d&#8217;envergure mondiale que nous connaissons aujourd&#8217;hui datent d&#8217;apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale. Leur cr\u00e9ation co\u00efncide d&#8217;une part avec le formidable essor des transports et des communications, d&#8217;autre part avec la d\u00e9colonisation et le d\u00e9but de la Guerre froide.<br \/>\nA la fin de la Seconde Guerre mondiale, il semblait que l&#8217;alliance conclue entre les puissances occidentales et l&#8217;URSS, qui \u00e9tait parvenue \u00e0 vaincre les r\u00e9gimes fascistes, pourrait trouver son pendant au niveau des syndicats. La plupart des organisations membres de la FSI d\u00e9cid\u00e8rent donc de cr\u00e9er une nouvelle internationale syndicale avec les syndicats \u00e9tatiques de l&#8217;Union sovi\u00e9tique. La F\u00e9d\u00e9ration syndicale mondiale (FSM) est ainsi fond\u00e9e en 1945 \u00e0 Paris, apr\u00e8s la dissolution de la FSI.<\/p>\n<p>Cette unit\u00e9 fut cependant de courte dur\u00e9e. Des diff\u00e9rences irr\u00e9conciliables au plan tant politique que structurel conduisirent les organisations social-d\u00e9mocrates \u00e0 se retirer , et \u00e0 fonder en 1949 la Conf\u00e9d\u00e9ration internationale des syndicats libres (CISL), regroupant soixante-sept organisations dans cinquante et un pays. L&#8217;American Federation of Labor (AFofL) se joignit \u00e0 la CISL, \u00e0 laquelle le Congress of Industrial Organizations (CIO), l&#8217;autre grande centrale syndicale am\u00e9ricaine, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 affili\u00e9e. (Les deux devaient fusionner en 1955 sous le nom de AFL-CIO.) La FSM ne r\u00e9unissait d\u00e9sormais plus que les syndicats \u00e9tatiques du bloc sovi\u00e9tique (la Yougoslavie l&#8217;avait quitt\u00e9e en 1950, la Chine en 1959), les centrales communistes d&#8217;Europe, d&#8217;Afrique et d&#8217;Asie, ainsi que quelques centrales \u00e9tatiques de pays arabes proches du bloc sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p>Provisoirement occult\u00e9s, les diff\u00e9rends qui opposaient les social-d\u00e9mocrates aux communistes auraient de toute fa\u00e7on provoqu\u00e9 une nouvelle scission. Cependant, l&#8217;influence des grandes puissances devait en outre jouer un r\u00f4le n\u00e9faste. Tout d&#8217;abord, parce qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;occuper le terrain au niveau mondial et de l&#8217;interdire \u00e0 la partie adverse, les deux blocs engag\u00e8rent des sommes colossales pour acheter des alli\u00e9s. La corruption qui s&#8217;est ainsi install\u00e9e a pes\u00e9 tr\u00e8s lourd sur les syndicats, particuli\u00e8rement sur les organisations relativement faibles du Tiers Monde. R\u00e9sister \u00e0 cette pression et maintenir une politique ind\u00e9pendante, d\u00e9fendre un int\u00e9r\u00eat de classe contre les deux camps de la Guerre froide, n&#8217;\u00e9tait pas \u00e9vident, m\u00eame pour des organisations internationales.<\/p>\n<p>En outre, la Guerre froide a renforc\u00e9 la d\u00e9pendance des syndicats \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des Etats, m\u00eame dans les pays industrialis\u00e9s. En Europe, les syndicats apparaissaient puissants dans l&#8217;imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre: ils avaient particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9sistance et gagn\u00e9 la guerre avec les puissances victorieuses. En r\u00e9alit\u00e9, la guerre les avait tr\u00e8s affaiblis. Tant dans l&#8217;Allemagne nazie que dans l&#8217;Europe occup\u00e9e, une grande partie de leurs cadres dirigeants avaient soit p\u00e9ri dans les camps ou dans la guerre, soit avaient d\u00fb s&#8217;exiler.