{"id":73,"date":"2008-11-13T15:28:45","date_gmt":"2008-11-13T15:28:45","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2008\/11\/13\/droits-humains-et-droits-syndicaux-dan-gallin-2006\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:05","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:05","slug":"droits-humains-et-droits-syndicaux-dan-gallin-2006","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2008\/11\/13\/droits-humains-et-droits-syndicaux-dan-gallin-2006\/","title":{"rendered":"Droits humains et droits syndicaux (Dan Gallin, 9 octobre 2006)"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Introduction<\/em><\/strong><br \/>\nLe Conseil d&#8217;Etat de la R\u00e9publique et du Canton de Gen\u00e8ve organise chaque ann\u00e9e un rassemblement pour les droits humains, sur des th\u00e8mes diff\u00e9rents. En 2006, le th\u00e8me de cet \u00e9v\u00e9nement (le 4\u00e8me Rassemblement pour les Droits Humains) \u00e9tait: Droits Humains et Droits Syndicaux. Dan Gallin avait \u00e9t\u00e9 pressenti pour pr\u00e9senter ce th\u00e8me et pour pr\u00e9sider la premi\u00e8re s\u00e9ance.<strong><br \/>\n<\/strong><!--more-->Monsieur le Conseiller d&#8217;Etat,<br \/>\nMessieurs, Mesdames,<br \/>\nCamarades,<br \/>\nChers Amis,<\/p>\n<p>Il est bon que les droits syndicaux soient le th\u00e8me de ce quatri\u00e8me rassemblement pour les droits humains, car les droits syndicaux sont des droits humains fondamentaux et universels.<br \/>\nIls sont affirm\u00e9s comme tels dans tous les accords internationaux qui sont \u00e0 la base de notre conception des droits de la personne, \u00e0 commencer par la D\u00e9claration universelle des droits de l&#8217;homme de 1948, qui dit que &#8220;toute personne a le droit de fonder avec d&#8217;autres des syndicats et de s&#8217;affilier \u00e0 des syndicats pour la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats.&#8221;<\/p>\n<p>Le Pacte international relatif aux droits \u00e9conomiques, sociaux et culturels des Nations Unies de 1966 est encore plus explicite. Il affirme le m\u00eame droit, dans des termes presque identiques, mais il affirme en outre &#8220;le droit qu&#8217;ont les syndicats de former des f\u00e9d\u00e9rations ou conf\u00e9d\u00e9rations nationales et le droit qu&#8217;ont celles-ci de former des organisations syndicales internationales ou de s&#8217;y affilier.&#8221; Il pr\u00e9cise que les syndicats ont le droit &#8220;d&#8217;exercer librement leur activit\u00e9, sans limitations autres que celles qui sont pr\u00e9vues par la loi&#8221; et il affirme en outre le droit de gr\u00e8ve qui, ne l&#8217;oublions pas, est aussi un droit humain fondamental.<\/p>\n<p>La D\u00e9claration de Philadelphie de 1944 concernant les buts et objectifs de l&#8217;Organisation internationale du Travail reconna\u00eet &#8220;l&#8217;obligation solennelle&#8221; de l&#8217;OIT de promouvoir &#8220;la reconnaissance effective du droit de n\u00e9gociation collective&#8221;.<\/p>\n<p>Les conventions de l&#8217;OIT sur la libert\u00e9 syndicale et la protection du droit syndical (87, 1948) et sur le droit d&#8217;organisation et de n\u00e9gociation collective (98, 1949) font partie des huit conventions fondamentales de l&#8217;OIT. Il faut y ajouter la convention qui prot\u00e8ge les droits des repr\u00e9sentants des travailleurs, notamment des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s syndicaux, au niveau de l&#8217;entreprise (135, 1971).