{"id":84,"date":"2009-08-28T16:32:34","date_gmt":"2009-08-28T16:32:34","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2009\/08\/28\/les-conditions-dun-renouveau-du-syndicalisme-par-dan-gallin-2009\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:05","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:05","slug":"les-conditions-dun-renouveau-du-syndicalisme-par-dan-gallin-2009","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2009\/08\/28\/les-conditions-dun-renouveau-du-syndicalisme-par-dan-gallin-2009\/","title":{"rendered":"Les conditions d&#8217;un renouveau du syndicalisme (Dan Gallin, 2009)"},"content":{"rendered":"<p>Intervention \u00e0 la 16\u00e8me session de l&#8217;Universit\u00e9 d&#8217;\u00e9t\u00e9 de l&#8217;Association Club Mohamed Ali de la Culture Ouvri\u00e8re (ACMACO), \u00e0 Gammarth (Tunisie), en juillet 2009.<\/p>\n<p><!--more-->Mesdames, Messieurs,<br \/>\nCher(e)s Camarades,<br \/>\nCher(e)s Ami(e)s,<\/p>\n<p>Je suis charg\u00e9 de vous transmettre les salutations de UNIA, le principal syndicat suisse, qui avec ses 200,000 membres repr\u00e9sente \u00e0 peu pr\u00e8s la moiti\u00e9 des effectifs de l&#8217;Union syndicale suisse, notre conf\u00e9d\u00e9ration nationale. UNIA est un syndicat interprofessionnel, repr\u00e9sent\u00e9 dans toutes les branches de l&#8217;\u00e9conomie priv\u00e9e.<\/p>\n<p>Je suis \u00e9galement charg\u00e9 de vous transmettre les salutations du Solifonds, une organisation de solidarit\u00e9 du mouvement ouvrier suisse, port\u00e9 par l&#8217;USS, par le Parti socialiste, par l&#8217;Oeuvre suisse d&#8217;entraide ouvri\u00e8re et par dix organisations non gouvernementales actives dans la politique du d\u00e9veloppement.<br \/>\nNous sommes solidaires du travail de l&#8217;ACMACO dans tous ses aspects.<\/p>\n<p>Dans la discussion d&#8217;aujourd&#8217;hui, je voudrais examiner avec vous la situation actuelle du mouvement syndical dans le monde, surtout dans le contexte de la crise actuelle du syst\u00e8me capitaliste, et les conditions d&#8217;un renouveau possible de notre mouvement.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9v\u00e9nement majeur de ces douze derniers mois est en effet la crise. Entendons-nous bien: il s&#8217;agit d&#8217;une crise dans un syst\u00e8me d\u00e9j\u00e0 largement dysfonctionnel, d\u00e9j\u00e0 en crise permanente depuis des d\u00e9cennies.<br \/>\nDans son rapport \u00e0 la Conf\u00e9rence internationale du Travail (CIT) de cette ann\u00e9e, le Directeur G\u00e9n\u00e9ral du BIT observe:<\/p>\n<p>&#8220;Nous devons bien admettre qu\u2019avant la crise actuelle, lorsque la croissance mondiale \u00e9tait forte, une autre crise s\u00e9vissait d\u00e9j\u00e0, signal\u00e9e par des indicateurs qui ne trompent pas concernant l\u2019acc\u00e8s aux produits alimentaires et aux biens publics, la persistance de la pauvret\u00e9 et de la pr\u00e9carit\u00e9, l\u2019aggravation des in\u00e9galit\u00e9s de revenus et l\u2019affaiblissement des classes moyennes, sur fond de grands d\u00e9s\u00e9quilibres sociaux et \u00e9conomiques.&#8221; \u2013 les &#8220;classes moyennes&#8221; ici sont un euph\u00e9misme pour le noyau de la classe ouvri\u00e8re traditionnelle, c&#8217;est \u00e0 dire les travailleurs avec un emploi stable \u00e0 plein temps et des r\u00e9mun\u00e9rations prot\u00e9g\u00e9es par des conventions collectives.<\/p>\n<p>Je passe sur les donn\u00e9es qui documentent la faillite du syst\u00e8me dans tous les domaines, elles sont de toute fa\u00e7on connues et \u00e9voqu\u00e9es d&#8217;ailleurs dans l&#8217;introduction de cette session. Ce qui est important \u00e0 retenir, c&#8217;est que la crise actuelle arrive dans le cadre d&#8217;un syst\u00e8me qui de toute fa\u00e7on \u00e9volue depuis longtemps au d\u00e9triment de la grande majorit\u00e9 de la population mondiale et notamment de la classe ouvri\u00e8re.<\/p>\n<p>D&#8217;autre part, il s&#8217;agit d&#8217;une crise qui, comme celle des ann\u00e9es 1930, a plusieurs dimensions, en fait il s&#8217;agit de plusieurs crises convergentes: il y a d&#8217;abord la crise financi\u00e8re qui s&#8217;est m\u00e9tamorphos\u00e9e en r\u00e9cession et bient\u00f4t sans doute en d\u00e9pression mondiale; la crise de l&#8217;environnement; la crise alimentaire; la crise de l&#8217;\u00e9nergie; la crise sociale cr\u00e9\u00e9e par les in\u00e9galit\u00e9s et la pauvret\u00e9 croissantes, et, in\u00e9vitablement, une crise culturelle, id\u00e9ologique et politique.