<br \/>\nLes gouvernements de l&#8217;apr\u00e8s-guerre \u00e9taient pour la plupart favorable au mouvement syndical, ce qui allait l&#8217;amener \u00e0 s&#8217;appuyer de plus en plus sur l&#8217;Etat. Les institutions sociales et \u00e9conomiques qu&#8217;il avait b\u00e2ties, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il se consid\u00e9rait encore comme le porteur d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 alternative, \u00e9taient n\u00e9glig\u00e9es, voire abandonn\u00e9es. La nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de permanents voulait avant tout pr\u00e9server les acquis et \u00e9vitait les combats qui auraient pu les remettre en cause. C&#8217;est ainsi que les syndicats en vinrent \u00e0 se limiter toujours plus \u00e0 leur &#8220;c\u0153ur de m\u00e9tier&#8221;, \u00e0 savoir la n\u00e9gociation des salaires et des conditions de travail. La pression politique exerc\u00e9e par la Guerre froide vint renforcer l&#8217;id\u00e9ologie du &#8220;partenariat social&#8221;, de la paix sociale et de la croyance en l&#8217;Etat, isolant toujours plus la gauche syndicale ou la diabolisant comme communiste.<\/p>\n<p>Dans le bloc sovi\u00e9tique, r\u00e9gnait la paix des cimeti\u00e8res. Ce qui restait des syndicats d&#8217;avant-guerre \u00e9tait dissous et r\u00e9prim\u00e9. Les cadres qui ne suivaient pas la ligne du parti disparaissaient au goulag. Les syndicats \u00e9taient devenus partie int\u00e9grante de l&#8217;appareil \u00e9tatique et avaient pour mission d&#8217;assurer l&#8217;ob\u00e9issance des travailleurs.<\/p>\n<p>Quant au mouvement syndical international, il refl\u00e9tait la situation du pays de chacune de ses organisations affili\u00e9es. Aussi bien la CISL que la FSM et, dans une moindre mesure, la petite CISC (rebaptis\u00e9e en 1968 Conf\u00e9d\u00e9ration mondiale du travail, CMT) \u00e9taient pour la premi\u00e8re fois devenues vraiment internationales, avec des membres dans toutes les parties du monde. Les deux principales internationales, la CISL et la FSM, \u00e9taient cependant hypoth\u00e9qu\u00e9es par leur soumission aux objectifs politiques de chacun des deux blocs. A la CISL, l&#8217;anticommunisme tenait lieu de programme politique, davantage que l&#8217;id\u00e9ologie social-d\u00e9mocrate de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, o\u00f9 la conscience de classe \u00e9tait encore pr\u00e9sente, alors que la FSM \u00e9tait devenue un instrument de politique ext\u00e9rieure de l&#8217;URSS.<\/p>\n<p>La Conf\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne des syndicats (CES), fond\u00e9e en 1973 par les membres europ\u00e9ens de la CISL et de la CMT, fonctionnait surtout comme un lobby syndical au sein des institutions de l&#8217;Union europ\u00e9enne ou, comme le disaient ses critiques, \u00e0 celui d&#8217;un lobby de l&#8217;UE au sein du mouvement syndical.<\/p>\n<p>D&#8217;importantes batailles syndicales furent tout de m\u00eame livr\u00e9es au niveau international, mais par certains secr\u00e9tariats professionnels (SPI) rest\u00e9s proches des pr\u00e9occupations de leurs membres, car organis\u00e9s par branches, notamment ceux des transports, de la m\u00e9tallurgie, de la chimie et de l&#8217;alimentation. En l&#8217;absence d&#8217;une conception politique plus large, aucune strat\u00e9gie commune ne put prendre forme sur la base de ces batailles isol\u00e9es.<\/p>\n<p>Lorsque la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale s&#8217;abattit sur le mouvement syndical international dans les ann\u00e9es 1980, celui-ci n&#8217;\u00e9tait absolument pas pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 ce qui allait lui arriver.<\/p>\n<p><em><strong>La mondialisation et ses cons\u00e9quences<\/strong><\/em><br \/>\nL&#8217;effondrement du bloc sovi\u00e9tique et de son syst\u00e8me \u00e9conomique bureaucratique, l&#8217;abandon du capitalisme d&#8217;Etat en Inde et la conversion de la Chine au &#8220;stalinisme de march\u00e9&#8221; ont doubl\u00e9 le nombre des travailleurs int\u00e9gr\u00e9s au march\u00e9 mondial. Et la plupart des 1,47 milliard de nouveaux arrivants ne sont pas repr\u00e9sent\u00e9s par des syndicats en mesure de les d\u00e9fendre. Sur un total de 2,93 milliards de travailleurs de par le monde, seuls 175 millions environ sont affili\u00e9s \u00e0 un syndicat, ce qui ram\u00e8ne leur proportion \u00e0 quelque 6%.