{"id":95,"date":"2010-07-29T17:34:14","date_gmt":"2010-07-29T17:34:14","guid":{"rendered":"http:\/\/global-labour.info\/fr\/2010\/07\/29\/vetelca-histoire-de-la-premiere-maquiladora-bolivarienne-par-rafael-uzcastegui-2009\/"},"modified":"2022-03-11T14:21:04","modified_gmt":"2022-03-11T14:21:04","slug":"vetelca-histoire-de-la-premiere-maquiladora-bolivarienne-par-rafael-uzcastegui-2009","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/2010\/07\/29\/vetelca-histoire-de-la-premiere-maquiladora-bolivarienne-par-rafael-uzcastegui-2009\/","title":{"rendered":"Vetelca: Histoire de la premi\u00e8re \u00abmaquiladora\u00bb bolivarienne (Rafael Uzc\u00e1stegui, 2009)"},"content":{"rendered":"<p><em>Publi\u00e9 dans \u00abEl Libertario\u00bb n \u00b0 57 (sur le site <a href=\"http:\/\/www.nodo50.org\/ellibertario\">http:\/\/www.nodo50.org\/ellibertario<\/a>) par Rafael Uzc\u00e1tegui, cet article examine en d\u00e9tail ce qui s&#8217;est pass\u00e9 chez Vetelca, une soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;assemblage de t\u00e9l\u00e9phones cellulaires, afin de d\u00e9masquer le mythe de la pr\u00e9tendue construction d&#8217;un mod\u00e8le industriel \u00absocialiste \u00bbau Venezuela.<\/em><\/p>\n<p><!--more-->Le 10 mai 2009, le pr\u00e9sident Hugo Ch\u00e1vez, dans la r\u00e9gion d&#8217;El Tigre de l&#8217;Etat du Barinas, a pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision le nouveau portable fabriqu\u00e9 au Venezuela sous la tutelle du gouvernement bolivarien, appareil que celui-ci avait lui-m\u00eame baptis\u00e9, quelques semaines avant, \u00abel Vergatario\u00bb (1) Toujours friand de propagande, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique a profit\u00e9 d&#8217;une f\u00eate traditionnelle au Venezuela le \u00abDia de la Madre\u00bb (la F\u00eate des m\u00e8res, jour f\u00e9ri\u00e9), pour vanter les m\u00e9rites d&#8217;un produit qui symbolise, selon lui, la progression de son projet politique \u00e0 pas de g\u00e9ant.<\/p>\n<p>Le 10 mai 2009, M. Chavez a d\u00e9clar\u00e9 : \u00abCet appareil sera le portable non seulement le plus vendu au Venezuela, mais dans le monde entier.\u00bb Il a annonc\u00e9 l&#8217;exportation rapide de ce cellulaire, d\u00e8s que le march\u00e9 domestique aura \u00e9t\u00e9 approvisionn\u00e9, vers les pays andins, le Mercosur (dont font partie, entre autres, le Br\u00e9sil et l&#8217;Argentine) et les Cara\u00efbes. Face \u00e0 ces objectifs ambitieux, toute personne qui conna\u00eet un peu les m\u00e9canismes du capitalisme contemporain, ne peut que se demander par quel miracle le \u00abVergatorio\u00bb pourra-t-il devenir l&#8217;appareil le plus vendu au monde dans une branche aussi concurrentielle que celle des produits de t\u00e9l\u00e9communications.<\/p>\n<p>\u00abGr\u00e2ce \u00e0 un mod\u00e8le de fabrication fond\u00e9 sur les maquilas\u00bb, ne manqueront pas de r\u00e9pondre les anarchistes, individus remplis de pr\u00e9jug\u00e9s, comme l&#8217;on sait.<\/p>\n<p>Notons cependant que toutes les analyses de la production \u00e0 l&#8217;\u00e8re de la mondialisation montrent que, si l&#8217;on veut atteindre le Top 10 des meilleures ventes d&#8217;un produit, il n&#8217;y a qu&#8217;une solution : diminuer, autant que possible, le co\u00fbt du travail. Et comme le savent parfaitement des multinationales comme Gap, Nike ou Adidas, le pays expert en mati\u00e8re d&#8217;\u00ab \u00e9conomies \u00bb en mati\u00e8re de salaires et de droits du travail, c&#8217;est \u00e9videmment la Chine.