<\/p>\n<p>Voyons les cons\u00e9quences imm\u00e9diates pour les travailleurs et pour le mouvement ouvrier.<\/p>\n<p>Pour le BIT, la crise financi\u00e8re est devenue une crise &#8220;profonde et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e&#8221; de l&#8217;emploi: &#8220;le monde est confront\u00e9 \u00e0 la perspective d\u2019une augmentation prolong\u00e9e du ch\u00f4mage et d\u2019une aggravation de la pauvret\u00e9 et des in\u00e9galit\u00e9s.&#8221; (r\u00e9solution de la CIT 2009: Pacte pour l&#8217;emploi). Le BIT pr\u00e9dit qu&#8217;en 2009 le ch\u00f4mage d\u00e9passera son niveau de 2007 par 18 \u00e0 30 millions, et par 50 millions si la situation \u00e9conomique s&#8217;aggrave, ce qui est probable, pour atteindre un total mondial entre 210 et 239 millions.<br \/>\nLes cons\u00e9quences pour le mouvement syndical sont faciles \u00e0 pr\u00e9voir: les pressions d\u00e9j\u00e0 \u00e9normes sur le march\u00e9 global du travail vont augmenter et l&#8217;\u00e9rosion des effectifs syndicaux va s&#8217;acc\u00e9l\u00e9rer.<\/p>\n<p>Dans un autre rapport, celui sur les salaires 2008\/9, le BIT annonce donc &#8220;des temps difficiles pour de nombreux travailleurs&#8221;: Le rapport poursuit: &#8220;Une croissance \u00e9conomique ralentie voire n\u00e9gative, combin\u00e9e \u00e0 des prix hautement volatiles (notamment de l&#8217;alimentation et de l&#8217;\u00e9nergie \u2013 dg), va amputer le salaire r\u00e9el de nombreux travailleurs, particuli\u00e8rement les m\u00e9nages \u00e0 revenus faibles ou les plus pauvres. \u2026 Les tensions sont susceptibles de s\u2019intensifier et le lieu de travail risque de devenir le th\u00e9\u00e2tre de conflits salariaux.&#8221;<\/p>\n<p>Dans son rapport \u00e0 la CIT de cette ann\u00e9e, le directeur-g\u00e9n\u00e9ral du BIT met en garde: &#8221; Le sentiment d\u2019injustice monte et alimente les tensions sociales \u2026. Si elle n\u2019est pas ma\u00eetris\u00e9e, la crise mondiale de l\u2019emploi et de la protection sociale qui touche les familles laborieuses et les communaut\u00e9s locales se transformera en une crise politique bien plus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Il y a l\u00e0 le ferment d\u2019une r\u00e9cession sociale&#8221;.<\/p>\n<p>L&#8217;avertissement s&#8217;adresse \u00e0 la classe dirigeante: Somavia leur dit: si vous continuez comme cela, vous risquez une &#8220;r\u00e9cession sociale&#8221; (1). En effet, la classe ouvri\u00e8re subit une attaque g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e contre ses conditions de vie et de travail, directement par les fermetures d&#8217;usines, les licenciements, les n\u00e9gociations collectives \u00e0 la baisse avec chantage \u00e0 la fermeture, etc. On pourrait s&#8217;attendre \u00e0 une r\u00e9action violente.<\/p>\n<p>Car, en plus, il y a quand m\u00eame un fait extraordinaire dans cette crise: l&#8217;id\u00e9ologie n\u00e9o-lib\u00e9rale qui sous-tend le syst\u00e8me depuis plus de vingt ans (le &#8220;consensus de Washington&#8221;) est compl\u00e8tement discr\u00e9dit\u00e9e et les classes dirigeantes sont sur la d\u00e9fensive comme jamais depuis la fin de la deuxi\u00e8me guerre mondiale: L&#8217;Etat est appel\u00e9 \u00e0 sauver les banques et les entreprises industrielles en difficult\u00e9, Keynes est de nouveau \u00e0 la mode, on commence m\u00eame \u00e0 reparler de Marx.<\/p>\n<p>Quelle belle occasion pour la gauche de prendre sa revanche, ne croyez-vous pas? Or, il ne se passe pas grand&#8217;chose \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>Ce qui frappe dans cette crise, c&#8217;est la mollesse de la riposte. Il y a bien des manifestations, comme celles de la CES le 14 mai dernier \u00e0 Madrid, Bruxelles, Berlin et Prague, et d&#8217;autres, qui demandent aux gouvernements \u2013 l&#8217;expropriation des banques sous contr\u00f4le social? Non, vous n&#8217;y \u00eates pas: l&#8217;am\u00e9lioration de l&#8217;aide aux ch\u00f4meurs. Et que l&#8217;on ne permette plus aux &#8220;exc\u00e8s du capitalisme financier&#8221; de &#8220;d\u00e9truire l&#8217;\u00e9conomie mondiale&#8221;. Le radicalisme du vocabulaire cache mal l&#8217;indigence du contenu. Dans les quatre villes, 350,000 personnes manifestent. (2)<\/p>\n<p>La CSI, pour sa part, n&#8217;organise rien, elle fait du lobbying aupr\u00e8s des gouvernements \u00e0 l&#8217;occasion de leurs r\u00e9unions (G20, G8, etc.). Les F\u00e9d\u00e9rations syndicales internationales \u00e9teignent les incendies dans leurs secteurs comme elles peuvent.