<\/p>\n<p>La d\u00e9r\u00e9gulation des march\u00e9s financiers et la mobilit\u00e9 croissante du capital ont conf\u00e9r\u00e9 une puissance inou\u00efe aux entreprises transnationales qui, par leur politique de d\u00e9localisation, sont en mesure d&#8217;exercer un chantage autant sur les Etats que sur les travailleurs et de les mettre en concurrence. Jouant de l&#8217;influence d\u00e9terminante qu&#8217;elles exercent sur la Banque mondiale et le Fonds mon\u00e9taire international, ces soci\u00e9t\u00e9s ont r\u00e9ussi \u00e0 forcer des gouvernements \u00e0 privatiser des pans entiers de leur \u00e9conomie et \u00e0 d\u00e9r\u00e9guler leur march\u00e9 du travail. C&#8217;est dans les pays du Sud que ce ph\u00e9nom\u00e8ne a surtout affaibli les syndicats, qui \u00e9taient principalement ancr\u00e9s dans le secteur public. Avec l&#8217;affaiblissement simultan\u00e9 de l&#8217;Etat social, la majorit\u00e9 des populations \u00e9tait plong\u00e9e dans la mis\u00e8re.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quence directe de cette politique: le d\u00e9veloppement de l&#8217;\u00e9conomie informelle c&#8217;est \u00e0 dire du travail non r\u00e9glement\u00e9s et non prot\u00e9g\u00e9. Dans les ann\u00e9es 1960, on consid\u00e9rait encore l&#8217;\u00e9conomie informelle comme un vestige d&#8217; anciennes formes de production, que le d\u00e9veloppement \u00e9conomique ferait progressivement dispara\u00eetre. C&#8217;est le contraire qui s&#8217;est produit. Dans le Sud mondialis\u00e9, une majorit\u00e9 de la population active tire sa subsistance de l&#8217;\u00e9conomie informelle, soit 51% en Am\u00e9rique latine, 71% en Asie (95% en Inde) et 72% en Afrique subsaharienne (78% sans l&#8217;Afrique du Sud). Mais m\u00eame dans les pays industrialis\u00e9s du Nord, l&#8217;\u00e9conomie informelle est devenue une r\u00e9alit\u00e9 incontournable: contrats pr\u00e9caires, travail sur appel, pseudo-ind\u00e9pendants, sans papiers, etc. Or l&#8217;expansion du secteur informel, dont les travailleurs sont rarement organis\u00e9s, affaiblit d&#8217;autant les syndicats.<\/p>\n<p>La paup\u00e9risation croissante des pays du Sud et de l&#8217;Est a d\u00e9clench\u00e9 la plus grande vague de migration de l&#8217;histoire. En l&#8217;an 2000, 175 millions de personnes vivaient hors de leur pays d&#8217;origine et 86 millions d&#8217;entre elles occupaient un poste salari\u00e9 (1). En 2005, leur nombre \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 \u00e0 191 millions, pour augmenter encore ces trois derni\u00e8res ann\u00e9es. Dans beaucoup de pays, la plupart des migrants vivent et travaillent dans des conditions indignes, font partie de l&#8217;\u00e9conomie informelle et n&#8217;ont pas acc\u00e8s \u00e0 une repr\u00e9sentation syndicale.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9volution des rapports de force \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale en faveur du capital s&#8217;est accompagn\u00e9e d&#8217;une vaste offensive id\u00e9ologique, destin\u00e9e \u00e0 justifier ce changement. Il s&#8217;agit d&#8217;associer la vision socialiste \u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience d\u00e9sastreuse du stalinisme, de faire croire que &#8220;capitalisme r\u00e9el&#8221; est le seul ordre social possible, de priver les syndicats de leur fondement id\u00e9ologique, \u00e0 les discr\u00e9diter et \u00e0 les pr\u00e9senter comme un obstacle au progr\u00e8s. La d\u00e9politisation des syndicats au cours des d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes et la perte de leurs m\u00e9dias ont grandement facilit\u00e9 cette offensive.