<\/p>\n<p>La Chine est pr\u00e9cis\u00e9ment l&#8217;associ\u00e9e de l&#8217;\u00c9tat bolivarien dans l&#8217;entreprise commune qu&#8217;ils ont fond\u00e9e : Venezolana de Telecomunicaciones C.A. (Vetelca), install\u00e9e dans la zone franche de Paraguan\u00e1, dans l&#8217;Etat de Falc\u00f3n, depuis janvier 2009. Selon l&#8217;information officielle, au d\u00e9but du projet, \u00abdans ses installations travaillent 140 salari\u00e9s, dont 80% sont des femmes qui habitent la r\u00e9gion et qui ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es par diff\u00e9rents conseils communaux (2) de la r\u00e9gion pour travailler dans cette usine\u00bb. La premier d\u00e9fi consistait \u00e0 livrer 10 000 portables \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Movilnet, pour qu&#8217;ils soient offerts le jour de la F\u00eate des m\u00e8res, comme l&#8217;avait promis le pr\u00e9sident Chavez. N\u00e9anmoins, peu de temps apr\u00e8s l&#8217;ouverture de l&#8217;entreprise, les travailleurs de l&#8217;usine ont d\u00e9nonc\u00e9, dans les m\u00e9dias du gouvernement bolivarien eux-m\u00eames, le fait que certains pr\u00e9jug\u00e9s semblent \u00eatre bien enracin\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>La version des travailleurs<\/strong><br \/>\nLevy Revilla Toyo, l&#8217;un des 56 salari\u00e9s licenci\u00e9s de cette entreprise mixte, a pr\u00e9sent\u00e9 un compte rendu d\u00e9taill\u00e9 sur les d\u00e9buts de Vetelca. Selon ce rapport, le recrutement a commenc\u00e9 en octobre 2008 et a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 par le minist\u00e8re de l&#8217;Industrie l\u00e9g\u00e8re et du Commerce. \u00c0 cette offre r\u00e9pondirent 250 personnes \u00ab venant des missions (3), des universit\u00e9s et des conseils communaux dans diverses parties de l&#8217;Etat de Falcon \u00bb, et 60 d&#8217;entre elles ont pers\u00e9v\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s une premi\u00e8re s\u00e9lection. Un second processus de formation a culmin\u00e9 avec la s\u00e9lection de 100 personnes en mars 2009 et la d\u00e9signation par les autorit\u00e9s du conseil d&#8217;administration de l&#8217;entreprise, pr\u00e9sid\u00e9 par Carlos Audrina.<\/p>\n<p>C&#8217;est le 1er Mai, jour de la F\u00eate du travail, qu&#8217;a commenc\u00e9 le processus d&#8217;assemblage du \u00abVergatario\u00bb :<\/p>\n<p>\u00abIl a fallu travailler jusqu&#8217;\u00e0 tard dans la nuit, la logistique habituelle n&#8217;\u00e9tait pas en place, et plusieurs camarades se sont \u00e9vanouies de fatigue \u00e0 cause du manque de nourriture et des difficult\u00e9s de transports\u00bb. Toutefois, les travailleurs ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9s par une prime de productivit\u00e9 et la satisfaction d&#8217;avoir honor\u00e9 la parole du Pr\u00e9sident et assembl\u00e9 en dix jours les portables pr\u00e9vus. Par la suite, la direction a improvis\u00e9 l&#8217;embauche de nouveaux travailleurs ce qui a cr\u00e9\u00e9 des probl\u00e8mes \u00ab\u00e0 cause du manque d&#8217;espace dans l&#8217;usine et dans la cantine, et ainsi viol\u00e9 la loi et la participation directe des conseils communaux et des missions\u00bb.<\/p>\n<p>Comme le pr\u00e9voit la Loi organique sur la pr\u00e9vention des accidents, les conditions de travail et l&#8217;environnement du travail (LOPCYMAT) promue par le gouvernement bolivarien lui-m\u00eame, les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s hygi\u00e8ne et s\u00e9curit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lus malgr\u00e9 l&#8217;opposition et les diverses contraintes impos\u00e9es par le conseil d&#8217;administration de l&#8217;entreprise. Le 7 juillet 2009 Vetelca a licenci\u00e9 8 personnes, dont trois d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s hygi\u00e8ne s\u00e9curit\u00e9 \u00e9lus par l&#8217;assembl\u00e9e des travailleurs. Les