<\/p>\n<p>La FSM, tenue \u00e0 bout de bras par les communistes grecs, adopte des r\u00e9solution et organise des manifestations, comme tout le monde.<\/p>\n<p>Comparons avec ce qui s&#8217;est pass\u00e9 au moment de la guerre d&#8217;Irak: le 15 f\u00e9vrier 2003, avant m\u00eame qu&#8217;elle soit d\u00e9clench\u00e9e, plusieurs millions de personnes manifestent dans 600 villes pour s&#8217;y opposer, environ 7 millions en Espagne, Italie, Grande Bretagne seulement. Le 22 et 23 mars 2003, apr\u00e8s son d\u00e9clenchement, plus de 10 millions manifestent, dont 250,000 \u00e0 New York. C&#8217;\u00e9taient les manifestations les plus grandes de l&#8217;histoire du monde. Le mouvement syndical en \u00e9tait, mais pas en premi\u00e8re ligne et faiblement repr\u00e9sent\u00e9. Aujourd&#8217;hui, il est directement attaqu\u00e9, et sa capacit\u00e9 de mobilisation se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre d\u00e9risoire.<\/p>\n<p>Qu&#8217;en est-il de la gauche politique? Le premier grand test politique apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la crise a \u00e9t\u00e9 l&#8217;\u00e9lection au Parlement europ\u00e9en de juin 2009. On conna\u00eet les r\u00e9sultats: un taux de participation de 43%, c&#8217;est \u00e0 dire un taux d&#8217;abstention record; une avanc\u00e9e de la droite y compris de sa frange fasciste, un recul de la gauche, un l\u00e9ger progr\u00e8s des verts. Ainsi donc, en pleine crise du capitalisme, la gauche recule! Que se passe-t-il?<\/p>\n<p>Je crois que ce que nous voyons l\u00e0 est un palier significatif d&#8217;une \u00e9volution politique de la gauche, qui commence apr\u00e8s la deuxi\u00e8me guerre mondiale, un processus que certains ont appel\u00e9 la &#8220;d\u00e9-sociald\u00e9mocratisation&#8221; de la social-d\u00e9mocratie. Qu&#8217;est-ce que cela veut dire?<\/p>\n<p>En premier lieu, le d\u00e9tachement de la social-d\u00e9mocratie de sa base historique, la classe ouvri\u00e8re, qui d\u00e9terminait son identit\u00e9 jusque dans l&#8217;apr\u00e8s-guerre imm\u00e9diat. C&#8217;est le processus qui commence en Allemagne avec le congr\u00e8s de Bad-Godesberg et qui finit avec le naufrage du &#8220;New Labour&#8221; et de la &#8220;Troisi\u00e8me Voie&#8221;. On peut \u00e9videmment faire valoir que la classe ouvri\u00e8re a chang\u00e9 et continue \u00e0 changer, mais elle n&#8217;a pas disparu pour autant, et lorsque la social-d\u00e9mocratie s&#8217;\u00e9loigne de sa base historique (les ouvriers de l&#8217;industrie), ce n&#8217;est pas pour se rapprocher de la nouvelle classe ouvri\u00e8re en mutation, des femmes notamment, dans les services, l&#8217;informatique, ou encore les emplois pr\u00e9caires, les immigr\u00e9s, non, c&#8217;est pour faire la cour \u00e0 la classe moyenne salari\u00e9e sup\u00e9rieure, aux cadres des services publics, de l&#8217;enseignement, etc., avec le discours du &#8220;modernisme&#8221;.<\/p>\n<p>La logique de ce processus, c&#8217;est de rendre les partis social-d\u00e9mocrates capables de mener des politiques hostiles \u00e0 la classe ouvri\u00e8re, \u00e0 l&#8217;encontre des int\u00e9r\u00eats de leur base et de leur propre raison d&#8217;\u00eatre historique, et de le faire sans \u00e9tat d&#8217;\u00e2me, en isolant ou en expulsant les \u00e9l\u00e9ments dissidents.<br \/>\nLa &#8220;d\u00e9-sociald\u00e9mocratisation&#8221; aboutit \u00e0 la transformation de la social-d\u00e9mocratie en social-technocratie, tr\u00e8s pr\u00e9sente dans les institutions internationales, europ\u00e9ennes et mondiales.<\/p>\n<p>La crise id\u00e9ologique actuelle du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme est donc aussi celle de cette social-technocratie qui l&#8217;a int\u00e9rioris\u00e9 et qui s&#8217;est fait son propagandiste, souvent avec l&#8217;acharnement du converti et une servilit\u00e9 p\u00e9nible. La contamination de la gauche par ces \u00e9l\u00e9ments est sans doute pour quelque chose dans son incapacit\u00e9 actuelle de r\u00e9pondre \u00e0 la crise.