<\/p>\n<p><em><strong>Les syndicats aujourd&#8217;hui<\/strong><\/em><br \/>\nLe mouvement syndical international se ressent encore des s\u00e9quelles de la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale et reste pour l&#8217;heure sur la d\u00e9fensive.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 2006, la CISL et la CMT ont fusionn\u00e9 pour fonder la nouvelle Conf\u00e9d\u00e9ration syndicale internationale (CSI), \u00e0 laquelle se sont joints aussi bien d&#8217;anciens membres de la FSM (dont la CGT fran\u00e7aise) que des ind\u00e9pendants. De par ses effectifs, la nouvelle CSI est la plus grande f\u00e9d\u00e9ration syndicale de l&#8217;histoire: ses trois cent onze organisations affili\u00e9es regroupent 168 millions de membres dans cent cinquante-cinq pays.<\/p>\n<p>Un an apr\u00e8s la fusion, le renouveau esp\u00e9r\u00e9 continue toutefois de se faire attendre, pour diverses raisons d&#8217;ordre organisationnel et politique. La raison principale en est sans doute l&#8217;absence d&#8217;une vision porteuse. Se limitant au plus petit d\u00e9nominateur commun des deux organisations fondatrices, le programme de la CSI ne va gu\u00e8re au-del\u00e0 de l&#8217;objectif de la revendication d&#8217;un &#8220;travail d\u00e9cent&#8221; formul\u00e9e par l&#8217;OIT ou des termes du &#8220;Global Compact&#8221; des Nations Unies (2). La nouvelle conf\u00e9d\u00e9ration reste ainsi attach\u00e9e \u00e0 l&#8217;id\u00e9ologie du partenariat social, que le patronat globalis\u00e9 a abandonn\u00e9 depuis longtemps.<\/p>\n<p>Depuis sa fondation, la CSI se comporte comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, c&#8217;est-\u00e0-dire comme une organisation de d\u00e9fense des droits humains avec comme priorit\u00e9 les droits syndicaux, sans s&#8217;attaquer aux probl\u00e8mes fondamentaux de la soci\u00e9t\u00e9. Pour l&#8217;heure, il n&#8217;est pas possible d&#8217;entrevoir la fin de sa crise.<br \/>\nLes effectifs de la CES (60 millions) et les dix SPI, rebaptis\u00e9s F\u00e9d\u00e9rations syndicales internationales en 2002 (env. 130 millions en tout) se recoupent avec ceux de la CSI.<\/p>\n<p>La FSM, qui a transf\u00e9r\u00e9 en 2006 son secr\u00e9tariat au si\u00e8ge de la fraction communiste de la Conf\u00e9d\u00e9ration syndicale grecque, \u00e0 Ath\u00e8nes, ne communique pas le nombre de ses membres. Ses principales organisations affili\u00e9es sont les syndicats \u00e9tatiques cubain, nord-cor\u00e9en, vietnamien et syrien, ainsi que des f\u00e9d\u00e9rations syndicales indienne (AITUC), p\u00e9ruvienne (CGTP) et chypriote (PEO). Son domaine d&#8217;influence co\u00efncide largement avec celui des partis communistes rest\u00e9s fid\u00e8les au stalinisme comme id\u00e9ologie et comme pratique. Le secr\u00e9tariat s&#8217;efforce d\u00e9sormais d&#8217;attirer des syndicalistes de gauche d&#8217;autres provenances. La FSM esp\u00e8re visiblement combler le vide politique laiss\u00e9 par le virage \u00e0 droite de la CSI. On peut douter qu&#8217;elle y parvienne.<\/p>\n<p>Les syndicats chinois (150 millions de membres) forment un monde \u00e0 part. La F\u00e9d\u00e9ration panchinoise des syndicats ne s&#8217;est affili\u00e9e \u00e0 aucune internationale apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 la FSM, mais entretient des relations avec plus de quatre cents syndicats dans le monde entier. De plus en plus de ses membres remettent toutefois en cause son r\u00f4le au sein d&#8217;un appareil \u00e9tatique fond\u00e9 sur le mod\u00e8le sovi\u00e9tique: il ne se passe ainsi pas un jour sans que l&#8217;on annonce une gr\u00e8ve ou une manifestation de travailleurs quelque part en Chine. Au niveau local, des amorces de processus d\u00e9mocratiques semblent s&#8217;esquisser, tandis que la crise sociale qui agite la Chine s&#8217;amplifie sans cesse et pourrait se muer en crise du r\u00e9gime. Pour l&#8217;heure, nul ne sait jusqu&#8217;o\u00f9 le gouvernement est pr\u00eat \u00e0 aller pour m\u00e9nager une plus grande marge de man\u0153uvre aux syndicats, afin de ma\u00eetriser