licenci\u00e9s ont fait appel aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes, qui se sont rendues chez Vetelca pour v\u00e9rifier les all\u00e9gations des licenci\u00e9s et s&#8217;informer. La direction leur a notamment r\u00e9pondu que \u00ables travailleurs \u00e9taient des \u00e9tudiants, que leur salaire n&#8217;\u00e9tait pas un salaire, mais une aide \u00e9conomique pour assurer des t\u00e2ches de manutention, et qu&#8217;ils ne faisaient donc pas partie de la structure organisationnelle de l&#8217;entreprise\u00bb. Par la suite, le conseil d&#8217;administration a demand\u00e9 \u00e0 la Garde nationale de prot\u00e9ger l&#8217;usine, et les cadres ont accus\u00e9 les licenci\u00e9s d&#8217;\u00eatre des \u00abcontre-r\u00e9volutionnaires\u00bb, proc\u00e9d\u00e9 qui n&#8217;est pas vraiment pour nous une surprise. Plus tard, la direction a licenci\u00e9 56 travailleurs, en les obligeant \u00e0 signer une lettre de d\u00e9mission pour qu&#8217;ils puissent recevoir leur ch\u00e8que final. En quelques jours, le nombre total des licenci\u00e9s a grimp\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 86.<\/p>\n<p><strong>La version des bureaucrates<\/strong><br \/>\nLe 29 juillet 2009, le ministre de la Science et de la technologie Jesse Chac\u00f3n, s&#8217;est rendu chez Vetelca pour tenter de dissiper le climat d&#8217;incertitude qui s&#8217;\u00e9tait install\u00e9 chez les travailleurs. Le communiqu\u00e9 de presse officiel indique : \u00abLe ministre a visit\u00e9 l&#8217;usine et rencontr\u00e9 les travailleurs afin de leur annoncer que, dans 15 jours maximum, ils pourraient signer leur contrat de travail\u00bb, en ajoutant un commentaire qui est, pour nous, une v\u00e9ritable perle : \u00abJusqu&#8217;\u00e0 maintenant, les employ\u00e9s se rendent \u00e0 leur travail comme des op\u00e9rateurs b\u00e9n\u00e9voles, et ils re\u00e7oivent une prime mensuelle de productivit\u00e9 de 1300 bolivars.\u00bb Selon le fonctionnaire chaviste : \u00abIl s&#8217;agit d&#8217;un mod\u00e8le de production socialiste avec des travailleurs &#8220;int\u00e9graux&#8221;, qui chaque jour changent de poste et pratiquent la rotation du travail, afin de pouvoir mieux conna\u00eetre chaque \u00e9tape de l&#8217;assemblage et le fonctionnement de toute l&#8217;usine. Ils participent \u00e9galement \u00e0 la planification de la production, ce qui se distingue nettement du mod\u00e8le capitaliste.\u00bb<\/p>\n<p>Mais continuons donc \u00e0 parcourir les articles parus dans les m\u00e9dias de l&#8217;Etat bolivarien. Carlos Audrines, PDG de Vetelca, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 propos des licenci\u00e9s : \u00abUn certain nombre de personnes ont \u00e9t\u00e9 soustraites au processus de formation, parce qu&#8217;elles ne respectaient pas certaines normes.\u00bb Quant \u00e0 l&#8217;agence de presse officielle ABN elle a d\u00e9clar\u00e9 : \u00abA cet \u00e9gard, on ne peut pas parler de licenciements quand les personnes concern\u00e9es ne figurent pas sur le registre du personnel ; en effet, les ressources humaines de Vetelca sont actuellement en p\u00e9riode de formation et, dans le cadre de ce processus, la soci\u00e9t\u00e9 proc\u00e8de \u00e0 des \u00e9valuations constantes et op\u00e8re des choix fond\u00e9s sur le comportement et les actions de ces personnes.\u00bb Dans une autre d\u00e9claration au quotidien \u00abUltimas Noticias\u00bb, Audrina s&#8217;est surpass\u00e9 : \u00abCes cinquante-six personnes avaient l&#8217;intention de cr\u00e9er un syndicat pour contester ou pour se garantir un travail en ayant une attitude agressive et en incitant les autres\u00bb.