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, certains observateurs parlent de la &#8220;social-d\u00e9mocratisation&#8221; de la droite conservatrice, c&#8217;est \u00e0 dire un changement de discours qui doit apaiser les craintes soulev\u00e9es par son programme.<\/p>\n<p>Cela a commenc\u00e9 avec les conservateurs su\u00e9dois, dont le chef Fredrik Reinfeldt a gagn\u00e9 les \u00e9lections de 2006 en promettant de ne pas toucher \u00e0 &#8220;l&#8217;Etat providence&#8221; (il a en partie tenu parole). Il y a ensuite le cas de Angela Merkel en Allemagne, \u00e0 laquelle la droite dure reproche d&#8217;avoir &#8220;social-d\u00e9mocratis\u00e9&#8221; la CDU \u00e0 cause de son souci de maintenir un minimum de protection sociale, David Cameron en Grande-Bretagne, jeune premier qui \u00e9vite les provocations, et Sarkozy, qui s&#8217;entoure de transfuges de la gauche et qui dans son discours \u00e0 la CIT de cette ann\u00e9e, apr\u00e8s avoir rendu hommage \u00e0 Albert Thomas, premier DG du BIT, &#8220;cette grande figure du socialisme europ\u00e9en, cet ami de Jaur\u00e8s, qui toute sa vie a voulu d\u00e9passer la lutte des classes&#8221;, lance un appel vibrant pour la r\u00e9organisation du monde dans le sens d&#8217;un progressisme o\u00f9 des socialistes peuvent se reconna\u00eetre.<\/p>\n<p>Tactique ou strat\u00e9gie? Peu importe. Les repr\u00e9sentants le plus intelligents de la droite ont compris que le discours de la droite dure ne passe plus (voir les \u00e9lections am\u00e9ricaines!) et ont &#8220;gauchi&#8221; leur discours pour le rendre plus consensuel.<\/p>\n<p>En termes \u00e9lectoraux, \u00e9tant donn\u00e9e la d\u00e9rive vers la droite de la social-d\u00e9mocratie, c&#8217;est une strat\u00e9gie habile dans la mesure o\u00f9 elle fait h\u00e9siter les \u00e9lecteurs entre l&#8217;original et la copie. Un \u00e9lectorat confus et d\u00e9mobilis\u00e9 profite toujours \u00e0 la droite. Et les partis socialistes &#8220;d\u00e9-sociald\u00e9mocratis\u00e9s&#8221; se trouvent coinc\u00e9s par une droite dont ils n&#8217;arrivent plus \u00e0 se d\u00e9marquer clairement.<\/p>\n<p>Parmi tous les d\u00e9sastres que cette \u00e9volution politique a donn\u00e9, je veux insister sur un en particulier: l&#8217;incapacit\u00e9 de la social-d\u00e9mocratie &#8220;d\u00e9-sociald\u00e9mocratis\u00e9e&#8221; d&#8217;offrir autre chose que le &#8220;march\u00e9 libre&#8221; aux soci\u00e9t\u00e9s \u00e9mergeantes du naufrage du collectivisme bureaucratique stalinien. C&#8217;est une des grandes ironies de l&#8217;histoire, tragique comme toutes les ironies: au moment m\u00eame o\u00f9 l&#8217;ennemi intime de la social-d\u00e9mocratie, le communisme stalinien, quitte la sc\u00e8ne, la social-d\u00e9mocratie elle-m\u00eame quitte la sc\u00e8ne par l&#8217;autre porte en tant que force de proposition socialiste, laissant le champ libre \u00e0 une forme sp\u00e9cialement corrompue et criminelle de capitalisme et aux r\u00e9gimes les plus r\u00e9actionnaires connus en Europe depuis la disparition des fascismes m\u00e9diterran\u00e9ens.<\/p>\n<p>Que devient le mouvement syndical dans tout cela? Au niveau des appareils internationaux, on ne peut que constater sa co-cooptation dans la social-technocratie, notamment au niveau de la CSI. Son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, qui est un ancien fonctionnaire du BIT, a annonc\u00e9 qu&#8217;il souhaitait se retirer au prochain congr\u00e8s en 2010, pour reprendre une fonction de direction au BIT. En d&#8217;autres termes, la CSI a \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9e depuis sa fondation en 2006 par un secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral dont le plan de carri\u00e8re personnel est de diriger une institution tripartite et qui donc ne fera rien pour cr\u00e9er des inconv\u00e9nients \u00e0 ses futurs mandants, notamment les gouvernements et les employeurs.<\/p>\n<p>Le bilan int\u00e9rimaire de la fusion qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 la CSI il y a deux ans et demie, confirme d&#8217;ailleurs que le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral est vraiment l&#8217;homme de la situation: la fusion s&#8217;est faite sur la base du plus petit d\u00e9nominateur commun id\u00e9ologique entre la CISL, d\u00e9j\u00e0 largement social-technocratis\u00e9e, et la CMT, empreinte du corporatisme catholique. Le r\u00e9sultat est une organisation sans histoire, sans identit\u00e9 et sans id\u00e9ologie, dont l&#8217;horizon politique ne d\u00e9passe pas les Objectifs du Mill\u00e9naire des Nations Unies et le &#8220;travail d\u00e9cent&#8221; du BIT, et qui a en fait int\u00e9rioris\u00e9 le tripartisme. On peut consid\u00e9rer que la CSI fonctionne comme une ONG sp\u00e9cialis\u00e9e dans le domaine du droit du travail au niveau des organisations intergouvernementales.