cette crise; ni comment vont \u00e9voluer les rapports de force entre le pouvoir de l&#8217;appareil \u00e9tatique et la pouss\u00e9e d&#8217;une classe ouvri\u00e8re toujours plus s\u00fbre d&#8217;elle-m\u00eame; si des syndicats d\u00e9mocratiques sont chose possible au sein d&#8217;un syst\u00e8me \u00e0 parti unique, et si les luttes de classes que conna\u00eet la Chine finiront par faire \u00e9clater cet Etat mono-partite. Toutes ces questions restent ouvertes. Leur issue sera toutefois d\u00e9terminante pour l&#8217;avenir du mouvement syndical international, et bien au-del\u00e0.<\/p>\n<p><em><strong>Et maintenant?<\/strong><\/em><br \/>\nIl n&#8217;est pas difficile de cerner les objectifs d&#8217;une politique syndicale internationale: \u00e0 la mondialisation du capital, il faut opposer une mondialisation de la soci\u00e9t\u00e9 civile, afin d&#8217;ouvrir la voie \u00e0 un ordre social dans lequel chacun puisse vivre dans la dignit\u00e9. Le mouvement syndical international ne pourra bien entendu pas y parvenir tout seul. Il doit donc s&#8217;allier avec d&#8217;autres mouvements sociaux et politiques, et ce genre d&#8217;alliances commence \u00e0 prendre forme dans diff\u00e9rents pays et m\u00eame au niveau international.<\/p>\n<p>Dans ce type de coalitions, les syndicats ont un r\u00f4le \u00e0 jouer qui leur est propre. Il s&#8217;agit en fin de compte de rapports de pouvoir, ce qui, pour les syndicats, revient \u00e0 une question d&#8217;organisation. Comme nous l&#8217;avons vu plus haut, seuls 6% des salari\u00e9s mondiaux sont encore affili\u00e9s \u00e0 un syndicat (abstraction faite de la Chine). Doubler leur nombre pour atteindre un modeste 12% permettrait d\u00e9j\u00e0 de modifier consid\u00e9rablement les rapports de force.<\/p>\n<p>O\u00f9 faut-il intervenir en priorit\u00e9? D&#8217;un point de vue strat\u00e9gique, il importe de constituer un contre-pouvoir dans les soci\u00e9t\u00e9s transnationales. Pour mettre une limite \u00e0 leur puissance, il faut appliquer une strat\u00e9gie \u00e0 plusieurs niveaux dans tous les domaines de la soci\u00e9t\u00e9, mais en tout cas au niveau de leurs salari\u00e9s. Le but doit \u00eatre d&#8217;organiser la majeure partie des travailleurs des cent plus grandes transnationales. L\u00e0 aussi, des mouvements s&#8217;esquissent en ce sens, notamment au sein de certains SPI\/FSI, qui doivent \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9s et renforc\u00e9s.<\/p>\n<p>Les syndicats doivent se donner pour t\u00e2che prioritaire d&#8217;organiser les travailleurs du secteur informel. Une part importante de ces travailleurs \u00e9tant des femmes, il est n\u00e9cessaire de collaborer avec des mouvements de femmes qui ont le m\u00eame but. Des organisations de ce type existent d\u00e9j\u00e0, \u00e0 l&#8217;instar de la Self Employed Women&#8217;s Association (SEWA), en Inde. En Afrique de l&#8217;Ouest et en Am\u00e9rique latine, des syndicats ont organis\u00e9 des travailleurs informels, ou alors ceux-ci ont spontan\u00e9ment cr\u00e9\u00e9 des syndicats ind\u00e9pendants.<\/p>\n<p>Puisque le Sud et le Nord tendent \u00e0 se fondre et \u00e0 se confondre dans une \u00e9conomie mondialis\u00e9e, organiser le secteur informel constitue une t\u00e2che qui est \u00e9galement \u00e0 l&#8217;ordre du jour dans les pays industrialis\u00e9s. La majorit\u00e9 des travailleurs informels \u00e9tant, l\u00e0 aussi, des femmes et des migrants, la r\u00e9ussite de leur syndicalisation passera par le renouvellement de la culture des structures syndicales et par leur adaptation \u00e0 la nouvelle donne.