<\/p>\n<p>Le journal \u00abUltimas noticias\u00bb ajoute que \u00abAudrina a expliqu\u00e9 que Vetelca n&#8217;\u00e9tait pas enregistr\u00e9e comme une entreprise, et qu&#8217;il n&#8217;y avait donc pas de contrat ; &#8220;dans environ deux semaines, on nous donnera un budget qui constituera notre capital initial&#8221;, a-t-il expliqu\u00e9. Une fois termin\u00e9e la phase de test initiale, la soci\u00e9t\u00e9 constituera un d\u00e9partement de la s\u00e9curit\u00e9, &#8220;car dans une entreprise socialiste il n&#8217;y a pas de place pour le mot syndicat ; en effet, cela briserait le mod\u00e8le selon lequel nous sommes tous \u00e9gaux et parce que dans un syst\u00e8me socialiste il ne doit pas y avoir de syndicat&#8221;, a d\u00e9clar\u00e9 Audrina. \u00c0 propos des all\u00e9gations selon lesquelles le personnel devait effectuer des t\u00e2ches de maintenance, le PDG de l&#8217;entreprise a d\u00e9clar\u00e9 que, &#8220;\u00e9tant donn\u00e9 le manque de ressources, les participants ont volontairement effectu\u00e9 de t\u00e2ches de nettoyage. Cependant, cette situation a chang\u00e9 apr\u00e8s le lancement du Vergatario, parce que nous nous sommes mis d&#8217;accord avec les m\u00e8res du quartier pour qu&#8217;elles m\u00e8nent ces activit\u00e9s &#8220;.\u00bb<\/p>\n<p>Le 25 ao\u00fbt, Vetelca a publi\u00e9, dans un communiqu\u00e9 de presse, la liste des noms et les num\u00e9ros des cartes d&#8217;identit\u00e9 des 190 travailleurs qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la \u00abpremi\u00e8re nomination\u00bb des travailleurs de l&#8217;entreprise.<\/p>\n<p><strong>Les conclusions des anarchistes<\/strong><br \/>\n<em>Proc\u00e9dons par ordre.<\/em><br \/>\nCe que le ministre Chac\u00f3n appelle un \u00abmod\u00e8le de production socialiste int\u00e9grale\u00bb est un euph\u00e9misme pour ce que l&#8217;on appelle dans le monde entier la \u00abpolyvalence du travail\u00bb qui est l&#8217;une des caract\u00e9ristiques de la flexibilisation de l&#8217;emploi dans le capitalisme informationnel. La \u00abpolyvalence\u00bb (4) pr\u00e9voit que les travailleurs doivent avoir la capacit\u00e9 de fonctionner dans diff\u00e9rentes t\u00e2ches, de changer de poste selon les exigences du processus de production, exigences qui contrastent avec la sp\u00e9cialisation des t\u00e2ches qui caract\u00e9rise le processus fordiste de production lui-m\u00eame . En outre, il est faux d&#8217;affirmer que les travailleurs connaissent \u00able fonctionnement de toute l&#8217;usine\u00bb et qu&#8217;ils \u00abparticipent \u00e0 la planification de la production\u00bb.<\/p>\n<p>D&#8217;une part, les travailleurs et travailleuses de Vetelca ne font qu&#8217;assembler un produit final dont les \u00e9l\u00e9ments sont con\u00e7us et fabriqu\u00e9s en Chine. Ils ne sont donc impliqu\u00e9s que d&#8217;une fa\u00e7on tr\u00e8s limit\u00e9e dans l&#8217;assemblage et l&#8217;emballage des \u00abVergatario\u00bb. Vetelca, en d\u00e9pit des descriptions \u00e9piques qu&#8217;en font les hauts fonctionnaires bolivariens, n&#8217;est qu&#8217;une vulgaire soci\u00e9t\u00e9 de sous-traitance qui travaille pour Movilnet, la compagnie de t\u00e9l\u00e9phones cellulaires de l&#8217;\u00c9tat v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien. Audrina lui-m\u00eame l&#8217;a confirm\u00e9 dans une interview : \u00abVetelca est totalement capable de r\u00e9pondre \u00e0 la demande de produits pour Movilnet.\u00bb C&#8217;est cette soci\u00e9t\u00e9 (Movilnet) qui d\u00e9cide du nombre de t\u00e9l\u00e9phones qui doivent \u00eatre assembl\u00e9s, de leur date de livraison et de la cha\u00eene de commercialisation, trois \u00e9l\u00e9ments \u00e0 propos desquels les travailleurs de Vetelca, ou selon le ministre, les \u00absalari\u00e9s volontaires\u00bb, n&#8217;ont rien \u00e0 dire.