<\/p>\n<p>Quand \u00e0 la CES, tr\u00e8s int\u00e9gr\u00e9e dans l&#8217;UE, elle peine m\u00eame \u00e0 r\u00e9agir aux attaques contre les droits syndicaux \u00e9l\u00e9mentaires de la Cour europ\u00e9enne de Justice (je parle des quatre arr\u00eats de l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re et de cette ann\u00e9e qui tous renforcent les soi-disant &#8220;droits&#8221; du capital et affaiblissent les droits syndicaux, inimaginables il y a quelques ann\u00e9es dans leur arrogance tranquille). Les multiples tendances de la CES (ex-communiste, ex-socialiste, ex-chr\u00e9tienne, ex-lib\u00e9rale) se confondent elles aussi dans la social-technocratie, et ce n&#8217;est pas sur les syndicats se situant autrefois \u00e0 gauche, trop heureux d&#8217;\u00eatre enfin membres du club, qu&#8217;il faut compter pour g\u00eaner le consensus.<\/p>\n<p>Ainsi donc, pour la premi\u00e8re fois dans son histoire, le mouvement ouvrier n&#8217;a pas de r\u00e9f\u00e9rence conceptuelle reconnue et reconnaissable sur un projet de soci\u00e9t\u00e9 qui pourrait \u00eatre le sien. Observons une minute de silence. &#8220;Un autre monde est possible?&#8221; D&#8217;autres le disent \u00e0 notre place.<\/p>\n<p>C&#8217;est dans ce contexte que la question du renouvellement syndical se pose. Nous connaissons tous le dicton populaire que le poisson pourrit par la t\u00eate. Pour ma part, je n&#8217;ai jamais entendu que le poisson se renouvelait par la t\u00eate. Il faut donc chercher ailleurs.<\/p>\n<p>Quels sont les espaces politiques disponibles? Un \u00e9conomiste socialiste philippin, Walden Bello, \u00e9voque plusieurs sc\u00e9narios possibles: est-ce que l&#8217;intervention des gouvernements va simplement servir \u00e0 stabiliser le capitalisme et, une fois stabilis\u00e9, \u00e0 le rendre \u00e0 ses propri\u00e9taires, comme si rien ne s&#8217;\u00e9tait pass\u00e9? Allons-nous voir un deuxi\u00e8me round de politiques keyn\u00e9siennes, avec un compromis n\u00e9goci\u00e9 entre \u00e9lites tripartites, \u00e9ventuellement avec une composante verte? Allons-nous, au contraire, voir un d\u00e9placement des centres de pouvoir et de d\u00e9cision dans une direction plus populaire?<\/p>\n<p>Pour sa part, il consid\u00e8re comme la possibilit\u00e9 la plus probable ce qu&#8217;il appelle la &#8220;social-d\u00e9mocratie globale&#8221;, et que moi j&#8217;appellerais la social-technocratie globale, c&#8217;est \u00e0 dire un ordre social r\u00e9form\u00e9 et un consensus id\u00e9ologique renforc\u00e9 pour un capitalisme global moins in\u00e9galitaire.<\/p>\n<p>Ce qui l&#8217;incite \u00e0 privil\u00e9gier cette perspective, c&#8217;est l&#8217;\u00e9lection de Obama \u00e0 la pr\u00e9sidence des Etats-Unis et, en effet, l&#8217;\u00e9lection d&#8217;un Afro-Am\u00e9ricain avec des ant\u00e9c\u00e9dents de gauche \u00e0 la t\u00eate de ce qui reste quand m\u00eame la principale puissance mondiale est le deuxi\u00e8me \u00e9v\u00e9nement extraordinaire qui d\u00e9finit l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re.<\/p>\n<p>Obama a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence par un puissant mouvement populaire implicitement de gauche, mais sans objectifs clairement d\u00e9finis, avec une exigence de &#8220;changement&#8221; mais avec une grande marge d&#8217;interpr\u00e9tation sur ce que &#8220;changement&#8221; veut dire. Obama est un pragmatique dont la sp\u00e9cialit\u00e9 est le management social. Dans ces conditions, il devient le candidat id\u00e9al pour r\u00e9aliser le projet de &#8220;social-d\u00e9mocratie globale&#8221;.