<\/p>\n<p>La D\u00e9claration de l&#8217;OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail, de 1998, d\u00e9clare que l&#8217;ensemble des Etats membres, m\u00eame lorsqu&#8217;ils n&#8217;ont pas ratifi\u00e9 les conventions en question, ont l&#8217;obligation, du seul fait de leur appartenance \u00e0 l&#8217;Organisation, de promouvoir les principes qu&#8217;elles \u00e9noncent, en premier lieu la libert\u00e9 d&#8217;association et la reconnaissance effective du droit de n\u00e9gociation collective.<\/p>\n<p>Pourquoi les droits syndicaux en particulier ont-ils une telle importance?<\/p>\n<p>Il y a deux raisons: d&#8217;abord, parce qu&#8217;ils concernent le travail, et le travail est au c\u0153ur de la vie en soci\u00e9t\u00e9. L&#8217;\u00e9norme majorit\u00e9 de la population du monde sont des travailleurs, hommes et femmes, salari\u00e9s ou auto-employ\u00e9s, dans l&#8217;agriculture, l&#8217;industrie ou les services, dans la plus grande vari\u00e9t\u00e9 imaginable d&#8217;occupations.<\/p>\n<p>Ce qu&#8217;ils ont en commun, c&#8217;est que les conditions dans lesquelles ils travaillent sont d\u00e9terminantes, dans la vie de tous les jours, de leur qualit\u00e9 de vie, et m\u00eame souvent s&#8217;ils vont \u00eatre libres ou esclaves, et dans quelle mesure.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me raison est que les travailleurs sont dans une situation de d\u00e9pendance. Les relations de travail sont des relations de pouvoir et le travailleur individuel est sans d\u00e9fense devant ceux qui d\u00e9tiennent le pouvoir sur son travail et sur sa vie. Il ne peut r\u00e9tablir une \u00e9galit\u00e9 de relations, et r\u00e9cup\u00e9rer sa libert\u00e9 individuelle, que par l&#8217;association avec d&#8217;autres travailleurs et par l&#8217;action collective. Le syndicat est ainsi d&#8217;abord une organisation d&#8217;auto-d\u00e9fense des travailleurs. Il est le moyen qui leur permet d&#8217;affirmer leur dignit\u00e9 d&#8217;hommes et de femmes libres, la dignit\u00e9 qui appartient en propre \u00e0 toute personne humaine.<\/p>\n<p>Pour des millions d&#8217;hommes et de femmes dans le monde entier, une convention collective ouvre un espace de libert\u00e9. Leur espace de libert\u00e9. Il n&#8217;y a aucun droit humain, hormis le droit \u00e0 l&#8217;\u00e9galit\u00e9 \u2013 et il y a des recoupements \u2013 qui touche un aussi grand nombre d&#8217;habitants de cette plan\u00e8te.<\/p>\n<p>La communaut\u00e9 internationale reconna\u00eet que les relations de travail sont in\u00e9gales, elle reconna\u00eet aussi que les travailleurs doivent pouvoir se d\u00e9fendre par l&#8217;action collective, et elle prot\u00e8ge par cons\u00e9quent les droits syndicaux.<\/p>\n<p>En principe. Car, dans la r\u00e9alit\u00e9, il y a peu de droits humains qui sont aussi syst\u00e9matiquement viol\u00e9s que les droits syndicaux. Je ne pense pas seulement aux cas flagrants: \u00e0 la Colombie, o\u00f9 2,240 syndicalistes ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s impun\u00e9ment depuis quinze ans, ou \u00e0 la Chine, o\u00f9 les syndicats sont un rouage de l&#8217;Etat, ou \u00e0 la Birmanie et \u00e0 l&#8217;Arabie saoudite o\u00f9 les syndicats sont tout simplement interdits, ou encore au Zimbabwe, ou \u00e2 d&#8217;autres r\u00e9gimes autoritaires o\u00f9 les droits syndicaux sont r\u00e9prim\u00e9s. L\u00e0, le combat pour les droits syndicaux se confond avec le combat pour la d\u00e9mocratie et l&#8217;ordre de bataille est clair.<\/p>\n<p>Mais je m&#8217;inqui\u00e8te tout autant du recul des droits syndicaux dans quelques grands pays \u00e0 forte tradition d\u00e9mocratique, notamment dans le monde anglo-saxon, car ils marquent un recul des principes de libert\u00e9 et de justice, fondamentales dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, que nous croyions plus fortement ancr\u00e9es et que nous d\u00e9couvrons plus fragiles qu&#8217;il ne paraissait.