<br \/>\nSi le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique d\u00e9cide de lancer une nouvelle promotion du \u00abVergatario\u00bb pour c\u00e9l\u00e9brer, par exemple, la naissance de Sim\u00f3n Bol\u00edvar, ce qui entra\u00eenerait une hausse de la production, les travailleurs devront de nouveau s&#8217;\u00e9puiser au boulot, comme lors de la journ\u00e9e de surmenage d\u00e9crite par Levy Revilla. Cet \u00e9l\u00e9ment co\u00efncide parfaitement avec la flexibilisation des horaires de travail, typique de l&#8217;\u00e9tape actuelle du capitalisme.<\/p>\n<p>D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, les affirmations de l&#8217;\u00e9conomiste Audrina renforcent \u00e9galement notre hypoth\u00e8se selon laquelle le processus bolivarien rel\u00e8ve plus de la mondialisation n\u00e9olib\u00e9rale que du socialisme. Ce haut fonctionnaire estime qu&#8217;une p\u00e9riode de formation conduisant \u00e0 produire 10,000 portables ne suffit pas et que les salari\u00e9s doivent encore rester \u00e0 l&#8217;essai. D&#8217;autre part, le motif des licenciements qu&#8217;il invoque (organiser un syndicat pour tenter d&#8217;assurer la s\u00e9curit\u00e9 d&#8217;emploi) est ce qui motive tous les travailleurs, dans le monde entier.<\/p>\n<p>Enfin, sa d\u00e9claration selon laquelle Vetelca n&#8217;autorisera pas la constitution de syndicats \u00ab parce qu&#8217;ils sont contraires au socialisme \u00bb, se passe de tout commentaire.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident Chavez, Jesse Chacon, Carlos Audrina et les Tortues Ninja (5) peuvent r\u00e9p\u00e9ter des centaines de fois que le Vergatario est un t\u00e9l\u00e9phone \u00absocialiste\u00bb fabriqu\u00e9 dans une entreprise \u00absocialiste\u00bb compos\u00e9e de \u00abvolontaires socialistes\u00bb M\u00eame s&#8217;ils r\u00e9p\u00e8tent ce mensonge mille fois, les faits r\u00e9v\u00e8lent une autre r\u00e9alit\u00e9 : Vetelca est la premi\u00e8re\u00abmaquiladora\u00bb install\u00e9e dans le pays, inspir\u00e9e par le mod\u00e8le chinois d&#8217;exploitation brutale, le m\u00eame qui produit les chaussures Nike, les ballons Adidas et les chemises CAP pour le capitalisme sauvage aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p>1. \u00abVergatario\u00bb est un terme populaire v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lien, l&#8217;\u00e9quivalent de un \u00abtruc super\u00bb, \u00abun m\u00e9ga truc\u00bb, \u00abde la balle\u00bb, etc. La racine de ce mot \u00e9tant \u00abverga\u00bb, verge, cette appellation a fait bien rire la plan\u00e8te antichaviste, et sans doute aussi les militants chavistes qui n&#8217;ont pas perdu tout sens de l&#8217;humour. Rappelons qu&#8217;au Venezuela, un truc, un machin, se dit (en langage populaire) \u00abuna vaina\u00bb (un vagin) et est aussi une exclamation tr\u00e8s r\u00e9pandue \u00abAy, que vaina!\u00bb (\u00abQuelle contrari\u00e9t\u00e9 !\u00bb ou \u00abQuelle merde!\u00bb). Les \u00abd\u00e9constructeurs antisexistes\u00bb (excuse my French) du langage ont donc du pain sur la planche dans la patrie du Colonel. Mais gageons l\u00e0 aussi qu&#8217;ils fermeront leur gueule puisque leur pape (alias Chomsky) adule le B.B. (le Bouffon bolivarien). (NPNF).<\/p>\n<p>2. Conseils communaux : \u00abLes r\u00e9centsconseils communaux doivent, en principe, repr\u00e9senter les communaut\u00e9s dont ils sontles \u00e9lus. Mais, dans la r\u00e9alit\u00e9, il y a ceux qui sont chavistes et o\u00f9 il n&#8217;y a pasde place pour des critiques et ceux qui sont antichavistes o\u00f9 les chavistes ne sontpas accept\u00e9s. La forme de ces conseils est d\u00e9termin\u00e9e par l&#8217;Etat.