<\/p>\n<p>Est-ce cela que nous voulons? La &#8220;social-d\u00e9mocratie globale&#8221; telle qu&#8217;elle est d\u00e9finie par Bello peut sembler une option int\u00e9ressante pour un mouvement ouvrier international d\u00e9moralis\u00e9 et d\u00e9sorient\u00e9, mais ce n&#8217;est qu&#8217;une option \u00e0 court terme. Tant que les relations de pouvoir actuels restent en place, le capital transnational acceptera les r\u00e9formes sociales et \u00e9conomiques qui lui seraient impos\u00e9es par ce projet seulement le temps qu&#8217;il lui faudra pour se regrouper politiquement, et quand la prochaine crise arrivera il sera mieux arm\u00e9 pour r\u00e9primer toute mise en question de son h\u00e9g\u00e9monie. L&#8217;exp\u00e9rience actuelle aura servi.<\/p>\n<p>Il s&#8217;agit donc de changer les rapports de pouvoir actuels. Il n&#8217;y a personne pour le faire sauf le mouvement syndical, et il est loin de pouvoir assumer cette t\u00e2che. Pour le faire, il faut d&#8217;abord le mettre en forme, c&#8217;est cela que renouvellement veut dire, et c&#8217;est un processus douloureux. Pourquoi?<br \/>\nParce que nous arrivons maintenant dans le domaine o\u00f9 on quitte les Etats et les gouvernements et o\u00f9 on arrive chez nous: en d&#8217;autres termes: lorsque nous parlons de renouvellement du mouvement syndical, il ne s&#8217;agit que de ce que nous pouvons faire par nous-m\u00eames, pour nous-m\u00eames, sans recours \u00e0 des interventions ext\u00e9rieures, et en prenant toutes les responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Le premier point, c&#8217;est que le renouvellement syndicat ne saurait commencer que sur le plan local, au d\u00e9part. Il n&#8217;y a personne sauf vous, l\u00e0 o\u00f9 vous \u00eates. C&#8217;est l\u00e0 o\u00f9 tout commence.<\/p>\n<p>Je laisse \u00e0 c\u00f4t\u00e9, \u00e0 dessein, toute discussion sur un programme politique. Ce qui m&#8217;int\u00e9resse, c&#8217;est la reconstruction des organisations, certes, sur une base id\u00e9ologique qui correspond \u00e0 nos int\u00e9r\u00eats. Mais les programmes politiques abondent, il y en a un excellent, la D\u00e9claration de P\u00e9kin, \u00e9labor\u00e9 par des ONG et quelques syndicats, allez voir sur: <a href=\"http:\/\/casinocrash.org\">http:\/\/casinocrash.org<\/a>. Le probl\u00e8me, c&#8217;est que les meilleurs programmes ne servent \u00e0 rien si le rapport de force n&#8217;y est pas. Or, c&#8217;est justement le rapport de forces qui me pr\u00e9occupe.<\/p>\n<p>Par o\u00f9 commencer? En premier lieu, il s&#8217;agit de reconqu\u00e9rir notre identit\u00e9. Cela est fondamental, si nous ne savons pas qui nous sommes nous saurons jamais quel est notre but. Pour gagner notre identit\u00e9, deux d\u00e9marches sont n\u00e9cessaires: d&#8217;abord, recouvrir notre histoire, il reste beaucoup \u00e0 faire, ensuite nous donner une id\u00e9ologie.<\/p>\n<p>La r\u00e9cup\u00e9ration de l&#8217;id\u00e9ologie est une op\u00e9ration compliqu\u00e9e. Historiquement, le mouvement syndical, dans sa grande majorit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 socialiste sous une forme ou une autre. Aujourd&#8217;hui, dans de nombreux pays, les relations historiques entre syndicats et partis socialistes sont devenus probl\u00e9matiques, \u00e0 cause de la social-technocratisation des partis. D&#8217;autre part, le communisme stalinien, qui s&#8217;\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 ses administr\u00e9s comme un mouvement &#8220;socialiste&#8221;, a compromis la notion de socialisme pour au moins une g\u00e9n\u00e9ration, dans les PECOs et ailleurs, partout o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 dominant ou influent. Cela veut dire que les anciennes relations entre parti et syndicat ne sauraient \u00eatre ressuscit\u00e9es, ni sous la forme d&#8217;une courroie de transmission (dans un sens ou dans l&#8217;autre), ni sous la forme d&#8217;alliances client\u00e9listes.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, le mouvement syndical a besoin d&#8217;une dimension politique. Tout ce que nous faisons est politique. Que faire? La meilleure option est sans doute de r\u00e9inventer le socialisme \u00e0 partir du mouvement syndical et de g\u00e9rer le syndicat comme s&#8217;il \u00e9tait un parti, m\u00eame quand nous sommes alli\u00e9s \u00e0 un parti. Il y a pas mal de pr\u00e9c\u00e9dents historiques pour une telle option, et pas des moindres. La culture et les exp\u00e9riences du syndicalisme r\u00e9volutionnaire, fran\u00e7ais, espagnol, allemand, am\u00e9ricain a beaucoup \u00e0 nous apprendre.