<\/p>\n<p>Finalement: dans un certain nombre de pays, le mouvement syndical a oubli\u00e9 sa raison d&#8217;\u00eatre et ses objectifs originels, pour s&#8217;incliner devant le n\u00e9olib\u00e9ralisme triomphant. Il est urgent qu&#8217;il retrouve son identit\u00e9 et sa conscience politique. L&#8217;effort passe par une reconstruction politique: il importe de r\u00e9affirmer qu&#8217;un syndicat est par nature une organisation politique, qu&#8217;il ne faut pas confondre ind\u00e9pendance et neutralit\u00e9 et que notre but ultime doit \u00eatre l&#8217;av\u00e8nement d&#8217;un ordre social plus juste. La notion de socialisme ayant perdu de sa clart\u00e9 au fil des diverses exp\u00e9riences rat\u00e9es du si\u00e8cle dernier, notre travail de reconstruction politique doit notamment consister \u00e0 red\u00e9finir cette notion, pour que la d\u00e9mocratie soit comprise non plus seulement comme un but, mais comme une m\u00e9thode et un processus intrins\u00e8quement li\u00e9s au socialisme.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;\u00e9tat o\u00f9 se trouvent aujourd&#8217;hui les organisations syndicales internationales, on ne peut s&#8217;attendre \u00e0 ce qu&#8217;elles contribuent beaucoup \u00e0 ces t\u00e2ches. Mais ce n&#8217;est pas une raison pour se r\u00e9signer. Le mouvement syndical international est plus que la simple somme des organisations qui le constituent. Toutes les travailleuses et tous les travailleurs syndiqu\u00e9s, de m\u00eame que leurs organisations locales, r\u00e9gionales ou nationales, sont des citoyens de ce mouvement mondial. Ils ont non seulement le droit mais le devoir d&#8217;avoir des opinions sur la politique syndicale internationale, de les exprimer et et de les faire aboutir.<\/p>\n<p>La politique syndicale internationale ne peut pas \u00eatre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e, pas m\u00eame au Solifonds. Elle est l&#8217;affaire de chacun et tous en sont responsables. Aujourd&#8217;hui, plus personne ne peut emp\u00eacher un ou une syndicaliste, ou un syndicat, de se concerter avec un homologue, f\u00fbt-il de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la plan\u00e8te, ni de projeter et de mener des actions communes.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, les syndicalistes r\u00e9volutionnaires d&#8217;Am\u00e9rique du Nord ont d\u00e9clar\u00e9: &#8220;En nous organisant au sein des industries, nous cr\u00e9ons une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de l&#8217;ancienne.&#8221; Et c&#8217;est aussi de cette m\u00eame mani\u00e8re qu&#8217;un nouveau mouvement syndical international peut na\u00eetre. Par notre action, nous construisons le nouveau mouvement syndical au sein de l&#8217;ancien.<\/p>\n<hr style=\"height: 1px;background-color: gray\" \/>\n<p><strong>Notes<\/strong><br \/>\n(1) Voici leur r\u00e9parition par continents: 7,1 millions en Afrique; 25 millions en Asie, y compris le Moyen-Orient; 28,5 millions en Europe, Russie comprise; 2,5 millions en Am\u00e9rique latine; 20,5 millions en Am\u00e9rique du Nord; 2,9 millions en Australie et en Nouvelle-Z\u00e9lande.<br \/>\n(2) D\u00e9clarations d&#8217;intentions faites par l&#8217;OIT et l&#8217;ONU en 1999. D\u00e9nu\u00e9es de tout caract\u00e8re contraignant, elles visent \u00e0 promouvoir des conditions de travail &#8220;d\u00e9centes&#8221; (OIT) ainsi qu&#8217;une &#8220;gestion d&#8217;entreprise socialement responsable&#8221; (ONU).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre du livre publi\u00e9 \u00e0 l&#8217;occasion du 25\u00e8me anniversaire du Solifonds (www.solifonds.ch): &#8220;La Solidarit\u00e9, une valeur s\u00fbre&#8221;, pr\u00e9sent\u00e9 par Stefan Howald, \u00e9dition 8, Zurich, 204 p., 2008<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2,5],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40"}],"collection":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=40"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":451,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40\/revisions\/451"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=40"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=40"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=40"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}