<\/p>\n<p>Aux Etats-Unis, des millions de travailleurs sont exclus, par la loi, du droit de se syndiquer et vingt-mille travailleurs en moyenne, par an, sont licenci\u00e9s, sans recours efficace, pour avoir essay\u00e9 de former un syndicat sur leur lieu de travail. Le gouvernement, loin de prot\u00e9ger les droits syndicaux, encourage les entreprises \u00e0 nier les droits de leurs employ\u00e9s, m\u00eame par des moyens ill\u00e9gaux. Pourtant, selon des enqu\u00eates d&#8217;opinion, 42 millions de travailleurs souhaiteraient s&#8217;affilier \u00e0 un syndicat s&#8217;ils en avaient la possibilit\u00e9.<\/p>\n<p>En Grande-Bretagne, les syndicats ont attendu en vain du gouvernement travailliste l&#8217;abolition de la l\u00e9gislation anti-syndicale de l&#8217;\u00e8re Thatcher et, en Australie, le gouvernement a impos\u00e9 une l\u00e9gislation qui, sans abolir les syndicats, leur \u00f4te tous leurs moyens d&#8217;action. Je pourrais continuer cette \u00e9num\u00e9ration; les exemples, h\u00e9las, ne manquent pas.<\/p>\n<p>Ne nous \u00e9tonnons de rien. Dans un contexte politique mondial o\u00f9 le but d\u00e9clar\u00e9 de l&#8217;\u00e9conomie est d&#8217;assurer des b\u00e9n\u00e9fices et une puissance sans pr\u00e9c\u00e9dent au capital transnational, il est clair que le syndicalisme est per\u00e7u par les puissants comme un obstacle, le grain de sable dans les rouages, l&#8217;emp\u00eacheur de tourner en rond, et pour finir, l&#8217;ennemi \u00e0 abattre.<\/p>\n<p>Devant ce d\u00e9fi nous sommes maintenant en droit de poser la question que posait, en son temps, le grand \u00e9crivain italien Ignazio Silone: est-ce que le nez est fait pour le mouchoir ou le mouchoir pour le nez? Est-ce que l&#8217;\u00e9conomie est faite pour servir le bien commun ou est-ce que le travail humain n&#8217;est destin\u00e9 qu&#8217;\u00e0 assurer les profits faramineux de quelques-uns?<\/p>\n<p>Quelle soci\u00e9t\u00e9 voulons-nous? Dans quel monde voulons-nous vivre? Les travailleurs ne sont pas faits pour le r\u00f4le de victimes, et les droits humains sont justement les droits de ceux qui refusent d&#8217;\u00eatre des victimes.<\/p>\n<p>Le syndicalisme est, par son existence m\u00eame, porteur d&#8217;un projet de soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9 sur les valeurs de la coop\u00e9ration, de la justice, de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 et de la libert\u00e9. Une soci\u00e9t\u00e9 qui est faite pour assurer une vie digne pour l&#8217;ensemble de l&#8217;humanit\u00e9. Ce n&#8217;est pas la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous vivons.<\/p>\n<p>Nous allons entendre aujourd&#8217;hui des experts, des militants: des repr\u00e9sentants de l&#8217;OIT, de mouvements sociaux, de syndicats. Ils nous \u00e9claireront sur la signification des droits syndicaux, et sur ce qu&#8217;ils signifient en pratique, sur le terrain. Esp\u00e9rons que cette journ\u00e9e nous aidera \u00e0 les d\u00e9fendre partout o\u00f9 ils sont menac\u00e9s.<\/p>\n<p>Je vous remercie de votre attention.<\/p>\n<p><em>9 octobre 2006 \u00e0 Gen\u00e8ve<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Le Conseil d&#8217;Etat de la R\u00e9publique et du Canton de Gen\u00e8ve organise chaque ann\u00e9e un rassemblement pour les droits humains, sur des th\u00e8mes diff\u00e9rents. En 2006, le th\u00e8me de cet \u00e9v\u00e9nement (le 4\u00e8me Rassemblement pour les Droits Humains) \u00e9tait: Droits Humains et Droits Syndicaux. 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