<\/p>\n<p>Une t\u00e2che prioritaire et permanente du syndicalisme renouvel\u00e9 est l&#8217;\u00e9ducation, en particulier avec les m\u00e9thodes participatives qui ne servent pas seulement \u00e0 transmettre des connaissances n\u00e9cessaires mais \u00e0 apprendre aux membres \u00e0 se former eux-m\u00eames et \u00e0 g\u00e9rer leur organisation.<\/p>\n<p>La lutte pour la d\u00e9mocratie, sans conditions ni exclusives, une d\u00e9mocratie radicale, doit faire partie de notre identit\u00e9 politique: la d\u00e9mocratie est une question de classe. Souvenez-vous que dans les discussions autour de la Premi\u00e8re Internationale, Marx incitait les ouvriers \u00e0 s&#8217;organiser &#8220;pour gagner la bataille de la d\u00e9mocratie&#8221;.<\/p>\n<p>Mais il faut en outre en tirer les cons\u00e9quences pour nous-m\u00eames. Un renouveau syndical est impossible sans aborder et r\u00e9soudre la question de la d\u00e9mocratie \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de l&#8217;organisation. En effet, la d\u00e9mocratie est non seulement un but mais une m\u00e9thode, un processus et une culture. Elle doit faire partie de l&#8217;identit\u00e9 m\u00eame de l&#8217;organisation syndicale, car la cr\u00e9dibilit\u00e9 d&#8217;une organisation d\u00e9pend de son fonctionnement int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Si vous voulez savoir ce qu&#8217;il faut penser d&#8217;une organisation qui vous promet un monde meilleur, il suffit de regarder comment elle fonctionne \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur: la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle qu&#8217;elle pourrait peut-\u00eatre cr\u00e9er sera en tous points semblables \u00e0 la mani\u00e8re dont elle fonctionne \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie syndicale est enfin une condition de l&#8217;ind\u00e9pendance de l&#8217;organisation face aux gouvernements et de toute force ext\u00e9rieure qui cherche \u00e0 instrumentaliser le syndicat pour des buts qui ne sont pas les siens, parce que d\u00e9mocratie veut dire que les membres d\u00e9cident et personne d&#8217;autre.<\/p>\n<p>L&#8217;alliance avec les mouvements sociaux est absolument indispensable. C&#8217;est un \u00e9norme r\u00e9servoir d&#8217;\u00e9nergies. Ce sont nos alli\u00e9s: les femmes, les \u00e9colos, les militants des droits de homme (qui souvent d\u00e9fendent des syndicalistes). Notre objectif doit \u00eatre de susciter un vaste mouvement populaire capable d&#8217;une action permanente, de longue dur\u00e9e, rassemblant tous ceux qui veulent lutter pour un programme simple: justice et libert\u00e9!<\/p>\n<p>Ensuite la question des droits. Profitons de la d\u00e9fensive du patronat pour r\u00e9cup\u00e9rer les droits syndicaux partout o\u00f9 nous pouvons. Aux Etats-Unis, Obama est d&#8217;accord pour signer un projet de loi qui faciliterait \u00e9norm\u00e9ment l&#8217;organisation syndicale des entreprises en simplifiant les proc\u00e9dures. Esp\u00e9rons que nos amis am\u00e9ricains y parviennent (le patronat d\u00e9pense des millions pour saboter cette loi en criant au communisme).<\/p>\n<p>La question des droits syndicaux se pose partout, bien \u00e9videmment aussi en Tunisie, et ce combat doit \u00eatre men\u00e9 partout, des alliances tr\u00e8s larges sont possibles et le soutien du BIT nous est acquis.<\/p>\n<p>L&#8217;organisation est une priorit\u00e9, et ceci surtout dans les domaines o\u00f9 les syndicats \u00e9taient peu pr\u00e9sents: l&#8217;\u00e9conomie informelle, les femmes qui travaillent \u00e0 domicile, qui vendent dans les march\u00e9s, qui ramassent les d\u00e9chets dans la rue. Elles s&#8217;organisent d&#8217;ailleurs d\u00e9j\u00e0: en Inde il existe une organisation de femmes auto-employ\u00e9es qui d\u00e9passe le million de membres, la SEWA (Self Employed Women&#8217;s Organisation), elle n&#8217;est pas la seule, il y en a partout.<\/p>\n<p>Les travailleurs (et travailleuses!) de l&#8217;\u00e9conomie informelle repr\u00e9sentent actuellement la majorit\u00e9 des travailleurs du monde, une forte majorit\u00e9 dans le Sud global, en moyenne 15% dans les pays industrialis\u00e9s. Il faut \u00e9videmment faire alliance avec ceux (celles) qui sont d\u00e9j\u00e0 organis\u00e9s, aider les syndicats traditionnels qui ont pris en charge le secteur informel. L\u00e0 aussi il y a des r\u00e9servoirs d&#8217;\u00e9nergie dont le mouvement syndical ne peut se passer.