\u00bb (cf. l&#8217;interview de militants d&#8217;<em>El Libertario<\/em> par Charles Reeve parue notamment dans le num\u00e9ro 25-26 de NPNF. Pour plus de d\u00e9tails on lira (en espagnol) l&#8217;\u00e9tude de Maria Pilar Garcia qui para\u00eetra prochainement en fran\u00e7ais dans Ni patrie ni fronti\u00e8res \u00abEl poder popular y la democracia participativa en Venezuela : los consejos comunale\u00bb sur le site <a href=\"http:\/\/www.nodo50.org\/ellibertario\/textos.html\">http:\/\/www.nodo50.org\/ellibertario\/textos.html<\/a>)<\/p>\n<p>3. Missions : \u00abprogrammes de grande envergure cibl\u00e9s sur l&#8217;am\u00e9lioration de divers aspects de la vie sociale des couches les plus d\u00e9favoris\u00e9es, en particulier dans le domaine de la sant\u00e9, l&#8217;\u00e9ducation et l&#8217;alimentation. Ces misiones sont organis\u00e9es et directement financ\u00e9es par l&#8217;entreprise p\u00e9troli\u00e8re d&#8217;Etat, PDVSA. Elles fonctionnent hors du contr\u00f4le des services des minist\u00e8res correspondants et ne sont soumises, m\u00eame formellement, \u00e0 aucun contr\u00f4le parlementaire\u00bb (Idem.).<\/p>\n<p>4. Cette polyvalence portent les doux noms d&#8217;\u00abhorizontale\u00bb (si \u00able salari\u00e9 occupe diff\u00e9rents postes de travail relevant du m\u00eame niveau de classification\u00bb), de \u00abverticale\u00bb (si \u00able salari\u00e9 exerce des fonctions relevant d&#8217;une qualification professionnelle sup\u00e9rieure \u00e0 sa qualification initiale\u00bb) ou de \u00abstructurelle\u00bb (quand \u00abelle est li\u00e9e \u00e0 l&#8217;activit\u00e9 et \u00e0 la structure de l&#8217;entreprise\u00bb selon les cas (NPNF).<\/p>\n<p>5. Tortues Ninja : surnom des policiers anti-\u00e9meutes (NPNF).<\/p>\n<p><strong>Commentaire de Ni patrie ni fronti\u00e8res<\/strong><br \/>\nRappelons \u00e0 nos lecteurs que les premi\u00e8res \u00abmaquiladoras\u00bb ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es en 1965 au Mexique. Elles permettent \u00e0 certaines entreprises \u00e9trang\u00e8res (surtout am\u00e9ricaines) qui sont install\u00e9es dans ces zones sp\u00e9ciales d&#8217;importer, sans payer de droits de douane, \u00abdes mati\u00e8res premi\u00e8res, de l&#8217;\u00e9quipement, des machines, des pi\u00e8ces de rechange, et autres \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires pour l&#8217;assemblage ou la fabrication de produits finis qui seront ensuite export\u00e9s\u00bb, comme le pr\u00e9cise le NAFTA, l&#8217;Accord nord-am\u00e9ricain sur le libre \u00e9change.<\/p>\n<p>Dans une brochure intitul\u00e9e \u00abDix avantages du syst\u00e8me commercial de l&#8217;OMC\u00bb et un sous chapitre intitul\u00e9 \u00abLe commerce stimule la croissance \u00e9conomique, ce qui peut \u00eatre bon pour l&#8217;emploi\u00bb (<em>sic<\/em>), les technocrates internationaux n&#8217;h\u00e9sitent pas \u00e0 affirmer que ces \u00abindustries de transformation en douane\u00bb payent 3,5 fois le salaire minimum mexicain. On peut douter de cette derni\u00e8re affirmation car Pourdanay Nayereh (\u00abLes \u00abmaquiladoras\u00bb et le d\u00e9veloppement industriel mexicain\u00bb <em>Tiers-Monde<\/em>, tome 29, n\u00b0113,1988, <a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/web\/revues\/home\/prescript\/article\/tiers_0040-7356_1988_num_29_113_3627\">http:\/\/www.persee.fr\/web\/revues\/home\/prescript\/article\/tiers_0040-7356_1988_num_29_113_3627<\/a>) affirme que les salaires sont \u00abl\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieurs au minimum national\u00bb mais surtout de 7 \u00e0 14 fois inf\u00e9rieurs aux salaires moyens am\u00e9ricains et \u00abplus bas que les salaires pay\u00e9s en Asie du Sud-Est\u00bb. Comme le pr\u00e9cise Pourdanay Nayereh, le \u00abniveau de syndicalisation\u00bb est \u00abtr\u00e8s faibl \u00bb et le \u00abflux continu d&#8217;immigr\u00e9s provenant d&#8217;autres r\u00e9gions du Mexique ou d&#8217;autres pays latino-am\u00e9ricains constitue une v\u00e9ritable arm\u00e9e de r\u00e9serve\u00bb qui p\u00e8se sur le niveau des salaires. De plus chaque fois qu&#8217;\u00e9clatent des conflits sociaux, les patrons ferment tout simplement les usines .