<\/p>\n<p>Il ne faut pas non plus \u00eatre trop respectueux de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Il n&#8217;est pas toujours n\u00e9cessaire d&#8217;accepter une fermeture d&#8217;usine, surtout quand on sait que l&#8217;usine fait des b\u00e9n\u00e9fices et qu&#8217;elle est ferm\u00e9e uniquement parce que cela rapporte plus que de la maintenir en activit\u00e9. En Argentine, de nombreuses usines suppos\u00e9es \u00eatre en faillite ont \u00e9t\u00e9 occup\u00e9es par les travailleurs, puis remises en marche. Il existe maintenant une coordination nationale de ces usines auto-g\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p>Aux Etats-Unis, \u00e0 Chicago, en d\u00e9cembre dernier une usine de mat\u00e9riel de construction avait d\u00e9cid\u00e9 de fermer parce qu&#8217;elle ne recevait plus de cr\u00e9dits de sa banque, sans pr\u00e9avis aux travailleurs et sans compensation. Les travailleurs, organis\u00e9s dans un petit syndicat ind\u00e9pendant, ont occup\u00e9 l&#8217;usine, soutenus par une vague de solidarit\u00e9 des autres syndicats, de la population et des milieux politiques. Au bout d&#8217;une semaine d&#8217;occupation, la banque a d\u00e9bloqu\u00e9 2 millions de dollars pour indemniser les travailleurs. L&#8217;importance de cette lutte est dans le fait que c&#8217;est la premi\u00e8re fois qu&#8217;une occupation d&#8217;usine se produit aux Etats-Unis depuis les ann\u00e9es 1930, et qu&#8217;elle a donn\u00e9 lieu \u00e0 des manifestations de solidarit\u00e9 dans tout les pays et m\u00eame en dehors des Etats-Unis. C&#8217;est un exemple qui porte.<\/p>\n<p>Le syndicalisme r\u00e9novateur et militant a besoin de relais internationaux pour \u00e9changer des informations et des exp\u00e9riences et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, de se coordonner. Le probl\u00e8me, c&#8217;est que les institutions existantes du syndicalisme international peuvent difficilement remplir ce r\u00f4le. Tout au plus, certaines f\u00e9d\u00e9rations syndicales internationales pourraient donner une aide utile. Il faut donc cr\u00e9er des r\u00e9seaux internationaux qui r\u00e9pondent aux besoins des r\u00e9novateurs. Heureusement, nous vivons dans l&#8217;\u00e2ge de l&#8217;internet: en grande partie, ces r\u00e9seaux existent d\u00e9j\u00e0, et au besoin il n&#8217;est pas difficile de compl\u00e9ter le dispositif.<\/p>\n<p>Je vous remercie de votre attention.<\/p>\n<hr style=\"background-color: gray;height: 1px\" \/>\n<p>(1) Depuis ma lecture de Orwell et de sa description de la &#8220;Novlangue&#8221;, je suis int\u00e9ress\u00e9 aux usages politiques du vocabulaire et c&#8217;est la premi\u00e8re fois que je vois appara\u00eetre le terme &#8220;r\u00e9cession sociale&#8221;. Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est? Ce n&#8217;est \u00e9videmment pas une &#8220;r\u00e9volution sociale&#8221;, nous en sommes loin, ce n&#8217;est pas non plus un &#8220;soul\u00e8vement&#8221;, ni m\u00eame de &#8220;l&#8217;agitation&#8221;. En somme, ce n&#8217;est pas quelque chose que l&#8217;on fait, mais quelque chose que l&#8217;on subit, mais qui est n\u00e9anmoins quelquepart mena\u00e7ant.<\/p>\n<p>(2) Dans la discussion, un camarade m&#8217;a fait remarquer que les manifestations syndicales en France, notamment le 1er mai unitaire r\u00e9unissant pour une premi\u00e8re fois les huit conf\u00e9d\u00e9rations, et les manifestations qui ont suivi en juin, \u00e9taient quand m\u00eame une d\u00e9monstration de force.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Intervention \u00e0 la 16\u00e8me session de l&#8217;Universit\u00e9 d&#8217;\u00e9t\u00e9 de l&#8217;Association Club Mohamed Ali de la Culture Ouvri\u00e8re (ACMACO), \u00e0 Gammarth (Tunisie), en juillet 2009.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[5],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/84"}],"collection":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=84"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/84\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":369,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/84\/revisions\/369"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=84"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=84"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=84"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}