<\/p>\n<p>En admettant m\u00eame que les affirmations de l&#8217;OMC soient exactes, le m\u00eame article \u00e9voque, pour les maquiladoras \u00abde deuxi\u00e8me type\u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire celles mobilisant des travailleurs et techniciens plus qualifi\u00e9s que les maquiladoras d&#8217;assemblage, un salaire moyen horaire de 0,8 dollar de l&#8217;heure, contre 0,44 dollar dans la r\u00e9gion et 24 dollars aux Etats-Unis. Le \u00ab3,5 fois plus\u00bb de l&#8217;OMC donnerait donc un rapport de 1,32 \u00e0 24 entre les salaires mexicains et nord am\u00e9ricains, ce qui n&#8217;est pas vraiment le&#8230; P\u00e9rou.<\/p>\n<p>Le grand avantage des maquiladoras c&#8217;est qu&#8217;elles \u00e9chappent surtout au droit du travail dans les pays o\u00f9 elles s&#8217;implantent (elles concernaient 1,2 million de travailleurs au Mexique, repr\u00e9sentaient plus de 46% des exportations nationales de ce pays, et connaissaient jusqu&#8217;en 2001 un taux de croissance de 22,1% par an contre 3,5% pour l&#8217;\u00e9conomie mexicaine ). M\u00eame si certaines d&#8217;entre elles sont plus sophistiqu\u00e9es que de simples usines d&#8217;assemblage, elles se caract\u00e9risent toujours par une flexibilit\u00e9 totale du personnel et des horaires, par des salaires plus bas pour les techniciens qualifi\u00e9s que dans les m\u00e9tropoles imp\u00e9rialistes, et par un climat antisyndical f\u00e9roce.<\/p>\n<p>Depuis des ann\u00e9es, ces structures sont le symbole de l&#8217;exploitation imp\u00e9rialiste pour les altermondialistes (cf. par exemple, \u00abLe Grain de sable\u00bb d&#8217;ATTAC \u00e0 propos du Mexique <a href=\"http:\/\/www.france.attac.org\/spip.php?article3586\">http:\/\/www.france.attac.org\/spip.php?article3586<\/a>), les trotskystes, les Partis staliniens ou n\u00e9ostaliniens, etc. Nous ne doutons donc pas que cette information sera reprise avec enthousiasme par tous les m\u00e9dias dits alternatifs&#8230;<\/p>\n<p><em>Ni patrie ni fronti\u00e8res<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 dans \u00abEl Libertario\u00bb n \u00b0 57 (sur le site http:\/\/www.nodo50.org\/ellibertario) par Rafael Uzc\u00e1tegui, cet article examine en d\u00e9tail ce qui s&#8217;est pass\u00e9 chez Vetelca, une soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;assemblage de t\u00e9l\u00e9phones cellulaires, afin de d\u00e9masquer le mythe de la pr\u00e9tendue construction d&#8217;un mod\u00e8le industriel \u00absocialiste \u00bbau Venezuela.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[26,19],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/95"}],"collection":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=95"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/95\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":345,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/95\/revisions\/345"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=95"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=95"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/global-labour.info\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=95"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}